Octobre 2006

LETTRE DU CHEF D'ETAT-MAJOR PHILIPPE MANGOU AU MINISTRE DE LA DEFENSE

Mardi 31 Octobre 2006

Mardi 31 octobre 2006 par
Le Colonel-Major Mangou Philippe,
Chef d’état-major des Armées

du même auteur
Mangou répond à Banny

Au cours de son intervention sanctionnant les assises du corps préfectoral et largement relayée par la presse nationale et internationale du 30 octobre 2006, Monsieur le Premier ministre du Gouvernement de transition a évoqué un chapitre de l’accord de Pretoria relatif à la Défense.
Chapitre sur lequel les Forces de Défense et de Sécurité voudraient effectuer la mise au point suivante :

PRIMO : De la mise à disposition d’unités des Forces de Défense et de Sécurité dans le cadre du Désarmement et du Démantèlement des Milices.

Comme le dit si justement Son Excellence, le chapitre stipule que “le président de la République, chef de l’Etat, chef suprême des Armées et président du Conseil Supérieurs de la Défense désignera à cet effet des unités des Forces de Défense et de Sécurité chargées d’assister le Premier ministre dans sa mission de Désarmement et de Démantèlement des Milices. .. ” Sur instruction du président de la République et sur ordre de Monsieur le ministre de la Défense, Monsieur René AMANI, ces unités, qui sont le Détachement Mobile d’Intervention Rapide (DMIR) et l’ensemble du Groupement Ouest ont été mises à la disposition de son Excellence Monsieur le Premier ministre via Monsieur le ministre de la Défense depuis le 29 avril 2005, comme l’atteste le document ci-joint. Il n’a donc jamais été question de la constitution d’une unité mais bien de la mise à disposition d’unités constituées ce qui été fait. La nuance est de taille et explique tout.

SECUNDO : De la nomination d’un Officier Supérieur. Les Forces de Défense et de Sécurité ont pris acte de l’Arrêté n° 156-14 Juillet 2006 relative à la nomination d’un Officier Supérieur “Chargé de diriger la nouvelle ( ?) Unité” Il est simplement utile de rappeler que ni le Commandant Supérieur de la Gendarmerie ni le Chef d’Etat-Major des Armées n’ont été associés à cette nomination que ne saurait du reste justifier les éléments en Primo.

CONCLUSION
A l’évidence, il se pose un véritable problème de liaison et d’information entre la Primature et la haute hiérarchie des Forces de Défense et de Sécurité.
Le Chef d’Etat-Major des Armées et le Commandant Supérieur de la Gendarmerie sont des militaires légalistes et républicains, maîtrisant parfaitement les rapports entre l’Armée et le pouvoir. Jamais il ne leur viendrait à l’idée de mettre en difficulté leurs supérieurs hiérarchiques que sont respectivement Monsieur le Ministre de la Défense, Monsieur le Premier ministre et Son Excellence Monsieur le Président de la République ; lesquels, peuvent en tout temps et en toute circonstance compter sur leur dévouement et leur disponibilité dans cette difficile quête de paix dont la Côte d’Ivoire a tant besoin.

Le colonel-major Phillipe Mangou Chef d’Etat-Major des Armées A Monsieur le Ministre de la Défense

OBJET : Désarmement et démantèlement des milices

Les parties signataires de l’accord de Prétoria se sont accordées pour procéder immédiatement au désarmement et au démantèlement des milices sur l’ensemble du territoire national.
Le Premier ministre du gouvernement de Réconciliation Nationale est chargé de conduire cette opération en élaborant un plan d’action ainsi que sa mise en oeuvre.
A cet.. effet, le Président de la République, son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo, chef de l’Etat, Chef suprême des Armées et Président du Conseil Supérieur de fa Défense désignera des unités des Force de Défense et de Sécurité (FOS) pour assister le Premier ministre dans cette mission. Les unités FDS mises à la disposition du Premier Ministre seront assistées des Forces impartiales. Corps d’élite, le Détachement Mobile d’Intervention’ Rapide (DMIR) pourrait assurer cette mission avec efficacité. Aussi, ai-je l’honneur de vous proposer cette unité pour le désarmement et le démantèlement des milices. Ce détachement travaillera en appui au Groupement Ouest.


AUDIENCE DU PRESIDENT GBAGBO AVEC L'AMBASSADEUR DE FRANCE

Vendredi 27 Octobre 2006

Vous sortez de l’audience avec Monsieur le Président de la République, pouvons-nous savoir ce dont vous avez parlé?

Nous sortons effectivement d’une longue audience comme vous l’avez constaté avec le chef de l’Etat. Tout s’est bien passé comme d’habitude et nous avons évoqué les principaux sujets d’actualités. Vous les connaissez vous autres, journalistes aussi bien sinon mieux que moi. Nous avons parlé entre autres des discussions qui se passent actuellement au Conseil de sécurité à propos de la Côte d’Ivoire.

Justement à propos de la Côte d’Ivoire, que pensez-vous de la résolution que la France a introduite ?

Moi je n’ai rien à penser du projet de résolution. Comme je le disais à Monsieur le Président, il y a une négociation qui est en cours et elle se conclura par l’adoption au consensus des quinze membres du Conseil de sécurité, d’une résolution. Mais je ne suis pas associé aux discussions.

Excellence, pourquoi la France tient tant à conduire une autre résolution alors que l’Union africaine a produit un communiqué final qui est très clair. Pourquoi outrepassé ce communiqué et produire un autre communiqué ou une autre résolution. Qu’est-ce que vous attendez en fait, du régime du Président GBAGBO ?

Sur la production d’une nouvelle résolution comme vous le dites, il me semble que sur le communiqué qui a été publié, le 17 Octobre à l’issu du Sommet du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, c’est écrit dessus, au Conseil de sécurité l’ONU. Cette instance doit donc aussi prendre une résolution. L’Union africaine a porté le dossier au Conseil de sécurité. Relisez le communiqué !

Excellence, que répondez-vous aux détracteurs de la Licorne qui disent qu’elle prépare quelque chose contre la Côte d’Ivoire ?

Je ne réponds même pas à ces arguments parce qu’ils sont tellement grossiers qu’ils ne méritent même pas que je perde du temps à parler de ça. L’immense majorité des Ivoiriens savent pourquoi la Licorne est là et tout le monde sait que la Licorne est maintenue dans son rôle, il est connu, on ne va pas le répéter et elle n’est pas là pour autre chose.

Pour vous, la solution à la crise, dépend-elle de la mise à l’écart du Président de la République ?

Bon non, mais d’abord ce n’est pas moi qui vais décider de la solution à la crise et personne ne dit cela.

Parce que vous représentez un Président qui fait des discours.
Moi je ne parle pas au nom de mon Président.

Qu’est-ce qui gène dans la Constitution ivoirienne pour que la France veuille sa suspension ?

Nulle part, il est écrit que la Constitution de la Côte d’Ivoire doit être suspendue.

C’est mentionné dans le projet de résolution !

Non, vous avez mal lu le projet de résolution. Il faut être sérieux, alors maintenant, j’arrête parce que nul part il n’est fait mention de suspension de la Constitution ivoirienne dans le projet de résolution. De toute façon pour l’instant c’est un projet qui est sur la table et qui est discuté par l’ensemble des membres du Conseil de sécurité. On verra d’ici la fin du mois, ce que les quinze membres à l’unanimité auront décidé.
Merci.


COMMUNIQUE DES FORCES NOUVELLES

Vendredi 27 Octobre 2006

Dans un communiqué publié le 24 octobre 2006, l’ONUCI, se disant préoccupée par des « déclarations incendiaires de certains dirigeants politiques ivoiriens», a interpellé « les dirigeants des Forces Nouvelles pour qu’ils veillent à ce que leurs sympathisants contribuent activement à la bonne poursuite du processus de paix » et qu’ils mettent « fin aux prises de positions sur le site Internet des Forces Nouvelles incitant à la violence et au dénigrement de la communauté internationale ».
La publication de ce communiqué ne manque pas de surprendre ! Car, la fâcheuse propension de l’ONUCI à donner dans l’équilibrisme entache le sérieux et le crédit qui devrait conduire ses rapports et ses propositions. Il faut s’étonner, en effet, qu’un tel communiqué soit produit et diffusé seulement à l’occasion de la publication sur le site Internet des Forces Nouvelles de propos et sentiments de la population, notamment leurs avis sur les recommandations du sommet de la CEDEAO, tenu le 6 octobre 2006 à Abuja au Nigeria. Et pourtant, depuis plusieurs mois et à longueur de journée, le FPI et le clan présidentiel ivoirien insultent, attaquent et invectivent la communauté internationale. Personne n’est dupe ! Si la sortie de l’ONUCI visait, sans doute, à faire peur, il y a urgence pour dénoncer ce qu’il faut considérer comme une maladresse de la part de ceux, qui ne font rien quand leur premier responsable, M. Kofi Annan et des Chefs d’Etats étrangers sont brocardés par la presse d’Etat et les journaux aux ordres, qui ne se gênent même plus pour donner dans la bassesse et les injures grossiers de tous genres. Que faut-il penser de l’ONUCI qui ouvre les antennes de sa radio à des auteurs d’attaques virulentes contre l’ONU et l’ensemble de la Communauté internationale ? L’ONUCI possède-t-elle des preuves irréfutables contre les responsables Forces Nouvelles appelées à « veiller à ce que leurs sympathisants contribuent activement à la bonne poursuite du processus de paix » ?
L’ONUCI dispose-t-elle de faits avérés de tentatives de mise à mal du processus de paix en Côte d’Ivoire par les sympathisants des Forces Nouvelles ? L’ONUCI voudrait-elle voir les Forces Nouvelles et leurs dirigeants entretenir la torpeur et la peur chez les populations qui devraient être interdites d’exprimer leurs positions quant à l’attitude du clan présidentiel ivoirien toujours pris sur les faits par le Secrétaire Général de l’ONU lui-même ? Les Forces Nouvelles rejettent énergiquement les accusations d’incitation à la violence portées contre leurs responsables et leurs sympathisants par l’ONUCI.
Les Forces Nouvelles font observer à l’ONUCI qu’elles ne mettront rien en œuvre pour s’opposer à la liberté d’expression sur un site Internet, qui a le mérite premier de ne donner que des informations.

Les Forces Nouvelles invitent l’ONUCI à mettre fin aux interventions des acteurs politiques, qui sur ONUCI FM (radio financée par les Nations Unies), incitent à la violence et dénigrent la communauté internationale.
Les Forces Nouvelles invitent enfin l’ONUCI à mettre fin aux pressions qu’elle fait subir aux membres de sa Cellule de Communication. En effet, il faut savoir que depuis quelques jours, la Cellule de Communication des Forces Nouvelles est victime d’énormes pressions de la part de responsables résidents de l’ONUCI à Bouaké, qui interviennent pour faire enlever du site Internet (www.fnci.info) un article publié le samedi 21 octobre 2006 à 12H51 et intitulé « Reconduction de Laurent Gbagbo à la tête de la Côte d’Ivoire.
L’ONU veut-elle transformer la Côte d’Ivoire en un second Rwanda ? » Ce que les Forces Nouvelles refusent, c’est bien l’hypocrisie de l’ONUCI.

Fait à Bouaké,
Le jeudi 26 octobre 2006
POUR LES FORCES NOUVELLES
ALAIN LOBOGNON
LE DIRECTEUR DE
LA COMMUNICATION


COMMUNIQUE DU BUREAU POLITIQUE SUR LA SITUATION SOCIO POLITIQUE

Vendredi 27 Octobre 2006

Le Bureau politique du PDCI s'est réuni hier à la Maison du parti à Cocody.

Après trois heures de débats sur l'actualité politique de l'heure, le Bureau politique demande aux militants de rester en éveil afin de mettre un terme à la chienlit et à la tyrannie que prépare le parti au pouvoir.

Le Bureau Politique du PDCI-RDA s'est réuni ce jour, Jeudi 26 octobre 2006 de 16H 00 à 19H 00 à la Maison du Parti à Cocody à l'effet de se prononcer sur les recommandations de l'Union Africaine au Conseil de Sécurité de l'ONU en vue de la sortie de crise en Côte d'Ivoire.

Cette rencontre qui était présidée par le Secrétaire Général du Parti, le Professeur Alphonse DJEDJE MADY assurant l'intérim du Président du Parti, Son Excellence Henri KONAN BEDIE, faisait suite aux réunions du Conseil Politique et des Délégués Départementaux et Communaux, des 24, 25 octobre courant avec le même objet. Au terme de ses travaux, le Bureau Politique fait la déclaration qui suit : Le Bureau Politique du PDCI-RDA se félicite des efforts considérables déployés par les Chefs d'Etat de la CEDEAO et de l'Union Africaine, ainsi que le Secrétaire Général de l'ONU, S.E. KOFI ANNAN aux fins de permettre à la Côte d'Ivoire de renouer avec une paix durable ;

Le Bureau Politique du PDCI-RDA salue la volonté clairement exprimée par l'Union Africaine de permettre au Conseil de Sécurité de l'ONU, de tracer une dernière voie qui soit efficace pour le processus de sortie de crise en Côte d'Ivoire. Le Bureau Politique du PDCI-RDA Soutient l'action responsable et courageuse de son Président, le Président Henri KONAN BEDIE qui œuvre sans relâche, en liaison avec les autres leaders du RHDP, sur tous les fronts diplomatiques pour la résolution de la crise ivoirienne.

Dans cette perspective, le Bureau Politique du PDCI-RDA fait au Conseil de Sécurité de l'ONU les propositions ci-après, dont la prise en compte permettra de sauver notre pays, la Côte d'Ivoire.

PROPOSITIONS

1. Concernant la durée de la transition ne devant pas excéder 12 mois, le Bureau Politique du PDCI-RDA, en prend acte tout en recommandant qu'il en soit fait une évaluation trimestrielle qui soit sanctionnée par des décisions de l'ONU;

2. Concernant la Constitution, le Bureau Politique du PDCI-RDA en demande, avec insistance la suspension ou, à tout le moins, l'abrogation de certaines de ses dispositions, tant il est vrai que, 4 ans durant cette Constitution a été invoquée par le Président Gbagbo pour saper les efforts conjugués du peuple de Côte d'Ivoire et de la Communauté internationale et bloquer le processus de paix; Le Bureau Politique demande donc que la nouvelle résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU soit le seul Acte Juridique qui régisse la nouvelle transition;

3. Concernant le maintien du Président Gbagbo comme chef de l'Etat pendant la nouvelle transition, le Bureau Politique du PDCI-RDA se dit préoccupé car cette suggestion de l'UA et demande, afin d'éviter tout nouveau blocage du processus de paix et d'optimiser les importants sacrifices consentis par le peuple de Côte d'Ivoire, de mettre à l'écart, Monsieur Laurent Gbagbo de la gestion de la nouvelle transition ;

4. Concernant les pouvoirs renforcés à conférer au Premier Ministre, le Bureau Politique du PDCI-RDA demande au Conseil de Sécurité de l'ONU de préciser de manière claire et sans ambiguïté l'étendue et le mécanisme de dévolution desdits pouvoirs.

En d'autres termes, que la résolution précise tous les pouvoirs constitutionnels de l'Exécutif qui reviennent au Premier Ministre, notamment :
- Présider les Conseils des Ministres ;
- Signer les Ordonnances et les Décrets lois ;
- Nommer aux hautes fonctions civiles et militaires.

5. Concernant les Forces impartiales, à savoir l'ONUCI et les Forces de l'Opération LICORNE qui la soutiennent, le Bureau Politique du PDCI-RDA demande que la nouvelle Résolution réaffirme leur rôle de police au bénéfice des populations civiles et ce, conformément à la Résolution 1572/2004, ainsi que la transformation de leur mandat de maintien de la paix en mandat d'imposition de la paix.

EN CONCLUSION

Le Bureau Politique du PDCI-RDA se réjouit de la grande mobilisation du Parti, de la base au sommet, pour empêcher que la Côte d'Ivoire bascule dans une guerre civile.
Le Bureau Politique du PDCI-RDA recommande aux militants et sympathisants de maintenir cette mobilisation, de rester en éveil en attendant les mots d'ordre du Parti, tendant à mettre fin, à la confiscation du pouvoir d'Etat et à la dictature de la minorité FPI.
LE Bureau Politique du PDCI-RDA prévient le chef de l'Etat, Monsieur Laurent Gbagbo, qu'il sera personnellement responsable de toute décision ou entreprise qui mettrait en péril le pays avant et après le vote de la nouvelle résolution par le Conseil de Sécurité de l'ONU.

Le Bureau Politique du PDCI-RDA décide d'engager le cas échéant, toutes actions appropriées afin de faire face à l'arbitraire et à la chienlit. Le Bureau Politique du PDCI-RDA demande au peuple de Côte d'Ivoire épris de paix, de se dresser contre la tyrannie et le terrorisme d'Etat que veulent instaurer Monsieur Laurent Gbagbo et son Parti, le FPI. Le Bureau Politique du PDCI-RDA exhorte la CEDEAO, l'Union Africaine et le Conseil de Sécurité de L'ONU à persévérer dans leurs louables efforts au service du retour de la paix en Côte d'Ivoire.

Fait à Abidjan,
le 26 octobre 2006
Le Bureau Politique du PDCI-RDA


PROCESSUS DE PAIX EN COTE D'IVOIRE / PROJET DE RESOLUTION DE LA FRANCE AU CONSEIL DE SECURITE

Jeudi 26 Octobre 2006

Le Conseil de sécurité,
Rappelant ses résolutions antérieures et les déclarations de son président concernant la situation en Côte d'Ivoire,

Réaffirmant son ferme attachement au respect de la souveraineté, de l'indépendance, de l'intégrité territoriale et de l'unité de la Côte d’Ivoire, et rappelant l'importance des principes de bon voisinage, de non-ingérence et de coopération régionale,

Rappelant qu'il a entériné l'Accord signé par les forces politiques ivoiriennes à Linas-Marcoussis le 24 janvier 2003 S/2003/99) (1'Accord de Linas-Marcoussis), approuvé par la conférence des chefs d'Etat sur la Côte d'Ivoire qui s'est tenue à Paris les 25 et 26 janvier 2003, l'Accord signé le 30 juillet 2004 à Accra (1'Accord d'Accra III) et l'Accord signé le 6 avril 2005 à Pretoria (1'Accord de Pretoria), Félicitant l'Union africaine, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et les dirigeants de la région des efforts qu'ils continuent de déployer en vue de promouvoir la paix et la stabilité en Côte d'Ivoire, et leur renouvelant son plein soutien, Saluant les efforts continus du Représentant spécial du Secrétaire général, M, Pierre Schori, du Haut Représentant pour les Elections, M. Gérard Stoudmann, et du Groupe de Travail International (GTI), et leur réitérant son plein appui; Ayant pris note de la décision que le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, réuni au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement, a adoptée à sa 64eme réunion, tenue le 17 octobre 2006 à Addis-Abeba (" la décision du Conseil de paix et de sécurité") (S/2006/XX),
Ayant pris note du rapport du Secrétaire général en date du 17 octobre 2006 (S/2006/821), en particulier ses paragraphes 68 à 80; Ayant à l'esprit que le mandat constitutionnel du Président Laurent Gbagbo a expiré le 30 octobre 2005,

Se déclarant vivement préoccupé par la persistance de la crise et la détérioration de la situation en Côte d'Ivoire, Condamnant à nouveau fermement toutes les violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire commises en Côte d'Ivoire,

Considérant que la situation en Côte d'Ivoire continue de mettre en péril la paix et la sécurité internationale dans la région, Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.

1. Endosse le dixième communiqué final du GTI en date du 8 septembre 2006, et prend note de l'impossibilité d'organiser des élections, présidentielles et législatives, à la date prévue et de l'expiration le 31 octobre 2006 de la période de transition et des mandats du Président Laurent GBAGBO et du Premier ministre, M. Charles Konan Banny, tels que définis par la résolution 1633 (2005);

2. Rappelle les paragraphes 5 et 8 du dixième communiqué final du GTI en date du 8 septembre 2006, et affirme qu'en cas de divergence, 1es instruments internationaux qui définissent les modalités particulières de la transition en particulier les décisions du Conseil de sécurité fondées sur les décisions et les recommandations de la CEDEAO et de l'Union africaine, prévalent sur la Constitution ivoirienne et la législation du pays;

3. Souscrit à la décision du Conseil de paix et de sécurité selon laquelle le Président Laurent GBAGBO demeurera chef de 1 Etat à partir du 1er novembre 2006, dans les conditions fixées par la présente résolution, et pour une nouvelle et dernière période de transition n'excédant pas 12 mois;

4. Souscrit à la décision du Conseil de paix et de sécurité selon laquelle le mandat du Premier ministre, M. Charles Konan Banny, est prorogé à partir du 1er novembre 2006, dans les conditions fixées par la présente résolution, et pour une nouvelle et dernière période de transition n'excédant pas 12 mois;

5. Rappelle qu'il a fait sien le troisième communiqué final du GTI en date du 15 janvier 2006, qui a constaté l'expiration du mandat de l'ex-Assemblée nationale à la date du 16 décembre 2005;

6. Décide que le Premier ministre aura pour mandat de mettre en oeuvre toutes les dispositions de la feuille de route établie par le GTI et des accords conclus entre les parties ivoiriennes en vue de l'organisation d'élections libres, ouvertes, justes et transparentes d'ici au 31 octobre 2007 au plus tard avec l'appui de l'organisation des Nations Unies et des donateurs potentiels, et de conduire en particulier: - les opérations de désarmement et de démantèlement des milices, les processus d'identification de la population et d'enregistrement des électeurs visant à l'établissement de listes électorales crédibles, - le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR), la restructuration des forces armées, la restauration de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire ivoirien, la préparation technique des élections;

7. Décide que le Premier ministre, pour l'exécution de son mandat mentionné au paragraphe 6 ci-dessus, disposera de tous les pouvoirs nécessaires, y compris de nommer aux emplois civils et militaires, de toutes les ressources financières, matérielles et humaines voulues et d'une autorité totale et sans entraves, et qu'il pourra prendre, en toutes matières, en Conseil des Ministres ou en Conseil de Gouvernement, les décisions nécessaires par ordonnances ou décrets-lois qu'il signera, et, dans un délai de 15 jours, promulguera;

8. Décide que le Premier ministre, pour l'exécution de son mandat mentionné au paragraphe 6 ci-dessus, aura autorité sur les Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire 9. Réaffirme les dispositions des paragraphes 6 et 7 de la résolution 1633 (20D5); et rappelle que le Premier ministre aura pleine autorité sur le Gouvernement qu'il constituera;

10. Exige la reprise immédiate du processus de désarmement et de démantèlement des milices sur l'ensemble du territoire ivoirien, et souligne la responsabilité personnelle des chefs de milices dans la pleine exécution de ce processus;

11. Réaffirme que les processus d'identification et de DDR doivent être conduits la façon concomitante, demande instamment au Premier ministre de les mettre en oeuvre sans délais, et exige de toutes les parties ivoiriennes qu'elles coopèrent pleinement avec lui à ce sujet;

12. Demande au Premier ministre de prendre immédiatement par voie d'ordonnances, dans les conditions mentionnées au paragraphe 7 ci-dessus, toutes les mesures appropriées en vue d'accélérer la délivrance des certificats de naissance et de nationalité dans le cadre du processus d'identification, dans un esprit d'équité et de transparence;

13. Exige de toutes les parties ivoiriennes concernées qu'elles participent pleinement et de bonne foi aux travaux de la commission quadripartite chargée de surveiller la mise en oeuvre du programme de DDR et des opérations de désarmement et de démantèlement des milices;

14. Demande au Premier ministre d'établir immédiatement, en liaison avec toutes les parties ivoiriennes, l'Opération des Nations Unies en Côte d Ivoire (ONUCI et les forces françaises qui la soutiennent, un groupe de travail chargé de lui soumettre un plan sur la restructuration des Forces de Défense et de Sécurité, en vue de refonder des Forces de Défense et de Sécurité attachées aux valeurs d'intégrité et de moralité républicaine;

15. Demande au Premier ministre d'établir immédiatement, en liaison notamment avec toutes les parties ivoiriennes concernées et le Haut Représentant pour les Elections, un groupe de travail chargé de l'aider à mettre en oeuvre le processus d'identification de la population et d'enregistrement des électeurs, en vue de garantir sa crédibilité et sa transparence;

16. Encourage le Premier ministre à confier en tant que de besoin un rôle actif à la société civile pour appuyer la mise en oeuvre du processus de paix;

17. Exige de toutes les parties ivoiriennes qu'elles mettent un terme à toutes les incitations à la violence et à la haine, à la radio, à la télévision et dans tous les autres médias, et demande au Premier ministre" d'établir et de mettre en oeuvre sans délais un code de bonne conduite pour les médias, conformément aux décisions prises à Yamoussoukro le 5 juillet 2006;
18. Renouvelle pour une durée de 12 mois le mandat du Haut Représentant pour les Elections défini au paragraphe 7 de la résolution 1603 (2005), et décide que, en sus de ce mandat, le Haut Représentant pour les Elections: - sera la seule autorité autorisée à rendre les arbitrages nécessaires en vue de prévenir ou résoudre toute difficulté ou contentieux liés au processus électoral; - devra certifier que chaque étape du processus électoral, y compris celles ayant trait au processus d'identification de la population à l'établissement des listes électorales et a la délivrance des cartes d'électeur, présente toutes les garanties nécessaires pour la tenue d'élections présidentielles et législatives ouvertes à tous, libres, justes et transparentes au regard des standards internationaux;
19. Demande à l'ONUCI d'assurer la protection du Haut Représentant pour les Elections, dans la limite de ses capacités et de ses zones de déploiement;

20. Décide que le dispositif de sécurité rapprochée du Premier ministre et de sécurisation des locaux de la primature sera assuré par des éléments des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire nommés par le Premier ministre et placés sous son autorité directe et exclusive, sans préjudice des dispositions du paragraphe 2 alinéa 1) de la résolution 1609 (2005);

21. Souscrit à la décision du Conseil de paix et de sécurité selon laquelle, pour éviter des médiations multiples et parallèles, le président de l'Union africaine dirigera les efforts de médiation, et souligne que son représentant en Côte d'Ivoire dirigera, en liaison avec le Représentant Spécial du Secrétaire Général, la médiation au quotidien;

22. Demande à l'Union africaine et à la CEDEAO de continuer d'évaluer, de contrôler et de suivre de près la mise en oeuvre du processus de paix, les invite à évaluer avant le 30 avril 2007 les progrès enregistrés, et si elles le jugent nécessaire; à réexaminer la situation après cette date et avant le 31 octobre 2007, et les prie de rendre compte au Conseil, par l'intermédiaire du Secrétaire général, de leur évaluation et, au besoin, de soumettre au Conseil toutes nouvelles recommandations;

23. Rappelle que le GTI a un rôle de garant et d'arbitre impartial du processus de paix, et demande au GTI de : - établir au plus vite, en liaison avec le Premier ministre, un échéancier précis de mise en oeuvre des principales étapes de la feuille de route, - évaluer, contrôler et suivre de près chaque mois les progrès réalisés dans la mise en oeuvre de la feuille de route, rendre compte au Conseil, par l'intermédiaire du Secrétaire général, de son évaluation à ce sujet et de tout obstacle rencontré par le Premier ministre dans l'exécution de son mandat défini au paragraphe 6 ci-dessus, - soumettre en tant que de besoin à toutes les parties ivoiriennes concernées et au Conseil toutes les recommandations qu'il jugera nécessaires;

24. Exige de toutes les parties ivoiriennes qu'elles s'abstiennent de tout recours à la force et à la violence, y compris contre les civils et les ressortissants étrangers, et de toutes formes de manifestations de rue de nature à créer des troubles;

25 Exige de toutes les parties ivoiriennes qu'elles garantissent la sécurité et la liberté de circulation sur T'ensemble du territoire de la Côte d'Ivoire de tout ressortissant ivoirien;

26. Exige de toutes les Parties ivoiriennes qu'elles coopèrent pleinement aux opérations de l'ONUCI et des forces françaises qui la soutiennent, ainsi que des agences des Nations unies et de leur personnel associe, notamment en garantissant la sécurité et fa liberté de circulation de leur personnel et du personnel associé sur tout le territoire de la Côte d'Ivoire, et réaffirme qu'aucune entrave à leur liberté de mouvement et à la pleine mise en œuvre de leur mandat ne sera tolérée;

27. Demande instamment aux pays voisins de la Côte d'Ivoire d'empêcher tout mouvement transfrontière de combattants ou d'armes vers la Côte d'Ivoire;

28. Se déclare à nouveau gravement préoccupé par toutes les violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire commises en Côte d'Ivoire, et demande instamment aux autorités ivoiriennes d'enquêter sans retard sur ces violations afin de mettre un terme à l'impunité;

de toutes les parties ivoiriennes, y compris des membres des forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire et quel que soit leur grade, dans la mise en oeuvre du processus de paix;

30. Souligne qu'il est totalement prêt à imposer sans délais des sanctions ciblées contre les personnes, désignées par le Comité établi par l'article 14 de la résolution 1572 2004), qui sont reconnues, entre autres choses comme faisant obstacle à la mise en oeuvre du processus de paix, y compris en attaquant ou en faisant obstacle à l'action de l'ONUCI, des forces françaises qui la soutiennent, du Haut Représentant pour les Elections ou du GTI comme responsables de violations graves des droits de l'homme et du droit international humanitaire perpétrées en Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002, comme incitant publiquement à la haine et à la violence ou agissant en violation de l'embargo sur les armes, conformément aux résolutions 1572 (2004) et 1643 (2005);

31. Décide de demeurer activement saisi de la question.


COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES

Jeudi 26 Octobre 2006

Un Conseil des ministres s'est tenu ce mercredi 25 octobre de 12 heures à 14 heures, au palais de la présidence sous la présidence du Chef de l'Etat, son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo. Le Conseil des ministres a eu à examiner plusieurs projets de décrets ainsi que des communications, et autorisé l'organisation de réunions ainsi que des missions à l'étranger.

Projets de décrets

Sur présentation des ministres en charge des départements concernés et après délibération, le Président de la République a signé au titre des mesures générales deux (02) décrets.

Ministères d'Etat, ministère du Plan et du Développement

Un projet de décret portant organisation du Recensement décennal de la population et de l'habitation en Côte d'Ivoire pour 2008. Outre une meilleure connaissance de la dynamique démographique, nécessaire à la gestion de l'économie, le recensement projeté fournira des données précieuses pour l'élaboration des plans, stratégies et programmes de développement du pays. Ce recensement revêt par ailleurs une importance particulière en ce qui fournira des informations statistiques qui aideront à mieux percevoir l'impact de la crise sur les populations et sur l'économie.

Ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de la Communication

Un projet de décret fixant les conditions de délivrance de la carte d'identité de journaliste professionnel, de professionnel de la communication et organisant la Commission paritaire d'attribution conformément à la loi n° 2004-643 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la presse. La carte n'est délivrée qu'aux journalistes professionnels ou aux professionnels de la communication tels que définis par la loi précitée à savoir: " Toute personne physique qui, outre les conditions tenant à l'exercice régulier et à titre principal de la profession, justifie d'un diplôme supérieur délivré par une Ecole professionnelle de journalisme ou à défaut, d'une licence de l'enseignement supérieur assortie d'une formation professionnelle de deux ans ou à défaut d'une maîtrise de l'enseignement supérieur ou d'un diplôme équivalant, assorti d'une école agrée par l'Etat ou un stage professionnel reconnu. La carte est délivrée pour une année renouvelable dans les mêmes conditions. La commission paritaire d'attribution comprend 12 membres représentant le Conseil national de la presse, le Conseil national de la communication audiovisuelle et les organes d'auto-régulation. Les décisions de ladite Commission doivent être motivées et sont susceptibles de recours devant les organes de régulation siégeant en formation collégiale et le cas échéant devant les juridictions compétentes.

Communications

Le Conseil des ministres a ensuite entendu cinq communications présentées par les responsables chargés des départements concernés.

Ministère de l'Administration du territoire

Une communication relative à l'apurement de la dette liée au transport aérien et à l'hébergement des pèlerins, lors des éditions 2004 et 2005 du Hadj et dont le non paiement ne manque pas de ternir l'image de notre pays auprès des autorités saoudiennes. Cette dette trouve sa source dans le non acquittement par certains pèlerins de leurs frais d'hébergement (32. 349.000 CFA) et dans le manque à gagner de la compagnie Air Universal (84.000.000 CFA pour l'année 2004; 165 000 000 F CFA pour l'année 2005) lié d'autre part à une immobilisation de 48 heures pour retard de délivrance des visas en 2004, d'autre part à l'autorisation d'une deuxième compagnie en contravention au contrat d'exclusivité signé en 2005. Après délibération, le Conseil a donné son accord pour l'apurement de la dette. Toutefois les associations coupables de manquement seront poursuivies en vue du recouvrement des sommes dues et si besoin était se verront retirer leur agrément.

Ministère de la Fonction publique, de l'Emploi et de la Réforme administrative

Une communication relative au Programme de création d'emplois au profit des jeunes affectés par la crise et au lancement du premier programme expérimental (PRODIGE Ouest). Il s'agit d'une opération visant à permettre à des jeunes affectés par la crise, de développer sur tout le territoire national, dans lés chefs lieux comme dans les campagnes, des projets dans les domaines de la production, de la collecte et de la commercialisation de produits agricoles; de l'élevage; de la pêche; de l'artisanat de la petite transformation et des services divers ; de faisabilité en passant par la formation, le renforcement des capacités, l'acquisition des investissements, l'Installation et la gestion des projets. Sont associés à ce programme les organismes spécialisés tels que l'ANADER, l'AGEPE, l'AGEFOP ..., les structures de f1nancement décentralisées, les collectivités territoriales, les communautés de base concernées. Le Premier Programme expérimental concerne la région Ouest, allant de Bangolo à Zouan Houien et touchera 1500 Jeunes. Ce Programme a reçu l'appui du BIT.

Ministère de la Culture et de la Francophonie

Une communication relative à la prise en charge des frais occasionnés par les travaux de la commission technique tripartite sur la reforme des droits d'auteur et droits voisins en Côte d'Ivoire.

Ministère de la Production animale et des Ressources halieutiques

Une communication relative au contrôle de la grippe aviaire en Côte d'Ivoire. II ressort que: la grippe aviaire a été décelée en mai 2006. Les deux principaux foyers déclarés (District d'Abidjan, Département de San Pedro) sont aujourd'hui maîtrisés par la mise en œuvre de diverses mesures de police sanitaire à savoir : - l'abattage systématique et l'indemnisation des propriétaires, -la désinfection, la fermeture des marchés de volailles, - l'interdiction de mouvements de volailles entre régions, - l'organisation de la surveillance épidémiologique, - l'Interdiction d'exportation et d'importation de volailles. Aujourd'hui, suite à cette maîtrise de l'épizootie, les marchés ont été autorisés à rouvrir en juillet 2006 et l'interdiction d'importation a été levée en août 2006 avec cependant quelques restrictions touchant les pays affectés. Des programmes de vaccination d'élevages, de formation de vaccinateurs sont en cours; des comités départementaux de lutte contre la grippe aviaire ont été installés. La Côte d'Ivoire bénéficie de l'assistance technique et financière de la FAO, de l'OMS, de l'UE, de la BAD et de pays amis. Un budget global de lutte contre la grippe aviaire de 13 millions a été élaboré. Trois accords de partenariat ont été établis entre les acteurs nationaux de la lutte contre la grippe aviaire (FIRCA et IPRAVI ; FIRCA et CNLGA; ANADER et CNLGA). Par ailleurs, tenant compte de la période des fêtes de fin d'année et de la nécessité d'un approvisionnement approprié du marché de volailles, sans remettre en cause le principe de précaution, des dispositions sont envisagées en vue d'alléger les conditions d'importation de volailles en provenance de pays non affectés.

Ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de l'Economie et des Finances

Un compte rendu du séminaire sur l'optimisation de la dépense publique, organisé du 23 au 26 août 2006 à Yamoussoukro et les conditions de mise en œuvre des résolutions adoptées. Celles-ci visent: à développer un modèle efficace de projection budgétaire et une meilleure rationalisation et observation des principes et procédures budgétaires tenant compte notamment de la réglementation communautaire;
- une plus grande maîtrise des recettes de services qui passe par leur parfaite identification et la définition d'un cadre institutionnel réglementaire et fonctionnel précis.
- une meilleure articulation des outils de gestion électronique des finances publiques (SIGFIP, ASTER, SIGMAP) et la vulgarisation dans l'administration du recours aux moyens électroniques ;
- l'inscription dans des délais, la mise en œuvre des actions d'exécution des finances publiques;
- la création d'un cadre de concertation entre les structures concernées par la gestion du personnel de l'administration et une plus grande responsabilisation des DAAF et DRH dans la gestion des dossiers des personnels avec la Fonction publique;
- un contrôle plus rigoureux sur les actes générateurs de dépense tels la consommation d'eau, d'électricité, de téléphone, les missions hors Côte d'Ivoire, le matériel mobilier et immobilier ;
- la vulgarisation du contrôle des dépenses par la création d'un corps de contrôleurs et le renforcement des contrôles interne et externe ainsi que la responsabilisation des acteurs clés de l'exécution de la dépense publique;

Le ministre délégué a demandé en conclusion, tenant compte de la situation actuelle des finances publiques qui appelle une plus grande rigueur dans leur gestion, l'autorisation pour la mise en œuvre sans délai des différentes résolutions. Après délibération, le Conseil des ministres a adopté les conclusions des différentes communications. Nominations et agréments Ministère des Affaires étrangères Sur présentation du ministre de la Défense assurant l'intérim du ministre en charge de ce département, le Président de la République, après délibération a signé plusieurs décrets portant nomination d'Ambassadeurs; extraordinaires et plénipotentiaires de la République de Côte d'Ivoire près:
- la République du Tchad avec résidence à N'Djamena,
- la République du Mali avec résidence à Bamako,
-la République du Sénégal avec résidence Dakar.

De même, après délibération le Conseil des ministres a donné son agrément pour la nomination:
- du représentant président de l'ONUDI en Côte d'Ivoire,
- d'un Ambassadeur extraordinaire plénipotentiaire du Royaume de Belgique près la République de Côte d'Ivoire avec résidence à Abidjan,
- d'un Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République fédérale et démocratique d'Ethiopie près la République de Côte d'Ivoire avec résidence à Abidjan.

Avant la levée de la séance, le Premier ministre a tenu au regard de la situation délétère observée il l'approche du 31 octobre 2006 et dans l'attente de la résolution du Conseil de sécurité sur la sortie de crise en Côte d'Ivoire à rassurer les Ivoiriens. Pour le Premier ministre, la situation est certes difficile, mais le Gouvernement demande aux populations de ne pas tomber dans l'angoisse et de ne pas céder à la panique. Il les a également Invité à la sérénité et à garder l'espoir d'une sortie de crise effective.

Le Ministre de la Fonction publique, de l'Emploi et de la Réforme administrative
Porte-parole du gouvernement
Pr Hubert Oulaye


COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES

Jeudi 26 Octobre 2006

Un Conseil des ministres s'est tenu ce mercredi 25 octobre de 12 heures à 14 heures, au palais de la présidence sous la présidence du Chef de l'Etat, son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo. Le Conseil des ministres a eu à examiner plusieurs projets de décrets ainsi que des communications, et autorisé l'organisation de réunions ainsi que des missions à l'étranger.

Projets de décrets

Sur présentation des ministres en charge des départements concernés et après délibération, le Président de la République a signé au titre des mesures générales deux (02) décrets.

Ministères d'Etat, ministère du Plan et du Développement

Un projet de décret portant organisation du Recensement décennal de la population et de l'habitation en Côte d'Ivoire pour 2008. Outre une meilleure connaissance de la dynamique démographique, nécessaire à la gestion de l'économie, le recensement projeté fournira des données précieuses pour l'élaboration des plans, stratégies et programmes de développement du pays. Ce recensement revêt par ailleurs une importance particulière en ce qui fournira des informations statistiques qui aideront à mieux percevoir l'impact de la crise sur les populations et sur l'économie.

Ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de la Communication

Un projet de décret fixant les conditions de délivrance de la carte d'identité de journaliste professionnel, de professionnel de la communication et organisant la Commission paritaire d'attribution conformément à la loi n° 2004-643 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la presse. La carte n'est délivrée qu'aux journalistes professionnels ou aux professionnels de la communication tels que définis par la loi précitée à savoir: " Toute personne physique qui, outre les conditions tenant à l'exercice régulier et à titre principal de la profession, justifie d'un diplôme supérieur délivré par une Ecole professionnelle de journalisme ou à défaut, d'une licence de l'enseignement supérieur assortie d'une formation professionnelle de deux ans ou à défaut d'une maîtrise de l'enseignement supérieur ou d'un diplôme équivalant, assorti d'une école agrée par l'Etat ou un stage professionnel reconnu. La carte est délivrée pour une année renouvelable dans les mêmes conditions. La commission paritaire d'attribution comprend 12 membres représentant le Conseil national de la presse, le Conseil national de la communication audiovisuelle et les organes d'auto-régulation. Les décisions de ladite Commission doivent être motivées et sont susceptibles de recours devant les organes de régulation siégeant en formation collégiale et le cas échéant devant les juridictions compétentes.

Communications

Le Conseil des ministres a ensuite entendu cinq communications présentées par les responsables chargés des départements concernés.

Ministère de l'Administration du territoire

Une communication relative à l'apurement de la dette liée au transport aérien et à l'hébergement des pèlerins, lors des éditions 2004 et 2005 du Hadj et dont le non paiement ne manque pas de ternir l'image de notre pays auprès des autorités saoudiennes. Cette dette trouve sa source dans le non acquittement par certains pèlerins de leurs frais d'hébergement (32. 349.000 CFA) et dans le manque à gagner de la compagnie Air Universal (84.000.000 CFA pour l'année 2004; 165 000 000 F CFA pour l'année 2005) lié d'autre part à une immobilisation de 48 heures pour retard de délivrance des visas en 2004, d'autre part à l'autorisation d'une deuxième compagnie en contravention au contrat d'exclusivité signé en 2005. Après délibération, le Conseil a donné son accord pour l'apurement de la dette. Toutefois les associations coupables de manquement seront poursuivies en vue du recouvrement des sommes dues et si besoin était se verront retirer leur agrément.

Ministère de la Fonction publique, de l'Emploi et de la Réforme administrative

Une communication relative au Programme de création d'emplois au profit des jeunes affectés par la crise et au lancement du premier programme expérimental (PRODIGE Ouest). Il s'agit d'une opération visant à permettre à des jeunes affectés par la crise, de développer sur tout le territoire national, dans lés chefs lieux comme dans les campagnes, des projets dans les domaines de la production, de la collecte et de la commercialisation de produits agricoles; de l'élevage; de la pêche; de l'artisanat de la petite transformation et des services divers ; de faisabilité en passant par la formation, le renforcement des capacités, l'acquisition des investissements, l'Installation et la gestion des projets. Sont associés à ce programme les organismes spécialisés tels que l'ANADER, l'AGEPE, l'AGEFOP ..., les structures de f1nancement décentralisées, les collectivités territoriales, les communautés de base concernées. Le Premier Programme expérimental concerne la région Ouest, allant de Bangolo à Zouan Houien et touchera 1500 Jeunes. Ce Programme a reçu l'appui du BIT.

Ministère de la Culture et de la Francophonie

Une communication relative à la prise en charge des frais occasionnés par les travaux de la commission technique tripartite sur la reforme des droits d'auteur et droits voisins en Côte d'Ivoire.

Ministère de la Production animale et des Ressources halieutiques

Une communication relative au contrôle de la grippe aviaire en Côte d'Ivoire. II ressort que: la grippe aviaire a été décelée en mai 2006. Les deux principaux foyers déclarés (District d'Abidjan, Département de San Pedro) sont aujourd'hui maîtrisés par la mise en œuvre de diverses mesures de police sanitaire à savoir : - l'abattage systématique et l'indemnisation des propriétaires, -la désinfection, la fermeture des marchés de volailles, - l'interdiction de mouvements de volailles entre régions, - l'organisation de la surveillance épidémiologique, - l'Interdiction d'exportation et d'importation de volailles. Aujourd'hui, suite à cette maîtrise de l'épizootie, les marchés ont été autorisés à rouvrir en juillet 2006 et l'interdiction d'importation a été levée en août 2006 avec cependant quelques restrictions touchant les pays affectés. Des programmes de vaccination d'élevages, de formation de vaccinateurs sont en cours; des comités départementaux de lutte contre la grippe aviaire ont été installés. La Côte d'Ivoire bénéficie de l'assistance technique et financière de la FAO, de l'OMS, de l'UE, de la BAD et de pays amis. Un budget global de lutte contre la grippe aviaire de 13 millions a été élaboré. Trois accords de partenariat ont été établis entre les acteurs nationaux de la lutte contre la grippe aviaire (FIRCA et IPRAVI ; FIRCA et CNLGA; ANADER et CNLGA). Par ailleurs, tenant compte de la période des fêtes de fin d'année et de la nécessité d'un approvisionnement approprié du marché de volailles, sans remettre en cause le principe de précaution, des dispositions sont envisagées en vue d'alléger les conditions d'importation de volailles en provenance de pays non affectés.

Ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de l'Economie et des Finances

Un compte rendu du séminaire sur l'optimisation de la dépense publique, organisé du 23 au 26 août 2006 à Yamoussoukro et les conditions de mise en œuvre des résolutions adoptées. Celles-ci visent: à développer un modèle efficace de projection budgétaire et une meilleure rationalisation et observation des principes et procédures budgétaires tenant compte notamment de la réglementation communautaire;
- une plus grande maîtrise des recettes de services qui passe par leur parfaite identification et la définition d'un cadre institutionnel réglementaire et fonctionnel précis.
- une meilleure articulation des outils de gestion électronique des finances publiques (SIGFIP, ASTER, SIGMAP) et la vulgarisation dans l'administration du recours aux moyens électroniques ;
- l'inscription dans des délais, la mise en œuvre des actions d'exécution des finances publiques;
- la création d'un cadre de concertation entre les structures concernées par la gestion du personnel de l'administration et une plus grande responsabilisation des DAAF et DRH dans la gestion des dossiers des personnels avec la Fonction publique;
- un contrôle plus rigoureux sur les actes générateurs de dépense tels la consommation d'eau, d'électricité, de téléphone, les missions hors Côte d'Ivoire, le matériel mobilier et immobilier ;
- la vulgarisation du contrôle des dépenses par la création d'un corps de contrôleurs et le renforcement des contrôles interne et externe ainsi que la responsabilisation des acteurs clés de l'exécution de la dépense publique;

Le ministre délégué a demandé en conclusion, tenant compte de la situation actuelle des finances publiques qui appelle une plus grande rigueur dans leur gestion, l'autorisation pour la mise en œuvre sans délai des différentes résolutions. Après délibération, le Conseil des ministres a adopté les conclusions des différentes communications. Nominations et agréments Ministère des Affaires étrangères Sur présentation du ministre de la Défense assurant l'intérim du ministre en charge de ce département, le Président de la République, après délibération a signé plusieurs décrets portant nomination d'Ambassadeurs; extraordinaires et plénipotentiaires de la République de Côte d'Ivoire près:
- la République du Tchad avec résidence à N'Djamena,
- la République du Mali avec résidence à Bamako,
-la République du Sénégal avec résidence Dakar.

De même, après délibération le Conseil des ministres a donné son agrément pour la nomination:
- du représentant président de l'ONUDI en Côte d'Ivoire,
- d'un Ambassadeur extraordinaire plénipotentiaire du Royaume de Belgique près la République de Côte d'Ivoire avec résidence à Abidjan,
- d'un Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République fédérale et démocratique d'Ethiopie près la République de Côte d'Ivoire avec résidence à Abidjan.

Avant la levée de la séance, le Premier ministre a tenu au regard de la situation délétère observée il l'approche du 31 octobre 2006 et dans l'attente de la résolution du Conseil de sécurité sur la sortie de crise en Côte d'Ivoire à rassurer les Ivoiriens. Pour le Premier ministre, la situation est certes difficile, mais le Gouvernement demande aux populations de ne pas tomber dans l'angoisse et de ne pas céder à la panique. Il les a également Invité à la sérénité et à garder l'espoir d'une sortie de crise effective.

Le Ministre de la Fonction publique, de l'Emploi et de la Réforme administrative
Porte-parole du gouvernement
Pr Hubert Oulaye


DECLARATION DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN SUR LES RECOMMANDATIONS DE L'UNION AFRICAINE

Lundi 23 Octobre 2006

DECLARATION DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN: Que l’ONU n’aggrave pas la situation en Côte d’Ivoire
Depuis la publication du Communiqué de la 64ème réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (U.A.), une fièvre inqualifiable s'est emparée de l'opposition politico-militaire qui n'arrête pas de menacer de brûler la Côte d'Ivoire et de faire partir par la force le président Laurent Gbagbo du pouvoir, après le 31 octobre 2006, au cas où le Conseil de Sécurité de l'ONU ne suspendait pas la Constitution ivoirienne et ne dépouillait pas le président de la République de tous ses pouvoirs au profit du Premier ministre Charles Konan Banny. Pour le FPI, toutes ces menaces doivent dès à présent interpeller la communauté nationale etinternationale par rapport au danger que l'on veut faire courir à notre pays.
Le Front populaire ivoirien s'est, au demeurant, volontairement abstenu de tout commentaire du Communiqué de l'U.A., non parce qu'il s'en satisfait, mais tout simplement pour permettre à l'ONU, qui a déjà une expérience suffisante de la crise ivoirienne, de travailler dans la sérénité et la responsabilité.
Autrement, les décisions arrêtées par les chefs d'Etat africains comportent bien de zones d'ombre et surtout les questions extrêmement importantes relatives au désarmement, à la libre circulation des personnes sur toute l'étendue du territoire, à l'identification et à la confection des listes électorales sont loin d'avoir été traitées avec toute l'attention nécessaire. Mais, le FPI considère l'ensemble des propositions de l'Union africaine (U.A.) comme un ensemble de recommandations et espère que l'ONU en corrigera les faiblesses majeures au cours de sa prochaine réunion.
Dans cette perspective, le FPI reste profondément convaincu que l'ONU ne prendra pas le risque d'aggraver une situation socio-politique déjà précaire à travers une résolution impopulaire qui ne prendrait pas en compte l'essentiel des recommandations de l'U.A.
L'ONU ne cèdera pas à la pression des va-t-en guerre et des partisans de la prise du pouvoir par la force pour perpétrer un coup d'Etat dans l'un de ses pays membres, contrairement aux prescriptions de sa charte fondatrice. C'est pourquoi le FPI demande à toutes ses militantes et à tous ses militants, à tous les patriotes ivoiriens, ainsi qu'à tous les amis de la Côte d'Ivoire de demeurer sereins, mais vigilants et mobilisés.

Fait à Abidjan,
le 24 octobre 2006,
Pour le Front
populaire ivoirien (FPI),
Le Secrétaire général
Porte-parole du Parti


INTERVIEW DE M.SORO GUILLAUME SECRETAIRE GENERAL DES FORCES NOUVELLES SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE

Lundi 23 Octobre 2006

Invité de la télévision burkinabé samedi Guillaume Soro leader des forces nouvelles (ex-rebellion ivoirienne) a fait un large tour d’horizon de l’actualité politique nationale et internationale. L’intégralité d’une interview-vérité.

Q : A l’époque, il semble que vous étiez très proche de la famille Laurent Gbagbo. La FESCI, à un moment donné, était un mouvement affilié à l’opposition. Si cela est vrai, pourquoi avez-nous donc tourné le dos à cette famille.
GS : Disons qu’à l’époque, en 1991, il ne faut pas se cacher les choses, Laurent Gbagbo, en faisant intrusion sur la scène politique, s’était positionné comme l’homme du changement. Il venait comme un homme de gauche, défenseur des valeurs démocratiques. A l’époque, le mouvement étudiant épousait ce même idéal. Et c’est comme cela que nous nous sommes retrouvés ensemble dans la rue, pour revendiquer la démocratie. En son temps, c’était le président Félix Houphouët-Boigny qui était à la tête de l’Etat. Père fondateur de la Nation ivoirienne, il était déjà à sa quarantième année de gouvernance en Côte d’Ivoire. Et vous savez qu’à l’époque, il y avait le système des partis uniques. Déjà, à notre avis en 1999, il était inacceptable pour un pays comme le nôtre d’être dans le système du parti unique. Nous nous sommes battus ensemble. Je dois reconnaître qu’effectivement il y a eu une proximité entre Monsieur Gbagbo et moi-même. Nous avons été amenés, dans le cadre d’une plate-forme large de la gauche ivoirienne, à analyser la situation ivoirienne. Et nous avons été très proches. Malheureusement, je suis de ceux qui ont été totalement désillusionnés et choqués de voir que les valeurs de la gauche que nous avons défendues et réclamées ensemble sont foulées aux pieds par M. Laurent Gbagbo. Il s’est progressivement écarté de toutes ces valeurs que nous souhaitions voir réaliser sur le plan politique. Jusqu'au point où il embouche le discours de l’ivoirité. Pour nous, cela est totalement intolérable et inacceptable dans notre pays. C’est l’ivoirité qui nous a divisé.

Q : Nous reviendrons sur l’ivoirité. Mais, vous avez écrit un livre qui est intitulé : « Pourquoi je suis devenu rebelle : la Côte d’Ivoire au bord du gouffre». Dites-nous pourquoi un jeune étudiant comme vous se voit obligé de prendre les armes. Que s’est-il passé ?
GS : Il y a deux choses. D’abord le mot "rebelle". Ce mot ne m’échappe pas. Qu’on m’appelle "leader des Forces nouvelles" ou de la rébellion, tous ces termes me conviennent. C’est aujourd’hui qu’on essaie de galvauder le mot "rebelle". Le mot "rebelle" a son côté noble. Georges Washington, aux Etats-Unis, était appelé "rebelle", parce qu’il s’était rebellé contre l’empire mère qui était alors la Grande-Bretagne. La rébellion n’a donc pas forcement une connotation péjorative. Ce n’est donc pas un mot qui me choque. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai tenu à ce que le public retienne le titre de ce livre où j’ai expliqué, en partie, pourquoi je suis devenu rebelle. Pour venir à votre question, l’explication est toute simple. Un Etat est organisé de telle sorte que lorsque vous êtes victime d’une injustice, l’Etat répare cette injustice. Cela, à travers les juges et les juridictions. Quand une population est vexée ou frustrée, il y a des moyens légaux qui permettent, à la population, d’exprimer sa colère. Mais, quand dans un Etat, tous ces mécanismes et les rouages de l’Etat ne permettent plus l’expression démocratiques et la libre expression, cela pose un problème. Il se trouve malheureusement que, dans mon pays en Côte d’Ivoire, depuis la mort du président Houphouët, de nouveaux dirigeants qui voulaient confisquer le pouvoir d’Etat ont commencé à tirer en nous les vilains sentiments tels que la xénophobie, la discrimination, etc… De sorte que, du jour au lendemain, nous tous qui étions allés à l’école avec des jeunes bété, baoulé et autres, on a commencé à nous indexer par nos noms. Quand vous vous appelez par exemple "Ouattara Wossoro" en Côte d’Ivoire, vous devenez systématiquement un étranger. Et quand vous avez le malheur de porter un boubou, vous êtes taxé de musulman ou d’étranger. A partir de là, la situation de la Côte d’Ivoire, à l’évidence, ne pouvait que conduire à l’impasse actuelle. J’ai moi-même vécu une expérience que j’ai citée dans le livre. Je revenais, un soir, d’une visite amicale, lorsque j’ai été intercepté sur l’autoroute du pont De Gaulle à Abidjan. Le policier qui a arrêté le véhicule, dans lequel j’avais pris place avec un jeune ami d’ethnie bété, dès qu’il a vu ma carte, s’est tout de suite énervé. Et il a reproché au jeune bété de faire chemin avec un jeune étranger mossi. Des gens qui veulent venir arracher leur pays. A partir de là, j’ai compris que, dès l’instant où l’ivoirité n’était qu’un concept, et que du jour au lendemain, l’ivoirité avait sa réalité concrète, dans le fait que des hommes armés, des policiers, pouvaient taxer un citoyen du fait seulement de son nom, d’étranger ou de mossi ; j’ai compris alors que la situation était devenue grave et dangereuse. Quand les élections de 2000 ont été biaisées par feu le général Robert Guéi, qui a consacré l’exclusion de bon nombre de candidats surtout ceux du Nord, j’ai compris que malheureusement la Côte d’Ivoire s’était engagée dans une voie sans issue. Je peux même vous dire qu’à l’occasion de ces élections, quand Monsieur Laurent Gbagbo s’est proclamé président et que le peuple a voulu insister pour appliquer son droit le plus souverain qui était de choisir ses dirigeants, on a envoyé des gendarmes pour aller les massacrer. Dès lors, ma décision était prise. Il n’était plus question de sortir les gens dans les rues et de rencontrer des balles de Kalachnikovs. Il fallait aller à l’équilibre des rapports de forces sur le terrain. Je me suis dit que si d’aventure, on devrait demander, aux gens, d’aller marcher et que les gendarmes devraient tirer sur ces populations, il faut qu’elles soient en mesure de se défendre. Je pense que c’est dans ces environs qu’il faut tirer l’origine de ma décision d’entrer en rébellion contre un régime cynique qui veut s’accaparer du pouvoir.

Q : On a le cas du Congo (ex-Zaïre) où M. Etienne Tshisékédi a préféré, malgré les difficultés du moment, rester dans une opposition politique non armée. N’est-ce donc pas un raccourci que vous avez pris ?
GS : Je pense que cela dépend des options des uns et des autres. Que M. Tshisékédi soit resté dans l’opposition dite non armée, cela n’a pas empêché le Zaïre de connaître une rébellion. Ce qui est en cause, c’est de savoir si le principe démocratique est respecté dans notre pays. Malheureusement, quand vous avez en face un régime qui a pour programme de gouvernement la catégorisation des Ivoiriens, il faut dire qu’il y a un problème.

Q : La Côte d’Ivoire est divisée depuis 4 ans. Que ressentez-vous en voyant votre pays dans un tel état ?
GS : Personne ne peut se féliciter d’aller à la guerre. C’est l’ultime étape du désespoir d’un peuple. Et c’est ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Vous avez des jeunes Ivoiriens qui ont décidé de prendre des armes pour réclamer le droit de vivre sur la terre de leurs ancêtres. On peut ne pas avoir de l’argent, mais ce qu’on ne peut pas négocier, c’est sont identité. Et nous ne pouvons pas accepter d’entrer dans la compromission de notre identité. Ce que nous demandons, c’est de vivre sur le sol ivoirien qui nous appartient aussi. Il est vrai que la Côte d’Ivoire connaît une situation de partition depuis 2002 qui ne réjouit personne. C’est pourquoi nous, nous sommes inscrits dans la dynamique politique pour dire qu’il faut une solution pacifique à la crise que nous vivons. C’est ce qui fait que, par exemple, nous avons décidé de ne pas aller à la cessession. Nous n’avons pas décidé de nous retirer du "national" qui est la Côte d’Ivoire.
Cela est important car d’autres l’auraient fait. Bien que contrôlant 60% du territoire, nous avons continué à préserver l’intégrité du territoire et à demeurer dans la nation ivoirienne. L’hymne chanté à Abidjan est le même à Bouaké.

Q : Par votre position au Nord, on dit que vous avez des soutiens dans des pays voisins comme le Burkina et le Mali. On dit même que le président Compaoré est un de vos parrains.
GS : Ce sont des accusations fallacieuses qui ne sont pas fondées. Je me rappelle une tactique classique de tous les régimes. Quand ils sont face à des difficultés, le plus facile est de trouver des voisins coupables. Aujourd’hui, je suis surpris que Gbagbo, qui en ses temps d’opposition, était accusé d’être financé par Kadhafi, lui accuse aujourd’hui Blaise Compaoré d’être le parrain de la rébellion. Si la situation n’était pas aussi grave, on pouvait continuer d’en rire. Blaise Compaoré n’a pas besoin de dire, aux citoyens ivoiriens, que si on est en train de déchirer vos cartes d’identité, il faut vous battre. Il ne faut pas que les Ivoiriens attendent Blaise Compaoré pour leur donner ce conseil. Tantôt c’est Blaise Comparé ou c’est Wade ou encore Obasanjo. En fin de compte, ça frise le ridicule.

Q : Mais, comment financez-vous vos troupes ?
GS : Souvent, lorsque la volonté est là, vous n’avez pas besoin de milliards. La différence entre la rébellion ivoirienne et d’autres rébellions, c’est qu’elle n’est pas en quête du pouvoir pour le pouvoir. C’est en cela que la rébellion ivoirienne est, par exemple, différente de celle du Libéria et de bien d’autres. Nous, nous sommes venus pour revendiquer le droit d’être des citoyens libres dans notre pays. Et quand vous venez promouvoir de telles valeurs, vous avez le soutien des populations. Ces populations sachant la noblesse de notre combat nous ont beaucoup apporté leur soutien.

Q : On dit que les 60% que vous contrôlez sont une zone sinistrée.
GS : Je vais vous dire que la situation n’est pas facile. Je ne vais pas vous faire de la démagogie pour dire que, parce que la rébellion est dans le nord, alors c’est le luxe. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Mais, il faut aussi dire que nous, nous sommes organisés de telle sorte que le minimum soit assuré. Vous pouvez convenir, avec moi, que dans le Nord de la Côte d’Ivoire, il n’y a pas encore de famine déclarée. Cela veut dire au moins que les gens ont la pitance quotidienne. Il n’y a pas de longs fils pour aller prendre la nourriture que distribuerait les organisations ou organismes d’aide. Je veux dire qu’il y a un minimum qui est fait. C’est vrai qu’il y a beaucoup de difficultés. Surtout la fermeture des banques qui nous préoccupe énormément. Nous sommes en train de travailler dans ce sens. Et je peux vous assurer qu’un minimum est fait pour instaurer un équilibre économique et une certaine stabilité viable qui permette, aux populations, de continuer d’y vivre et de vaquer à leurs occupations de façon normale.

Q : La semaine dernière, il y a un opposant burkinabé qui disait, au cours de cette même émission, que les rebelles ivoiriens narguaient un peu les populations du Burkina, avec leurs belles voitures et leurs belles villas. Et qu’il y a même eu des moments où certains cortèges ont écrasé des civils. Quelles réactions ?
G.S. : Je pense qu’il n’ y a pas de commentaires particuliers. Il est évident qu’une situation de rébellion n’est pas aisée à gérer. Diriger un parti politique, c’est difficile. Mais diriger une rébellion, c’est mille fois difficile. Il est vrai qu’après le 19 septembre 2002, certaines brebis galeuses et des éléments incontrôlés, par des manœuvres peu tolérables, ont pu nuire à l’image de marque des Forces Nouvelles. C’est vrai qu’à un moment donné, on m’a signalé que certains de nos éléments étaient trop vus dans les capitales burkinabés et maliennes. Ce sont des choses à déplorer et à condamner. Et d’ailleurs, nous avons pris un certain nombre de mesures pour que ce genre de dérives n’arrive pas. Si nous sommes venus nous battre, pour la démocratie et pour des causes aussi nobles, il faudrait qu’on soit un exemple. Il est vrai aussi que, dans ce genre de situation, il y a des gens qui profitent par opportunisme. Cela est regrettable et je me bats contre ça. Les peuples burkinabé et maliens doivent comprendre le leadership des Forces nouvelles. Il ne faut pas que ce genre de dérives occulte l’idéal qui doit demeurer la volonté de combattre pour la démocratie en Côte d’Ivoire.

Q. : Mais avez-vous intérêt à ce que cette crise s’estompe ?
G.S. : Je suis très pressé à ce que la crise finisse. Parce que, dans ce combat, on m’a volé ma jeunesse. J’aurais bien voulu aussi être comme tous les jeunes, aller ça et là dans les cinéma et autres boîtes de nuit. Mais, je ne peux plus le faire. Et je vais vous dire qu’on ne se complait pas dans une telle situation. Je peux aussi vous dire qu’en tant que Guillaume Soro, je n’ai pas à donner la rébellion pour être une icône politique en Côte d’Ivoire. Quand j’étais à la tête du mouvement étudiant, j’avais déjà été élu "l’homme de l’année.
Bien au contraire, j’ai perdu les sympathies parce que je suis à la tête de la rébellion. Quand la guerre sera fini, chacun aura sa voie. C’est Gbagbo qui ne veut pas de la fin de la guerre. Il sait qu’il ne serait plus rien. Nous, par contre, nous avons notre avenir devant nous. Nous avons intérêt à aller vite à la paix.

Q : Parlant du fameux charnier de Yopougon et des violations des droits de l’Homme, dites-nous si tout cela relève du passé ?
G.S : Quand nous sommes venus, nous avons mis un point d’honneur au respect des droits de l’Homme. L’une des causes de la guerre en Côte d’Ivoire, est l’impunité. C’est parce que le charnier de Yopougon n’a pas été traité correctement et les responsables n’ont pas été punis que nous en sommes arrivés là. L’impunité a favorisé la recrudescence des violations des droits de l’Homme. Nous sommes venus en réaction à cela. Quand il y a la guerre, malheureusement, il y a des morts. Cela, nous le déplorons. Mais, entre la politique de planification des tueries des escadrons de la mort de Gbagbo et quelques dérapages qui ont pu avoir lieu au Nord, il n’y a pas de comparaison. Je suis celui qui collabore avec les Nations Unies chaque fois qu’il y a des cas de violation des droits de l’Homme dans nos zones. J’ai déjà dit que nous sommes responsables. Les récents rapports des Nations Unies montrent qu’il y a un effort au Nord plus qu’au Sud. Chacun répondra des actes posés en dehors du cadre de la guerre.

Q : Après le 30 octobre, que se passera-t-il en Côte d’Ivoire ?
G. S : Nous avons été clairs sur la question. Nous avons demandé et nous continuions de demander, à la communauté internationale, de prendre des mesures courageuses. Nos propositions sont de dire qu’il faut suspendre la Constitution ivoirienne. Elle est mauvaise. C’est elle qui est à l’origine de la guerre.

Q : Elle a pourtant été votée par l’ensemble des Ivoiriens ?
G. S : Je n’ai pas voté cette Constitution. Le peuple ivoirien n’a pas voté cette Constitution. Il y a eu 73% d’abstention lors du Référendum constitutionnel organisé en 2000 sous un régime militaire. Elle ne peut pas être consensuelle. A supposer même qu’elle fut consensuelle, mais le fait qu’elle regorge des articles confligènes, nous demandons qu’il faut la suspendre. Elle consacre l’ivoirité et la ségrégation entre les Ivoiriens. Ensuite, une Constitution qui a "fait" la guerre ne peut pas envoyer la paix. Entre temps, nous avons estimé qu’il fallait adopter un Acte constitutionnel de transition qui permette d’organiser les pouvoirs en Côte d’Ivoire. Ceci dit, nous considérons que Gbagbo ne peut pas continuer d’être le chef de l’Etat. Même la Constitution dont il se prévaut, ne le lui permet pas. Le peuple de Côte d’Ivoire est souverain et il élit le président de la République pour cinq ans. Pas plus. Le mandat électif de Gbagbo est arrivé à échéance le 31 octobre 2005. Dès lors qu’il n’est plus oint par les urnes, nous considérons qu’il doit être mis de côté. En plus, Gbagbo est candidat aux élections. Il doit être mis de côté pour que nous ayons une transition à la libérienne.

Q : Est-ce réaliste de mettre Laurent Gbagbo de côté ?
G.S : Bien sûr. Pensez-vous que si on avait demandé, à Charles Taylor, de quitter le pouvoir et qu’on attendait son humble avis, il l’aurait fait ? Non. Ou la communauté internationale choisit de protéger un individu ou elle choisit de mettre fin aux souffrances du peuple. Il s’agit de sauver le peuple ivoirien et non un individu. C’est pourquoi, nous avons fait cette proposition. La CEDEAO s’est réunie et selon ce que nous apprenons, elle aurait reconduit le mandat de Gbagbo (l’interview a été réalisée avant Abuja, ndlr).

Q : Vous êtes déçu de la CEDEAO ?
G.S : C’est un mot trop fort. Mais en même temps, je considère qu’il ne revient pas à la CEDEAO de venir enlever Gbagbo. C’est au peuple ivoirien de prendre ses responsabilités.

Q : Vous appelez à un soulèvement populaire ?
G.S : Cela ne doit pas vous surprendre de ma part. Quand quelqu’un a déjà pris les armes, ce n’est pas un soulèvement populaire qui serait une grosse affaire pour lui. Ce qu’il faut que les Ivoiriens comprennent, c’est que ni la CEDEAO, ni l’UA, ni l’ONU ne viendront résoudre les problèmes des Ivoiriens à leur place. Il est aussi vrai que, quand nous avons décidé de prendre nos responsabilités, le 19 septembre 2002, par la prise des armes, l’opinion internationale s’est invitée dans le débat. Ils étaient supposés apporter des solutions de paix. De toutes façons, Gbagbo s’arc-boute sur son prétendu mandat pour ne pas faire droit à la paix.

Q : Certains observateurs disent que Gbagbo est un homme rusé, malgré tout…
G.S : Si la ruse consiste à tromper ses partenaires et adversaires, alors je ne pense pas que ce soit une qualité à promouvoir. Laurent Gbagbo n’a pas su conduire les affaires en Côte d’Ivoire. En 1990, il y a eu une mutinerie de l’armée ivoirienne. Le Président Houphouët a appelé les jeunes mutins pour négocier avec eux. Plusieurs ministres avaient quitté le pays. Houphouët, malgré l’opposition de ses Généraux a rencontré les militaires, mu par l’esprit de la patience et de la sagesse. Houphouët a résolu leurs problèmes et ils sont sortis du Palais en scandant « Houphouët, Président ». En 2002, une mutinerie éclate à Abidjan. Gbagbo est en Italie. Les soldats sortent dans la rue, il y a des tirs. Les « Zinzin » et « Bahefoué » réclament d’être réintégrés dans l’armée. Depuis l’Italie, où il se trouvait, Gbagbo déclare la guerre aux militaires. Ils n’avaient pas d’autres choix que de se battre. C’est ce qui va conduire à la rébellion et à la partition de fait du pays. Deux situations similaires, deux chefs d’Etat qui n’ont pas la même approche et voilà que la Côte d’Ivoire est divisée en deux.

Q : Ne peut-on pas dire que la mainmise sur les FANCI est l’un des points forts du régime Gbagbo ?
G.S : Vous avez une armée qui n’en a jamais été véritablement. Depuis son arrivée au pouvoir, Gbagbo l’a tribalisée à outrance. L’armée, à mesure que le temps passe, s’est disloquée. Le Général Doué Mathias est aujourd’hui dans la clandestinité avec beaucoup d’autres officiers. Mangou Philippe est là, mais il est évident que Gbagbo ne compte que sur les miliciens et sur sa garde prétorienne. Je pense qu’il n’y a pas de cohérence dans cette armée. Quand les militaires sont dépossédés de leurs armes au profit de la frange tribale de l’armée, il est évident qu’il maîtrise l’armée alors qu’en réalité, elle est majoritairement contre la guerre.

Q : On a entendu Doué menacer de descendre sur Abidjan. Vous également, vous le dites au cas où la Licorne partirait ? Avez-vous les moyens de le faire ? N’est-ce pas de la surenchère ?
G.S : Nous sommes loin de faire de la surenchère. Surtout dans une situation aussi délétère. Le 4 novembre 2004, Gbagbo, avec la complicité active ou passive de la France, a eu l’accord d’attaquer le Nord de la Côte d’Ivoire. Le 4 novembre, alors qu’il avait une armée plus ou moins cohérente et qu’il avait une aviation, il lance les avions Sukhoï à l’assaut de Bouaké. Les troupes terrestres sont lancées. Nous réussissons à les contenir et à les repousser. Le 5 novembre, c’est le même scénario. Nous les repoussons au-delà de la ligne de confiance. Le 6, vous avez appris ce qui s’est passé. C’est ce que j’appelle une bataille à tuer les autres batailles. En réalité, quand les deux premiers jours, Gbagbo a échoué, il y a eu du découragement et la démobilisation au sein de ses troupes. Certaines mauvaises langues ont prétendu avoir vu des Français combattre aux côtés de la rébellion. Ce qui est totalement faux. C’est peut-être ce qui a incité les bombardements du camp militaire français. C’est pour vous dire qu’en 2004, Gbagbo nous a attaqués, il n’a pas pu prendre la suprématie. Même pas un centimètre carré. Ce n’est pas aujourd’hui où son armée est au plus mal et au plus bas qu’il pourrait nous battre.

Q : Il a eu le temps de s’armer, qui sait ?
G.S : Ah non ! En 2004, il avait une aviation. Maintenant, il n’en a plus. En 2004, il avait des officiers qui avaient du mérite. Il n’en a plus. Il avait des armes lourdes. Il n’en a plus. Et je sais de quoi je parle.

Q : Vous avez récusé la médiation sud africaine. Mbeki n’est plus crédible, à vous entendre.
G.S : Un médiateur ne peut conduire à bien sa mission que s’il bénéficie de la confiance de l’ensemble des acteurs. Thabo Mbeki ne nous inspire plus confiance. Il a un parti pris pour M. Laurent Gbagbo.

Q : Avez-vous des exemples précis ?
G.S : Il y en a plusieurs. Quand le 6 novembre 2004, l’armée française a détruit l’aviation de Laurent Gbagbo, Thabo Mbeki s’est rendu à Yamoussoukro et a versé des larmes en découvrant "les cadavres" des Sukhoï. Cela a choqué les Ivoiriens. Ces avions symbolisent, au Nord, la mort et la désolation. Etait-il indiqué d’aller verser des larmes et oublier la mémoire des Ivoiriens qui ont perdu leur vie par la faute de cette aviation ? Nous n’avons pas pu pardonner et admettre cela à Thabo Mbeki. Deuxièmement, quand nous sommes allés en Afrique du Sud pour entamer les négociations avec Mbeki, il nous a dit ceci : « Il y a un problème Ivoiro-ivoirien et il y a un problème entre la Côte d’Ivoire et la France ». Ce qui voulait dire qu’il s’était déjà laissé séduire par le discours opportuniste et démagogique de Gbagbo qui prétendait être un résistant panafricain qui combat l’impérialisme. Tout le monde sait par contre que Gbagbo a pris le pouvoir avec le soutien actif du gouvernement de Jospin. Gouvernement de gauche qui, à l’époque était avec lui dans l’Internationale socialiste. Gbagbo, jusqu’à ce jour, continue de concéder toute l’économie de Côte d’Ivoire à la France alors qu’il crie sur tous les toits qu’il est contre ce pays et qu’il demande son départ de la Côte d’Ivoire. Ceci est totalement ridicule.

Q : Mbeki a réussi, malgré tout, à faire accepter la candidature de Ouattara. C’est un point positif à mettre à son actif.
G.S : Je n’étais pas d’accord avec la façon dont la question de la candidature de M. Ouattara a été traitée par les accords de Pretoria. L’accord de Marcoussis était très clair. Il a dit que la Constitution ivoirienne était mauvaise et qu’il fallait la réviser. Entre notre proposition de suspendre la Constitution et celle de Gbagbo de la maintenir, Marcoussis a trouvé le compromis en préconisant qu’il fallait la réviser. En d’autres termes, qu’il fallait en réviser certains articles inacceptables. Et notamment, l’article 35 qui excluait de fait des citoyens Ivoiriens à la course à la présidentielle. Au lieu d’aller courageusement à la révision, M. Mbeki a proposé que Gbagbo use de l’article 48 de cette même constitution pour permettre à tous les signataires qui le désirent, d’être candidats. A première vue, c’est une avancée. Mais à mon avis, la question de la révision de la Constitution reste intacte. Notre problème à nous, Forces Nouvelles, n’était pas un problème de candidature. Mais plutôt d’Identité et de citoyenneté.

Q : N’êtes vous pas vous-même candidat ?
G.S : Nous sommes venus pour rectifier une situation. Je ne suis pas candidat pour des convictions personnelles. Si je suis candidat, je fausserais le jeu. Je ne peux pas profiter d’une situation alors que j’ai donné ma parole. Je ne reviendrai pas sur ma parole. Il faut montrer au peuple ivoirien qu’il y a des citoyens qui peuvent dire une chose et respecter leur parole. Il ne faut pas faire comme le Général Guéi qui est venu et qui était supposé balayer la maison et puis après, il a su tellement balayer qu’il a voulu rester. Vous avez vu les conséquences. Les Forces Nouvelles n’enverraient pas un candidat aux élections présidentielles.

Q : Une appréciation du travail que fait l’Union Africaine avec Sassou N’Guesso ?
G.S : J’ai rencontré le président de l’UA à plusieurs reprises. Il a vraiment la volonté de résoudre la crise ivoirienne. Il n’a pas d’agenda caché. Mais, il est victime des atermoiements et de la roublardise de Gbagbo qui, la nuit peut lui dire que « je suis d’accord avec ce que vous proposez » et le lendemain et dire que « je suis totalement contre ». A partir de là, on comprend bien que ça soit difficile pour le Président Sassou d’avancer. Je pense qu’il est aussi victime de la jalousie qui entoure en pareille circonstance la médiation africaine.

Q : Le président Bongo du Gabon a également sa proposition. Il parle de nommer Ouattara Vice-président et vous Premier ministre. Sont-ce des mesures qui vous conviennent ?
G.S : Notre problème n’est pas un problème de poste. La preuve, nous renonçons à faire acte de candidature.

Q : M. Bongo fait fausse route alors ?
G.S : Le mérite de sa proposition était de proposer en de termes clairs la question du cadre institutionnel en Côte d’Ivoire. Ensuite, il a parlé d’Assemblée constituante. Cela veut dire qu’il reconnaît que la Constitution ivoirienne actuelle ne peut être un facteur de progrès pour la sortie de crise. Sur les quatre grandes formations politiques en Côte d’Ivoire, trois avaient félicité Bongo d’avoir fait cette proposition. A notre avis, elle est bonne. On peut en discuter et l’améliorer.

Q : La RDC a opté pour le principe de 4+1, un Président et quatre Vice-présidents. Est-ce une option?
G.S : Le processus au Congo a connu un gros progrès. Ils iront au second tour des élections présidentielles dans quelques jours. C’est une proposition assez bonne. Cette proposition n’est pas assez loin de celle que nous faisons. Nous avons demandé un Président de la Transition avec deux vice-présidents.

Q : A l’avenir, serez-vous candidat à la magistrature suprême de votre pays ?
G.S : Je ne l’envisage pas pour l’instant. On a encore des années de combat politique devant nous. Ma candidature ne doit pas être vue comme une promotion personnelle. Le combat d’obtenir la démocratie pour la Côte d’Ivoire et de régler définitivement le problème des sans papier est une tâche lourde.

Q : Un mot sur votre existence actuelle… L’imaginiez-vous ainsi et comment la vivez vous ?
G.S : Ce n’est pas facile, la responsabilité que nous assumons. C’est extrêmement pénible. Diriger un mouvement armé, n’est pas chose aisée. Il y a des moments de doute. Quand vous êtes face à vous-même dans votre chambre, vous vous demandez si le combat que vous menez, valait la peine. Mais, quand vous sortez et que vous voyez les valeurs pour lesquelles vous vous battez et que les gens vous exhortent à ne pas baisser les bras, vous vous armez de courage pour assumer la responsabilité qui est la vôtre.

Q : Avez-vous peur de la mort ?
G.S : Tout citoyen a peur de la mort. A ce jour, nous avons échappé à tellement de situations périlleuses que nous nous disons que la mort est une constance avec laquelle il faut vivre. Je considère que les peuples Ivoiriens, Burkinabé et Maliens sont les mêmes. Fondamentalement, je suis panafricaniste convaincu. Je considère que l’Afrique n’aura son salut que dans l’intégration régionale. Cela me parait important. Je ne crois pas que le développement soit viable dans le cadre de nos micro-Etats.
(Source tnb)

Retranscrit par Diawara Samou


SENEGAL / INTERVIEW DE M.IDRISSA SECK ANCIEN PREMIER MINISTRE

Lundi 23 Octobre 2006

Idrissa Seck : «Wade est ligoté par sa famille » (Version transcrite de l'émission de la RFM)
Pendant près d'une heure l'ancien premier ministre Idrissa Seck s'est prêté aux questions de la radio Rfm à Dakar ce dimanche de 11 heures à midi. C'est la première grande interview de Seck depuis sa sortie du gouvernement. Il passe en revue l'ensemble des questions qui brûlent l'actualité et répond sans détours aux questions les plus sensibles. Nous vous proposons la version transcrite de cet entretien radiophonique.

Source : Rfm Transcription : Rewmi

Beaucoup d'observateurs ont du mal à croire que vous irez au bout de votre candidature. Pourquoi, en dépit de nombreuses dénégations, certains persistent-ils à penser qu'il y a eu un « deal » entre Abdoulaye Wade et vous ?

L'idée de deal est un fantasme du camp présidentiel.
Ce qui m'engage, ce sont les actes que je pose et les paroles que je prononce. Je ne peux pas avoir mobilisé mes réseaux au niveau international, activé toutes les associations qui me soutiennent dans le monde, impliqué tous mes compagnons politiques au Sénégal pour du bluff. Cela ne me ressemble pas.
Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de deal entre le Président de la République et moi. Il m'a accusé de faits graves que la justice a réfutés un à un. L'idée de deal est étrangère à ma conception de l'éthique, de l'Etat et de la politique.
Sauf volonté divine contraire, entre Abdoulaye Wade et moi, toute entente politique est derrière nous.

Vos adversaires rappellent toujours une phrase que vous avez prononcée au cours d'un séminaire gouvernemental à Ziguinchor : « Je suis né pauvre et je suis devenu riche. » Vous êtes-vous enrichi à la faveur du pouvoir ?

Je voudrais d'abord rappeler le contexte de cette phrase.

J'avais lancé en 2004, la Stratégie de Croissance Accélérée (SCA) au séminaire de Ziguinchor, en y invitant des économistes de renom comme l'américain Michael Fairbank's de OTF (On The Frontiers)
Dans sa présentation liminaire, Michael Fairbanks, avait demandé aux élites sénégalaises de faire un choix entre l'ancien monde où les richesses et les privilèges étaient distribués à la naissance et figés à vie et le nouveau monde où les talents assurent cette distribution de richesses et de privilèges. Et où on peut naître pauvre et mourir riche et naître riche et mourir pauvre en fonction du mérite.
C'est en réaction à cette interpellation que j'avais formulé la phrase que vous rappelez.
Les seules ressources que mon passage au pouvoir a mis à ma disposition et qui renforcent mes moyens d'intervention politique et sociale sont les fonds politiques que le Président de la République lui-même m'a discrétionnairement alloués. J'ai indiqué le code qui a présidé à leur redistribution. Les proches, les orphelins, les indigents, les lourdement endettés, l'affranchissement des jougs, les voyageurs en détresse et ceux dont les cœurs sont à gagner à notre cause.

Le Livre m'a inspiré d'en dresser compte : “Et nous avons dénombré toute chose dans un registre explicite ”
Ce qui me préserve des oublis des mémoires affaiblies…

Vous êtes souvent décrit comme un personnage cassant voire arrogant… Que répondez-vous à cette rumeur qui brouille votre image ?

Le propre de la rumeur c'est de partir de rien pour gonfler, telle une bulle, et prendre injustement les allures d'une vérité. En l'occurrence, l'idée d'un Idrissa Seck arrogant et cassant est une pure caricature.

Le musulman que j'aspire à être connaît l'importance de l'humilité. Ma fréquentation des Psaumes m'a également enseigné que le Seigneur invite à être humble : « … afin que l'homme tiré de la terre cesse d'inspirer l'effroi » (Psaumes 10, V18)

Mais humilité ne veut pas dire légèreté, encore moins vulgarité. Nul ne peut revendiquer une position de pouvoir et ne pas adopter une posture qui impose le respect.

Dire le contraire c'est cautionner une banalisation de l'autorité publique, donc un affaissement de l'autorité et du prestige de l'Etat comme on l'observe aujourd'hui dans notre pays.

Vous avez quand même dit que vous êtes né pour être président. Ce qui n'est pas modeste

Ce n'est pas modeste du tout et c'est pour cela que je ne l'ai jamais dit. Cette rumeur est née du titre d'un journal de Princeton qui disait : « Idrissa will someday be President » (Idrissa sera un jour président). Nous nous limitons humblement à prier pour que ce jour soit proche.

Pourquoi mêlez-vous le Coran au discours politique ? Quel est votre rapport à la laïcité ?

Le Coran est ma référence. Il m'enseigne d'adopter aussi comme sources d'inspiration l'Evangile, la Thora et les Psaumes, de m'ouvrir aux merveilles du monde et à toutes ces cultures, de parler à chaque peuple sa langue. C'est à travers Tintin, Titeuf, Ducobu et jeux électroniques que j'enseigne à mes enfants le coran de façon fragmentée et graduelle comme l'a reçu le prophète (PSL) pendant 23ans.
Ceux qui veulent instituer un Etat Islamique où ne vivraient que des croyants méconnaissent le Livre. Le Coran fonde la laïcité en divers versets :
« C'est Lui qui vous a créé. Parmi vous il y a mécréant et croyant… » S64 V2. L'un ne peut pas éteindre l'autre. Songez au formidable dialogue entre Dieu et Iblis (Satan). Le premier choisit d'accorder un délai au second pour obstruer son chemin. (S7 V12-18)
« Nulle contrainte en religion » (S2 V256)
« La vérité émane de votre Seigneur, quiconque le veut qu'il croie et quiconque le veut qu'il mécroie » (S18 V29)
« Et par l'âme et Celui qui l'a harmonieusement façonnée »
« Et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété » (S91 V7 et 8)

J'accorde une importance fondamentale à la laïcité. Je ne peux avoir le parcours que j'ai eu et ne pas être ouvert sur les autres cultures et les autres sociétés. De St-Gabriel à Princeton en passant par Sciences-po Paris, je me suis fait des amis de toutes les religions, de toutes les civilisations et de tous les continents. Notre pays est un exemple réussi de cohabitation entre les religions. Je m'emploierai à préserver cet acquis essentiel si je suis en responsabilité. Premier ministre, j'ai pu d'ailleurs démontrer mon attachement à cet équilibre, à l'occasion de la polémique engagée par le président de la République contre le clergé en 2003.

Vous avez dit et répété que vous n'alliez jamais vous présenter contre Abdoulaye Wade. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?

Abdoulaye Wade et moi étions liés par un pacte qu'il a rompu à la face du monde. Je ne parle même pas de la brutalité avec laquelle il m'a traité. Cela passe encore. Ce qui passe moins, c'est que plus le temps passait, plus les dérives se multipliaient, et plus il m'était difficile de me confiner dans une attitude de spectateur face à la déconstruction progressive des institutions, des avancées économiques et des acquis diplomatiques de notre pays. Le Abdoulaye Wade pour lequel j'entendais renoncer à me présenter n'est plus celui-ci. L'actuel Wade est pris dans un étau, ligoté par une stratégie familiale et pris en otage par un entourage destructeur. Et je ne suis pas le seul Sénégalais à ne plus reconnaître celui qui a été élu le 19 mars 2000.

Beaucoup d'observateurs estiment que vous ne rassurez pas, et que vous allez régler des comptes une fois au pouvoir. Avez-vous présenté une candidature de revanche ?


La revanche est une notion inconnue du musulman que j'aspire à être. Ma religion m'enseigne le pardon. Mon cursus intellectuel et mes idéaux politiques m'incitent à la tolérance. Après avoir échappé au complot de ses frères et obtenu sur eux la victoire, Joseph dit ceci à leur endroit : « Pas de récriminations contre vous aujourd'hui ! Qu'Allah vous pardonne. C'est Lui le plus Miséricordieux des Miséricordieux. »
Je ne peux, une fois élu, distraire mon temps et mon énergie à régler des comptes, au détriment de la satisfaction des problèmes urgents des Sénégalais.
Et puis, je ne peux pas poser le moindre acte de représailles à l'encontre d'Abdoulaye Wade. Les Sénégalais ne le comprendraient pas et je tiens à l'estime de mes compatriotes. Il y a des choses que je préfère subir de mon compagnon au lieu de les lui faire subir. Abdoulaye Wade peut me faire ce qu'il désire. Je convoite de Dieu un cœur large pour le subir.
Jamais je n'installerai le Sénégal dans un climat de règlement de comptes. L'Etat n'est pas un instrument pour assouvir des vengeances personnelles. J'en ai une bien plus haute idée.

Que proposez-vous de nouveau aux Sénégalais ? Avec quels hommes et femmes allez-vous le réaliser ?


Ce que j'espère, c'est que chaque sénégalaise et chaque sénégalais ressente dans son vécu quotidien la restauration de l'Etat de droit, le respect des Droits de l'homme, un panier de la ménagère garni et des opportunités d'emploi.

Les sénégalais ne souhaitent plus voir au Sénégal des journalistes envoyés à la DIC pour avoir exprimé leur opinion.
Les sénégalais ne souhaitent plus voir la manipulation des institutions judiciaires pour éliminer un adversaire politique gênant.
Ils souhaitent que la transparence irrigue tous les actes du gouvernement. Ce qui manque le plus aujourd'hui avec les modèles de gestion comme l'ANOCI
et la société AIBD (Aéroport Internationale Blaise Diagne)

Dans le premier cas, on fait croire aux sénégalais que c'est avec des dons que les travaux de l'ANOCI seraient réalisés, alors qu'en fait ces travaux sont exécutés avec des ressources publiques (Prés de 31 milliards auprès du fond Kowétien et de la BID. ) Pour la société de construction de l'aéroport, on ne sait pas sur quelle base le partenaire stratégique (actionnaire à 55% d'une société au capital de 100 millions de francs CFA) a été choisi. Ce partenaire apporte 55 millions de francs, ne prend aucun risque puisque l'emprunt est garanti par les redevances aéroportuaires, mais il devrait être le gestionnaire d'un aéroport dont le coup dépassera vraisemblablement 300 millions de dollars.

Les sénégalais souhaitent, également, que la croissance descende au niveau du panier de la ménagère.
Ils ne veulent plus d'un Sénégal où l'électricité est coupée régulièrement et où le Président leur demande de retourner à la bougie.
Quel était le cri de campagne du président en mars 2000, en direction de la jeunesse ? ‘Vous qui n'avez pas d'emploi, levez le bras.' Aujourd'hui, quand il devra refaire le tour du pays, ces mêmes jeunes lui diront : ‘Monsieur le Président, nous sommes dans l'émigration clandestine, nous prenons des barques, des pirogues de fortune, nous mourons dans la mer parce que nous ne trouvons pas d'emplois chez nous.
Ce que je ferai de nouveau, m'appuyant sur les efforts de tous, c'est également ceci :


Le conflit casamançais sera notre première préoccupation. Nous ne donnerons pas de délai mais nous allons mobiliser les moyens nécessaires pour faire revenir la paix dans cette belle région du Sénégal. Nous avons dans cette perspective un important projet dénommé Initiative pour le Développement Intégré de la Casamance ;


Décongestionner Dakar. 22 pour cent de la population et 80 pour cent de l'industrie ne peuvent pas être confinés sur 0,03 pour cent du territoire sénégalais. Le site de Dakar sera réservé en priorité aux services (Banque, assurance, nouvelles technologies). Il nous faudra aménager hors de Dakar d'autres pôles de développement, reliés au port de Dakar par rails et autoroute, disposant de ports secs ainsi que de vastes espaces viabilisés et équipés pour abriter des sites industriels, des villages artisanaux et des zones d'habitation. Fournir des facilités de financement aux meilleurs projets à délocaliser sur les dits sites. Un fond de 125 millions de dollars est déjà identifié à cet effet ;


Explorer les réponses populaires apportées aux besoins de santé, d'éducation afin de les moderniser et de les rendre plus efficaces ;

Un plan Job et Tiop centré sur les 3 secteurs fournisseurs de notre sécurité alimentaire : Agriculture, Elevage, Pêche. Mettre sur pied une politique de promotion économique des jeunes (Formation à l'entreprenariat, appui à l'accès au crédit, etc.) ;


Remplacer COUPELEC par une SENELEC performante scindée en deux. D'une part des IPP privés pour la production et une SENELEC publique pour la distribution et le transport. Restaurer la crédibilité financière de la SAR pour une réelle relance de ses activités industrielles, à l'exclusion des activités d'importation que les traders sont mieux à même d'accomplir ;


Soutenir sérieusement l'artisanat. A titre d'illustration, nous allons octroyer aux professionnels du bois les 18 Milliards de Chiffre d'Affaire que génère le mobilier national et une part substantielle des 35 milliards consacrés, chaque année, aux meubles importés ;


Toutes ces actions de notre programme de redressement national, je l'ai déjà dit, seront portées par les meilleurs d'entre nous, représentatifs des vertus et des compétences de notre pays.

Que répondez-vous à ceux qui prétendent qu'il n y a pas de compétences parmi les hommes et les femmes qui vous entourent ?

Nombreux sont les sénégalaises et les sénégalais qui, dans le caché comme dans le manifesté, appuient ma candidature et travaillent activement à la faire triompher. Jetez un coup d'œil sur les profils des membres de notre secrétariat national et dites moi si votre question se pose encore. En attendant de découvrir les sénégalaises et les sénégalais que les meilleures firmes et institutions mondiales s'arrachent et qui m'ont déjà donné leur engagement de venir servir le pays à mes cotés.

Mes collaborateurs ont en plus une autre chose qui me lie à eux : la solidarité forgée par les souffrances communes et le feu du combat. Quelqu'un peut tirer un trait sur tous ses compagnons d'hier et se refaire des amis d'aujourd'hui. Tandis que, pour moi, la loyauté, le passé commun et le compagnonnage de la première heure ont un sens que m'enseigne le Livre :
« On ne peut comparer cependant celui d'entre vous qui a donné ses biens et combattu avant la conquête… Ces derniers sont plus hauts en hiérarchie que ceux qui ont dépensé et ont combattu après.» (S57 V10)


Quels sont vos atouts et handicaps dans la course à la présidentielle ?

Je vous laisse, en tant qu'observateur, le soin de détecter les handicaps. Je crois que mon principal atout c'est ma foi. Foi en notre destin, foi en notre avenir.


Que vous inspire comme réflexion l'attitude de l'opposition à votre égard ? Ne vous êtes-vous pas fait trop d'ennemis parmi les opposants pour pouvoir faire alliance avec vous ?

Je n'ai jamais eu de problèmes personnels avec des leaders de parti. Chacun défend ses positions politiques et je défends les miennes. A titre d'exemple, lors des investitures de candidats aux élections locales, Landing voulait Bignona et Bathily, Bakel. Je m'y suis opposé. Car ils restent des concurrents potentiels pour l'avenir et il n'était pas rationnel de leur prêter la force du PDS pour conquérir les stations stratégiques de Monsieur Casamance pour l'un et Monsieur Sénégal oriental pour l'autre.
Mais je pense que les intérêts supérieurs du pays supplantent tout autre intérêt. C'est pourquoi j'ai demandé à rencontrer les leaders de la CPA.
J'ai également déclaré que je suis tout à fait disposé à m'aligner derrière celui que les suffrages auront désigné au premier tour comme étant le meilleur profil dans l'opposition.

Avez-vous détourné de l'argent dans les chantiers de Thiès ? N'est-ce pas là l'origine de la fortune que d'aucuns vous prêtent ?

Je l'avais dit et je le réitère : jusqu'à l'extinction du soleil, le détournement du moindre centime d'argent public ne pourra m'être imputé. Et les faits m'ont jusqu'ici donné raison. Malgré la mobilisation inédite de tous les instruments de répression et d'investigation de l'Etat, la justice a fini par reconnaître mon innocence.
La commission d'instruction a dit que je n'ai commis ni détournement de deniers publics ni surfacturations dans le cadre des chantiers de Thiès et que même si la responsabilité des entreprises était établie en matière de surfacturation, il resterait à prouver comment Idrissa Seck a pu bénéficier sciemment des produits des surfacturations. Comment aurais je pu détourner des fonds dont je n'avais ni la garde, ni la responsabilité du mouvement ? Ce mouvement est par ailleurs, clairement établi par des relevés bancaires, du trésor aux entreprises en passant par le PCRPE.
Les commissions rogatoires internationales n'ont rien trouvé et ne trouveront jamais rien parce qu'il n y'a rien. Tout ce que je possède a une origine licite. Mais en tout état de cause je suis disposé, à tout moment de la convenance d'un juge, à prouver que mes revenus justifient les biens dont je dispose.

Je comprends le désespoir de mes adversaires qui, faute de solution politique au problème Idrissa Seck, recourent à des faux fuyants juridiques. Malheureusement pour eux, ils ont lamentablement échoué sur cet autre terrain. Ils doivent revenir à une évidence : ils n'ont d'autre choix que de m'affronter par les urnes. Ils en ont une peur bleue qui les pousse à de nombreuses fautes.

Comment avez-vous vécu votre séjour carcéral ? Que vous a appris la prison ?

Vous connaissez sans doute ce proverbe du 14 ème siécle « Moult a appris qui bien connut ahan ». A beaucoup appris qui a bien peiné.

En prison j'ai beaucoup songé à mes devanciers dans la station de la détention. J'ai appris du plus illustre d'entre eux, une belle endurance ainsi que la protection contre l'affliction. J'ai songé à Mohamed (PSL) dans la grotte disant à son compagnon, « ne t'afflige pas, Allah est avec nous ». J'ai songé à Serigne Touba , isolé au Gabon, à Mandela dont les compagnons ont reçu l'urine de leurs geôliers comme boisson, à Napoléon au Port d'Antibes, soumettant sa conduite au seul tribunal de sa conscience tranquille, parce que innocente. A De Gaulle considérant sa captivité comme le temps des semailles et de la germination suivi plus tard par celui de la moisson. A Léopold Sédar Senghor envoyant du chocolat à son ami Pompidou, émerveillant son geôlier allemand par la qualité de son latin. A Abdoulaye Wade, m'écoutant avec énormément d'émotion, dans le bureau des avocats à Reubeus, lui rendre compte de l'entretien que j'ai eu avec Jean Collin alors tout puissant secrétaire général de la Présidence de la République qui a cherché à me débaucher et à qui j'ai répondu que s'il voulait m'avoir, il devait passer par Abdoulaye Wade.
A César enfin, dans le repaire des pirates de l'île de Pharmacuse qui l'ont arrêté avant d'exiger pour sa libération, une rançon…
Je me suis fait beaucoup d'amis parmi les détenus et les gardiens malgré un régime d'isolement complet.
J'ai beaucoup pensé à Coluche, sur l'homme politique qui investissait plus dans les prisons que dans les écoles et qui expliquait ce choix par le fait qu'il savait qu'il ne retournerait pas à l'école tandis que pour la prison… on ne sait jamais.
En prison, j'ai beaucoup écrit notamment sur les réformes du système judiciaire et de l'administration en général. J'ai écrit sur la promotion, chez les fonctionnaires, d'un comportement de dignité et de refus face aux ordres illégaux de leur hiérarchie politique.
Je ne me suis jamais autant amusé avec Koutia me décrivant avec une surprenante acuité mon émerveillement face aux parures et parfums de Ndéye Penda qui les renouvelle perpétuellement pour mon plaisir visuel et olfactif. La créativité de ma douce épouse en cette matière est le plus bel hommage qui m'ait été donné de voir et sentir pour ce beau verset de Rahman où Dieu dit : « Chaque jour, il accomplit une œuvre nouvelle ».

Craignez-vous une nouvelle inculpation avec la poursuite des commissions rogatoires internationales, comme l'a laissé entendre le ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Sy ?


Non seulement je ne crains rien, mais également je vais également siffler la fin de la récréation. J'ai pris les dispositions pour mettre un terme à ces allégations qui n'ont jamais été établies par un juge. Le Sénégal est d'ailleurs l'un des rares pays dits démocratiques où un chef d'Etat et des ministres se mêlent ouvertement d'affaires traitées par la justice. L'indépendance de la justice dicte tout à fait le contraire. C'est une question d'hygiène démocratique. Nous vivons actuellement dans ce pays une grave crise démocratique. Les institutions sont à vau-l'eau. Tous les principes sont foulés au pied. L'Etat est à genoux. La justice est transformée en un outil de règlement de comptes. La Dic interpelle de façon ininterrompue hommes politiques et journalistes. Le sens de ma candidature, c'est d'instaurer un nouveau système dans lequel ces graves dérives n'auront plus de place.

Imaginez-vous un seul instant être empêché d'élection pour cause de nouvelles poursuites ?
Absolument pas. Cette hypothèse fantaisiste n'existe que dans la tête de ceux à qui cela fait plaisir d'y croire. Je l'affirme solennellement : seul le verdict des urnes va, le cas échéant, m'empêcher d'accéder à la station présidentielle. Aucune diversion, aucun subterfuge juridique ni aucune manœuvre dilatoire ne peuvent m'empêcher de me soumettre au suffrage de mes compatriotes. Ceux qui ont peur de m'affronter n'ont qu'à renoncer à se présenter.


Si votre parti Rewmi n'est pas reconnu, allez-vous vers le bras de fer ou changer d'appellation ?


Le parti existe déjà. Il s'appelait FPJ. Il s'appelle maintenant Rewmi. La question ne porte pas sur l'existence légale du parti mais sur son droit à choisir le nom qu'il veut et en particulier Rewmi. Avons-nous le droit de nous appeler Samba ou Bathie ? C'est ça le débat. Sur cette question nous ne nous soumettrons qu'à une décision de justice et non à une injonction autoritaire et arbitraire d'un Premier Ministre ou de son Ministre de l'Intérieur
Que pouvez-vous changer que vous n'aviez pas pu quand vous étiez Premier ministre ?

D'abord, je suis très fier du bilan que j'ai réalisé au poste de Premier Ministre. Les faits sont têtus : à cette station, j'ai mené le Sénégal au point d'achèvement de l'initiative PPTE. Devant le Club de Paris, en 2003, nous avons récolté 840 millions de dollars – une performance qualifiée à l'époque d'historique par le Chef de l'Etat.
L'économie a connu un second souffle en 2003-2004. Le Sénégal était éligible au MCA sur la base des données de 2004 et les notations de l'Agence Internationale de Cotation Standard And Poor's nous conféraient la note B à court terme et B+ à long terme.
Le Sénégal était considéré comme solvable. Mieux, la Banque Mondiale considérait que nous avions le meilleur cadre macroéconomique en Afrique subsaharienne.
Si le Président de la République observe, aujourd'hui que je n'ai pas défendu ses grands projets dans mon discours de politique générale, c'est certainement pour me donner raison. Aucun des projets sur les délais de réalisation desquels j'avais refusé de m'engager n'est à ce jour réalisé (l'aéroport de Ndiass, le train à grand écartement, ville nouvelle, tramway …)
J'ai une conception de la parole politique. Autant on peut affirmer que le courant revient le 15 octobre pour aujourd'hui être démenti par les faits, autant je ne peux annoncer un engagement sans m'assurer au préalable de la disponibilité des moyens logistiques, financiers et humains nécessaires à sa réalisation.

Si vous êtes élu président, quel est le premier acte que vous allez poser ?


Prier.
Prier pour que Dieu nous protége contre les peines et les larmes que charrient les catastrophes comme celle du Joola ;

Prier pour qu'Il nous apporte des joies similaires à celles qu'a procuré l'épopée des lions au Japon ;

Prier pour que la voix de ceux d'en bas arrive à ceux d'en haut ;

Rendre grâce pour le bienfait dont Il m'a comblé ;

Convoiter de lui la force de faire une bonne œuvre qu'Il agrée ;

Prier pour qu'Il me fasse entrer par sa miséricorde, parmi les serviteurs vertueux ;

Me mettre au travail, entouré des meilleurs d'entre nous, représentatifs des vertus et des compétences de notre pays.

19) Le témoin annonce l'arrestation de Bara Tall et le populaire dit que les autorités ont retiré votre passeport diplomatique. Quelle est votre réaction

Je me fixe pour règle de ne pas réagir à des rumeurs mais seulement à des faits. Il s'y ajoute que ce que les magistrats ont déjà dit dans leur arrêt n° 4 du 7 février 2006 me met hors de portée des manipulations judiciaires de mes adversaires.

Pour le passeport diplomatique, j'ai introduit comme d'habitude, auprès du ministre des Affaires Etrangère, une demande de prorogation des passeports de ma sécurité, de ma famille et de moi-même. Après un délai inhabituel de traitement de ma demande, j'ai téléphoné à Madame Claude Absa Diallo, Secrétaire Général du ministère des affaires étrangères qui m'a généreusement et professionnellement informé des dispositions qui régissent ma requête. Dispositions selon lesquelles «peuvent également obtenir le passeport diplomatique, les anciens Chefs d'Etat, les anciens Chefs de Gouvernement et les anciens Ministres des Affaires Etrangères qui en font la demande, sur la décision du Chef de l'Etat, après avis du Ministre chargé des Affaires étrangères ».
Il s'agit donc d'une possibilité et non d'un droit. Me conformant, comme tout citoyen sénégalais aux lois et règlements de mon pays, j'ai adressé une lettre au Président de la République et suis en attente de sa réponse. J'ai en même temps entamé une procédure d'obtention d'un passeport ordinaire. Il n y'a donc pas de quoi s'alarmer.


CELEBRATION DE LA FETE DE L'AID-EL-FITR

Lundi 23 Octobre 2006

La communauté musulmane du monde entier célèbre en ce jour béni la fin du jeûne musulman.
A cette occasion de rupture du jeûne qui sacrifie aux prescriptions du Livre Saint , le CORAN , je souhaite à toute la communauté musulmane de passer une très belle fête dans la fraternité et l'espérance.
Qu'ALLAH dans sa miséricorde divine étende son manteau de grâce , de bonté et de paix sur le monde entier et particulièrement sur la Côte d'Ivoire.

D E W E N E T I
B O N N E
F E T E


SENEGAL / DEBAT GENERAL A LA TELEVISION DU PREMIER MINISTRE MACKY SALL SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE

Samedi 21 Octobre 2006

Le débat sur la suppression du deuxième tour est définitivement clos par Macky Sall, Premier ministre et non moins directeur de campagne de Me Abdoulaye Wade, président de la République.
Hier, à l’occasion d’une émission diffusée à la Rts, Macky Sall, qui répondait aux questions d’Ibrahima Souleymane Ndiaye (Rts), Abdoulaye Bamba Diallo de Nouvel horizon et Alioune Fall, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Devoir, a déclaré qu’il n’a jamais été question pour le Parti démocratique sénégalais (Pds) de supprimer le deuxième tour des élections.
Pour lui, cette rumeur entre dans la campagne d’intoxication de l’opposition. «C’est une opposition, pas prête pour des élections, sentant avoir perdu d’avance les élections, qui cherche à faire reculer les élections ou à faire penser qu’il n’y aura pas d’élection», explique Macky Sall.

Il précise qu’il s’agit de la suppression du quart bloquant, et le projet de loi a été adopté en Conseil des ministres. Répondant toujours à l’opposition, Macky Sall a annoncé que l’Etat du Sénégal n’a pas encore reçu les 20 millions d’Euros de l’Espagne, concernant les émigrants. Donc, l’Etat n’a pas encore utilisé cet argent. Il explique cependant qu’il est prévu une redistribution de cet argent à travers des projets de jeunes, dans tout le Sénégal. Marquant l’anniversaire des deux années passées à la tête du gouvernement, Macky a profité de la tribune qui lui a été offerte, pour faire le bilan du régime de Me Wade. En commençant par comparer le temps qu’il a été Pm et le temps qui s’est écoulé avant lui. Pour lui, s’il y a eu autant de réalisations sous son règne à la tête du gouvernement, c’est parce qu’il «croit en la vision de Me Wade». Et ça a été le cas, même avant d’être Premier ministre. En plus de ça, il y a aussi le fait qu’il est «un bon chef d’orchestre, et un bon entraîneur d’équipe», contrairement à ses prédécesseurs.
Revenant sur la réalisation des grands projets de Me Wade, le Premier ministre a expliqué comment ces travaux ont des conséquences sociales et économiques sur la vie des Sénégalais.

Sur le plan de l’emploi, il rappelle que ce sont des fils du Sénégal qui travaillent dans ces projets et qui y gagnent leur vie.

Et sur le plan économique, ces infrastructures vont beaucoup apporter au Sénégal, car elles représentent la base du développement. La crise énergétique n’a pas été esquivée cette fois. Et pour M. Sall, elle découle de la vétusté du parc électrique du Sénégal. Mais le gouvernement de l’alternance est en train d’y remédier, en renforçant la production et en augmentant l’investissement dans ce secteur. Ce qui fait qu’aujourd’hui la production d’énergie, qui était de 305 Mégas Watt avant l’alternance, va passer à plus de 500 Mégas Watt avec deux nouvelles centrales et le renouvellement des anciennes centrales.

La question de l’émigration clandestine a aussi été abordée. Pour le Pm, la réponse à ce phénomène c’est le développement et l’emploi. Le Sénégal est en train d’y travailler. Mais le gouvernement ne peut pas détourner l’esprit des jeunes, qui veulent aller découvrir l’étranger. C’est d’ailleurs pourquoi l’Etat a signé des accords d’émigration légaux avec les pays d’accueil. Et chaque année il y aura maintenant un nombre défini de jeunes Sénégalais, qui iront travailler dans ces pays. C’est toujours dans cet ordre d’idées que le plan Retour vers l’agriculture (Reva) a été initié par Me Wade. Et à ce propos, Macky précise que Reva concerne plusieurs secteurs d’activité, y compris l’agriculture. Il explique que ce sont les secteurs qui peuvent aider le Sénégal, à résorber la question de l’emploi et du développement, qui sont déjà ciblés par le gouvernement. Et cette stratégie de croissance accélérée sera bientôt adoptée à l’Assemblée nationale, et va permettre au Sénégal de décoller et de rejoindre les pays émergents.

Pour conclure, Macky Sall explique que le premier mandat de Wade n’a été qu’un mandat de rattrapage et le prochain, si les Sénégalais lui font encore confiance, sera celui de la croissance et du décollage économique.


LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE CHARLES KONAN BANNY

Samedi 21 Octobre 2006

La situation que nous vivons doit certainement te faire penser à Shakespeare parce que je sais que tu as fait tes humanités.
Mais là où tu penses certainement " to be or not to be, that's the question " (être ou ne pas être, voilà la question), l'homme du peuple que je suis ne peut s'empêcher de te poser brutalement cette question :

" On fait quoi maintenant ? " " On fait quoi maintenant ", telle est aujourd'hui la question qui se pose à la conscience dépitée de notre peuple gravement abusé par l'aventure criminelle des assaillants-rebelles.

Cher frère Président,
dans ma lettre ouverte in Le Temps du 23 septembre 2005, je t'apportais cette réponse citoyenne : " Tu dissoudras ce gouvernement de Kleber… tu composeras un gouvernement de Salut Public, majoritairement puisé dans la famille politique qui t'a porté à la cime du pouvoir et renforcé par des citoyens emportés par la fougue du combat libérateur " Soupçonnant te connaître, frère Président, j'ai l'intime conviction que tu le feras sans aucun sentimentalisme, avec des personnalités autres que celles que nous voyons dans tous les forums et dans toutes les manifestations depuis 2000. Si aujourd'hui plus que jamais, désarmer la rébellion est devenu une exigence prioritaire, désarmer les cœurs sera notre chemin de Damas… Tout peuple qui aspire à la liberté est conscient d'appartenir à une civilisation qui a ses propres règles et ses valeurs culturelles spécifiques. La France coloniale des temps nouveaux est son propre ennemie car au-delà de son espace géographique, elle ne cherche qu'à embastiller la Foi, la Vérité et la Liberté.
Frère Président,
il se fait tard. Le calme profond de la nuit africaine interpelle les grands destins et les appelle à se parler et à se révéler sans toutefois déranger la quiétude du sommeil, élément indispensable à l'équilibre de la famille… De grâce, prenons rendez-vous avec le Divin Comptable qui, " de toute chose garde trace dans son Registre Explicite. " Nous sommes en octobre 2006, Dieu merci, dans la Foi, la Vérité et la certitude du peuple ivoirien. En septembre 2006, il nous a été donné le sublime bonheur d'entendre le gourou de la rébellion dire qu'il est " désespéré. " La vérité et la résistance du peuple ivoirien le désespèrent au point de n'attendre son salut que de la forfaiture qui naîtrait de son concubinage notoire avec la CEDEAO. Dieu qui agrée notre attente fera en sorte que " le désespéré " rencontre l'expérience réarmée du Président de tous les Ivoiriens qui, avec loyauté, dira la vérité des Ivoiriens dans le temps de Dieu. Dieu merci, ton discours que tu assumes a eu un grand écho. Et ce, au point qu’Abdoulaye Wade a dû apostropher Charles, ton Premier Ministre, au travers d'une question lapidaire à laquelle notre frère n'a pu donner qu'une réponse suicidaire, parce que désarçonné : " Avez-vous des problèmes de pouvoirs monsieur le Premier Ministre ? ", lui a-t-il demandé. " Non ", a répondu le missionnaire du " désespéré. "
Frère Président,
l'uppercut du " Non " assommant de Charles Konan Banny a été donné au GTI, à charge pour lui de le transmettre à son " désespéré " de maître. Le " j'assume " de ton discours d'Abuja devient alors convaincant. Mais attention, il s'agit d'assumer par des faits et des actes concrets ; surtout maintenant, Inch Allah, avant le 27 octobre 2006. Avec humilité, ma question de septembre 2005, " on fait quoi maintenant ? ", demeure et devrait interpeller chacun de nous. Mieux, elle me permet de paraphraser le politologue sénégalais Babacar Justin N'diaye : " Gbagbo ou la stratégie de l'éléphant, moins je bouge, plus j'avance. "
Frère Président,
merci d'avoir défendu la médiation du Président Thabo Mbeki qui ne méritait pas d'être sacrifié à l'ingratitude puante de l'indignité. Hélas, nous vivons dans un pays où au lieu d'une opposition crédible, nous avons affaire à des intellectuels ivrognes qui voient tout " mélangé " à leurs pieds chancelants. Dans l'espoir de voir corrigé ce qui pose problème dans la mouture actuelle de notre Constitution et la gestion rigoureuse des ressources humaines, laisse-moi profiter de cette lettre qui, pourtant, t'est personnellement adressée, pour donner quelques conseils à notre frère Banny.
Charles, mon petit frère,
garde-toi de recevoir des pouvoirs usurpés. Sinon ne sois pas surpris de me voir à la tête de la force populaire qui a fait descendre le drapeau du gouverneur Péchoux. Le peuple Ivoirien n'est pas un article à cataloguer, ni un mafieux fond de commerce. Ne signe pas ta descente dans l'opprobre et le déshonneur. Viens " A l'ombre d'un soufi ", Inch'Allah, la Vérité nous accomplira dans la Grandeur et l'honorabilité.
Frère Président,
courage et foi, car Dieu est notre bouclier d'airain... De grâce, assumons-nous ! Car le Divin Comptable sera toujours la Caution et le Registre Explicite du peuple ivoirien, résolument engagé dans la défense de la liberté et de la dignité africaine -Inch Allah. Abidjan, le 17 octobre 2006

Amadou SYLLA
Auteur de " A l'ombre d'un soufi " (Vallesse)
Cel. : 05 06 12 93
Tel. : 21 24 09 09
Email : cheickays@yahoo.fr


SOMMET DE L'UNION AFRICAINE / ANALYSE DU JOURNALISTE CESAR ETOU DE NOTRE VOIE

Vendredi 20 Octobre 2006

64ème Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine à Addi-sAbeba: Au cœur de la réunion de toutes les magouilles


Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a consacré, au siège de l'organisation continentale à Addis Abeba, sa 64ème réunion à la crise ivoirienne. Malgré les propositions réalistes et salvatrices faites par le président ivoirien pour une sortie de crise en douceur dans son pays, les décisions adoptées risquent, si elles sont transformées en résolution par l'ONU, de faire plus de mal que de bien à la Côte d'Ivoire. Même si elles restent une petite révolution africaine.

De retour d'Addis Abeba où il a exposé ses “plans” de sortie de la crise qui secoue son pays depuis septembre 2002, le président ivoirien, Laurent Gbagbo, a repris ce qu'il dit depuis toujours à ses concitoyens : “Je voudrais une fois de plus répéter qu'il ne faut pas que nous comptions sur l'extérieur, sur la communauté internationale pour ramener la paix en Côte d'Ivoire. Je l'ai déjà dit et je suis toujours dans cette disposition d'esprit. Parce que ceux qui ont fait au départ de mauvaises analyses ne sortent pas encore de leurs mauvaises analyses. Et quand on ne sort pas des mauvaises analyses, on propose de mauvaises solutions”, a-t-il déclaré, après avoir averti : “Je voudrais dire aux Ivoiriens que je suis de retour. Et que d'Abuja à Addis Abeba, le combat que nous menons continue”.
Le président GBAGBO livrait ainsi ses premières réactions suite au communiqué final de la 64ème réunion du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine (UA) consacrée, le mardi 17 octobre 2006, au blocage du processus de sortie de crise en Côte d'Ivoire. Ces réactions étaient prévisibles. Car, le CPS a mis près de 24 heures, du mardi 17 à 20h au mercredi 18 octobre à 14h, pour arrêter un texte définitif. Au centre de cette longue attente, se trouvaient cinq brouillons de communiqués finaux, deux en anglais et trois en français. Ces “drafts” traduisaient les difficultés des dirigeants africains à s'entendre sur une position commune pour régler la crise ivoirienne. Produits par autant d'officines de complots, ces cinq projets de communiqué étaient tous autant différents, ridicules et dangereux les uns que les autres pour le retour de la paix en Côte d'Ivoire. Ils ont circulé dans la salle du sommet, prônant chacun le coup d'Etat, la destitution de Laurent GBAGBO au profit de Charles Konan Banny dans des termes qui rivalisaient de laideur morale et de honte pour l'Afrique.

Au départ étaient les complots
C'est le Congolais Denis Sassou Nguesso qui, le premier, a donné un cachet officiel à ce complot. Mardi, aux environs de 23h, à la fin de la réunion du CPS, commentant on ne sait lequel de ces “communiqués”, le président en exercice de l'UA, qui a présidé le sommet en lieu et place du Camerounais Paul Biya, absent, a livré, sans faire distribuer le texte final, des bribes d'informations autant vraies que fausses. On a appris, par exemple, de sa bouche que le président GBAGBO demeurait à son poste, que Charles Konan Banny resterait Premier ministre pour une nouvelle transition n'excédant pas douze mois et que, durant cette “transition”, Banny “disposera de tous les pouvoirs et nommera aux emplois civils et militaires. C'est écrit dans le texte du communiqué”, précisa Sassou Nguesso, en répondant à la question d'un journaliste qui, apparemment, n'osait croire un traître mot d'une telle incongruité qui traduisait, cependant, l'état d'esprit de bon nombre de hauts responsables africains à cette réunion.
L'on a appris aussi que le médiateur Thabo Mbeki se retirait du dossier ivoirien, que la suppression de la zone de confiance réclamée par le président ivoirien n'a pas été acquise, etc. Peut-être, pour toutes ces raisons, le ministre congolais des Affaires étrangères, Rodolphe Adada, et le Suédois Pierre Schori, représentant spécial de Kofi Annan en Côte d'Ivoire, tous deux co-présidents du tristement célèbre GTI, se congratulaient de façon ostentatoire au moment même où Sassou Nguesso s'exprimait : “Dear Pierre Schori, we did it (Mon cher Pierre Schori, nous avons réussi)”, lança le premier au second, qui réagit,visiblement, heureux : “Yes, we've got him (Oui, nous l'avons eu) ”.

Le putsch unanimement rejeté
Certes, comme toujours, les comploteurs se sont trop vite réjouis. Car, à la lecture du vrai communiqué final, hormis le statu quo, avec Banny maintenu comme Premier ministre et des décisions visiblement inopérantes, la Constitution ivoirienne reste en vigueur. Mieux, quelques petits points de révolution ont été acquis.
Ainsi, là où le président ivoirien avait réclamé, lors de son exposé, la condamnation ferme des coups d'Etat, le CPS “réaffirme... son rejet total du recours à la force et de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement” (voir point 4 du communiqué). C'en était ainsi fait de ceux qui réclamaient la dissolution de la Constitution et la mise à l'écart de Laurent GBAGBO pour accéder au pouvoir à travers un “conseil présidentiel”, une sorte de “quadriumvirat” anticonstitutionnel. Et si le CPS n'a pu condamner “ fermement” les putschistes, c'est simplement parce qu'Abdoulaye Wade, selon des sources, aurait fait croire qu'une telle position aurait effarouché les rebelles, qui ont été déjà faits ministres et qui refuseront d'adhérer au processus de paix s'ils sont rudoyés.

Le GTI supprimé, le gouvernement des partis hypothéqué
Qu'à cela ne tienne, pour espérer faire avaler cette autre pilule à Laurent GBAGBO, le CPS se contente “d'exprimer son appréciation pour le travail accompli par le Groupe de travail international (GTI)” (point 9) et ne lui assigne aucune nouvelle mission. En lieu et place, le CPS préfère “confier la poursuite de la médiation au président Denis Sassou Nguesso...en sa qualité de président de l'UA, en liaison avec le président de la Commission de l'UA et la CEDEAO”, etc. (point 16). Apparemment, le CPS a compris la nocivité du GTI créé par la résolution 1633 de l'ONU et qui a réclamé un nouveau cadre de négociation dans son 10ème communiqué, après avoir participé au blocage de la situation par ses prises de positions “impolies” dénoncées par le président GBAGBO. Ensuite, même sans répondre expressément au vœu du président ivoirien de former désormais son propre gouvernement pour discuter avec la rébellion, il ne lui est plus fait obligation de continuer à nommer des ministres par des quotas de postes attribués aux partis politiques. En effet, si le 6 octobre 2005, le CPS avait spécifié cet aspect des choses en s'appuyant sur l'accord de Linas-Marcoussis, le communiqué du 17 octobre 2006 ne fait aucune allusion aux signataires de la table ronde de la banlieue française. Mieux, pour les douze prochains mois, le CPS se contente de mentionner nommément les deux personnalités qu'il décide de voir conduire “la nouvelle transition”, à savoir le président GBAGBO et le Premier ministre Charles Konan Banny (point 14i et 14ii).

Des pouvoirs du Premier ministre
Contrairement aux rumeurs véhiculées par la presse étrangère et par les médias nationaux pro-rebelles, le CPS n'a jamais décidé du transfert de “tous les pouvoirs” de l'exécutif au Premier ministre. Dans un premier temps, en définissant clairement les tâches de Charles Konan Banny, le CPS décide seulement qu'il “disposera de tous les pouvoirs nécessaires” pour les accomplir. Ensuite, sur ce chapitre, contrairement aux propos de Sassou Nguesso, Banny ne peut pas “nommer aux emplois civils et militaires”. Le CPS décide, dans ce domaine, que “le Premier ministre disposera également de l'autorité nécessaire sur toutes les Forces de défense et de sécurité ivoiriennes intégrées pour lui permettre d'exécuter les tâches qui lui sont assignées” (point 14iii du communiqué).
L'histoire de ce paragraphe sur les FDS intégrées est aussi connue. Selon nos sources, Charles Konan Banny, interrogé par Omar Bongo Ondimba sur les raisons de son échec des douze derniers mois, aurait prétendu que cela est dû au fait que le chef d'état-major des FDS ne lui aurait pas toujours obéi. “En quoi ne vous a-t-il pas obéi ?”, aurait questionné le président gabonais. “Lors des audiences foraines, il n'a pas voulu sécuriser les opérations et le boycott prôné par certains dirigeants a empêché leur déroulement”, aurait répondu Banny, qui avait oublié qu'il n'avait pas pu répondre à la question de l'émissaire rwandais qui lui demandait de dresser le bilan du pré regroupement en zone rebelle. “Mais, Monsieur le Premier ministre, la sécurisation des audiences foraines ne peut pas être une affaire de l'armée. C'est une simple opération de police ”, aurait rétorqué Omar Bongo, mettant ainsi fin au désir de Charles Konan Banny et de son parrain, Jacques Chirac, de s'attaquer à l'état-major des FDS (Notre Voie n°2514, P.4). Et pour ne plus entendre Banny attribuer son incapacité à gérer le processus de paix à Philippe Mangou, le CPS a décidé qu'il ne puisse plus harceler uniquement les FDS en zone gouvernementale, mais qu'il devra “disposer de l'autorité nécessaire sur toutes les FDS ivoiriennes intégrées... ”. Il est clair que, pour avoir cette autorité, Banny devra passer préalablement par le désarmement des rebelles afin de refonder l'armée et obtenir “les FDS intégrées”, le seul cadre d'exercice de son autorité.

Chirac a perdu, Gbagbo n'a pas gagné
Bien entendu, le communiqué final de la 64ème réunion du CPS ne reflète pas la logique républicaine des discussions qui ont eu lieu à Addis Abeba. Les responsables africains, après avoir donné entièrement raison à Laurent Gbagbo à travers leurs questions et remarques pertinentes, ont fini par se dégonfler au moment de prendre des décisions conformes aux principes de l'UA. Leurs accointances avec Chirac ont pris le dessus. Avant le sommet de ce 17 octobre, le président français, qui ne cache plus son désir de renverser le régime Gbagbo, a envoyé des émissaires dans tous les quinze (15) pays membres du CPS. “Le salaire” proposé pour la mission qui leur était demandée par le président français n'est pas connu, mais quelques-uns de nos chefs d'Etat, toujours la même minorité, avaient accepté de rouler pour Chirac en faisant passer trois décisions à l'UA : la suspension de la Constitution, la dissolution de l'Assemblée nationale et la fixation d'une “dernière période de 12 mois” de pouvoir à Laurent Gbagbo. Malheureusement pour le chef de l'Etat français, le combat de Gbagbo a dépassé les frontières de la Côte d'Ivoire. Le président ivoirien s’est fait des adeptes de partout en Afrique. Il a été immédiatement informé par la plupart de ses pairs membres du CPS approchés par le chef de l'Etat français. Selon nos sources, certains présidents africains ont même violemment éconduit les émissaires de Chirac : “Dissoudre la Constitution et l'Assemblée nationale ? Dites, ne savez-vous pas que c'est un coup d'Etat ? Comment pouvez-vous imaginer que mon pays puisseêtre votre allié pour perpétrer un coup d'Etat à travers l'Union africaine?”, auraient entendu, tout honteux, certains missionnaires du néo-colon français.
Malgré cette défaite avant terme, certains chefs d'Etat africains ont eu le courage de faire circuler des “projets de décisions” tendant à prôner le coup d'Etat en Côte d'Ivoire. Le communiqué final de la 64ème réunion du CPS est donc plus un courageux refus de l'Afrique à opérer un putsch pour Chirac qu'à sauver la Côte d'Ivoire.
Comme l'écrivait François Soudan dans le dernier numéro de Jeune Afrique,“Chirac a perdu, mais Gbagbo n'a pas gagné”. C'est certes une petite étape, mais c'est déjà une révolution que l'on doit à l'aura et la diplomatie du président ivoirien. L’esprit aurait été plus grand si Charles Konan Banny qui a agi comme un traître, écumant les capitales africaines pour réclamer les pouvoirs de Gbagbo, avait été congédié. Cependant, fort du petit sursaut des chefs d’Etat africains face à Chirac, en attendant la réunion de New York, Laurent Gbagbo a aussi déclaré mercredi à son retour d'Addis Abeba: “Nous n'avons pas à rougir quand on sait d'où nous venons et quand on sait les textes qui étaient préparés avant que nous y arrivions. Par pudeur et par tactique, je ne les rends pas publics. Mais quand le processus sera terminé, parce qu'il n'est pas encore terminé, je présenterai aux Ivoiriens tous les textes et leurs évolutions, depuis les textes de base d'Abuja à New York en passant par Addis Abeba. Et les Ivoiriens verront qu'ils n'ont pas à rougir... Nous avons fait un chemin et nous avons préservé l'essentiel ”.
La Côte d'Ivoire revient de loin.

César Etou
(Envoyé spécial à Addis-Abeba)


DECES DE L'EX COMMANDANT SUPERIEUR DE LA GENDARMERIE

Vendredi 20 Octobre 2006

Le Président de la République, SEM. Laurent GBAGBO a assisté le vendredi 20 octobre 2006 aux environs de 11h, aux cérémonies funèbres de feu le Général Konan Sévérin, ancien Commandant supérieur de la Gendarmerie nationale.
Le Général Konan Sévérin est né à Agbassou dans la Sous-préfecture de Bouaké.
Le défunt général est entré à la gendarmerie nationale, le 02 avril 1962. Il y a gravit tous les échelons jusqu’à prendre la tête en 1996.
C’est une profonde tristesse que les ivoiriens ont appris le décès de grand serviteur de l’Etat le 08 septembre 2006.

www.laurentgbagbo.net présente ses condoléances à la famille éplorée.

L'ENSEMBLE DU PERSONNEL DE L'AMBASSADE SE JOINT A MOI POUR PRESENTER TOUTES NOS CONDOLEANCES LES PLUS ATTRISTEES A LA VEUVE ET A LA FAMILLE DU DEFUNT


SOMMET DE L'UNION AFRICAINE A ADDIS-ABEBA / DISCOURS DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO

Vendredi 20 Octobre 2006

Le Président de la République s’est longuement adressé ce mardi aux membres du conseil de paix et de sécurité de l’UA. Nous vous livrons l’intégralité de son discours à cette tribune...

Excellence Monsieur le Président de la République du Cameroun, Président du Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine Monsieur le Président de la République d'Afrique du Sud, Médiateur de l'Union Africaine dans la crise ivoirienne,
Messieurs les Chefs d'Etat des pays membres du Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine,
Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation représentant les Chefs d'Etat ou de Gouvernement de leurs pays respectifs,


Mesdames et Messieurs,
Au mois d'octobre de l'année dernière, vous vous êtes réunis ici pour entendre les représentants des organisations internationales et des organismes chargés de gérer la crise ivoirienne. Bien sûr, vous avez aussi entendu mon représentant; Monsieur Laurent Dona Fologo, Président du Conseil Economique et Social de mon pays, qui vous a livré le message dont je l'ai chargé.
A la fin de vos délibérations, vous avez publié un communiqué qui constitue la substance de la résolution 1633 du Conseil de Sécurité de l'ONU. Le paragraphe 16 de ce communiqué indique que le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine a décidé "de demeurer saisi de la question " ivoirienne. C'est la raison pour laquelle, après les exposés des représentants des mêmes organisations et organismes chargés de gérer la crise en Côte d'Ivoire que vous venez d'entendre, je suis devant vous pour vous faire l'état de la crise telle qu'elle est vécue par les Ivoiriens et par les autorités ivoiriennes afin de vous faire des propositions nouvelles qui nous permettront de progresser.
J'ai déjà largement exposé cette situation dans le discours que je me proposais de prononcer devant la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO à Abuja, le 06 octobre dernier, mais faute de temps, je n'ai fait que le distribuer à la presse.
J'ai fait tenir une copie de ce texte en Anglais et en Français à chacun de vous. C'est pourquoi je ne m'attacherai plus ici qu'à formuler cinq demandes précises. La satisfaction et la mise en œuvre de ces cinq demandes permettront la réunification du pays, la paix, le redéploiement de l'Administration et des élections justes, régulières et transparentes.

Ma première demande est la condamnation de la rébellion

Mesdames et messieurs,
Des individus armés ont attaqué mon pays le 19 septembre 2002 en vue d'en renverser les institutions au moyen d'un coup d'Etat. Ces individus ont pu être immédiatement chassés d'Abidjan, la capitale économique, siège des institutions de l'Etat, et se sont retirés pour se fixer au Centre, au Nord et à l'Ouest du pays où, dans les circonstances que vous savez, ils se sont établis jusqu'à ce jour, se muant en une rébellion armée.
Pour mémoire, je vous rappelle le communiqué en date du 24 septembre 2002, soit moins d'une semaine après le déclenchement des hostilités, et par lequel notre organisation a "condamné fermement la tentative de remise en cause de la légalité constitutionnelle en Côte d'Ivoire et exprimé son soutien et sa solidarité au Gouvernement et au peuple de Côte d'Ivoire."
A ce communiqué, j'ajoute la déclaration faite le 27 septembre 2002 par le Président de la Commission de l'Union Africaine, M. Amara ESSY, selon qui "on ne peut pas aujourd'hui accepter que - des insurgés prennent le pouvoir par des coups d'Etat." Je sais qu'une campagne médiatique savamment menée et l'étirement dans le temps du conflit sur plus de quatre années ont pu faire croire à certains qu'en Côte d'Ivoire, des factions armées sont aux prises. Mais vous savez tous que cela est faux et le croire serait un travestissement de l'histoire.
J'ai en effet été élu Président de la République le 22 octobre 2000 à 59,36% et j'ai prêté serment comme tel le 26 octobre 2000. Mon mandat étant d'une durée de cinq ans, les élections devaient être organisées, selon la constitution, dans le courant du mois d'octobre de la cinquième année de mon mandat. Il est donc faux de prétendre que deux factions armées sont aux prises parce qu'il s'agit bel et bien d'une tentative de coup d'Etat. Et les expressions "parties en présence ", "forces belligérantes ", "camp présidentiel et bloc rebelle " visent non seulement à légitimer la rébellion de façon sournoise mais également à la faire passer, du point de vue de la légitimité, pour l'égale du pouvoir démocratiquement élu qu'elle voulait renverser et dont elle ne cesse de clamer sa volonté de renversement.
C'est pourquoi la première demande que je vous adresse est de condamner la tentative de coup d'Etat comme mode d'accession au pouvoir par des moyens anticonstitutionnels. J'entends que désormais, dans, chacune des décisions que prendra l'Union Africaine dans cette crise, la rébellion soit rituellement et fermement condamnée, surtout que cette volonté de renversement d'un pouvoir démocratiquement élu est encore exprimée. En le disant, je suis dans mon droit par rapport aux textes de l'Union Africaine.

Quels sont ces textes?
Le premier est l'Acte Constitutif de l'Union Africaine. Il indique, au titre des principes de fonctionnement de l'organisation, à l'article 4 (b), la "condamnation et le rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement." -Ensuite, la décision n° AHG/DEC.142 (XXXV) adoptée à l'occasion de la 35ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement qui s'est tenue à Alger du 12 au 14 juillet 1999, selon laquelle l'Oua est " déterminée à promouvoir des institutions fortes et démocratiques… " ; - Enfin, la décision n° AHG/DEC.142 (XXXVI) adoptée à l'occasion de la 36ème session 'ordinaire de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement" qui s'est tenue à Lomé du 10 au 12 juillet 2000, par laquelle notre Union a réitéré" sa condamnation de tout type de changement anticonstitutionnel de gouvernement comme anachronique et en contradiction avec son engagement à promouvoir les principes démocratiques et l'Etat de droit. " Cette conférence a également adopté un document intitulé " Déclaration sur le cadre pour une réaction de l'OUA face aux changements anticonstitutionnels de gouvernement."
Cette déclaration est intéressante pour le cas ivoirien parce que non seulement elle énonce des principes mais elle en donne aussi la définition.
Je vais me borner à citer un extrait de cette importante déclaration:

"Pour rendre pratiques et efficaces ces principes que nous avons, énoncés, nous avons décidé de donner la définition suivante aux situations pouvant être considérées comme un changement anticonstitutionnel de gouvernement:

I. Un coup d'Etat militaire contre un gouvernement issu d'élections démocratiques ;
ii. Une intervention de mercenaires pour renverser un gouvernement issu d'élections démocratiques;
iii. Une intervention de groupes dissidents armés et de mouvements rebelles pour renverser un gouvernement issu d'élections démocratiques; ,
iv. Le refus par un gouvernement en place de remettre le pouvoir au parti vainqueur à l'issue d'élections libres, justes et régulières." La situation en Côte d'Ivoire correspond parfaitement aux trois premiers cas de la définition du changement anticonstitutionnel de gouvernement telle qu'arrêté par notre organisation. Notre organisation a également décidé que:
"En cas de changement anticonstitutionnel dans un Etat membre, tel que défini ci-dessus, le Président en exercice de l'OUA et le Secrétaire Général doivent, au nom de l'OUA, condamner immédiatement et publiquement un tel changement et demander instamment le rétablissement rapide de l'ordre constitutionnel.
Le Président en exercice de l'OUA et le Secrétaire Général doivent également signifier clairement et sans équivoque aux auteurs du changement anticonstitutionnel qu'en aucun cas, leur action illégale ne sera tolérée ni reconnue par l'OUA." Je demande donc l'application des textes dans toute leur rigueur.

Ma deuxième demande est le désarmement de la rébellion
Dès lors que la rébellion est reconnue comme illégitime et a été condamnée en ce qu'elle a recouru à des moyens anticonstitutionnels pour accéder au pouvoir d'Etat, elle doit être désarmée. Tout le long du processus de sortie de crise, la rébellion et tous les partis politiques qui la soutiennent de même que les instruments nationaux et internationaux de mise en œuvre du processus de sortie de crise se sont attachés à ruser avec tous les accords et toutes les décisions.
En vous épargnant les péripéties qui ont précédé la mise en place du Gouvernement de Réconciliation Nationale du 13 mars 2003, je vous indiquerai seulement le contenu de l'Accord de Marcoussis dont il est issue la dissolution du Gouvernement de large ouverture que je venais de former le 5 août 2002 et qui comprenait des membres de tous les partis politiques représentatifs de Côte d'Ivoire;
la nomination d'un Premier Ministre dit de consensus;
la formation d'un Gouvernement dit de Réconciliation Nationale comprenant des membres de la rébellion et des membres des partis politiques ayant pris part à la Table ronde de Marcoussis;
la prise de mesures législatives dans les domaines suivants: l'identification des personnes et le séjour des étrangers;
les Droits de l'Homme;
le Code foncier rural;
le statut des Partis politiques et de l'opposition;
le régime électoral ;
le régime juridique de la presse; la nationalité.
L'Accord de Marcoussis me demandait également la prise d'autres mesures, notamment:
la modification de la Constitution afin de rendre éligible l'ex-premier Ministre Alassane Ouattara, au sujet de qui la plus haute juridiction de Côte d'Ivoire avait rendu une décision d'inéligibilité la délégation de pouvoirs au Premier Ministre pour accomplir ses tâches;
- une loi d'amnistie pour mettre les rebelles en confiance et leur permettre de faire partie du Gouvernement, mais surtout pour leur permettre d'accomplir sans crainte pour leur vie et leur liberté la seule obligation qui a été mise à leur charge par l'Accord de Linas-Marcoussis: le désarmement.
Au moment où se concluait l'Accord de Marcoussis en 2003, les élections n'étaient pas en vue puisque mon mandat prenait fin plus de deux années plus tard: Le désarmement était donc le moyen de réunifier le pays et d'obtenir la paix.
C'est uniquement pour obtenir la paix par la réunification immédiate du pays que j'ai accepté cet accord dit de Marcoussis puisqu'il indiquait en effet que le gouvernement formé devait, dès sa mise en place, effectuer le désarmement de la rébellion.

Mesdames, Messieurs,
Le Gouvernement a été mis en place le 13 mars 2003. Cela fera bientôt quatre ans. Jusqu'à ce jour, aucun début de commencement du désarmement n’a été effectué. Après le rendez-vous manqué de l'immédiateté du désarmement dès la formation du Gouvernement de Réconciliation Nationale le 13 mars 2003, le Premier Ministre dudit Gouvernement, Monsieur Seydou DIARRA, après avoir rencontré les rebelles, a annoncé, en leur présence, que le désarmement se ferait le 08 mars 2004.
Ce rendez-vous n'a pas été tenu.
Le Secrétaire Général de l'ONU, devant les blocages, a, convoqué à Accra, capitale du Ghana, une conférence à laquelle ont pris part plusieurs Chefs d'Etat africains. C'est de cette conférence qu'est né I'Accord d'Accra III qui exigeait, en son paragraphe 9, le désarmement des rebelles au plus tard le 15 octobre 2004. Cette date est arrivée à échéance sans que les rebelles aient commencé le désarmement.
L'Union Africaine, notre organisation continentale, a pris la décision de désigner un médiateur dans la crise ivoirienne en la personne du Président Thabo MBEKI,.Président de la République d'Afrique du Sud.

J'ai déjà dit et je le répète, que la désignation du Président MBEKI a été applaudie par toutes les parties au conflit et par tous ceux qui s'intéressent à la Côte d'Ivoire.
Celui-ci, en bon médiateur, a commencé sa mission par une première visite à Abidjan. Il a effectué ensuite une deuxième visite qui a duré quatre jours. Au cours de ces quatre jours, il a rencontré toutes .Ies parties. Ayant par lui-même relevé les blocages, il a établi une feuille de route comportant des obligations précises pour les parties.
A l'échéance du chronogramme établi par cette feuille de route, j'avais été le seul à l'avoir exécuté.
Le Président Thabo MBEKI a alors convoqué les parties à Pretoria pour de nouvelles négociations qui ont abouti à la conclusion de l'Accord de Pretoria. Je me réjouis de la présence à cette réunion du Président Thabo MBEKI. Il pourra lui-même dire les sacrifices qu'il m'a demandé de faire pour avoir la paix dans mon pays. La paix pour moi, c'était le désarmement et la réunification. Et celui-ci (le désarmement) était bien prévu par les paragraphes 4 et 5 de l'Accord de Pretoria. Il n'a jamais commencé.
En tout état de cause, faisant le rapport de sa médiation sur la crise ivoirienne le 31 août 2005 devant l'ONU, le Président sud-africain a, par la voix de son ministre de la Défense Mosuloa Lekota, déclaré que le président de la République de Côte d'Ivoire avait entièrement appliqué tous les accords signés et que de tous les signataires, il était le seul à avoir tenu sa part d'engagement. Au nom du Médiateur, le Ministre sud-africain a déposé devant le Conseil de Sécurité en ces termes: "tous les accords nécessaires pour lever les obstacles à l'application des Accords ont été finalisés" et "les décisions prises par le Conseil de Sécurité, selon lesquelles toute personne qui fait obstruction à l'application des Accords fera l'objet de" sanctions, doivent être appliquées." Ce que voulait ainsi dire le Médiateur, c'est qu'il ne reste plus que le désarmement à faire et que les rebelles et l'opposition, qui ne veulent pas de ce désarmement, font obstacle à l'application des Accords et doivent être sanctionnés. Cela n'a jamais été fait. Aujourd'hui, les rebelles fatigués de ruser avec la Communauté nationale et internationale avouent enfin qu'ils n'ont jamais voulu désarmer.
Je vous citerai, pour illustrer cela, la déclaration de Monsieur Soro Guillaume qui, lors d'une conférence publique à New York, aux Etats-Unis, le 23 septembre 2006, affirmait:
"On ne désarmera pas. On ne s'est pas battu, on n'a pas conquis 60% du territoire pour qu'on désarme. Une terre conquise par la guerre n'est jamais remise."
Avec cette déclaration, tout le monde voit bien que les rebelles qui ont tout obtenu de tous les accords et de toutes les médiations en promettant le désarmement, n'ont jamais eu l'intention de désarmer. Je demande donc à l'Union Africaine d'ordonner le désarmement de la rébellion et de prendre toutes les dispositions pour qu'il soit réalisé.

Ma troisième demande est la suppression de la zone de confiance

Au début du conflit, il a été instauré, par les forces impartiales, une ligne dite de non franchissement allant d'Est en Ouest, censée, à l'époque, constituer une zone tampon, empêchant les affrontements militaires. Cette ligne de non franchissement, à la pratique, est devenue une frontière intérieure consacrant la partition du pays en deux. C'est cette ligne qui permet d'utiliser aujourd'hui des expressions comme "Nord et Sud", "zone rebelle et zone gouvernementale", etc. Pour paraître moins choquante, il lui a été donné par ses créateurs, le nom de "zone de confiance." Malgré cette mutation nominale, cette zone n'a pas réussi à instaurer la confiance des populations riveraines puisqu'elle est régulièrement traversée par les rebelles qui viennent se livrer à des razzias meurtrières en zone gouvernementale. Je citerai comme exemples les attaques par les rebelles des villages de Petit Duékoué et Guitrozon dans le département de Duékoué (Ouest de la Côté d'Ivoire), qui ont eu lieu dans la nuit du 1er au 02 juin 2005 et qui ont fait 41 morts, 64 blessés plus ou moins graves et une centaine de cases incendiées. Je précise que 11 des personnes tuées avaient été enfermées dans leurs habitations et brûlées vives. Aujourd'hui donc, la zone de confiance pose plus de problèmes qu'elle n'apporte de solutions. Elle constitue un obstacle physique à la réunification du pays et donc un obstacle à la' préparation et à l'organisation des élections. Je demande donc à l'Union Africaine dont l'un des objectifs contenus dans la charte est de "défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance de ses Etats membres", de faire en sorte que cette zone de confiance soit démantelée.


Ma quatrième demande est le retour à l'application pure et simple de la Constitution et des lois de Côte d'Ivoire

Mesdames, Messieurs,
L'actuel processus de paix a échoué. Et toutes les parties en conviennent.

1. Les autorités françaises, initiatrices dudit processus
Selon ces autorités, il faut un nouveau cadre de règlement de la crise ivoirienne. Ce qui signifie que le cadre qu'elles ont mis en place a échoué. Ce qui signifie également que les arrangements qui ont été faits sur leur proposition se sont révélés infructueux.

2.Le Premier Ministre de Réconciliation Nationale
Celui-ci a reconnu devant la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO tenue à Abuja le 06 octobre 2006, avoir échoué et avoir honte de son échec.

3. Le Groupe de Travail International (GTI)
Il avoue aussi l'échec du processus en relevant des blocages et demande, pour que ces blocages soient levés, que les pouvoirs du président de la République soient transférés au premier ministre. En un mot, le GTI demande que le coup d'Etat du 19 septembre 2002 soit parachevé.

4. Moi-même, Président élu de Côte d'Ivoire
Je demande que ce processus de paix non africain soit abandonné pour que l'Afrique propose un processus fondé sur l'équité, les principes de l'Union Africaine et la Souveraineté de la Côte d'Ivoire. C'est pourquoi je demande le retour pur et simple à l'application stricte de la Constitution, la contrepartie que j'attendais de toutes les délégations de pouvoir, de toutes les concessions et de tous les sacrifices que j'ai consentis, ne m'ayant pas été donnée, le désarmement n'ayant pas été fait.
En effet, le processus français de sortie de crise a échoué parce que d'une part, les différents Premiers Ministres, plutôt que de s'atteler exclusivement à l'accomplissement des missions précises qui leur ont été confiées, se sont acharnés à rechercher pour eux-mêmes les pouvoirs que le Président de la République détient du peuple de Côte d'Ivoire, à travers sa Constitution. D'autre part, parce que les ministres du Gouvernement de Réconciliation Nationale n'obéissent qu'aux ordres de la Direction des partis et mouvements rebelles qui les ont proposés au Gouvernement.
Il s'en suit un délaissement des affaires de l'Etat au profit des intérêts partisans. Ce qui est inacceptable pour un pays en crise. Pis, les ministres et les chefs de leurs partis, ne cachent même plus leur intention de parvenir à leur fin, à savoir obtenir mon renversement. Je vous épargnerai les différentes déclarations des uns et des autres.
Il me suffira seulement de vous citer quelques morceaux choisis:

- Premièrement, de Monsieur SORO Guillaume qui, après la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO tenue à Abuja le 06 octobre 2006, disait dans une interview publiée le lundi 09 octobre 2006 par le Nouveau Réveil, organe de presse au service du PDCI-RDA : "On ne peut pas demander à la Communauté internationale de venir enlever Gbagbo du pouvoir à notre place. Ce n'est pas cela son travail de venir enlever Gbagbo pour nous. C'est à nous d'enlever Gbagbo."

-Deuxièmement, du Professeur Alassane Salif N'DIAYE, Porte-parole du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Paix, groupement des partis d'opposition), qui a tenu les propos suivants: "…Après le 21 octobre, Gbagbo n'est plus chef d'Etat… Il faut chasser Gbagbo par tous les moyens. …" C'est pourquoi le retour à la constitution est requis pour me permettre de désigner le Premier ministre de mon choix et des ministres qui sont soucieux de se conduire de façon républicaine, en se conformant à la politique de la nation déterminée par le Président de la République, en vertu de la Constitution.

Mesdames, Messieurs,
Il faut dès maintenant et urgemment mettre fin au processus de Marcoussis en revenant à l'équité et à la légalité constitutionnelle comme l'exigent les textes de notre Union. - Le premier texte auquel je ferai référence est l'article 3 (b) de l'Acte Constitutif de l'Union Africaine qui, au titre des objectifs de l'organisation, indique que celle-ci a pour mission de "défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance de ses Etats membres. " -Le deuxième texte est la "Déclaration sur le cadre pour une réaction de l'OUA face aux changements anticonstitutionnels de gouvernement" par laquelle "nous sommes convenus de retenir les principes ci-après comme cadre de définition des valeurs et principes communs pour la démocratisation de nos pays:

-premièrement, adoption d'une Constitution démocratique dont l'élaboration, le contenu et le mode de révision devraient être conformes aux principes généralement convenus de démocratie; -deuxièmement, respect de la Constitution et des dispositions des lois et autres actes législatifs adoptés par le Parlement…" Je m'inscris parfaitement dans cette exigence de l'Union Africaine en demandant l'application de la Constitution de mon pays qui est l'acte de souveraineté par excellence de chaque Etat.

La Constitution de la Côte d'Ivoire a été adoptée le 23 juillet 2000 et promulguée le 1er août 2000.
Au cours de la campagne référendaire ayant abouti à son adoption, tous les leaders politiques sans exception, je dis bien sans exception, ont appelé à voter le projet de Constitution.
Elle a été adoptée à 86,53 % avec un taux de participation de 55,05 %, taux jamais égalé dans aucune consultation populaire en Côte d'Ivoire.
Je n'étais pas Président de la République et je n'ai donc pas pu tailler cette constitution à ma mesure.
D'autre part, nourri par l'expérience du coup d'Etat de 1999, le peuple de Côte d'Ivoire a tout mis en œuvre pour se prémunir contre toute aventure en prévoyant le cas où les élections à la Présidence de la République n'auraient pas lieu. Malgré cela, ceux qui veulent obtenir mon renversement soutiennent qu'il y a un vide juridique dans la Constitution et font preuve de mauvaise foi en méconnaissant volontairement la Constitution.
Celle-ci dit en effet en son article 38 que: "En cas d'événements ou de circonstances graves, notamment d'atteinte à l'intégrité du territoire ou de catastrophes naturelles rendant impossible le déroulement normal des élections ou la proclamation des résultats, le Président de la Commission chargée des élections saisit immédiatement le Conseil constitutionnel aux fins de constatation de cette situation.
Le Conseil constitutionnel décide dans les vingt quatre heures de l'arrêt ou de la poursuite des opérations électorales ou de suspendre la proclamation des résultats. Le président de la République en informe la Nation par message.
Il demeure en fonction. Dans le cas où le Conseil constitutionnel ordonne l'arrêt des opérations électorales ou décide de la suspension de la proclamation des résultats, la Commission chargée des élections établit et lui communique quotidiennement un état de l'évolution de la situation. Lorsque le Conseil constitutionnel constate la cessation de ces événements ou de ces circonstances graves, il fixe un nouveau délai qui ne peut excéder trente jours pour la proclamation des résultats et quatre vingt dix jours pour la tenue des élections."
L'article 39 poursuit:
"Les pouvoirs du Président de la République en exercice expirent à la date de prise de fonction du Président élu, laquelle a lieu dès la prestation de serment. Dans les quarante-huit heures de la proclamation définitive des résultats, le Président de la République élu prête serment devant le Conseil constitutionnel réuni en audience solennelle…"
Ces textes sont des textes utilitaires parce que le peuple ivoirien a fait du Président de la République, à l'article 34 de la Constitution, le Chef de l'Etat. C'est lui qui incarne la permanence des institutions en ce qu'il incarne l'unité nationale, assure la continuité de l'Etat et veille au respect des engagements internationaux. Notre Constitution est donc le dernier bouclier pour l'ordre et la loi. La contourner, la modifier ou la suspendre serait la voie ouverte au désordre et à l'anarchie.
Je demande donc au Conseil de Paix et de Sécurité l'application pure et simple de la Constitution de la Côte d'Ivoire et la suppression des instruments nationaux (le Premier ministre et le gouvernement de réconciliation nationale) et internationaux (le groupe de travail International) de mise en œuvre du processus défunt de Marcoussis. En lieu et place, je demande, la désignation par le Président de la République d'un Premier Ministre de son choix et la nomination de ministres sur la proposition de ce dernier, le tout conformément à la Constitution.

Ma 5ème demande est le maintien du Président Thabo MBEKI dans les fonctions de Médiateur de l'Union Africaine dans la crise ivoirienne et l'appropriation subséquente du processus de paix par l'Afrique

J'ai déjà rappelé devant la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO que toutes les fois que le processus de paix en Côte d'Ivoire a fait des progrès, c'était sous des médiations africaines.
D'abord, celle de Feu le Président GNASSINGBE Eyadéma qui était à la veille de conclure un accord de paix entre l'Etat ivoirien et la rébellion quand il a été dépossédé du dossier par l'annonce de la convocation d'une table ronde en France. Ensuite, la désignation par l'Union Africaine de son Excellence Monsieur Thabo MBEKI, Président de la République d'Afrique du Sud dans les fonctions de Médiateur, qui a permis d'enregistrer la satisfaction de toutes les revendications formulées par la rébellion et par les partis politiques qui la soutiennent, même si certaines de ces revendications étaient franchement contestables.

Je vais en citer quelques-unes:
La nomination d'un Haut Représentant aux élections, institution qui a été mise en place à la demande de la rébellion et qui n'existe nulle part dans le monde; la mise en place, pour organiser des élections justes et transparentes, d'une Commission Electorale Ad hoc comprenant des rebelles et assurant à ceux-ci et aux partis politiques qui la soutiennent, une majorité parfaite; l'attribution de la direction de la seule chaîne de télévision et de radio d'Etat à la rébellion, alors que celle-ci anime dans les zones sous son contrôle une chaîne de télévision et de radio lui permettant d'y faire sa propagande; la prise par moi-même d'une décision présidentielle accordant l'éligibilité à la présidence de la République de Côte d'Ivoire à Monsieur Alassane Dramane OUATTARA, ce qui lui avait été refusé par la plus haute instance judiciaire de Côte d'Ivoire; sous l'impulsion du Président Thabo MBEKI, l'Assemblée Nationale de Côte d'Ivoire a, avec célérité, adopté les douze lois exigées par le processus de Marcoussis. Quand cela a été fait, la rébellion a estimé que ces lois votées par notre Assemblée Nationale n'étaient pas conformes à la lettre et à l'esprit de Linas-Marcoussis.
Le Président Thabo MBEKI m'a demandé de les modifier par décision exceptionnelle. Je l'ai fait. Après cette première modification, les rebelles ont encore estimé que trois de ces lois nécessitaient des précisions. Toujours à la demande du Président Thabo MBEKI, j'ai apporté, par décision exceptionnelle, ces précisions.
Tous ces progrès, grâce à l'approche empreinte de tact et de courtoisie du Président Thabo MBEKI, ont été enregistrés au profit de la rébellion et des partis politiques d'opposition. C'est donc avec mépris que j'observe l'ingratitude détestable de ceux qui mènent la campagne médiatique tendant à faire passer aujourd'hui le Président Sud-Africain pour partial et partisan à mon profit. Je demande que l'Afrique prenne sur cette question une décision qui fera jurisprudence. Je souhaite qu'il ne soit pas dit que les chefs d'Etat africains ont désigné l'un des leurs pour régler une crise africaine et que parce qu'il était contesté par un mouvement armé ayant échoué dans sa tentative de renverser un Président élu, ils l'ont démis. Une telle décision n'est ni honorable ni acceptable pour nous, Chefs d'Etat africains. Je termine mon propos sur ce point en indiquant que toutes les médiations parallèles doivent prendre fin au profit de la seule médiation du Président Sud-Africain qui a donné les seuls 'résultats concrets. Je profite de cette occasion pour demander aux Chefs d'Etat africains que les résolutions de l'ONU sur le règlement des crises africaines en général, et sur le règlement de la crise ivoirienne en particulier, résultent de propositions directement faites à l'ONU par l'Union Africaine et, dans le cas ivoirien, directement par le Médiateur, après avis du Président de l'Union Africaine et de l'Etat ivoirien. Je suis convaincu que la mise en place de toutes ces conditions nous conduira rapidement à la réunification du pays, à la paix, au redéploiement de l'administration et à des élections justes, régulières et transparentes.

Mesdames, messieurs,
Je vous remercie d'accepter de rédiger en des termes clairs et précis, ne laissant place à aucune interprétation, le communiqué issu de vos délibérations.

Je vous remercie de votre attention.


COMMUNIQUE DES FORCES NOUVELLES SUR LES RECOMMANDATIONS DE LA CEDEAO

Vendredi 20 Octobre 2006

Faisant suite aux recommandations de la CEDEAO, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine à tenu le 17 octobre 2006 sa 64ème réunion à Addis-Abeba.
Les Forces Nouvelles saluent toutes les initiatives de la CEDEAO et de l’Union Africaine, tendant à aider la Côte d'Ivoire à régler la crise que traverse notre pays depuis le 19 septembre 2002.
Les Forces Nouvelles espèrent que ces recommandations serviront d’orientation à la prochaine réunion du Conseil de Sécurité de l’Onu qui devra prendre des résolutions et des décisions plus vigoureuses et débarrassées de toutes les ambiguïtés déjà identifiées par le GTI.
Car il est important de noter que les recommandations de la 64ème réunion du Conseil de Paix et de Sécurité ne sont pas suffisantes pour lever tous les blocages volontairement entretenus par Laurent Gbagbo sur la base de la constitution dont le maintien posera toujours problème à la Côte d'Ivoire.
Pour les Forces Nouvelles, en décidant après l’avoir fait en 2005, de proroger une nouvelle fois de 12 mois le mandat de M. Laurent Gbagbo, la réunion du Conseil de Paix et de Sécurité a donné l’occasion à M. Laurent Gbagbo en tant que Chef d’Etat de préparer, de mettre en œuvre et d’ouvrir une nouvelle année d’errance et de souffrances pour le peuple de Côte d'Ivoire.

Fait à Bouaké, le 18 octobre 2006
La Cellule de Communication



SOMMET SUR LA CRISE IVOIRIENNE A ADDIS-ABEBA / RETOUR A ABIDJAN DU PRESIDENT GBAGBO / DECLARATION

Vendredi 20 Octobre 2006

Rentré d’Addis-Abeba, ce mercredi 18 octobre, où il a pris part à la 64e réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine, consacrée exclusivement à la crise ivoirienne, le Président Laurent Gbagbo a fait une déclaration à la presse.

«Je voudrais dire, aux Ivoiriens, que je suis de retour. Et que depuis Abuja jusqu’à Addis-Abeba, nous n’avons pas à rougir quand on sait d’où nous venons, quand on sait les textes qui étaient préparés avant que nous n’arrivions. Par pudeur, je ne les rendrai pas public pour le moment. Mais, quand le processus sera fini, alors, je présenterai aux Ivoiriens tous les textes et leur évolution ; depuis les textes de base, d’Abuja à New York en passant par Addis-Abeba ; et les Ivoiriens verront qu’ils n’ont pas à rougir. Le président du Conseil Economique et Social, Laurent Dona Fologo peut vous en parler, parce que l’année dernière, c’est lui qui m’a représenté et à Abuja et à Addis-Abeba. Nous avons fait un chemin, nous avons préservé l’essentiel. Mais une fois de plus, je voudrais répéter ceci : ‘’ Il ne faut pas que nous comptions sur l’extérieur, sur la Communauté internationale pour envoyer la paix en Côte d’Ivoire’’. Je crois que je l’ai déjà dit et je suis toujours dans cette même disposition d’esprit. Parce que ceux qui au départ ont fait de mauvaises analyses ne sortent pas encore de leurs mauvaises analyses. Et quand on ne sort pas des mauvaises analyses, on conseille le mauvais remède. Et nous, nous avons des analyses contraires. Et naturellement, nous proposons d’autres remèdes. Mais ce n’est pas l’essentiel. Nous ferons l’essentiel pour que notre pays sorte de la crise. Je vois que toute la Côte d’Ivoire est mobilisée et nous pouvons le faire. Il nous faut tenir dans l’adversité, pour une fois nous devons y aller. Certaines personnes peuvent dire : ‘‘Oui, vous dites que vous n’attendez pas d’eux la sortie de crise et pourquoi vous partez aux réunions’’. C’est parce qu’on ne multiplie pas volontairement les armes contraires. Et chaque fois que, dans un endroit ou dans un autre, on peut faire en sorte que les armes soient les moins mauvaises, il faut le faire. Et c’est ce que nous faisons en ce moment. Nous faisons en sorte que les armes qui sont préparées ici et là soient les moins mauvaises. Et je crois que nous y avons bien réussi pour le moment et qu’on va arriver au bout du tunnel. Il nous faut tenir, je suis de retour, les choses vont bien et dans les semaines prochaines nous allons être plus explicites.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire
Que Dieu nous donne la paix.
Je vous remercie».


COTE D'IVOIRE / CELEBRATION DE LA NUIT DU DESTIN / DISCOURS DU PRESIDENT DU CONSEIL NATIONAL ISLAMIQUE

Vendredi 20 Octobre 2006

Excellence Mesdames et Messieurs les invités,

Frères et sœurs en Islam,

1 – Ramadan 1426-H, Ramadan 1427-H, il y a un an. Nous vous faisions une adresse dans cette belle mosquée de la Riviera Golf, ici même. C’était comme ce soir, à l’occasion de la célébration officielle de la nuit du destin. Une nuit bénie dont les actes d’adoration valent mieux que ceux de mille mois de dévotion. «La nuit de la détermination est meilleure que mille mois ». Sourate 97, la détermination, verset 3.
Une dévotion empreinte certainement d’actions pieuses, mais aussi et surtout d’entraides bienfaisantes ; de solidarité au sein de la communauté musulmane, d’assistances heureuses et manifestes de non musulmans envers des musulmans et vice-versa.
A cet égard, chacun de nous s’est laissé guider par ce que sa responsabilité humaine et naturelle lui conseille en pareille circonstance. Qu’Allah nous rétribue de cet élan.
En plus de cette bénédiction, nous exprimons l’infinie gratitude du Conseil National Islamique à tous les bienfaiteurs ; cadres et modestes travailleurs.
l 2- Cependant, en dehors de tels événements religieux d’importance capitale, la société ivoirienne dans sa composante plurielle : religieuse, politique, culturelle, depuis quelques années ne se sent plus unie et solidaire ; devant Dieu, l’Autorité supérieure, nous ne nous imposons aucune obligatoire envers notre société globale. (…)

I – Du caractère personnel
de notre responsabilité

l 3- Pour le Conseil National Islamique, la responsabilité religieuse, morale et sociale, toute personnelle de chacun des habitants de la Côte d’Ivoire est avérée, dans l’avènement mais surtout dans la persistance de la crise ivoirienne. (…)
A posteriori, ce qui arrive à la Côte d’Ivoire est la conséquence des actions posées par ses habitants. Citoyens lambda, hommes politiques, cadres de l’administration publique ou du secteur privé, dignitaires religieux, leaders d’ONG, d’organisations syndicales, dépositaires des valeurs traditionnelles, jeunes et femmes.
N’avons-nous pas opté pour la démocratie à l’avènement de notre pays à l’indépendance politique ?
Afin de réaliser cet idéal de gouvernement, le droit républicain devait réguler nos rapports internes et externes dans la justice et l’égalité de tous devant la loi (...)
l 4- Au quotidien, en dehors des événements à caractère national, chacun des habitants a malheureusement œuvré pour le triomphe et la primauté de sa communauté religieuse, culturelle ou politique au détriment de tout le peuple et de la société globale. Pour le faire, très souvent, la fin a justifié les moyens.
En effet, aux antipodes de l’idéal démocratique, on a fait de la violence, la norme politique. Le sol ivoirien sur lequel, a-t-on dit qu’aucune goutte de sang n’avait été versée, est désormais en moins de dix ans, imbibé du sang d’un nombre incalculable d’innocentes victimes, pour la plupart dans la fleur de l’âge.
Chez nous en Côte d’Ivoire, les crimes politiques concurrencent les crimes économiques dont les plus flagrants ont fait l’objet d’enquête toujours ouverte donc jamais close.
La société ivoirienne continue de désespérer de ses membres. Alors même qu’elle cherche solutions à ses préoccupations en «té» : impunité, insécurité, pauvreté, calamité des déchets toxiques et des maisons de placement illicite d’argent, une classe d’acteurs sociaux l’en distrait, en lui imposant des urgences partisanes en «tion», institution, constitution, résolution 1633, transition, etc.
l 5 – Le Conseil National Islamique fait remarquer, que la presque totalité des populations ivoiriennes n’agissent qu’en fonction des mots d’ordre des forces politiques.
Dorénavant, les forces politiques, toutes à la fois au pouvoir et à l’opposition endoctrinent les populations, à qui la politique est expliquée comme un secteur économique florissant et pourvoyeur d’emplois rémunérateurs. Or en Islam, la charge des suiveurs ne sera pas moins lourde que celle des orgueilleux qui les ont égarés. (...)
C’est le dénouement invariable de la dispute entre les faibles et ceux qui les ont induites en erreur.

II – De la responsabilité collective

l 6 – Le Conseil National Islamique voit qu’à ce degré d’extension, la responsabilité individuelle confine et est près de se confondre avec la responsabilité collective. (…)
C’est dans ce contexte que la communauté internationale est intervenue, à notre demande, au chevet de notre société plus malade de ses contradictions que de la guerre.
Aussi, voudrais-je lancer un vibrant appel à tous les Ivoiriens, de toutes origines et de toutes conditions pour accepter les décisions de ceux qui ont bien voulu nous venir en aide. Essayons sincèrement et sérieusement d’appliquer dans l’esprit et dans la lettre, tous les accords et propositions sans faux fuyant et sans calcul.
C’est pourquoi, l’attitude de la communauté internationale serait assimilable à la complicité passive, si elle n’était pas intervenue. Pour ou contre cette communauté internationale, la situation socio-économique de la Côte d’Ivoire aurait pu être plus grave qu’elle ne l’est depuis septembre 2002. Les exemples sont légions dans la sous région et à travers le monde pour le confirmer.
7 – L’avènement de la crise politico-militaire en Côte d’Ivoire est de la responsabilité religieuse, morale et sociale tant individuelle que collective de ses habitants.
Notre incapacité à ne pas nous entendre sur le minimum, en nous faisant mutuellement des concessions a fait de la Côte d’Ivoire un pays à part.
Depuis deux ans (2) ans le calendrier politique ivoirien régule le quotidien de toutes les populations du pays, du 1er novembre au 31 octobre. (…)
C’est pourquoi, le Conseil National Islamique requiert la ferveur religieuse de tous les corps sociaux, à l’occasion de cette célébration officielle de la nuit de la détermination en Côte d’Ivoire, pour des prières à Allah.
Qu’il ramène la paix en nous, entre nous, pour nous et par nous !
Qu’il nous éclaire sans cesse et nous arrache à la manipulation de ces acteurs sociaux qui subordonnent l’intérêt national au leur.

Imam Koné Idriss Koudouss
(Président du CNI)


RECOMMANDATIONS DE LA FRANCE SUR LA SITUATION EN COTE D'IVOIRE

Jeudi 19 Octobre 2006

Dans les coulisses du Sommet d’Addis-Abeba, la France avait fait des recommandations par l’entremise de ses relais africains :

1. La prorogation du mandat du Président ne doit pas excéder 12 mois,

2. le Résolution qui sera votée au Conseil de Paix et de Sécurité doit remplacer la Constitution.

3. l’Assemblée nationale sera supprimée pendant la période de transition.

Les recommandations de la France n’ont pas été prises en compte dans le Communiqué final qui reflète davantage les exigences du Président Laurent GBAGBO sur les points suivants :

1. Le Président a demandé et obtenu la condamnation formelle de la rébellion contre le gré du Président WADE.

2. Le texte de la 64ème réunion du Conseil de Paix et de Paix, en date du 17 Octobre 2006, sonne le glas du Groupe Internationale du Travail (GTI).

3. Il n’est plus fait mention du Gouvernement dont les membres sont issus des partis politiques de Linas Marcoussis.

4. tout ce qui touche au processus de délivrance des jugements supplétifs et des certificats de nationalité se fera ‘’dans l’esprit de la loi’’.

5. la fin de la médiation du Président Thabo Mbeki d’Afrique du Sud ne répond pas à une exigence des rebelles. L’Afrique du sud ayant été élue au Conseil de sécurité des Nations unies, le Président Mbeki a jugé bon de se retirer du fait de l’accroissement de ses charges.

6. Les chefs d’Etat dans les échanges ont fait omprendre au Premier ministre Charles Konan Banny que l’armée n’avait pas pour rôle de sécuriser les audiences foraines. Ce sont des tâches qui incombent à la gendarmerie et à la police.

Nianzou Ano (www.laurentgbagbo.net)


SOMMET DE L'UNION AFRICAINE / COMMUNIQUE FINAL SUR LA SITUATION EN COTE D'IVOIRE

Jeudi 19 Octobre 2006

Communiqué final de la 64ème réunion du Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine


COMMUNIQUE FINAL DE LA 64EME REUNION DU CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE DE L'UNION AFRICAINE RELATIF A LA CRISE IVOIRIENNE L'UA DONNE LES POUVOIRS NECESSAIRES AU PREMIER MINISTRE CHARLES KONAN BANNY

Le Conseil de Paix et Sécurité de l’Union africaine, en sa 64ème réunion, tenue le 17 octobre 2006, au niveau des chefs d’Etat et de Gouvernement, a adopté la décision qui suit sur la situation en Côte d’Ivoire:

Le Conseil,

1. Rappelle la décision PSC/AHG/Comm(XL) adoptée lors de sa 40ème réunion tenue le 6 octobre 2005, stipulant que les arrangements convenus dans l’Accord de Linas-Marcoussis du 23 janvier 2003 se poursuivront à partir du 31 octobre 2005 pour une période n’excédant pas douze (12) mois, ainsi que la résolution 1633 (2005) adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 21 octobre 2005 ;

2. Prend note avec satisfaction des efforts fournis par tous les responsables ivoiriens en vue de restaurer la confiance entre les parties concernées et les exhorte à poursuivre ces efforts ;

3. Réitère sa préoccupation face à la persistance de la crise en Côte d’Ivoire et aux graves dangers que cette situation fait peser sur l’unité du pays et la cohésion de son tissu social, ainsi que sur la paix et la stabilité dans la région de l’Afrique de l’Ouest ;

4. Réaffirme l’attachement de l’Union africaine au respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité de la Côte d’Ivoire, conformément aux principes pertinents énoncés dans l’Acte constitutif de l’Union africaine, ainsi que l’impératif de la réunification rapide de la Côte d’Ivoire. Le Conseil réaffirme également l’attachement de l’Union africaine au règlement pacifique des différends et son rejet total du recours à la force et de tout changement anticonstitutionnel de Gouvernement ;

5. Rend hommage à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et aux dirigeants de la région pour leurs efforts continus en vue de la promotion de la paix et de la réconciliation en Côte d’Ivoire ;

6. Rend également hommage aux Nations unies pour leur contribution déterminante à la recherche de la paix et de la stabilité en Côte d’Ivoire, notamment à travers le rôle que joue l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), et salue l’implication personnelle et continue de son Secrétaire général, Kofi Annan, ainsi que son engagement en vue de la restauration de la paix en Côte d’Ivoire ;

7. Rend en outre hommage au Président Thabo Mbeki d’Afrique du Sud pour les efforts inlassables qu’il a déployés au service de la paix et de la réconciliation en Côte d’Ivoire, ainsi que pour les nombreuses initiatives qu’il a prises en vue de faire avancer le processus de paix, en sa qualité de Médiateur de l’Union africaine, mû par son profond attachement à la recherche de solutions africaines aux problèmes africains;

8. Félicite le Président Denis Sassou Nguesso de la République du Congo, Président en exercice de l’Union africaine, pour les efforts qu’il n’a eu de cesse de déployer et pour les initiatives qu’il a prises pour soutenir le processus de paix en Côte d’Ivoire et pour aider à surmonter les obstacles rencontrés dans sa mise en œuvre ;

9. Exprime son appréciation pour le travail accompli par le Groupe de travail international (GTI) depuis sa mise en place, conformément à la décision PSC/AHG/Comm(XL) et à la résolution 1633 (2005) ;

10. Prend note du communiqué publié à l’issue de la 10ème réunion du GTI, tenue à Abidjan, le 8 septembre 2006, dans lequel celui-ci a exprimé sa vive préoccupation face aux nombreux blocages profonds et persistants qui entravent la mise en œuvre des décisions prises lors de la réunion des principaux dirigeants politiques ivoiriens, tenue à Yamoussoukro, le 5 juillet 2006, ainsi que de la feuille de route élaborée par le GTI et que le Gouvernement ivoirien s’est approprié lors du Séminaire tenu à Yamoussoukro, du 9 au 11 février 2006, relevé les causes de ces blocages, et souligné, compte tenu de cette situation, qu’il est impossible d’organiser les élections dans les délais prescrits par la résolution 1633 (2005) et qu’il est, en conséquence, indispensable de définir un nouveau cadre de transition propre à porter remède aux causes des blocages identifiées ;

11. Fait sien le constat du Sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, tenu à Abuja, le 6 octobre 2006, sur l’expiration, le 31 octobre 2006, de la période de transition de douze (12) mois fixée au terme de sa décision PSC/AHG/Comm(XL) et de la résolution 1633 (2005), ainsi que sur l’impossibilité d’organiser l’élection présidentielle à la date prévue ;

12. Prend note des recommandations formulées à l’issue du Sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO concernant la gestion de la période d’après le 31 octobre 2006 ;

13. Décide, en conséquence, qu’une nouvelle période de transition n‘excédant pas de douze (12) mois sera ouverte à compter du 1er novembre 2006 pour poursuivre et parachever les tâches ci-après :

l’identification et la confection de la liste électorale,
le DDR et la restructuration des forces de défense et de sécurité,
le démantèlement des milices,
la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire de la Côte d’Ivoire, et
les préparatifs techniques des élections,
14. Décide en outre que, durant cette période de transition, les modalités ci-après s’appliqueront :

(i) le Président Laurent Gbagbo demeure chef de l’Etat,

(ii) le Premier Ministre de transition Charles Konan Banny disposera de tous les pouvoirs et moyens nécessaires pour mettre en œuvre les activités suivantes :

le programme de désarmement,
le processus d’identification,
le démantèlement des milices,
la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire,
les questions électorales, et
le redéploiement de l’administration et des services publics sur l’ensemble du territoire de la Côte d’Ivoire
(iii) le Premier Ministre disposera également de l’autorité nécessaire sur toutes les forces de défense et de sécurité ivoiriennes intégrées pour lui permettre d’exécuter les tâches qui lui sont assignées,

(iv) conformément à la décision PSC/AHG/Comm(XL) et à la résolution 1633 (2005), les ministres sont responsables devant le Premier Ministre, qui a pleine autorité sur son Gouvernement,

(v) dans l’accomplissement de sa mission, le Gouvernement peut, en toutes matières, prendre, en Conseil des Ministres, des décisions par ordonnance ou décrets-lois. En particulier, le Gouvernement peut adopter, par ordonnance, des mesures appropriées pratiques, dans l’esprit de la loi, pour accélérer le processus de délivrance des jugements supplétifs et des certificats de nationalité,

(vi) conformément à la décision PSC/AHG/Comm(XL) et à la résolution 1633 (2005), et au terme de l’Accord de Linas-Marcoussis, le Premier Ministre ne sera pas éligible aux élections qui seront organisées au plus tard le 31 octobre 2007;

15. Décide d’accepter la demande du Président Thabo Mbeki pour que l’Afrique du Sud soit déchargée de son rôle de Médiateur, à la suite de l’élection de son pays au Conseil de sécurité des Nations unies. Le Conseil réaffirme que l’Union africaine continuera à faire appel au leadership du Président Mbeki dans la résolution de la crise ivoirienne. Le Conseil félicite l’Afrique du Sud pour son élection au Conseil de sécurité des Nations unies et exprime sa conviction que l’Afrique du Sud continuera à appuyer les efforts de règlement des différents conflits africains et œuvrera à la promotion de la paix et de la sécurité dans le monde ;

16. Décide de confier la poursuite de la médiation au Président Denis Sassou Nguesso de la République du Congo, en sa qualité de Président de l’Union africaine, en liaison avec le Président de la Commission de l’Union africaine et la CEDEAO et, en tant que de besoin, en liaison avec tout autre dirigeant africain disposé à apporter sa contribution à la recherche de la paix en Côte d’Ivoire. Le Conseil décide en outre que le représentant du Médiateur de l’Union africaine dirigera la médiation au quotidien en Côte d’Ivoire, conformément à la décision PSC/AHG/Comm(XL) ;

17. Réaffirme l’importance primordiale du DDR dans le processus de paix et demande son achèvement immédiat, ainsi que l’achèvement du désarmement et du démantèlement des milices, qui doivent être effectués parallèlement à l’identification des citoyens. Le Conseil invite les autorités ivoiriennes à démarrer la réforme du secteur de la sécurité qui permettra d’établir une structure unifiée des forces, ainsi que de renforcer leur caractère républicain et leur neutralité ;


18. Convient de la nécessité de faire organiser des séminaires sur la réforme du secteur de la sécurité par l’Union africaine et la CEDEAO, en collaboration avec les partenaires et la participation d’officiers de commandement et d’officiers supérieurs des pays de l’Afrique de l’Ouest émergeant de conflits. Ces séminaires examineront, entre autres questions, les principes du contrôle civil des forces armées et la responsabilité personnelle et individuelle pour des actes d’impunité ou de violation des droits humains ;

19. Réaffirme son soutien aux forces impartiales, à savoir l’ONUCI et les forces de l’Opération Licorne qui la soutiennent, et demande le renforcement de leur mandat, notamment en ce qui concerne la protection des personnalités du Gouvernement et le maintien de l’ordre pour la tenue d’élections libres, transparentes, ouvertes et régulières ;

20. Souligne la nécessité pour le Haut Représentant pour les Elections (HRE) de travailler en étroite collaboration avec le Premier Ministre et la Commission électorale indépendante (CEI) pour veiller à la préparation effective, et dans les délais prescrits, des élections. Le Conseil encourage le bureau du HRE à jouer un rôle plus important dans le règlement des différends liés au processus électoral ou découlant des procédures et des processus devant être adoptés pour assurer la tenue d’élections libres, transparentes, ouvertes et régulières à la fin de la période de transition ;

21. Demande instamment à toutes les parties ivoiriennes de faire preuve de retenue, de travailler ensemble pour surmonter l’impasse actuelle et de s’abstenir de toute action unilatérale au cours de la période de transition ;

22. Souligne l’importance cruciale que revêt l’implication active de la société civile dans le processus de paix. A cet égard, le Conseil invite le Gouvernement ivoirien à prendre toutes les dispositions nécessaires pour encourager et faciliter la participation de la société civile au processus de paix, et demande à la Commission, ainsi qu’au Secrétariat exécutif de la CEDEAO, d’appuyer tous les efforts déployés en ce sens ;

23. Rappelle aux autorités ivoiriennes la responsabilité qui est la leur en ce qui concerne la sécurité et la sûreté de tous les citoyens de la CEDEAO et de ceux des pays tiers qui vivent en Côte d’Ivoire, ainsi que de leurs biens ;

24. Exhorte le Gouvernement ivoirien à veiller à l’adoption et à la mise en œuvre rapide du code de conduite des médias, tel que convenu à Yamoussoukro, le 5 juillet 2006 ;

25. Réaffirme son appui aux mesures individuelles prévues aux paragraphes 9 et 11 de la résolution 1572 (2004) du Conseil de sécurité des Nations unies en date du 15 novembre 2004, ainsi qu’aux résolutions subséquentes relatives aux engagements pris par les parties ivoiriennes, et demande au Conseil de sécurité des Nations unies de prendre des mesures appropriées, y compris des sanctions, à l’encontre des individus ou groupes dont la conduite, par omission ou commission, entrave ou perturbe la mise en œuvre du processus de paix et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité sur la Côte d’Ivoire;

26. Demande aux Nations unies de prendre des mesures appropriées en vue de la mise en œuvre effective de l’embargo sur les armes destinées à la Côte d’Ivoire, conformément à la résolution 1572 (2004), y compris en veillant à ce que les auteurs des violations de l’embargo soient sévèrement punis ;

27. Décide de soumettre la présente décision au Conseil de sécurité des Nations unies pour recueillir son soutien et demande au Président de la Commission de l’Union africaine prendre toutes les dispositions nécessaires à cet effet;

28. Décide de rester saisi de la question.

Laurentgbagbo.net


SENEGAL / AWA DIOP EGERIE DU PARTI DEMOCRATIQUE SENEGALAIS NOMMEE MINISTRE DELEGUEE A LA PRIMATURE / INTERVIEW

Mercredi 18 Octobre 2006

Le président de la République vous a fait l'honneur de vous nommer ministre-délégué auprès du Premier ministre. Comment avez-vous accueilli cette nomination et quelle est la lecture que vous en avez faite ?

J'ai d'abord rendu grâce à Dieu et prié sur le Prophète Mohamed (Psl). J'avoue que cela a été une très grande surprise pour moi. C'est la première fois de ma vie que j'ai une si grande et heureuse surprise. Dès lors, je dois tout à Me Abdoulaye Wade et au peuple sénégalais qui m'a témoigné sa reconnaissance et manifesté son accord à cette décision du chef de l'Etat. Cela s'est manifesté par des appels venant de tous bords ; même de l'opposition et de l'étranger.

Cette nomination démontre, encore une fois, que Me Wade est un visionnaire. Il ne cesse de surprendre les Sénégalais par ses décisions. C'est la première fois dans l'histoire du Sénégal qu'une telle chose survienne. Il est le premier président africain à nommer une femme au poste de Premier ministre. Ensuite, c'est sous son magistère qu'une femme, en ma personne, est nommée questeur à l'Assemblée nationale. C'est un honneur fait aux femmes. Cette nomination est d'autant plus importante que cela s'est fait dans un congrès. C'est du jamais vu dans l'histoire de la politique.

A ce sujet, des Sénégalais s'offusquent de votre nomination en plein Congrès du Pds. N'y a-t-il pas, là, une confusion entre l'Etat et le parti ?

On ne peut pas être un président de la République sans être dans un parti politique ; à moins que l'on soit élu par accident. Dans tous les pays du monde, les chefs d'Etat sont élus à partir de leur appartenance politique. Certes, Me Wade reste le président de tous les Sénégalais, mais il est un homme politique qui appartient au Pds. Les gens veulent se focaliser sur des détails. Me Wade est suffisamment avisé pour ne pas commettre de telles erreurs. Il ne pose aucun acte qui puisse entacher l'image du Sénégal sur le plan international, encore moins devant ses pairs. Il sait bien ce qu'il a fait et lui seul a ses raisons. Il n'y a aucune confusion entre l'Etat et le Pds. C'est l'annonce qu'il a faite au Congrès, mais les actes de la nomination sont posés dans un cadre institutionnel légal et légitime.

Depuis votre nomination, le pays bruit à propos de votre niveau intellectuel. On soutient que vous n'avez pas les capacités intellectuelles pour diriger un ministère…

(Rires). J'en ris parce que ceux qui parlent dans les radios et écrivent dans les journaux minimisent, à tort, mes capacités et mes qualités. Quand on ne connaît pas une personne, forcément, l'on se trompe dans le jugement que l'on porte sur elle. C'est ce qui est arrivé à nombre de Sénégalais. Je suis dans le parti et présente à l'Assemblée nationale depuis 1993, sans que mes frères libéraux ne sachent ce dont je suis capable. Dire que Awa Diop est illettrée relève de l'ignorance. J'ai fait les classes et j'ai obtenu mon certificat d'études. Après quoi, j'ai fait le Collège de Mbour jusqu'à la classe de 3e secondaire. Mais, comme les Lébous donnent, très tôt, leurs filles en mariage, j'ai dû écourter mon cursus scolaire. Ce cursus démontre que je ne suis pas analphabète. Et cela n'empêche que j'ai fait une formation de secrétaire sténo-dactylographe. Ce qui m'a d'ailleurs permis de travailler à la mairie de Rufisque et à l'Organisation mondiale de la Santé (Oms). Je ne serais pas admise dans cette dernière structure, si je n'avais pas une bonne maîtrise de la langue française. Seulement, je dois relever que l'Africain est un complexé. Dans son entendement, il faut parler français pour montrer qu'on est intellectuelle. Ce qui n'est pas le cas. Et cette conviction est un frein à leur développement. Les plus grandes puissances du monde ne parlent pas les langues étrangères. Elles ont fait de leur langue maternelle leur langue de travail.

Est-ce que la comparaison peut tenir si l'on sait que la langue de travail du Sénégal est le Français. En clair, ne risquez-vous pas d'avoir des limites surtout dans la gestion des dossiers et dans votre collaboration avec vos collègues ?

Je n'aurai aucun problème de gestion des dossiers pour la simple raison que je lis, j'écris et je comprends bien le Français. Sur ce point, je voudrais dire que les gens me jugent à partir des sorties que je fais lors des rassemblements politiques et à l'Assemblée nationale. Dans ces milieux, j'utilise le Ouolof pour mieux porter mon message. Il s'y ajoute que je m'adresse à des personnes qui ne comprennent pas toutes le Français. Ma cible, ce sont les femmes qui sont en majorité illettrées. Pourquoi je leur parlerais une autre langue ? Cela n'a pas de sens. Ce sont des adversaires politiques qui véhiculent ce message pour me nuire.

Il ne faut pas oublier que j'ai fait partie, à maintes reprises, de missions parlementaires à l'étranger et lors de ces voyages, l'on travaille en Français. Mais, au Sénégal, il faut forcément intervenir en Français lors des manifestations pour qu'on vous colle l'étiquette d'un intellectuel. Et puis, si j'ai une grande popularité, c'est grâce au Ouolof que j'utilise dans mes discours. Qui parle mieux le Français que Talla Sylla ? Et pourtant, il utilise plus sa langue maternelle. Ce débat relatif à mon niveau intellectuel n'a aucun sens. L'essentiel est que je sois jugé sur mon bilan à la tête du Département qui m'est confié. Et je ferai le tout pour mériter la confiance du Président. D'ailleurs, il croit en mes capacités ; c'est pourquoi il m'a nommée. Il s'y ajoute que Me Wade n'a pas porté son choix sur moi pour que je m'enferme dans un bureau ; il veut que je m'imprègne des problèmes des femmes pour y apporter des solutions. Personne ne peut appuyer les femmes, surtout celles du Pds, si elle ne connaît pas leurs problèmes de toujours. Mais, quand on nomme ministre quelqu'un qui est arrivé en 2002, celui-ci ne pourra pas avoir la fibre militante pour venir en aide aux femmes qui ont tout donné au parti.

Vous faites allusion à qui ?

Je parle dans le cadre général. Qu'il soit un homme ou une femme, il faut être un militant de la première heure pour pouvoir aider ses frères de parti. J'ajoute que le ministre n'est pas nommé pour satisfaire les doléances des militants de son parti, mais pour régler les problèmes de tous les Sénégalais. Chacun sait ce qu'il doit faire. Qu'il le fasse.

On accuse, Aminata Tall et vous, de former un duo pour combattre Aïda Mbodji…

Je n'avais pas eu de problème avec Aminata Tall. On s'est opposé en 1990, quand il s'est agi d'élire la présidente du Mouvement national des femmes du Pds. A ce moment, elle soutenait mon adversaire. Après cela, nous nous sommes retrouvées pour travailler ensemble. Et l'on s'entend bien. C'est vous qui avez cité de noms mais, nous ne combattons personne. Seulement, nous tenons à ce que ceux qui nous ont trouvées dans le parti nous donnent plus de considération tout en restant calmes. Sinon, ma sœur Aminata et moi s'allierons davantage pour bien faire les choses.

Mme le ministre, avez-vous reçu votre lettre de mission ? Si oui, quelle en est la teneur ?

Oui ! On me l'a remise, hier (Ndrl : avant-hier). Mes charges sont énormes, mais il faut qu'il y ait une réunion avec les ministres, Aïda Mbodji et Marie-Pierre Sarr, afin que l'on détermine les prérogatives de chacune d'entre nous. Cela va se faire d'ici vendredi. Et j'attends le moment venu pour en parler plus amplement.

Donc, votre domaine de compétence concerne les femmes ?

Je travaillerai aussi bien pour les hommes que pour les femmes, mais j'accorde une importance particulière à mes sœurs.

Vos relations avec Aïda Mbodji ne sont pas des meilleures. Est-ce que votre collaboration ne va pas en souffrir ?

Non, je ne le pense pas. Si chacune d'entre nous se limite au cahier de charges, il n'y aura pas de problèmes. Aïda Mbodji m'a été confiée, à son arrivée dans le parti. Quand elle devrait être nommée ministre, c'est moi que Me Wade a déléguée pour le lui dire. J'ai presque fait la consultation. Donc, je n'ai pas à lui mettre des bâtons dans les roues. Si j'avais émis des réticences avant sa nomination, Me Wade ne l'aurait pas nommée. C'est sa chance et je crois au destin de chacun. Seulement, la raison veut que si on vient dans un parti qui vous accueille à bras ouverts, que l'on rende l'ascenseur et qu'on accorde plus de considération à ses membres. Il faut les respecter. Il n'est pas bon de faire du tort aux gens qui ont porté le combat jusqu'ici. Les femmes ont soutenu le combat jusqu'à l'avènement de l'Alternance et elles n'accepteront pas d'être minimisées ou piétinées.

La décision de Me Wade de vous nommer ne relève-t-elle pas de sa volonté de corriger cette injustice à laquelle vous faites allusion ?

Je ne peux pas l'affirmer, mais c'est une hypothèse à ne pas écarter. Me Wade a beaucoup de considération pour ses militantes et ses militants. Il tient à ce qu'ils soient honorés. En effet, j'implore Dieu qu'Il me donne la force de relever ce défi.

Vous dirigez le Mouvement national des femmes du Pds. Quelle partition comptez-vous jouer dans les élections à venir ?

Nous sommes en train de nous préparer pour le rassemblement du 25 novembre prochain à l'issue duquel nous investirons Me Wade comme candidat à la présidentielle. Après quoi, nous ferons des tournées départementales pour mieux sensibiliser les femmes.

L'élection présidentielle de 2007 relève un cachet particulier pour le Pds car, il fera face à un de ses frères, Idrissa Seck, qui réclame la majorité des militants libéraux. N'est-ce pas une menace sérieuse ?

Rewmi est une propriété de Abdoulaye Wade après que Dieu le lui a donné. Donc, ce nom que Idrissa Seck a choisi pour son parti ne passera pas. Quand Dieu décide de faire échouer quelqu'un, Il lui fait faire des erreurs qui lui seront fatales. C'est le cas de Idrissa Seck. En effet, il ignorait là où Rewmi allait le conduire. Idrissa Seck ne pèse rien devant le Pds. Il a quelques inconditionnels et ceux-là sont partis avec lui. Il n'est rien devant nous.

Cependant, il a une dame qui sait mobiliser et qui est partie avec beaucoup de femmes libérales : Awa Guèye Kébé.

Cela montre que vous ne maîtrisez pas le Pds. Personne ne peut les flouer. Les quelques femmes qui étaient parties sont revenues. Elles ne croient qu'en Wade. Cette femme dont tu parles n'a pas marqué le Pds. Elle n'a participé ni à une marche, encore moins à un combat pour l'avènement de l'Alternance. Elle n'a rien fait pour le Pds. C'est le Bon Dieu qui a décidé de sa nomination comme ministre de la Femme. C'est tout. Je voudrais témoigner aussi qu'elle a fait un boulot au niveau de son ministère. Elle s'accompagnait de femmes du Pds avec qui elle a collaboré. Il faut dire la vérité. Mais, elle n'est pas partie avec les femmes du parti.

Vous reconnaissez les mérites de Awa Guèye, mais pourtant Idy a travaillé pour le parti…

Le travail de Idy se limite à Thiès. Je suis mieux placée pour en témoigner pour avoir sillonné le pays en compagnie de Me Wade. Idrissa Seck n'a rien fait pour le pays et pour le Pds. C'est la raison pour laquelle beaucoup de militants ne le connaissent pas. Celui dont je peux certifier son travail, c'est Ousmane Ngom. Et même si Idy a travaillé pour le parti, Me Wade l'a suffisamment honoré. Il l'a même récompensé pour des efforts qu'il n'a pas consentis. Me Wade l'a envoyé en France poursuivre ses études ; il l'a soutenu et couvé. C'est Me Wade qui a fait de lui le secrétaire général adjoint du parti, directeur de campagne aux élections de 1988 et ministre sous Diouf. A cela s'ajoutent ses postes de directeur de Cabinet et Premier ministre du Sénégal. Wade ne lui doit plus rien. D'ailleurs, il faut que le peuple se pose la question de savoir qui doit à l'autre, qui a trahi qui. Mais, Dieu saura trancher. Les Sénégalais ne veulent pas l'hypocrisie et la traîtrise. Ce vent qui tourne ne nous ébranle pas. On l'assimile à une bulle qui va exploser bientôt avant de disparaître. Personne ne peut résister aux moyens dont nous disposons. La force de Wade ne se mesure pas à celle d'un enfant. Parlons d'autre chose !

Vous semblez minimiser la force de Idrissa Seck, mais il continue de débaucher des députés du Pds…

Seuls deux députés sont partis : Mama Dabo et Amadou Sall. Le premier a eu la chance d'être député un an seulement après son adhésion au parti ; ce n'est pas un militant. Par contre, le second est un vieux militant qui n'a pas digéré les derniers renouvellements. La base ne veut pas qu'il la dirige. Nous ne pouvons rien faire face à cette situation. Il reste mon frère. Et j'avoue que sa démission ne m'a pas surprise et je l'ai évoqué en réunion bien avant qu'il ne se retire.

Récemment, les trois maires Daour Niang Ndiaye, Bocar Seddikh Kane et Ndiawar Touré ont été sommés de se déterminer par rapport à Idrissa Seck. N'est-ce pas là des effets de la psychose Idy ?

D'abord, je voudrais dire que je n'ai pas réglé l'audience avec le Président. Ces trois maires ont été toujours étiquetés proches de Idy et il était bon qu'ils se déterminent. C'est Farba Senghor qui a démarché l'audience. Mais, il faut que l'on sache que seul Dieu peut certifier de la bonne foi d'une personne. La personne peut trahir à la dernière minute. Je ne peux dire avec certitude qui est demandeur de cette audience. Je m'en limite là.

L'ancien directeur général de la Senelec a accusé le Premier ministre, Macky Sall, d'incompétence. Ayant travaillé avec ce dernier, est-ce que cette étiquette qu'on lui colle lui ressemble ?

Tous les deux sont mes fils. La mère de Samuel Sarr est une amie et je connais bien Macky. Ce dernier n'est pas petit et je peux jurer qu'il ne donne pas de coups bas. Je ne lui connais pas cette attitude. Je dépasse les clans et les clivages et eux deux le savent. Seulement, une femme qui a été divorcée trouve toujours des excuses. On cherche toujours à voir la main de quelqu'un derrière les limogeages. Et comme on ne peut pas s'en prendre à Me Wade, Macky Sall encaisse tous les coups. C'est normal que Samuel Sarr accuse Macky Sall.


SENEGAL / MEGA MEETING DU PARTI DEMOCRATIQUE SENEGALAIS (PDS) PARTI DU PRESIDENT WADE AU POUVOIR

Lundi 16 Octobre 2006

Le président Wade a été investi par acclamation.
Ainsi, le doute n'est plus permis quant à la candidature de Wade en 2007, laquelle candidature avait été sérieusement hypothéquée par l'intéressé lui-même dans une récente déclaration à la presse occidentale.

Le congrès s'est tenu en présence des délégués d'une cinquantaine de fédérations départementales. Cette investiture de Wade survient dans une période marquée par la volonté du régime en place de supprimer le second tour des élections présidentielles en supprimant le quart bloquant.

Maître Wade a par ailleurs annoncé la nomination de Awa Diop, 2ème questeur à l'Assemblée nationale, ministre conseiller auprès du Premier ministre Macky Sall.



COTE D'IVOIRE / PROCESSUS DE PAIX / INTERVIEW DE M. ALPHA BLONDY

Lundi 16 Octobre 2006

Sortie de crise en Côte d’Ivoire :Alpha Blondy à la France :“ Si vous enlevez Gbagbo, ça ne mettra pas fin à la crise ”
L'inter-16/10/2006

Alpha Blondy, en quoi consiste votre plan de sortie de crise ?

Il y a un conseil de réflexion, une cellule de réflexion représentant tous les partis politiques. Il y a tous les syndicats de presse. Il y a les milices plus les Forces Armées de Côte d’Ivoire (FANCI) plus les Forces nouvelles pour une refonte de l’armée nationale avec une poudrière commune et un Etat-major intégré. La poudrière commune, c’est par rapport au désarmement. Que les uns et les autres amènent leurs armes avec eux pour que cette refonte n’ait pas besoin de ce désarmement qui consiste à ce que les uns et les autres soient désarmés avant. Qu’ils viennent pour que la grande armée voit le jour. Réactiver le service public pour donner des formations aux éléments des Forces nouvelles qui en ont besoin et aux éléments des milices qui en ont également besoin. Comme au temps d’Houphouët Boigny, il y avait le service militaire dans lequel il y avait des fermiers, des cultivateurs, des maçons, tout ce qui peut donner un métier aux jeunes. Il y a aussi un gouvernement d’union nationale. A la télévision et à la radio, c’est difficile à expliquer parce que ce n’est pas possible. Mais je donne quand même ces points pour rééditer

C’est une forme de pyramide, qui formera ou alors qui fera la base ?

La base, c’est l’armée. C’est la fondation d’une démocratie véritable dans la République. Du bas vers le haut, il y a le peuple, la presse et la cellule de réflexion qui représente les partis politiques qui travaillent en contact direct avec le conseil supérieur des sages. Qui lui même travaille avec le gouvernement d’union nationale. Qui travaille également avec le président de la République.

Qui prend les décisions alors ?

Les décisions sont prises par le conseil suprême des sages après avoir étudié, analysé, voir la faisabilité par la cellule de réflexion représentée par les partis politiques.

Il y a qui dans le conseil des sages ?

J’ai mis tous les ex-Présidents, les ex-Premiers ministres avec d’autres personnalités, mais la liste est extensible, selon l’appréciation des uns et des autres. Moi, j’ai mis par exemple Alassane Dramane Ouattara, Bédié, Affi N’guessan, Kablan Duncan, Soro Guillaume, Mamadou Koulibaly, Banny, Laurent Dona Fologo. J’ai mis ces noms là, mais on peut toujours en rajouter selon les besoins. Et tous ceux-là travaillent en contact avec une cellule de réflexion de technocrates, des techniciens de tous les camps, les cerveaux dont disposent tous les partis politiques pour trouver des solutions aux problèmes futurs. Pour analyser la faisabilité de tous les programmes. Si le président a quelque chose à proposer, il envoie son programme au conseil supérieur des sages qui le soumet à la cellule de réflexion. La cellule travaille de son côté sur ce programme pour voir le résultat du travail et soumet au Président de la République qui, à son tour le soumet au Premier ministre qui, lui à son tour, le soumet au gouvernement d’union nationale

Banny sera dans le conseil des sages, c’est à dire qu’il ne sera pas Premier ministre ?

Il est Premier ministre, Gbagbo est aussi le président du conseil supérieur des sages. Cela ne l’empêchera pas d’être le président de la République. C’est pour éviter la cacophonie, les querelles intestines. C’est pour que le pays continue d’avancer. C’est une sorte de garde fou à tout mécontentement au niveau de la famille politique qui crée ce que nous voyons aujourd’hui. Avec cette pyramide, un coup d’Etat est impossible. Personne ne peut sauter. Tous ces garde-fous pour éviter que quelqu’un se proclame Président après un coup d’Etat. Cette pyramide a été approuvée par M Gbagbo par M Banny, par M Ouattara et par M Soro Guillaume. Je n’ai pas encore eu la chance de le proposer encore à M Bédié. Mais déjà, toutes les personnalités à qui j’ai présenté ce plan ont trouvé que c’était faisable.

Dans quel état d’esprit étaient-ils lorsque vous leur avez présenté ce plan de sortie de crise ?

En ce qui me concerne, ils étaient tous très ouverts. M Gbagbo et moi, on a passé deux heures. M Ouattara et moi, çà été aussi deux heures. M Gbagbo m’a invité à manger et puis après on s’est pris de côté. Mon petit frère Blé Goudé, pendant deux heures on s’est parlé et il m’a vraiment respecté. Ce sont des gens de paroles. M Ouattara m’a reçu pendant deux heures avec la grande sœur Henriette Diabaté et M Hamed Bakayako. M Soro Guillaume m’a aussi reçu pendant deux heures et ils m’ont vraiment laissé le temps de leur expliquer. Et je voudrais leur dire merci pour cette politesse. Ils ont été francs avec moi. Ils n’ont pas fait semblant. Ce qui les gênait, certains ont fait des propositions que je devais rajouter à ma pyramide. Les directeurs de publication sont venus à la maison, on a discuté. Eux aussi m’ont fait part de leurs griefs ou de leurs doléances par rapport à leur participation à la solution de la crise. Vraiment j’ai eu la chance de ne pas avoir affaire à des hypocrites. Je suis optimiste quand il s’agit de la faisabilité de ce plan. Maintenant, il faut que les uns et les autres en pensent et qu’ensemble ils arrondissent les angles.

A part Ibn Chambass qui a promis parler de votre plan à Abuja, en avez vous parlé à quelqu’un d’autre ? Est ce que pendant la réunion d’Abuja, ils ont parlé de votre plan ?

A New York, ils en ont parlé. Mais je ne vous dirais pas qui. A New York, ils ont parlé d’une partie de mon plan. Mais je suis confiant parce que mon plan est un plan ivoiro-ivoirien. J’ai rencontré beaucoup d’hommes politiques. Tout ce que chacun m’a donné comme conseil, c’est ce qui figure dans cette pyramide. Voilà pourquoi je crois que les uns et les autres ont épousé l’idée. Maintenant ils pourront voir la faisabilité. Mais ils ne pourront pas le faire les uns sans les autres. C’est ensemble qu’ils pourront le faire.

A la limite il faut la communauté internationale pour se mettre d’accord. La communauté internationale est nécessaire.

Tout le monde est nécessaire pour aller vers une paix durable. Je pense que la communauté internationale a sa façon pour essayer de trouver une solution à une crise très complexe. Les querelles de personnes, les humiliations cristallisées qui déchirent la Côte d’Ivoire. La résolution de la crise est très délicate. La communauté internationale, de par ses résolutions et ses interventions, a déjà évité, pour le moment les bains de sang. C’est déjà quelque chose de très important. Pour tous ceux qui veulent la paix, le fait que les politiciens se parlent, même si c’est pour se dire non, c’est déjà très important. Je souhaiterais que les journalistes qui ont vu ce plan le supporte. Pour que les concernés se sentent plus à l’aise pour en discuter tout en arrondissant les angles. Et voir comment chacun peut tirer son épingle du jeu sans que les uns et les autres se sentent lésés ou piégés. Il faut que ce plan brise le mur de méfiance qui s’est installé en terre ivoirienne. C’est ce qui pour moi compte beaucoup.

Dans cette crise, c’est les mêmes qui discutent mais on n’avance pas. Faut il les laisser de côté pour permettre à d’autres personnes d’organiser les élections ?

A l’époque, nous y avons pensé. Mais c’est plus compliqué que çà. Le côté querelles de personnes. Au début, on avait pensé qu’on pouvait aller à la paix véritable sans Gbagbo, sans Ouattara et sans Bédié. Mais malheureusement ces personnes sont incontournables pour une solution vraie, pour une paix vraie et durable. Voilà pourquoi nous sommes obligés de repenser cette stratégie parce que ce serait pas une stratégie, mais ce serait plutôt comme jeter de l’huile sur le feu. Il faut une guérison véritable. Il faut que M Gbagbo, M Ouattara, M Bédié, M Banny, M Soro se mettent d’accord sur un plan commun qui ne se fera pas au dépens d’un camp. En plus, il faut que la France sache qu’elle est incontournable dans une solution véritable de cette crise là. Alors ce qu’on reproche à la France, c’est d’avoir un parti pris et qu’on a l’impression que la France veut la peau de Laurent Gbagbo. Et çà c’est pas juste. En tant que messager de la paix, je voudrais que la France s’engage comme moi je le fais, sans parti pris. Et si nous voulons vraiment un processus véritablement démocratique, il ne faut pas que la France ait un parti pris et/ou donne l’impression de vouloir dégommer Laurent Gbagbo. C’est pas juste. Je voudrais leur dire que s’ils réussissent à enlever Gbagbo, la crise n’est pas terminée. Parce que celui qui viendra sera considéré comme une marionnette de la France.

Coll Y. Doumbia Source BBC


SOMMET DES CHEFS D'ETAT ET DE GOUVERNEMENT DE L'UNION AFRICAINE A ADDIS-ABEBA / PRESENCE DU PRESIDENT IVOIRIEN S.E LAURENT GBAGBO

Lundi 16 Octobre 2006

Le Président de la République de Côte d’Ivoire, SEM. Laurent GBAGBO est arrivé à Addis-abeba, le dimanche 15 octobre 2006 à 22h30mn pour participer à la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine sur le processus de sortie de crise ivoirien.

Il s’est entretenu le lundi 15 octobre 2006 à 11h30mn avec le premier ministre Mélès Zénawi. Il a été ensuite reçu par Alpha Konaré, l’ancien président malien et actuel Président de la Commission de l’Union Africaine. Il a en outre eu plusieurs entretiens qui n’ont pas été couverts par la presse.

Le Président Laurent GBAGBO s’entretiendra ce soir avec le Président Thabo M’beki.
Il faut dire que la journée d’aujourd’hui lundi 16 Octobre 2006 est particulièrement tendue dans la capitale éthiopienne revêtant ainsi tout l’enjeu du Sommet de l’Union africaine sur la Côte d’Ivoire. Tout le monde demeure dans l’expectative.

L’arrivée du Président Denis Sassou N’guesso a été confirmée. Le Président Congolais qui préside également l’Union africaine était à Paris d’où il ralliera directement Addis-Abeba. Il a été annoncé l’absence du Président Paul BIYA, Président du Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine pour le mois d’octobre. Il ne pourra de ce fait présider ladite réunion. Le Président Sassou N’guesso assurera son intérim au cours de cette réunion.
Cela pose vraisemblablement un problème de partialité vu que le Président Congolais ces derniers jours, semble très proche de l’Elysée.
Dans l’ensemble, la population éthiopienne ne se sent concernée outre mesure par toute cette politique et vaque tranquillement à ses occupations.

Aujourd’hui, la ville d’Addis-Abeba est devenue incontournable, car tous les chefs d’Etat y sont présents ou sont attendus pour le Sommet de demain. On attend donc la journée de demain avec beaucoup d’impatience pour voir le sens dans lequel les choses pourraient évoluer.
Toute la presse a déjà reçu l’accréditation et demeure dans l’attente.
Tout ce qui a été dit à Abuja est demeuré secret, confidentiel et ce n’est que demain que le Sommet livrera tous les secrets, on l’espère du moins.

C’est donc une attente pleine d’espérance que nourrit l’ensemble des ivoiriens pour demain.

Dans le regard du Président de la République, on peut lire toujours cette assurance car il est resté très détendu après l’entretien qu’il a eu avec le premier ministre éthiopien. Il est aussitôt revenu à son hôtel et a même fait les magasins.

A l’image du Chef de l’Etat, les Ivoiriens attendent donc ce sommet avec beaucoup de sérénité.


DOUK SAGA " L'HOMME" RACONTE PAR SES AMIS

Lundi 16 Octobre 2006

A Ouaga (Burkina-Faso) où Stéphane Doukouré, Douk Saga, pour les mélomanes, s'est retiré pour des soins, il n'y a pas pu résister au mal pernicieux qui le rongeait. La tuberculose pulmonaire dont il souffrait a finalement eu raison de lui. Et depuis le jeudi 12 octobre dernier, le boucantier travailleur est tombé du sommet de l'Himalaya. Au lendemain de sa mort, nous avons rendu visite à sa famille biologique et artistique. Tous étaient plongés dans une consternation totale. C'était le vendredi 13 octobre dernier au quartier "Rouge" à Adjamé non loin de la mairie.

Qui était donc Douk Saga ?
Celui dont le vaste univers des mélomanes a reconnu les mérites d'avoir créé le "coupé-décalé" sous le pseudonyme de Douk Saga, s'appelait Stéphane Doukouré à l'état civil. Né en 1974 dans la capitale de la région des Lacs (Yamoussoukro), il appartient à l'ethnie malinké appelée communément "Dioula". Même si l'homme a connu toute sa gloire dans la musique, rien ne le prédestinait au métier d'artiste-chanteur, selon le témoignage de son ex-manager et fidèle ami Oula Laurent. Le petit Doukouré avait plus visé une réussite par les affaires. c'est sans doute pour vite tenter cette expérience que le sort l'a vite éloigné de sa famille biologique. Déjà autour de 11 ans, il vivait quelque part à Cocody les Deux Plateaux chez les Boigny auprès de sa grand-mère Mamie Djeneba Cissé. Cela pourrait constituer un premier bonheur pour Stéphane Doukouré car d'une manière ou d'une autre, il aura bénéficié des bénédictions de cette généreuse âme. Hélas, cette joie sera de courte durée car juste après la mort de Mamie Djénéba, l'aventurier choisira de quitter les lieux, certainement que l'affection dont il bénéficiait n'était plus la même.

Doukouré Stéphane quitte
les II plateaux pour Yopougon
Stéphane séjournera à Yopougon, la cité du showbiz, juste pour quelque temps avant de s'envoler pour la France. C'est sans doute dans cette commune qu'il a été piqué par le virus du show qui fera son effet plus tard. Ce voyage en France sera pour lui le début de la réalisation de son rêve d'homme d'affaires. C'était dans les années 89.

L'homme qui a inspiré Douk Saga
Avant de conter l'aventure parisienne qui finalement va le conduire dans la rue, rappelons que durant toute l'enfance et l'adolescence de Stéphane, il eut pour idole l'une des vedettes incontestées du football ivoirien en l'occurrence Sékou Bamba de Karamoko. Il finira par se faire baptiser "Moukila Sahal" comme l'ancien buteur des Mimos puis des Aiglons. De Sékou Bamba, l'homme retiendra non pas sa rage de vaincre sur les stades mais son euphorie après ses buts. En un mot, comme l'a soutenu son manager, " tout est parti de Sékou Bamba ; Stéphane aimait voir Sékou faire le malin après une victoire sur l'adversaire. Et il a décidé de ressembler à ce dernier. Voici l'origine de sa danse qu'il a créée ". Ayant donc retrouvé la rue après que son tuteur eut perdu son emploi, le futur boucantier n'avait qu'à faire le ménage dans les salons de coiffure à Paris pour s'assurer la pitance journalière. On les appelait alors "les rabatteurs", disons qu'ils étaient des démarcheurs des coiffeurs.

L'homme et la carrière musicale
Avec le peu d'expérience acquise en Europe, il comprit que l'heure des affaires n'avait pas encore sonné. Et il choisit alors de se faire entendre dans le milieu des frimeurs. Il jette alors les bases d'une carrière musicale dès son retour au bercail avec la création du fameux, "Coupé décalé". En 2000, Stéphane Doukouré sera révélé au grand public avec son premier album. Son ami d'enfance sera appelé pour être son manager. C'est le début de la saga des nouvelles coqueluches de la musique ivoirienne avec à leur tête Douk Saga et la Jet-Set. Bref, tous les boucantiers vont emboîter le pas à celui qui se faisait appeler le sommet de l'Himalaya jusqu'à la veille de sa mort. Pendant cette carrière, Douk Saga a presque fait le tour du monde grâce au succès de son album. Au pays, son image était collée à celle du fric. Et partout où la galère se faisait ressentir, on réclamait Douk Saga. Partout dans la sous-région, l'artiste bénéficiait des honneurs de la République comme par exemple au Mali où le Président Amadou Toumani Touré (ATT) l'a baptisé son homologue. Avec le pouvoir d'achat tiré de ses efforts personnels, il a eu l'avantage du dernier mot dans la galaxie des jeunes boucantiers en Côte d'Ivoire. Ce qui lui a valu l'appellation du sommet de l'Himalaya ou le sommet des sommets.

Douk Saga et le
cruel destin
Cette flamme ardente qui dressait enfants, hommes, jeunes filles et femmes derrière le boucantier sera de courte durée. Car il n'aura eu que juste un petit instant de bonheur. Comme pour narguer le destin, une tuberculose arrête brusquement le parcours glorieux du jeune Doukouré Stéphane. Et les derniers voyages du boucantier très très fort, n'ont eu pour motif que la reconquête de sa santé. D'Abidjan à Ouaga en passant par le Bénin, la Suisse, aucun remède n'a pu guérir son mal. Malgré toute cette farouche résistance à la maladie et assortie de quelques déclarations consolatrices, l'enfant de Yamoussoukro a fini par dégringoler du haut de l'Himalaya depuis la clinique de Ouaga où il a poussé son dernier souffle le jeudi 12 octobre dernier. Ainsi, prend fin le règne du boucantier. Agé seulement de 32 ans, Douk Saga part laissant derrière lui des milliers de parents, amis et fans inconsolables mais surtout un petit garçon d'environ 3 ans et sa mère, l'épouse de nationalité française de l'artiste , tous deux vivant à Paris.

Oula Laurent
(ex-manager de l'artiste) :
"C'est une perte énorme pour notre génération "
" Pour moi, Douk Saga reste un grand homme. En tant que manager, je suis dans ma seizième année de pratique. Avec cet artiste, j'ai connu beaucoup de bonnes choses. Il aimait tant partager. Toujours prêt à ramener les autres à la joie. Je ne finirai jamais de regretter l'homme. Et puis Stéphane a vraiment aimé ses amis. C'est une perte énorme pour notre génération. Qu'il soit bien accueilli auprès de Dieu le créateur. Une légende vivante s'en est allée. Hommage et honneur à un "prophète".

La maman de Douk Saga
(très affectée)
" Je vous donne ma bénédiction pour que vous puissiez bien faire votre travail mais pour l'heure je ne peux pas parler". Elle fond en larmes.

Jean Jacques Kouamé depuis Paris
" Je n'ai pas le moral ".
" Actuellement, je n'ai pas le moral pour parler de la mort de Douk Saga. Attendez que je sois à Abidjan avec le corps de mon ami que je pars chercher demain samedi 14 à Ouaga ".

Syvie Yoro (Maguy)
(Manager de l'orchestre de la RTI)
" Douk Saga se définissait par "vivre et rien que vivre"
" Je l'appelais affectueusement mon fils et lui m'appelait maman. Le temps de la promo de son 1er album m'a permis de le connaître. Nous avons fait le Bénin, le Cameroun et bien d'autres pays. Il aimait tant partager et semer la joie autour de lui. Pour Douk Saga, il faut vivre et rien que vivre. Que Dieu nous permette de lui rendre un hommage mérité ".

Propos recueillis
par Dieusmonde Tadé


SENEGAL L'ABBE DIAMACOUNE LEADER DU MLPC REBELLION CASAMANCAISE HOSPITALISE A DAKAR

Dimanche 15 Octobre 2006

Il a été transporté d’urgence de Casamance, (au Sud du Sénégal) à Dakar, par un avion militaire.
La maladie du leader du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc) suscite des débats controversés autour de sa succession. Parmi les prétendus successeurs, figure le frère du chef emblématique de l’ex-rébellion en Casamance, Bertrand Diamacoune. De sources concordantes, l’abbé Augustin Diamacoune Senghor souffrirait d’un début de paralysie. Du côté de son entourage, on attribue cette maladie au poids de l’âge.
Agé de 78 ans, l’abbé Augustin Diamacoune Senghor est confronté, à la position radicale de son numéro 2, Salif Sadio, qui a créé le Mouvement pour la libération du peuple casamançais (Mlpc).
A cette difficulté déjà rencontrée sur le terrain par le leader du Mfdc, s’ajoute la vaste opération de ratissage lancée dans le nord de la Casamance par l’armée sénégalaise. Il faut rappeler que les autorités de Dakar et la direction du mouvement de la Casamance, ont signé un traité de paix le 30 décembre 2004, devant mettre fin au conflit indépendantiste débuté en 1982. Par ailleurs, les négociations de paix prévues à cet effet, ont été reportées à deux reprises (fin 2005 et début 2006).
Malgré l’annonce officielle de la rébellion, des combats sporadiques ont opposé, près de la frontière gambienne, l’armée sénégalaise et les dissidents du Mfdc.

Source rewmi.com


AUDIENCE DE M.ALASSANE DRAMANE OUATTARA LEADER DU RDR AVEC LE PRESIDENT TANDJA DU NIGER

Dimanche 15 Octobre 2006

Nous sommes venus tout spécialement et nous remercions le président Tandja, de nous avoir reçus aujourd’hui. Nous sommes venus le remercier en tant que président du pays frère de la Côte d’Ivoire, mais également, en tant que président en exercice de la Cedeao. Vous le savez, il y a une semaine de cela, la Cedeao a examiné le dossier de notre pays, le fait que le 31 octobre 2006, les élections prévues ne pourront pas avoir lieu. On a tenté de trouver un nouveau cadre de transition qui nous permet de faire, des élections aux prochains mois. C’est vrai que la réunion a duré plusieurs heures d’horloge, et que tous les sujets ont été abordés. Nous voulions dire au président Tandja nos remerciements, notre gratitude pour la manière dont il a mené cette rencontre, et lui demander de transmettre également nos remerciements à tous les Etats membres de la Cedeao. Nous voulons leur dire que nous comprenons leur position qui est une position, bien entendu, de trouver un compromis dynamique en Côte d’Ivoire. Et que ce compromis doit nécessairement nous conduire à des élections démocratiques l’année prochaine. Mais, nous nous sommes autorisés à lui faire des suggestions également.
Nous avons dit que bien que nous soyons d’accord avec la position des chefs d’Etat, espérant que la prochaine réunion de l’Union africaine continuera dans cette même voie, nous avons pensé que nous devons attirer leur attention sur le fait qu’il fallait nécessairement trouver un cadre juridique pour permettre aux élections d’avoir lieu l’année prochaine.
Et ce cadre juridique devrait permettre au Premier ministre d’avoir tous les pouvoirs pour assurer la transition. Il doit avoir les signatures, les ordonnances signées par lui seul, il doit pouvoir nommer aux emplois civils, militaires et judiciaires, il doit avoir l’autorité totale sur les forces de défense et de sécurité. Egalement bien sûr, être associé étroitement à la commission électorale indépendante, et au haut représentant des Nations unies chargé des élections pour nous permettre d’avoir des élections démocratiques à bonne date, c’est-à-dire, au plus tard le 31 octobre 2007. Le président a compris nos préoccupations, il connaît bien le sujet et nous sommes tombés d’accord et nous avons constaté qu’en réalité, la décision finale appartient au conseil

de l’Onu, qui a les moyens d’imposer ces élections et donc d’imposer la paix en Côte d’Ivoire. Les Nations unies ont 4000 soldats qui ont permis d’assurer la sécurité en Côte d’Ivoire. Nous estimons donc qu’avec des investissements aussi importants, surtout la nécessité de protéger des vies humaines en Côte d’Ivoire d’éviter de nouveaux dérapages, que le conseil de sécurité des Nations unies doit s’impliquer totalement et immédiatement. Il doit faire en sorte que le Premier ministre ait de manière effective et clarifiée, les pouvoirs qui lui reviennent pour conduire le processus. Que le mandat des Nations unies au plan militaire soit renforcé, aussi bien au plan des effectifs qu’au plan de leur intervention pour la protection des populations civiles. Nous demandons également que le Haut représentant pour les élections ait un rôle plus accru pour l’organisation des élections. Toutes ces questions et bien entendu, compte tenu de ce que nous avons constaté ces derniers temps, il est impératif que les pays membres du conseil de sécurité ne pensent plus à leurs intérêts individuels et pensent aux Ivoiriens et à la Côte d’Ivoire en mettant en œuvre les sanctions sur lesquelles les Ivoiriens même se sont accordés. Aux accords de Pretoria.
Nous avons dit que ceux qui bloquent le processus de paix doivent être sanctionnés.
Maintenant que plusieurs personnalités civiles et militaires ont bloqué le processus de paix pendant cette période, ces personnes doivent être sanctionnées sans délais. Par conséquent, nous avons eu un échange très fructueux, nous sommes reconnaissants au président Tandja, président de la République du Niger qui connaît, qui sait parfaitement ce dossier, nous lui avons demandé de transmettre nos suggestions à l’Union africaine et au conseil de sécurité des Nations unies tout en remerciant les chefs d’Etat de la Cedeao pour leur contribution à la recherche de sortie de crise en Côte d’Ivoire.


PRIX NOBEL 2006

Dimanche 15 Octobre 2006

Le prix Nobel de la paix a été attribué hier au Bangladais Muhammad Yunus, le "prêteur d'espoir", et à sa banque spécialisée dans le micro-crédit, la Grameen Bank, mettant en lumière le lien entre la lutte contre la pauvreté et la sécurité mondiale. Il succède ainsi à l'Egyptien Mohamed El Baradeï, Directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique qui a raflé la distinction l'année dernière. Alors que l'ex-chef de la diplomatie australienne, Gareth Evans et le médiateur finlandais Martti Ahtisaari faisaient figure de favoris, le comité Nobel composé de cinq sages norvégiens a préféré le remettre à Muhammad Yunus, âgé de 66 ans, afin de le soutenir dans sa lutte contre la pauvreté.
" Tout individu sur Terre a à la fois le potentiel et le droit de vivre une vie décente", a précisé M. Ole Danbolt Mjoes, le président du comité des décideurs du prix Nobel. "Par-delà les cultures et les civilisations, M. Yunus et la Grameen Bank ont démontré que même les plus démunis peuvent oeuvrer en faveur de leur propre développement. Une paix durable ne peut pas être obtenue sans qu'une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté. Le micro-crédit est un de ces moyens ", a-t-il ajouté. En effet, le prix Nobel de la paix 2006 a fondé il y a 30 ans, dans l'un des pays les plus pauvres au monde, la " Grameen Bank " ("banque de village") qui a obtenu le statut de banque en 1983. Environ 6,5 millions de personnes, presque en totalité des femmes, sont aujourd'hui des "clients" de l'établissement. Forte d'un capital de 27 dollars à sa création, la banque a à ce jour distribué quelque 5,7 milliards de dollars de micro-crédits. Ses activités représentent plus de 1% du Produit intérieur brut du Bangladesh. La seule condition pour y adhérer: les demandeurs doivent emprunter par groupes de cinq et s'épauler pour les remboursements. L'initiative s'est étendue à des dizaines de pays.
Des millions de personnes peuvent aujourd'hui développer une activité indépendante et échapper à la misère grâce au micro-crédit. Surnommé le "banquier des pauvres" mais préférant le titre de "prêteur d'espoir", Muhammad Yunus a dit toute sa joie de recevoir ce prix. Il a profité pour annoncer qu'il ferait don de sa part de la récompense estimée à 1,4 million de dollars et qui sera remis à Oslo le 10 décembre, date anniversaire de la mort de son fondateur, le savant et philanthrope suédois Alfred Nobel, inventeur de la dynamite, à des bonnes causes. De nombreuses personnalités du monde entier, dont le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, ont adressé des messages de félicitation au Bangladais Muhammad Yunus.

S. A


180.226.000 DE FRANCS CFA OCTROYES A LA COTE D'IVOIRE

Dimanche 15 Octobre 2006

180.226.000 Fcfa. C’est le montant global que le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) vient de mettre à la disposition de la Côte d’Ivoire dans le cadre du projet d’appui à la relance de la prospective et la mise en place d’un mécanisme de veille stratégique.
Ce financement a fait récemment, l’objet d’une signature de convention à Abidjan entre le PNUD et l’Etat de Côte d’Ivoire à travers le Ministère d’Etat, Ministère du Plan et du Développement. Au cours de cette cérémonie, M. Anthony Kwaku Ohemeng- Boamah représentant résident adjoint du PNUD a indiqué que ce financement s’inscrit parfaitement dans le mandat donné au PNUD lors de la réunion de Maastricht en juillet 1990 sur le développement de l’Afrique.
Il consiste, en effet, à « coordonner les efforts de la communauté internationale en vue d’appuyer les études nationales de prospective à long terme, entreprises à l’échelon des différents pays africains ». C’est dans cette optique, a-t-il dit, que le PNUD a mis en œuvre à Abidjan même le projet régional dénommé « Futurs Africains » devenu dans le cadre du NEPAD, « l’ Institut des futurs Africains » dont le siège est en Afrique du Sud. Et qu’il a appuyé la réalisation de « Côte d’Ivoire 2025 », considérée comme l’une des toutes premières études nationales de prospectives à long terme, en Afrique. Il a également indiqué que cette étude qui a fait tâche d’huile dans une vingtaine d’autres pays a permis de tracer un certain nombre de perspectives pour l’économie ivoirienne. Toutefois, il a précisé que «ces études (...) n’ont de valeur réelle que si elles sont traduites en stratégies et politiques de développement effectives qui répondent à des questions structurelles telles que la formation et l’usage des ressources humaines, les changements socioculturels, la gouvernance institutionnelle, l’équilibre spatiale, la croissance et les mouvements démographiques et leurs pressions sur la démarche sociale et sur le capital foncier, la protection de l’environnement ». M. Bohoun Bouabré, Ministre d’Etat, Ministre du Plan et du Développement qui représentait l’Etat de Côte d’Ivoire à cette cérémonie, a salué l’action du PNUD. Puisque ce financement sera d’un apport appréciable pour le Bureau National de la prospective mis en place le 17 août dernier et dont les missions sont de conduire la veille prospective et stratégique dans un cadre permanent ; organiser et mobiliser les Ivoiriens en vue d’obtenir d’eux un consensus sur le futur désiré et partagé de la Côte d’Ivoire ; promouvoir progressivement chez les Ivoiriens une culture prospective.


AUDIENCE DE M.CHAMBAS SECRETAIRE EXECUTIF DE LA CEDEAO AVEC LE PRESIDENT IVOIRIEN LAURENT GBAGBO

Dimanche 15 Octobre 2006

Vous venez de rencontrer le chef de l’Etat ivoirien et on peut deviner qu’il s’agit de la crise certainement, alors est-ce que vous pouvez confirmer que le médiateur sud-africain a été mis à l’écart par la CEDEAO.
On n’a pas discuté de ça, aujourd’hui, je suis venu pour voir monsieur le Président, le féliciter pour sa participation au sommet de la CEDEAO le 06 octobre à Abuja, sommet où les chefs de l’Etat de la CEDEAO ont fait à mon avis un bon travail. Ils ont fait une recommandation à un consensus et ils ont fait le document du consensus et c’est ce document qu’on va remettre à l’union africaine au conseil de paix et de sécurité qui va se tenir au niveau du sommet à Addis-Abeba ce mardi 17 octobre.

Il a été dit que la CEDEAO a évoqué la mise à l’écart de Thabo M’BEKI, est-ce que vous pouvez confirmer cela ?
Les recommandations de la CEDEAO en ce moment là, c’est quelque chose qu’on a transmis à l’Union Africaine, qui va discuter de cela le 17 Octobre. Donc je ne peux pas discuter d’un document qui est une recommandation des chefs d’Etat au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africain.

RFI dit que le chef de Gouvernement demande que les pouvoirs soient donnés au Premier ministre et que le Président soit marginalisé. Alors si nous voulons commenter cela, que devons-nous dire.
Qui a dit ça ?

RFI
Il faut demander à RFI alors.

Monsieur le Secrétaire, la CEDEAO au départ de la crise a condamné l’accès au pouvoir par les armes, aujourd’hui on voit bien que la CEDEAO se dédit, qu’est-ce qui s’est passé ?
Nous tenons notre position, c'est-à-dire aujourd’hui en Afrique, on ne peut pas accepter qu’on prenne le pouvoir par les moyens inconstitutionnels et ça, c’est la position de la CEDEAO et de l’Union africaine.

Mais pourtant vous êtes en train d’accepter une autre prise de pouvoir par les armes en Côte d’Ivoire. Pourquoi ? C’est deux poids, deux mesures.
Non ! Reconnaissez la position de la CEDEAO. Maintenant concernant la crise en Côte d’Ivoire, il faut voir comment on peut sortir de la crise par la voie du dialogue et de la négociation, un processus qu va inclure tous les Ivoiriens pour chercher une vrai paix.
Je vous remercie.


INTERVIEW DE PASCAL AFFI N'GUESSAN PRESIDENT DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN PARTI AU POUVOIR

Samedi 14 Octobre 2006

Dans cet entretien, le président du FPI n`est pas du tout tendre avec la Force Licorne et le Groupe de travail international. En plus, il invite l`Afrique à s`approprier le processus de sortie de crise en Côte d`Ivoire.

Pourquoi c`est maintenant que le FPI demande le départ de la Licorne ?

Cela procède d`un constat : la Force Licorne n`est pas au service de la réunification du pays. Elle est le véritable bouclier de la rébellion et cela fausse le jeu politique. Cette force autorise les rebelles à faire de la surenchère, à avoir les attitudes de défiances vis-à-vis de l`autorité de l`Etat. Les soldats français sont devenus un obstacle. Après tous les événements passés (les événements de novembre 2004), ils ont perdu la confiance des populations ivoiriennes. En clair, ces soldats sont plus un problème qu`une solution à la crise ivoirienne. Voici les raisons pour lesquelles, nous demandons leur départ du pays. Afin d`offrir l`opportunité d`une sortie pacifique de la crise en Côte d`Ivoire.

De quels moyens disposez-vous pour faire partir la Licorne de la Côte d`Ivoire ?

Les moyens qui les ont emmenés, ce sont les mêmes moyens qu`il faut utiliser. Ce n`est pas par la force que les soldats français sont arrivés ici. C`est à la demande du Président de la République, Laurent Gbagbo. Si l`on veut la paix dans notre pays, il est dans l`intérêt de tous de les remplacer.

Par qui ?

Les Forces africaines peuvent valablement les remplacer. A l`occasion de la réunion de New York, les Nations unies ont demandé que l`Afrique s`approprie le processus de paix en Côte d`Ivoire. La résolution de la crise est de la responsabilité des Africains. Et que les étrangers étaient mal placés pour imposer une solution. Nous pensons que l`Afrique doit saisir la balle au bond. Afin d`agir véritablement pour assumer cette responsabilité. C`est une opportunité pour que l`Afrique démontre sa capacité à régler, elle-même, les crises sur le continent. C`est une exigence de dignité. Pour cela, nous devons avoir la maturité, les moyens nécessaires pour régler nos crises. Il ne faut plus que ce soit les occidentaux qui le fassent à notre place. Nous devons être aussi capables de mobiliser les moyens humains, matériels et financiers.

Les autorités françaises soutiennent que c`est à la demande de leurs homologues ivoiriens que la Licorne est en Côte d`Ivoire. Cela veut dire que si la Licorne doit se retirer, il faut que les autorités ivoiriennes en fassent la demande. Est-il du ressort du FPI de demander son départ ?

Bien sûr. C`est un droit qui appartient à tous les ivoiriens. Chaque ivoirien est libre de demander. Il est évident que ce n`est pas chaque Ivoirien qui a le pouvoir. Mais le droit appartient à tous. La demande officielle du départ de la Licorne de la Côte d`Ivoire appartient au Président de la République, qui est au service de la Nation. Il doit être à l`écoute de l`opinion. Si l`opinion, de façon majoritaire exprime ce souhait, le décideur doit en tenir compte. Notre action en tant que parti politique, c`est de créer cette majorité à travers les campagnes, les meetings de mobilisation. Si le Président de la République se rend compte que la question du départ de la Licorne est devenue une demande nationale, il va s`exécuter. Il est dans l`intérêt de la Licorne de partir. Elle est impopulaire. On ne peut faire le bonheur des gens malgré eux.

La ministre de la Défense française, Alliot-Marie soutient que la France refuse de se soumettre au diktat du FPI.

Ce n`est pas une question de diktat. C`est une position politique. Nous disons que la Licorne est un obstacle. Que Alliot-Marie nous démontre que ses soldats ne sont pas un obstacle. Et que ses soldats n`ont pas tué des ivoiriens aux mains nues en novembre 2004. Elle doit également démontrer pourquoi la Licorne doit rester. En quoi les soldats sont irremplaçables ? Ce n`est pas une fatalité que la force Licorne soit en Côte d`ivoire. Il faudrait qu`un jour ou l`autre, elle parte. Nous considérons que le moment est venu pour que la Licorne quitte notre pays. Après quatre ans de présence, le bilan des soldats français est négatif.

En quoi leur bilan est négatif ?

Les faits sur le terrain le démontrent. Prenez les tueries de novembre 2004 et les casses de la BCEAO. Elles sont l`œuvre des soldats de la Licorne. Ils sont devenus, partout, en Côte d`Ivoire, impopulaires. Leur image est ternie. Tout le monde les assimile à la rébellion. La Licorne véhicule dans son sillage, l`instabilité, le désordre. Ce sont des choses qui sont de notoriété publique. Elle crée plus de perturbation que de sérénité et de stabilité.

Le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy estime que si la Licorne quitte la Côte d`Ivoire, ça sera le chaos. Qu`en pensez-vous ?

C`est toujours pour masquer une volonté de ne pas partir. On ne peut vouloir maintenir la Licorne pour la maintenir. Elle doit servir à quelque chose.

Qu`est-ce qui peut expliquer cette volonté des autorités françaises à vouloir maintenir leurs soldats en Côte d`Ivoire ?

Elles utilisent cette force pour mener leur propre projet de déstabilisation du pays. La Force Licorne n`est pas en Côte d`Ivoire pour servir la paix. Mais pour servir le projet de Chirac de déstabiliser le régime. Le Président français a deux instruments qu`il utilise pour l`orienter dans le sens de la déstabilisation et de la chute du régime.

Quels sont ces instruments ?

La Force Licorne comme moyen de pression militaire et bouclier de la rébellion. Elle protège les rebelles. Cela veut dire que le désarmement et la réunification du pays ne peuvent pas se faire tant que les soldats français n`auront pas accepté ce principe. Avec la Licorne, Chirac est convaincu qu`il a verrouillé le processus de Paix. Rien en terme de réunification ne pourra se faire sans ou contre sa volonté. On a vu l`expérience en novembre 2004. L`autre instrument, c`est le GTI. Chirac sait qu`une fois que la solution militaire est trouvée, le combat va se situer sur le plan diplomatique. Et sur ce plan, il faut qu`il ait un instrument pour orienter le processus dans la direction qu`il souhaite. Et cet instrument n`est rien d`autre que le GTI. Au sein duquel ne siège pas le gouvernement ivoirien. La France peut faire pondre des déclarations scandaleuses que nous connaissions : demander la dissolution du parlement, la suspension de la Constitution… c`est-à-dire travailler à démanteler les institutions et à fragiliser le régime afin d`obtenir, de façon douce, sa chute.

Est-ce la raison pour laquelle vous demandez la dissolution du GTI ?

Effectivement. Si nous voulons neutraliser Chirac, il faut non seulement que la Licorne parte, mais aussi qu`on dissolve le GTI.

L`opposition soutient que la sortie de crise se résume en trois points : suspension de la constitution, mise à l`écart du Président Gbagbo, pleins pouvoirs au Premier ministre…

L`opposition est dans sa logique.

Ah bon !

Elle est dans sa logique de coup d`Etat. Le 19 septembre 2002, elle voulait l`élimination radicale et immédiate du Président Laurent Gbagbo et de toute son équipe pour s`accaparer du pouvoir. Elle n`a pas réussi. Cette dernière est toujours dans cette logique. Elle répète le même slogan. Pour nous, rien n`a changé. A la seule différence qu`au lieu de conduire ce projet par la voie des armes, aujourd`hui, l`opposition use de la communication, du discours et de la propagande.

Quelle explication donnez-vous au fait que Seydou Diarra et Banny n`ont pu ramener la paix en Côte d`Ivoire ?

Ils n`ont pas osé affronter la France. Dans la situation actuelle, c`est la France qui est le véritable obstacle. La politique de Chirac en Afrique est un véritable problème. La question de la rébellion ivoirienne est résolue. Elle a été armée mais n`a pas réussi son coup. Elle a échoué. Cette rébellion ayant échoué militairement et politiquement, la France est contrainte de monter elle-même au créneau au plan diplomatique pour mener le combat, pour achever le coup d`Etat. Tout chef de gouvernement qui viendra et qui n`aura pas la solution à l`équation française échouera. C`est-à-dire, celui qui n`aura pas la solution pour amener les français à libérer le pays, à autoriser le désarmement et la réunification du pays, il échouera. Parce que tous buteront sur la question du désarmement. Seydou Diarra a buté sur cette question. Quant il s`est agi de faire des concessions au pouvoir sur la loi d`amnistie, les réformes législatives, l`éligibilité d`Alassane Dramane Ouattara, il n`a pu progresser. Dès que toutes les concessions qui devraient être faites par le camp présidentiel l`ont été, et qu`il a fallu attaquer la question du désarmement, il s`est heurté à cela. Il n`a pas pu résoudre l`équation. Aujourd`hui Banny se heurte à la même question.

Et Banny ?

Le drame de Banny est plus grand. Parce qu`il a ce noyau dur comme feuille de route. Il n`a pas de réformes législatives à faire. Il a à faire le désarmement, la réunification et l`organisation des élections. Assez rapidement, il s`est trouvé confronter à cela. Il a cru pouvoir contourner la difficulté en parlant de concomitance. Pour avoir les deux éléments en même temps, dans l`espoir qu`en donnant l`identification, il pourrait obtenir le désarmement. Il s`est vite rendu compte que même le pré regroupement n`a pas pu avoir lieu. Pour que le désarmement n`avance pas, les rebelles ont tout fait pour bloquer les audiences foraines. Même si on nomme demain un nouveau Premier ministre qui n`a pas une solution à la question du désarmement, à l`obstruction française, il va échouer comme tous les autres.

La solution ?

Il faut que la France soit exclue du processus de sortie de crise. Parce que c`est elle l`obstacle d`un retour de la paix en Côte d`Ivoire.

Le 31 octobre…

Cette date ne représente autre chose que la fin de la résolution 1633. Parce que c`est cette résolution qui a été prise pour conduire un processus jusqu`au 31 octobre 2006. Forcément, il faudrait une nouvelle résolution.

Pourquoi une nouvelle résolution?

La Résolution serait caduque. On revient à la case départ. Si nous voulons organiser un nouveau processus, il faudrait définir un nouveau cadre. Mais ce cadre doit remettre en première ligne la constitution et la question du désarmement. Trouver des solutions concrètes. Nous sommes sous l`égide du chapitre 7 de la charte des Nations unies relatif à l`imposition de la paix. L`ONU doit reconnaître que le désarmement des mouvements rebelles doit se faire obligatoirement. Si ces derniers s`opposent volontaire, il faut recourir à la force. La nouvelle résolution doit régler la question du gouvernement. On a expérimenté les gouvernements des partis politiques. Où chaque ministre se croit plus redevable à son parti politique qu`au Président de la République. La défiance y a été permanente. L`indiscipline des ministres est devenue la règle. Cela a entraîné des dysfonctionnements. Il faut régler le bicéphalisme que les résolutions antérieures ont tenté de créer à la tête de l`Etat, avec un Premier ministre inamovible, à qui on veut donner des pouvoirs au-delà de ce que le Président de la République peut lui donner raisonnablement pour qu`il mène son action. En clair, il faut restaurer l`unicité à la tête de l`exécutif et la plénitude des pouvoirs au Président de la République. Celui-ci les délèguera selon sa volonté au Premier ministre qui est son collaborateur. Et non à un Premier ministre qui est son concurrent dans la gestion de l`Etat.

Quelles sont les attentes du FPI au prochain sommet de l`Union africaine ?

Nous avons quatre attentes princi pales : Premièrement, la question du désarmement. Nous espérons que l`Union africaine sera d`accord avec nous que le désarmement soit le préalable à tout. Deuxièmement, il faut que l`UA nous aide à doter le pays d`un gouvernement véritablement républicain qui permette de mettre fin à tous les désordres. Que le Président de la République soit totalement responsabilisé dans le choix de son Premier ministre, ainsi que dans la composition de son gouvernement. Troisièmement, il faut que tous les obstacles identifiés à la conduite du processus soient éliminés. Notamment, la Force Licorne et le GTI qui ont montré leur partialité. Ils ont perdu la confiance d`un nombre d`acteurs au niveau du processus. Quatrièmement, que l`Afrique s`implique totalement au plan militaire, en dépêchant des troupes, pour prendre la place laissée vacante par la Licorne. Au plan diplomatique, que le continent réhabilite la médiation africaine. Afin qu`elle soit la seule responsable pour la conduite du processus.

Bien avant le sommet de la CEDEAO, vous avez été l`objet d`attaque de la part de certains chefs d`Etat et médias. Qu`est-ce qui s`est passé réellement ?

Nous ne savons pas de quoi se plaignent ceux qui ont eu à prendre position. L`avis que nous avons donné est clair. La CEDEAO et la communauté internationale ne peuvent pas ignorer le potentiel d`intérêts que représente la Côte d`Ivoire, pour prendre des décisions hasardeuses qui sont susceptibles de créer le désordre. S`il y a le désordre en Côte d`Ivoire, c`est tout le monde qui perd. Voilà ce que nous avons dit. Et c`est une vérité. Celui qui met le feu en Côte d`Ivoire doit s`attendre à perdre quelque chose. Les Ivoiriens perdront. Lui-même perdra. Tout le monde sera perdant, s`il y a le feu en Côte d`Ivoire.

D`aucuns pensent que votre réaction a créé le branle-bas au niveau de la CEDEAO. Et qu`elle a même, permis que la première résolution soit mise au placard…

C`est aux chefs d`Etat de la CEDEAO qu`il faut poser la question. Nous n`avons fait que rappeler un certain nombre de vérités. Nous constatons qu`il y a eu des réactions bruyantes et bouillantes. Ce ne sont pas les propos qu`il faut désapprouver. C`est la réalité qu`il faut regarder en face. Nous n`avons fait que montrer le feu. Au lieu de regarder le feu et de chercher comment l`éviter, certains regardent le doigt pointé vers le feu. Ces derniers font des commentaires désobligeants.

Interview réalisée par Yacouba Gbané &
Simplice Allard


ELECTIONS EN COTE D'IVOIRE / ACCORD DE L'ONU POUR UN DELAI D'UN AN

Samedi 14 Octobre 2006

L`Onu va accorder à la Côte d`Ivoire un nouveau délai d`un an, jusqu`à octobre 2007, pour organiser des élections générales, a déclaré samedi le Haut représentant de l`Onu pour les élections dans le pays, Gérard Stoudman, à la radio de la mission onusienne à Abidjan.

"On va avoir un délai de 12 mois à partir du 1er novembre jusqu`à octobre 2007, et cela devra se passer dans ce délai", a déclaré M. Stoudman, interrogé sur l`organisation des élections, sans cesse repoussées depuis octobre 2005 en raison des blocages politiques et militaires persistants dans le pays.

"Il faudra absolument que ce nouveau délai serve cette fois-ci à une véritable sortie de crise. Il faut que quelque chose se passe 2007. On ne peut pas continuer sans arrêt sur le modèle de 2005 et 2006. On ne peut pas rester dans le statu quo", a souligné M. Stoudman.

Cette prolongation d`un an, annoncée ces dernières semaines par plusieurs sources diplomatiques, devrait reconduire dans leurs fonctions le président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Charles Konan Banny, selon ces sources.

Les modalités de la nouvelle transition ivoirienne doivent être discutées mardi prochain lors d`un sommet de l`Union africaine (UA) à Addis Abeba, puis arrêtées le 25 octobre lors d`une réunion du conseil de sécurité de l`Onu.

L`UA et l`Onu doivent notamment se prononcer sur l`épineuse question de l`équilibre des pouvoirs entre MM. Banny et Gbagbo, accusé par une partie de la communauté internationale de bloquer la sortie de crise pour rester au pouvoir.

Ces modalités seront définies in fine par une résolution du conseil de sécurité de l`Onu qui "va se situer, ce n`est un secret pour personne, dans la continuité très claire de la résolution 1633", adoptée en octobre 2005, qui avait déjà prolongé d`un an le mandat de M. Gbagbo et prévoyait des élections avant le 31 octobre 2006, a ajouté M. Stoudman.

Dans ce cadre, "le Premier ministre va jouer un rôle pivot à l`avenir qui sera probablement encore plus important que ce qu`on a vu jusqu`à maintenant", selon M. Stoudman.

"Mais au delà des textes", a-t-il souligné, la résolution du conflit dépend essentiellement "de la volonté affichée par les différents acteurs majeurs sur le scène ivoirienne de ne plus en découdre par les armes mais de s`asseoir autour d`une table pour régler les problèmes".

"Ce qui est surtout important, c`est qu`on démarre deux choses qui sont essentielles au succès de l`opération: le désarmement et la relance du processus d`audiences foraines et d`identification" visant à actualiser les listes électorales en vue des élections, a-t-il expliqué.

M. Stoudman a également préconisé la mise en place d`une médiation de la Communauté économique des Etats d`Afrique de l`ouest (Cédéao) dans ce conflit.

Le processus de paix ivoirien, encadré par l`Onu et l`UA, vise à réunifier un paix coupé en deux depuis une tentative de coup d`Etat ratée des FN contre M. Gbagbo en septembre 2002. Le président ivoirien contrôle toujours le sud du pays, alors que le nord est aux mains des FN.

AFP


COTE D'IVOIRE / DECES DU CREATEUR DU "COUPE-DECALE" STEPHANE AMIDOU DOUCOURE DOUK SAGA

Samedi 14 Octobre 2006

Le "sommet de l`Himalaya", Douk saga a rejoint l`au-delà depuis le jeudi 12 octobre 2006, au Burkina Faso, en terre étrangère. Sa dépouille mortelle sera acheminée en terre éburnéenne, le dimanche 15 octobre 2006. La disparition de Doukouré Stéphane de Amidou a affecté tout le monde du showbiz. Cet homme peu ordinaire a fait parler de lui. Et même après son décès continue de faire parler de lui...

Barthélemy Inabo Zouzoua, patron de Rti music: "On fera un spécial Douk Saga, lundi et mardi sur Rti music"

Ce sont mes amis de Ouaga qui m`ont annoncé la nouvelle le jour de son décès à 16 heures 40. C`est dommage. Mais ce qui est à retenir, c`est que Douk Saga a lutté contre la mort. Il a voulu être fidèle à son image. Il va falloir lui rendre hommage parce qu`il a fait beaucoup pour la musique. On fera donc un spécial Douk Saga sur deux jours lundi et mardi prochain. Ce seront des images inédites, toutes les émissions sur lui. Tout ce qu`on a comme images sur lui seront présentées.

Laurent Oulah, manager de Douk Saga: "Les funérailles de Douk Saga, comme celles de RFK"

J`ai eu Douk au téléphone la semaine dernière. On avait un concert en vue pour le 26 octobre 2006, parce qu`il avait repris sa forme, il allait bien. C`est seulement le jeudi passé qu`il a rechuté. Et c`est ce qui l`a emporté, c`est vraiment regrettable pour nous mais aussi pour sa famille. Je suis actuellement (ndlr : hier vendredi 13 octobre) à Adjamé aux côtés de sa mère, qui m`a d`ailleurs tout confié pour ce qui est des funérailles. Elle est très abattue en ce moment. Je pars donc, demain à Ouaga, nous reviendrons dimanche avec le corps de Stéphane. Avant sa mort Douk Saga a demandé à sa petite sœur Ami (Mimi) de dire à tous ceux qui viendront à ses funérailles de se vêtir de blanc. Il a aussi dit ceci : "le jour où je mourrai, j`aimerais que mes funérailles soient comme celles de Roger Fulgence Kassy ". Alors c`est cette dernière volonté là que nous voulons respecter. On va donc se concerter entre nous hommes du showbiz et parfaire l`organisation des funérailles de Douk Saga.

Gadji Celi, président de l`union nationale des artistes de Côte d`Ivoire: "Nous sommes bouleversés par ce décès"

L`Unartci, par ma voix présente ses sincères condoléances à la famille de Douk Saga. Nous sommes bouleversés par ce décès. C`est hier (ndlr : jeudi soir) que j`ai été informé. Ça m`a démoralisé. J`étais avec Ahmed Farras, Fouzen Ken, Ali et Abou Galliet quand j`ai appris cette triste nouvelle. Je lance un appel à tous les artistes. Je leur demande de se mobiliser pour l`organisation des obsèques de nos deux défunts (Ayatollah et Douk Saga). Le corps de Douk Saga arrive ce dimanche aux environs de 9h-10 heures, par Air Burkina. On va donc se référer à la famille pour la suite. Que tout le monde se mette en blanc.

Soum Junior, journaliste: "Douk Saga a réclamé une distinction qui n`est jamais venue"

Il est mort à Ouaga. Et ça, c`est l`information que tout le monde a. Son manager part à Ouaga demain (ndlr : aujourd`hui) pour régler les derniers détails. C`était le vendredi 29 octobre 2006 que je l`ai eu pour la dernière fois au téléphone. Il m`a dit ceci: "Soum Junior, je ne suis pas encore mort. J`arrive pour mettre de l`ordre dans la Jet set ". Il devait donc arriver le dimanche dernier, mais il n`est pas venu. Et il n`arrivera plus jamais à Abidjan vivant, sinon dans un cercueil. Je savais qu`il souffrait. Et à un moment je me suis rendu compte de ce que sa maladie était mystique. Une maladie due à notre nègrerie. Grâce à lui, notre musique se joue partout. Il y a de grands noms, comme Koffi Olomidé, Queen Etémé, grande adepte du gospel, choriste de Manu Dibango, Richard Bona, Lokua Kanza etc. qui a fait du coupé décalé sur son récent album. Ce qui me fait mal, c`est que Douk Saga a réclamé une distinction qui n`est jamais venue. Il ne sera pas décoré à titre costume comme le dit l`aîné Georges Benson, mais plutôt à titre posthume. Mais tout de même reconnaissons qu`il a laissé quelque chose. Le coupé décalé est son plus bel héritage.

Yannick Aka, manager JJ Kouamé: "Jean Jacques Kouamé est inconsolable"

Jean Jacques part à Ouaga et sera à Abidjan dimanche avec la dépouille de son ami et frère Douk Saga. Il est en ce moment inconsolable au point qu`il a décidé de fermer tous ses portables.

Propos recueillis par B.J.


INTERVIEW DU PROFESSEUR FRANCIS WODIE LEADER DU PARTI IVOIRIEN DES TRAVAILLEURS SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE IVOIRIENNE

Jeudi 12 Octobre 2006

Interview exclusive /A deux semaines de la fin de la Transition
Wodié sort de sa réserve
“ Je suis pour un exécutif à une seule tête ” “ La Licorne ne peut pas partir... ” “ Le débat sur la suspension de la Constitution est stérile ”

L’inter : Quelle est la réaction du président du Parti ivoirien des travailleurs (Pit) que vous êtes, à l’annonce de la prolongation du mandat présidentiel et du maintien du tandem Gbagbo-Banny faite par le gouvernement libérien, après le sommet d’Abuja ?

Pr Wodié : Je dois dire que pour le moment, il s’agit de proposition faite par la Cedeao. Et nous connaissons le cheminement : de la Cedeao, on passe à l’Union africaine (l’Ua) et de l’Union africaine, au Conseil de sécurité de l’Onu . Nous avons proposé une nouvelle transition avec pour durée un ou deux ans. La question concerne les organes chargés de conduire la transition. Il y a deux idées principales : il y a ceux qui disent qu’il faut purement et simplement reconduire le tandem en renforçant un peu les pouvoirs du Premier ministre et puis il y a ceux qui disent qu’il faut un exécutif monocéphale (une seule tête) pour éviter les ambiguïtés et les difficultés rencontrées précédemment.

L’inter : Quelle est la position du parti que vous dirigez sur cette question ?

Pr Wodié : Nous, nous pensons au Pit qu’il faut accélérer le processus de manière à régler rapidement les problèmes qui font obstacle à l’organisation de l’élection. Il faut que l’exécutif ait non seulement les pouvoirs, mais également les moyens de conduire le processus. C’est la raison pour laquelle nous sommes partisan d’un exécutif monocéphale

L’inter : Croyez-vous à un aboutissement du cheminement Cedeao-Ua-Onu qui n’est rien d’autre qu’un remake du scénario qui a abouti à la transition en cours ?

Pr Wodié : D’autant que les propositions qui émanent de la Cedeao replacent le processus dans le cadre de la résolution 1633. Or on pouvait à la lumière des difficultés rencontrées, proposer autre chose : c’est pour cette raison que nous avons proposé l’exécutif monocéphale pour éviter les conflits d’attributions et les petits coups fourrés au sein de l’exécutif

L’inter : Quel contenu mettez-vous exactement dans ce concept d’exécutif monocéphale ?

Pr Wodié : Jusqu’à présent, nous avons affaire à deux personnes à la tête de l’exécutif : un Premier ministre et un chef de d’Etat. On a vu un tandem, mais on s’est rendu compte des accords souterrains , ouverts, des difficultés d’interprétation, et d’application des dispositions. Tout cela a retardé le processus en cours. Pour ces raisons, nous avons pensé qu’il faut désormais dans ce processus, rien qu’une seule tête , pour l’exécutif, et qu’une seule personne conduise le processus. Nous disons qu’il faut changer de formule, parce que aujourd’hui, il y a dans le pays, trois tendances. Il y a ceux qui s’en remettent presque totalement à la communauté internationale, et qui ne veulent pas entendre parler de solution nationale ou interne : c ‘est le cas du Rhdp et des Forces nouvelles. Il y a ceux qui pensent qu’il faut une solution interne, mais unilatérale : c’est le cas du camp présidentiel. Et puis il y a ceux qui, comme nous, pensent qu’il faut une solution nationale sous forme de concertation nationale, appuyée par la communauté internationale.

L’inter : Le Forum de dialogue national dont les travaux viennent de démarrer la semaine dernière, rejoint-il votre idée de Concertation nationale ?

Pr Wodié : Nous pensions au départ que ce sont deux idées qui, pour avoir la même appellation, n’ont pas le même contenu, le même caractère. Et puis nous nous sommes rapprochés les uns des autres. C’est ainsi que moi-même j’ai eu à animer dans le cadre du Pré-forum, la problématique de la concertation et du dialogue. Nous avons précisé ce que nous entendons par Forum de dialogue national qui, pour nous est une Concertation nationale. C’est-à-dire un dialogue entre les Ivoiriens (société civile, société politique, opérateurs économiques, institutions de l’Etat ...), qui permet de prendre des dispositions nécessaires pour ceux qui vont conduire la transition. C’est différent de ce qu’avait prévu la résolution 1633.

L’inter : Est-ce à dire que vous n’êtes pas en phase avec le Premier ministre, Charles Konan Banny ?

Pr Wodié : Nous ne savons pas très bien si le Premier ministre est en phase avec nous , parce que nous , nous voudrions justement que ce Forum se tienne avant les différentes réunions de la Cedeao, de l’Ua, et du Conseil de sécurité de l’Onu, pour que l’opinion des Ivoiriens puisse compter dans les décisions qui seront prises. Or qu’est-ce qui se passe ? On a le sentiment que ce Forum va se tenir après la résolution de la décision qui sera prise par le Conseil de sécurité

L’inter : Quelles propositions concrètes avez-vous faites à Grand-Bassam où vous avez siégé dans une commission lors de ce Pré-forum ?

Pr Wodié : J’ai été effectivement invité à présenter la problématique générale du Forum de dialogue national. Et en gros, j’ai parlé de la nécessité de ce Forum, de la composition, en disant que ce sont les acteurs de la société civile , les opérateurs économiques et autres , qui doivent se retrouver . La durée est de 1 an à 2 ans. Pour ce qui est du pouvoir, il faut que la concertation débouche sur des concessions mutuelles, et un consensus, et des résolutions qui seront obligatoires pour nous tous . Et puis la dernière idée, c’est qu’il faut qu’il y ait un organe de contrôle, de suivi et d’évaluation pour suivre le mouvement vers la fin de la transition qui va aboutir à des élections.

L’inter : Vous semblez donc parler le même langage que le directoire du Rhdp, qui juge ce Forum inopportun.

Pr.Wodié : Nous sommes tout à fait à l’opposé du Rassemblement des houphouétistes pour la paix sur la question du Dialogue national. Nous, nous pensons que c’est maintenant ou jamais qu’il faut que ce Dialogue se tienne, avant que les instances internationales ne prennent des décisions à notre place. Or le Rhdp pense que le dialogue national est inopportun , le renvoyant après les mesures prises par la communauté internationale. Ce qui nous paraît aberrant d’un certain point de vue. C’est nous les Ivoiriens qui devons donner du ton à la communauté internationale et non le contraire

L’inter : Revenons au Sommet d’Abuja où il a été question de la suspension de la Constitution. Partagez-vous cet avis ?

Pr Wodié : Moi, c’est un débat que je trouve stérile et qui nous détourne de l’essentiel. Parce qu’aujourd’hui, nous sommes dans une situation telle que plus rien n’est normal. Alors dire qu’on doit faire ceci ou cela de manière rigoureuse, nous fait perdre le temps. L’important c’est que face à l’acuité de la crise, l’ensemble des Ivoiriens se mettent d’accord sur ce qu’il faut faire. La Constitution c’est un acte important dans la vie d’un pays, mais ça reste un moyen. Un moyen important certes, mais un moyen. Et aujourd’hui, ce que nous recherchons tous c’est la paix. Donc tout ce que nous devons faire, nous devons le faire au prix d’une certaine interprétation de la Constitution, comme on l’a déjà fait pour l’article 48.

L’Inter : Il a été également question du renforcement du pouvoir du Premier ministre à Abuja !

Pr Wodié : Oui, nous entendons dire ici et là qu’il faut renforcer les pouvoirs du Premier ministre, mais nous ne savons pas très bien en quoi cela va consister. Parce que quelqu’un a dit qu’il s’agit moins de pouvoirs que de moyens. D’autre part, même si on renforçait les pouvoirs de l’un des deux individus en présence, si les deux ne jouent pas le même jeu, rien ne va avancer. C’est la raison pour laquelle nous avons préconisé l’exécutif monocéphale, pour faire avancer efficacement et en toute clarté le processus.

L’Inter : Le fait de réunir les protagonistes de la crise à New York puis récemment à Abuja, n’est il pas contraire à votre idée de trouver des solutions internes ?

Pr Wodié : Le problème se posant en Côte d’Ivoire, il est normal de chercher des solutions en Côte d’Ivoire et entre les Ivoiriens. Parce que nous sommes à l’origine de cette crise ; nous sommes les responsables et les victimes de cette crise. Il est important de se réunir entre nous et d’en parler. De savoir, quels sont les problèmes, pourquoi nous n’arrivons pas à les régler ? Pourquoi nous n’arrivons pas à aller aux élections ? Il n’y a pas de solutions unilatérales, d’un bloc ou d’un camp, c’est ensemble que nous pouvons trouver de bonnes solutions pour l’ensemble des Ivoiriens.

L’Inter : Est-ce ce souci de concilier les positions opposées qui vous rapproche de certains partis ces derniers temps dans le cadre d’une plate-forme ?

Pr Wodié : Notre projet c’est de faire en sorte que les Ivoiriens se rassemblent autour de la nécessité du Dialogue national. Le FPI et le camp présidentiel n’en veulent pas semble t-il. De même que le RHDP et les Forces nouvelles à ce qu’il parait. Et chacun a sa solution, chacun veut imposer son point de vue. On ne peut pas s’en sortir dans ces conditions. Nous pensons et nous restons convaincu qu’il faut que nous nous retrouvions pour parler ensemble, et trouver les solutions appropriées.

L’Inter : N’avez-vous pas peur que de tels ralliements se terminent en queue de poisson comme cela s’est passé déjà en 1990 avec certains partis d’opposition ?

Pr Wodié : Oui, disons que ces risques-là ne sont pas à exclure. Mais la plate-forme dont nous parlons est un départ. Vous allez constater que nous invitons tous les Ivoiriens à se rassembler autour de la concertation et du consensus national. Nous devons le faire dans l’intérêt du pays et de l’ensemble des Ivoiriens.

L’Inter : Ce besoin de rapprochement peut-il vous conduire à vous rallier au camp présidentiel et au CNRD ?

Pr Wodié : Nous, nous voulons le ralliement de toutes les forces. A la fois du camp présidentiel, du CNRD, à la fois du RHDP, de Forces nouvelles, à la fois de l’ensemble des acteurs de la société civile. Donc nous, ce que nous condamnons, ce sont les divisions et les discriminations, c’est la volonté hégémonique de chaque camp qui veut imposer sa manière de voir ou sa vérité.

L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur que vous êtes compte-t-il se rapprocher également des leaders de la Fesci, acteurs incontournables dans la crise actuelle ?

Pr. Wodié : Non, pas en tant que ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. En tant que ministre, nous avions pu faire des propositions et prendre des décisions dans le sens de l’assainissement du milieu estudiantin. Je veux dire, par rapport au plan universitaire et au plan syndical et social. Nous n’avons pas eu le temps d’aboutir, mais aujourd’hui nous sommes préoccupé par la société dans son ensemble. De même que nous appelons les partis politiques au rassemblement, nous appelons les jeunes au rassemblement pour que de chaque côté, nous excluons la force comme mode de règlement de la crise et que nous nous attachions au dialogue national, à l’unité du pays et à la paix.

L’Inter : Un autre ancien dirigeant de la Fesci, Guillaume Soro est le leader de la rébellion. Quelles sont vos relations actuelles avec lui ?

Pr. Wodié : Nous n’avons pas de rapport particulier avec lui. D’abord à Marcoussis, nous avons essayé en vain ; nous n’avons pas pu rentrer en contact avec lui. Nous avons pu également nous rendre à Bouaké, mais dans le cadre de la recherche des solutions ; nous nous sommes rencontrés, partis politiques-Forces nouvelles. Mais depuis, nous n’avons pu nous rencontrer Forces nouvelles-PIT ; ce ne sont pas les initiatives ou la volonté qui ont manqué. Mais nous n’avons pas pu, pour différentes raisons, nous rencontrer pour communiquer notre manière de voir ; cela nous parait indispensable, parce qu’il faut que ce dialogue soit sans exclusion. On peut regretter la rébellion, elle est là, on doit traiter avec tout le monde pour sortir de la crise.

L’Inter : En s’alliant à UNIR, que l’on prétend avoir été créé par le sergent IB, n’avez-vous pas choisi un camp ?

Pr.Wodié : Nous n’entrons pas dans ces considérations. Nous, nous disons que les formations politiques ont leur origine, leur histoire. Mais aujourd’hui, dans le cas de la crise que nous vivons, nous avons accepté que des ex-rebelles soient au gouvernement et dans toutes les institutions de l’Etat. Alors pourquoi exclure d’autres tendances, au nom de quoi ? Les Ivoiriens, où qu’ils se trouvent, dans quelques organisations, quelque parti, que ce soit, doivent pouvoir parler, dire leur manière de voir. C’est en mettant tout cela ensemble qu’on va dégager la voix des Ivoiriens en attendant les élections.

L’Inter : Votre absence à Abuja ou à New York où il fallait faire du lobbying, ne vous a t-elle pas été préjudiciable d’une certaine façon ?

Pr. Wodié : C’est assez clair que cela est préjudiciable. D’ailleurs nous avons commencé déjà à protester lorsqu’il y a eu la rencontre de Pretoria. Parce que nous n’avons pas compris, qu’ayant conclu un accord avec un certain nombre de partis et de formations sociales, qu’on en désigne 3 ou 4 ou 5 pour se réunir à Abuja, à Pretoria, au nom de l’ensemble. C’est par la suite que nous avons compris qu’il s’agissait des principaux responsables de la crise ; cela veut dire qu’ils ne peuvent pas trouver de solutions viables, valables pour l’ensemble des Ivoiriens. C’est pour cela que nous n’acceptons pas cette formule de conciliabules plus ou moins secrets. Il faut un dialogue ouvert, franc, dont les résultats sont connus de tout le monde. Il faut donc élargir le débat, au lieu de le restreindre, pour aboutir à un accord minimal.

L’Inter : Convenez-vous avec le Front populaire ivoirien d’Affi N’Guessan qu’un début de solution à la crise passe par le départ des troupes françaises de la Licorne du pays ?

Pr.Wodié : La force Licorne est pratiquement intégrée aux forces des Nations unies. Nous croyons savoir que ce sont les autorités ivoiriennes qui ont fait appel à ces forces selon une certaine procédure. Donc il y a deux problèmes. Est-ce qu’aujourd’hui, il est bon pour le pays que ces forces se retirent ? Il faut nous le démontrer et en prendre courageusement la décision , selon la procédure appropriée et non dans les discours. Et si elles devraient se retirer, quelles dispositions prendrions-nous en remplacement de ces forces pour préserver le minimum existant au niveau de la paix ? Si toutes ces données sont fournies, et que nous pouvons apprécier, alors, nous pourrons dire effectivement qu’il faut que ces forces se retirent. Dans l’immédiat, nous n’avons pas de solution de rechange à notre connaissance. Aujourd’hui, c’est la paix qui doit nous guider tous ; et la paix est nécessairement globale pour tous et par tous.


COTE D'IVOIRE / SITUATION SOCIO-POLITIQUE / INTERVIEW DE M .VENANCE KONAN JOURNALISTE-ECRIVAIN

Jeudi 12 Octobre 2006

Le journaliste écrivain en a gros sur le cœur. Il a craché ses vérités. Sans gants et sans faux fuyants. Tout y passe. La gestion de la crise, le sommet de la CEDEAO , les bilans du chef de l`Etat et du Premier ministre, la rébellion, etc. Venance Konan comme vous ne l`avez jamais lu.

Quel bilan faites-vous de vos deux livres, "Les prisonniers de la haine" et "Robert et les Catapilla", notamment au niveau de la vente ?

Je crois que je peux être un peu satisfait de mon parcours en tant qu`écrivain. Le premier livre a été un best-seller en Côte d`Ivoire. D`abord on a fait un premier tirage de 5000 exemplaires, ensuite un deuxième de 3000 exemplaires. On a presque tout épuisé. Il n`y a pas beaucoup de livres qui se vendent à ce rythme. Le deuxième m`a donné beaucoup plus de satisfaction puisque M. Michel Dehon, membre de l`Académie française a adoré ce livre et l`a présenté à Gallimard. Gallimard a payé les droits d`édition à NEI/CEDA et ils vont l`éditer. Donc, ça m`a permis d`entrer dans la grande maison qui s`appelle Gallimard. En principe, il devrait éditer "Robert et les Catapilla" au début de cette année, mais il se trouvait qu`entre temps j`étais en train de travailler sur un autre manuscrit que je leur ai envoyé. Donc, ils ont préféré sortir mon nouveau manuscrit maintenant et puis "Robert et les Catapilla" après. C`est déjà un acquis, mon prochain livre s`appelle "Le camarade président". Il sortira certainement en janvier ou février.

Dans "Les prisonniers de la haine", pouvez-vous commenter le titre Jo Chiwawa ?

C`est un nom comme ça que j`ai inventé pour donner à un de mes héros qui est un loubard. Les loubards aiment généralement les noms exotiques, qui viennent d`ailleurs. Jo Chiwawa, si je ne me trompe pas, c`est un chien qui vient de l`Amérique Latine. Mais ce que je voudrais te faire remarquer dans "Les prisonniers de la haine" dans les premières pages quand je parlais de Treichville, j`ai parlé des ordures. Je disais, les ordures commencent à s`amorceler et j`ai posé la question suivante : un pays qui ne peut pas se débarrasser de ses ordures, n`est-il pas un pays condamné ? J`ai même affirmé qu`un pays qui ne peut pas se débarrasser de ses ordures est un pays condamné. Et voilà exactement où nous en sommes aujourd`hui. Quand vous circulez dans la ville d`Abidjan, la première chose qui frappe, c`est les ordures. On n`arrive plus à nous débarrasser de nos ordures. Le résultat, le pays est devenu une immense poubelle. On ne peut pas être étonné qu`après on nous envoie des déchets toxiques.

Venance Konan a donc prédit les déchets toxiques ?

Pas prédit mais si tu veux, c`est une logique. Quand un pays n`est pas gouverné, tout peut arriver. Et la Côte d`Ivoire n`est pas gouvernée malheureusement.

C`est une affirmation bien grave que de dire que la Côte d`Ivoire n`est pas gouvernée. On connaît le Président Laurent Gbagbo, on connaît le Premier ministre, Charles Konan Banny.
Il ne suffit pas d`avoir un Président et un Premier ministre pour dire qu`un pays est gouverné. Je fais des observations simples. Comment se fait-il qu`un bateau puisse entrer ici avec des tonnes de déchets toxiques et les déverser sans qu`on ne puisse savoir qui a donné l`ordre ? Aujourd`hui, on tourne en rond, on a débarqué quelques ministres, on a débarqué quelques directeurs généraux. Mais on ne peut pas nous dire qui a fait ça. Le bateau est entré quand même quelque part, au port. Qui a autorisé ce bateau à entrer dans le port ? Ce bateau est reparti, qui a autorisé ce bateau à repartir ? Mais on ne peut même pas trouver. Voilà. Qu`on puisse aller chercher cinq cents (500) tonnes de déchets toxiques pour venir les déverser dans la ville d`Abidjan, voici l`une des preuves que le pays n`est pas gouverné. Et puis, il y a bien d`autres exemples.

Donnez d`autres exemples ?
Regardez la police. Son travail, c`est de jeter des pneus usés tous les soirs sur la route. Elle barre les routes comme elle veut, elle fait ce qu`elle veut. Qui peut dire qu`il ignore ce que le CECOS fait ? Le CECOS ne fait que voler. Si vous marchez dans la rue avec votre portable ils descendent, ils arrachent et ils s`en vont. J`ai été témoin de ces cas. Il n`y a pas longtemps, ils ont cassé près de quatre-vingt (80) véhicules. Dans quel pays voit-on tout cela ? Dans un pays gouverné, on ne peut pas faire ça et s`en tirer impunément. Vous vous souvenez, la police est descendue sur le campus soit disant parce qu`un étudiant aurait battu un policier. Et des centaines d`élèves policiers sont descendus sur le campus. Ils ont tué. Est-ce un pays gouverné, ça ? Souvenez-vous qu`il y a eu l`affaire Badolo, un employé de M. Ouattara. Ils étaient trois, ils ont été enlevés, ils sont passés par la garde républicaine, ça a été dit. On a retrouvé le corps de M. Badolo dans l`eau, mort tué. Il n`y a pas eu un semblant de poursuite. Est-ce un pays gouverné, ça ? Les étudiants ont tué un de leurs camarades qui s`appelle Habib Dodo. On a fait quelle enquête ? On a trouvé des corps sur le campus. On a fait quelle enquête ? Les détournements d`argent. Les palais qu`on construit. La Côte d`Ivoire n`est pas gouvernée. Soyons honnêtes.

Vous dénoncez là beaucoup de maux que vit la Côte d`Ivoire, mais très souvent vous ne les dénoncez pas dans vos écrits ou alors vous n`écrivez pas du tout.
Je suis désolé, mais je ne fais que dénoncer ça depuis des années. Et c`est ce qui me vaut parfois mes problèmes avec certaines personnes. C`est parce que je dénonce trop. Habib Dodo, Badolo, les agissements de la police…Je dénonce ça tous les jours. Mais je me rends compte que je prêche dans le désert. Aujourd`hui, je me rends compte qu`on a légalisé le racket. Quand on construit ce que vous voyez à la GESCO et que vous appelez corridor, vous croyez que ça sert à quoi ? Si ce n`est une légalisation du racket. A quoi ça sert ? Tous ceux qui voyagent avec les véhicules de transport public savent à quoi ça sert.

Je veux dire qu`on ne vous lit pas ces derniers temps. Est-ce que vous êtes victime de censure ?
N`exagérons pas. Je viens de faire deux semaines à vous souler des reportages du Liberia. Vous ne pouvez pas dire que vous n`avez pas lu. Même si vous n`avez pas tout lu, vous avez lu un peu.

On parle des éditos de Venance Konan.
On ne peut pas tout faire en même temps. J`ai pris un peu un recul, c`est tout. Il n`y a rien. J`étais au Libéria, j`ai passé un long temps et quand je suis revenu, il fallait travailler sur les interviews qui étaient en anglais. Vous allez me lire bientôt. N`allez pas chercher d`autres causes.

Revenons à votre prochain livre, "Camarade président". N`est-ce pas un peu dans le genre Christ de Vava ? N`allez-vous pas camper un personnage qui ressemblerait à l`actuel chef de l`Etat ?
Un personnage qui ressemblerait à l`actuel chef de l`Etat, nous en assumons la responsabilité. Mais mon camarade président, c`est effectivement la suite des aventures du Christ de Vava. Maintenant, si vous trouvez qu`il ressemble à quelqu`un de particulier, ça n`engage que vous. Mais c`est mon Christ de Vava qui devient président et qui dirige le pays à sa façon.

Les droits d`auteur de "Robert et les Catapilla" ont été payés par Gallimard. Est-ce à dire que Venance Konan a beaucoup d`argent aujourd`hui ?
Malheureusement, les droits ne m`ont pas été payés à moi. Ça a été payé à l`éditeur. L`éditeur NEI/CEDA a sorti le livre, il le diffuse en Côte d`Ivoire et sur l`Afrique de l`ouest, mais il ne peut pas le diffuser ailleurs. Mais Gallimard fait une distribution mondiale. Donc Gallimard a acheté le droit de l`éditer et de le distribuer dans son circuit. Donc ils ont donné jusqu`au 31 décembre pour que l`éditeur NEI (Nouvelles éditions ivoiriennes) épuise son stock. Et à partir du 31 décembre, NEI/CEDA n`a plus le droit de vendre un seul exemplaire. Tout ce qui ne sera pas vendu, sera racheté par Gallimard. Et à partir du 1er janvier 2007, Gallimard fait sa distribution où il veut. Dans leurs discussions, l`éditeur d`ici voulait garder les droits pour la Côte d`Ivoire, mais Gallimard n`a pas accepté. Donc, il faut que les ivoiriens qui veulent lire "Robert et les Catapilla" aillent l`acheter. Parce qu`après, quand ça va entrer dans le circuit Gallimard, ce sera beaucoup plus cher. Donc les droits sont payés à l`éditeur. C`est lorsque Gallimard va l`éditer que je percevrais mes droits d`auteur avec Gallimard. Pour l`instant, je n`ai rien touché.

Et pour les deux premiers romans, combien avez-vous touché approximativement ? Il semblerait que vous êtes un écrivain riche actuellement.
(Rires). Malheureusement, les écrivains sont comme les chanteurs. On n`a que 10% sur chaque livre vendu. Chaque livre se vend à trois mille francs (3000), donc sur chaque livre j`ai 300f . Donc quand on vend cinq mille (5000) exemplaires, c`est à tout casser un million cinq cent mille (1.500.000) francs CFA. Je ne sais pas si on peut appeler cela être riche. Or, ce n`est pas de l`argent qu`on verse une fois. On donne souvent 300.000f, souvent 100.000f et ainsi de suite. Il faut vraiment vendre des centaines de milliers d`exemplaires pour avoir quelque chose de consistant. J`espère qu`avec Gallimard, on pourra vendre beaucoup d`exemplaires. Mais il ne faut pas rêver non plus.

Aujourd`hui, Venance Konan se considère-t-il plus journaliste qu`écrivain ou plus écrivain que journaliste ?
Je suis les deux. Je suis journaliste et écrivain. Il n`y a pas d`incompatibilité. Je voudrais signaler qu`avant "Mon camarade président", j`ai un autre livre qui va sortir bientôt. C`est le recueil de mes éditos depuis 1994 jusqu`à ce jour. C`est Fraternité Matin qui l`édite.

Quel est son titre ?
Son titre, c`est Nègrerie (rires)

Néologisme (rires)
Nègrerie, c`est toutes les conneries qu`on fait dans notre pays et qui nous a conduit là où on est. Et puis, on ne peut pas en sortir. C`est des nègreries. Le titre c`est Nègrerie, 1994-2006. Chronique de douze (12) années sèches.


Tout récemment la CEDEAO a tenu un sommet à Abuja. Il y a eu une déclaration officielle et une déclaration officieuse. Quel est le regard du journaliste et de l`écrivain sur ce sommet de la CEDEAO relatif à la Côte d`Ivoire ?

J`avoue que je n`ai pas bien compris le circuit qu`a pris le communiqué pour sortir. Il y a eu un communiqué final et après il y a un autre communiqué qui sort du Liberia. Je n`ai vraiment pas compris. Si je m`en tiens à ce que j`ai entendu, je crois comprendre qu`on reconduit le tandem Gbagbo-Banny pour un an encore. Ça va faire un an de misère de plus pour la Côte d`Ivoire. On vient de faire un an avec le même tandem et on a vu où ça nous a conduits. Les gens regardent les élections et le désarmement mais ils ne regardent pas l`Etat de la Côte d`Ivoire. Tout à l`heure, je vous ai dit que le pays n`est pas gouverné et je vous ai donné des exemples. On va continuer comme ça pendant un an encore. Dans quel état sera la Côte d`Ivoire au bout d`un an ? Vous croyez que la Côte d`Ivoire va survivre pendant longtemps ?

Il y a deux jours, M. Jean-Louis Billon faisait une conférence de presse pour expliquer la situation de l`industrie. La Côte d`Ivoire est au bord de l`étranglement. Qu`est-ce qui fait croire que quelque chose va changer avec les mêmes personnes ?

Qu`est-ce qu`on avait dit l`année dernière ? Premier ministre aux pouvoirs renforcés. Le GTI a dit, le Premier ministre peut nommer aux postes civils et militaires. On a vu pendant un an ce qui s`est passé. Qu`est ce qui vous fait croire que ça va changer ? Que pendant douze (12) mois M. Gbagbo va renoncer à contrôler l`armée, renoncer à contrôler l`argent, renoncer à contrôler…Moi, je suis désolé pour la Côte d`Ivoire, mais on va descendre encore plus bas. Notre descente aux enfers va continuer si on reconduit ce tandem. Reconduire le tandem Gbagbo-Banny, pour vous c`est conduire la Côte d`Ivoire à l`enfer. Quelles sont vos propositions pour sortir la Côte d`Ivoire de la crise ? On a travaillé en 2005 sur ce qu`on a appelé les scénarios pour la Côte d`Ivoire. Que nous sommes en train de rediffuser en ce moment-là. Pour que les Ivoiriens prennent conscience. Pour nous, ce n`est pas uniquement une affaire de désarmement et d`élection. Pour nous, c`est la Côte d`Ivoire. Et si on veut que la Côte d`Ivoire survive, et que la Côte d`Ivoire se remette débout, il faut qu`on ait le courage de faire une transition un peu plus longue qu`un an. Mais avec un organe de transition neutre. Avec un gouvernement composé de technocrates et de personnes qui ne sont pas politiquement marquées. Pendant un an ou deux, cet organe de transition et ce gouvernement doivent essayer de mettre un peu d`ordre dans le pays, c`est-à-dire faire des réformes aussi bien constitutionnelles, institutionnelles qu`économiques. Regardez le pays, on va à la dérive. Regardez l`école. Avons-nous encore une école ? Avons-nous une université ? Il faut qu`on puisse mettre de l`ordre à la Fonction publique. Qui rentre à la Fonction publique maintenant, on ne peut pas se voiler la face. L`administration que nous avons aujourd`hui et celle qu`on aura demain, savez-vous ce que c`est ? Quand pour entrer, il faut faire preuve de patriotisme plutôt que de compétence. Quand il faut payer pour entrer dans l`administration. Quelqu`un va dire qu`il ignore ça ? Donc, on se dit qu`il faut se donner le temps de faire ces réformes avant d`arriver aux élections. Si on fait les élections aujourd`hui, quiconque gagnera ne mettra pas fin à la guerre. Pour moi, c`est en ce moment que la vraie crise va commencer. Donc nous proposons qu`on se donne le temps de faire les réformes. Qu`on change la Constitution. Nous sommes pour qu`on change la Constitution parce que nous sommes convaincus qu`une partie de nos problèmes viennent de la mauvaise Constitution que nous nous sommes donnée. J`ai du mal à comprendre le fétichisme que certains sont en train de faire sur la Constitution, quand on dit, toucher à la Constitution, c`est toucher à l`âme de la Côte d`Ivoire. En 2000, Guéi Robert a suspendu la Constitution pendant dix (10) mois. La Côte d`Ivoire a fonctionné sans Constitution. Est-ce qu`on en est mort ? Pourquoi on fait comme si, en suspendant la Constitution on est en train de tuer la Côte d`Ivoire ? Qu`on arrête. Sommes-nous aussi masochistes pour ne pas comprendre que cette Constitution est en train de nous tuer ? Nous voyons très bien d`où vient notre problème. Avant la guerre, quand il y a eu le forum de réconciliation nationale, une des recommandations a été de revoir la Constitution parce que nous avions tous reconnu qu`il y avait problème au niveau de cette Constitution. Je me souviens que M. Gbagbo a dit qu`il allait organiser un séminaire à Bassam pour expliquer la Constitution. Parce que pour lui, c`était un problème de compréhension. Le problème était que fondamentalement il y avait un problème dans la Constitution. Quand M. Guéi Robert a renversé M. Bédié, qu`est-ce qu`il a dit ? Il a décidé de suspendre la Constitution parce qu`elle était mauvaise. Dix (10) mois après, il nous a remis la même Constitution et nous n`avons pas eu le réflexe de dire finalement à quoi a pu servir le coup d`Etat. Parce qu`à l`époque, on était obnubilé par une seule personne. On a oublié tout le reste. Qui a lu la Constitution ? Qui parmi les intellectuels ivoiriens a lu la Constitution de bout en bout ? On était focalisé sur un article. Le résultat, voilà où ça nous a conduits. Alors, si nous ne sommes pas un peuple idiot, je ne peux pas comprendre qu`on a un texte que nous nous sommes donné certes à 86%, mais que nous sommes 86% à nous être trompés et qu`il faut changer. Si on ne peut pas comprendre ça, on va à la dérive. Nous sommes pour qu`on change la Constitution, pour qu`on réforme les institutions, pour qu`on nettoie un peu le pays. Au propre comme au figuré. Qu`est-ce à dire ?
On ne peut pas vivre éternellement parmi les ordures. Là aussi, il y a un problème qui se pose. Il y a un problème de dysfonctionnement dans notre société pour qu`on n`arrive plus à nous débarrasser de nos ordures. Il y a un problème.

Qui va prendre la responsabilité d`initier toutes les réformes dont vous parlez ? Le chef de l`Etat ? Le Premier ministre ? Les Ivoiriens ?...

Les Ivoiriens.

Et comment ?

Il y a plusieurs manières. En 1990, quand on a voulu le multipartisme, on a fait comment ? Houphouët-Boigny ne voulait pas, mais pourquoi il a changé d`avis après ? Il y a eu pression.
La pression de la rue, notamment ?
La rue notamment. Guéi Robert avait des fusils et il s`est proclamé vainqueur des élections. Mais comment s`est-il retrouvé à Toukouzou ? Il y a eu une pression de la rue. Ça veut dire que si les Ivoiriens veulent, ils peuvent. Si les Ivoiriens veulent changer, s`ils veulent qu`on arrête de les mener en bateau, ils peuvent.
Donc vous êtes un adepte de la rue pour obtenir des résultats politiques ? C`est l`un des moyens, ce n`est pas le seul. La rue est un moyen, ce n`est pas le moyen que je privilégie. Mais oui, pourquoi pas s`il faut en arriver là. Pour moi, on peut éviter d`en arriver là si on organisait un forum, si on s`asseyait tranquillement pour discuter sereinement. Mais si on n`y arrive pas, la rue est un moyen. Sauf qu`il ne faut pas l`utiliser à tort et à travers comme eux ils le font. M. Venance Konan, et si on vous demandait de caricaturer la crise ivoirienne à quelqu`un qui n`en sait rien ?
Si vous avez nos scénarios, vous verrez comment nous l`avons caricaturée. Il y a un camion chargé de passagers, qui fonce tout droit dans un mur. Le chauffeur fonce et les passagers le regardent. Il y en a qui chantent, il y en a d`autres qui lisent leur journal et il y en a encore qui sifflotent. C`est exactement la situation de la Côte d`Ivoire. On fonce dans le mur. Si on ne saute pas du camion, si on ne freine pas, si on ne détourne pas le camion, on fonce dans le mur. Et comment voyez-vous la suite ?
Pour moi, le tandem qu`on a proposé, si on va avec ce tandem, il va entrer dans le mur. Qu`avez-vous retenu des douze (12) mois du Premier ministre Charles Konan Banny ?
Je suis un peu gêné quand je regarde le bilan de M. Banny. On dit qu`il faut donner de nouveaux pouvoirs renforcés au Premier ministre Banny. Je me souviens que dans la Résolution 1663, on a dit qu`on lui donne des pouvoirs renforcés. Au niveau des finances et autres. Et le GTI est venu préciser qu`il nomme aux emplois militaires et civils. Moi, j`aimerais comprendre. M. Banny a-t-il voulu nommer à des postes civils et militaires, et M. Gbagbo s`y est opposé ? Je n`en ai pas entendu parler. Mais comme tout n`est pas sur la place publique, je ne peux pas trop m`avancer. Mais je n`ai jamais entendu dire que M. Banny a voulu nommer quelqu`un. J`ai remarqué que M. Banny est ministre de l`Economie et des finances. Je n`ai pas vu une seule décision qu`il a prise dans le sens d`améliorer notre économie et notre finance. Notamment, on sait tous que les recettes de café et de cacao sont prises en otage par un petit noyau. Qui est en train de dilapider l`argent des paysans. Je n`ai pas vu M. Banny prendre une seule décision dans cette direction-là pour mettre de l`ordre dans cette filière. L`argent du pétrole, il y a un grand point d`interrogation. Tout le monde se pose la question de savoir où va cet argent. Apparemment, cet argent n`est pas dans le budget. Il va où ? On aimerait que M. Banny, ministre de l`Economie et des finances nous dise quelque chose à ce sujet. Je n`ai rien entendu là-dessus. M. Banny est ministre de la Communication, je n`ai pas vu la décision que M. Banny a prise pour améliorer la communication. A-t-il été empêché par M. Gbagbo ? Je n`en sais rien. J`espérais de M. Banny qu`il mette fin à l`impunité. Qu`il mette fin au désordre dans lequel nous vivons. Je n`ai pas vu de décision allant dans ce sens. Il y a eu des crimes horribles qui ont été commis. On sait plus ou moins qui les a commis. Mais, je n`ai pas vu le Premier ministre initier une action pour rechercher ces coupables. Je me souviens d`une décision prise par le GTI qui a dit que l`Assemblée nationale ne fonctionnait plus. Je me souviens que le Premier ministre a dit, dans son discours, lorsque M. Obasanjo est venu régler cette crise, que le GTI n`avait pas à dissoudre l`Assemblée nationale parce que, nous tous nous avons fait le constat que le mandat de l`Assemblée est arrivé à expiration. Alors qu`il n`y a plus d`Assemblée, il n`y a plus de Mamadou Koulibaly, président de l`Assemblée nationale. Donc il n`y a plus de raison que M. Mamadou Koulibaly fasse du chantage sur le salaire de certaines personnes. Mais il l`a fait. Je m`attendais…Je me disais que ces députés ont refusé de siéger pour entrer dans la logique de M. Banny. Et je crois que le GTI a pris cette décision pour laisser les mains libres à M. Banny. Pour ne pas que l`Assemblée nationale lui casse les pieds. Les députés, fort de cela, n`ont pas siégé. M. Koulibaly qui, a priori, n`est plus président d`une Assemblée qui n`existe plus suspend leurs salaires et M. Banny les laisse se faire humilier. Et ils sont obligés d`aller à l`Assemblée parce qu`on a fait du chantage sur leurs salaires. Ça m`a surpris d`autant plus que M. Banny est le ministre de l`Economie et des finances. Alors, j`ai eu du mal à comprendre cette attitude. C`est pareil pour les audiences foraines. J`ai cru comprendre après la réunion de Yamoussoukro avec Kofi Annan que le processus était lancé, avait l`accord de tout le monde. On commence, le FPI hurle et M. Banny fait marche arrière. J`ai eu du mal à comprendre. Alors, lorsqu`on me dit que M. Banny n`a pas eu les moyens, je me demande : n`est-ce pas lui-même qui est allé rendre les moyens qu`il a eus à M. Gbagbo ? Est-ce qu`il a vraiment voulu exercer le pouvoir qu`on lui a donné ? Je me pose la question. C`est pour cela que je suis réservé sur la reconduction du tandem.
Quelle lecture faites-vous de la prise de décision dans la crise ivoirienne qui se limite à quatre personnes. On parle des quatre grands leaders (Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Soro Guillaume, Laurent Gbagbo), et le Premier ministre ?
C`est trop réducteur, c`est pour cela que nous nous sommes réunis pour produire ce que nous avons appelé "Scénarios pour la Côte d`Ivoire". Il ne s`agit pas de quatre grands. Il faut que les Ivoiriens décident de prendre leur destin en main. J`ai parlé de la rue mais ce n`est pas le seul moyen. Qu`on trouve un moyen, soit par un forum pour nous impliquer. On ne peut pas réduire ça à quatre personnes. D`autant plus que ce sont ces autres personnes qui sont les fautives. C`est eux qui nous ont foutu dans cette situation. Et puis aujourd`hui, à quoi assiste-t-on ? C`est une course au pouvoir et point final. On assiste à une guerre de prédation. Où au nord, ils pillent ce qu`ils trouvent. Au sud, on pille tout ce qu`on trouve et on demande à ces gens-là de régler le problème. Ça va traîner pendant des années. Il faut que nous, Ivoiriens, nous société civile, on trouve les moyens pour nous faire entendre et dire on en a marre. Le Premier ministre a dit quelque chose et là-dessus, je suis d`accord avec lui. Il a dit, il faut que les Ivoiriens crient leur soif de paix. Oui, il faut qu`on le crie d`une façon ou d`une autre.
Mais les propositions de la société civile ne sont pas prises en compte par la communauté internationale qui prend les décisions
Si vous avez bien écouté le président Wade, ce qu`il propose c`est exactement notre quatrième scénario. Je ne sais pas s`il l`a lu auparavant mais c`est exactement ça. Qu`est-ce qu`il propose ? Une transition longue, un gouvernement de technocrates. C`est ce que nous disons dans notre quatrième scénario. On l`a produit depuis l`année dernière et on l`a envoyé à Thabo Mbéki, à la CEDEAO et à tous les chefs d`Etat. Quand on l`a sorti l`année dernière, tous les journaux proches du chef de l`Etat nous ont tiré dessus à boulets rouges. Mais on a distribué et je suis sûr que M. Wade en a reçu. On ne peut pas dire que la communauté internationale ne tient pas compte des propositions de la société civile. Etes-vous de ceux qui militent pour le retrait des forces impartiales, notamment la Force Licorne ?
Non. Ça c`est une ânerie du FPI. Ceux qui demandent ça ont quelque chose derrière la tête. Et je crois que la plus grosse erreur que la communauté internationale ferait, c`est de retirer ses troupes maintenant. Le pouvoir FPI pense que les Forces impartiales protègent seulement les gens du nord. Mais on sait très bien que si les Forces impartiales n`étaient pas venues s`interposer, ce n`était pas sûr qu`ils soient encore au pouvoir. Donc, ce n`est pas évident que leur départ soit à leur avantage.
Le journal dans lequel vous travaillez milite dans ce sens.
Je ne sais si c`est le journal qui milite dans ce sens ou si ce sont des journalistes qui militent dans ce sens. Il y a une nuance. Cela dit si mon journal milite dans ce sens, mon opinion n`est pas liée à celle de mon journal. Je donne mon opinion personnelle.

Est-ce que vous comprenez les Ivoiriens qui disent que "Fraternité-Matin" est devenu le porte-voix du FPI, un peu comme "Notre Voie "?
Je ne les comprends pas. Il y a plusieurs opinions qui s`expriment là-bas. Il y a des opinions qui sont assez proches de celle du FPI. Mais, il y en a qui ne sont pas proches de celle du FPI. Mon opinion par exemple, vous la connaissez. Je l`exprime dans le journal.

Pendant un an, il y a eu le tandem Gbagbo-Banny. Vous avez fait le bilan de M. Banny, mais cela fait aussi six (6) ans que M. Gbagbo est à la tête de ce pays. Quel bilan faites-vous de sa gestion ?
Le bilan c`est ce que nous voyons. Un pays coupé en deux. Une économie plonge, un pays sans loi où chacun fait ce qu`il veut. Où les militaires font ce qu`ils veulent, les étudiants font ce qu`ils veulent. Bref, un pays qui n`est plus gouverné. C`est ça le bilan de M. Gbagbo. Très souvent quand on discute avec certains de ses proches, ils disent c`est à cause de la guerre. Mais une des responsabilités d`un gouvernant, c`est d`empêcher la guerre. Quand on arrive au pouvoir, on a une armée, on a une police. On vous donne tous les moyens pour protéger les Ivoiriens et le pays. Houphouët-Boigny a régné pendant trente (30) ans, mais il n`y a pas eu de guerre. Vous croyez qu`il n`avait pas d`ennemi ? Non. Il avait des conflits avec Sékou Touré et N`krumah. Vous croyez qu`il n`y avait pas des gens qui avaient envie de venir s`installer de force ? Il y en avait. Ils n`ont pas pu parce que Houphouët-Boigny a pris des dispositions. Il faut avoir une armée mais il y a aussi des relations que tu tisses autour de toi. M. Mamadou Koulibaly, président de l`Assemblée nationale avait dit une fois que Houphouët-Boigny avait soustrait la protection de la Côte d`Ivoire aux français, aux voisins. Mais oui. Quand vous payez un gardien c`est pourquoi ? Vous payez votre sécurité. Celui que vous mettez devant votre porte pour votre sécurité, vous le payez. Si Houphouët-Boigny entretenait de bonnes relations, même s`il donnait de l`argent à certains pays voisins, c`est pour avoir la sécurité. La preuve, pendant trente ans, il n`y a pas eu de guerre. Or, quand le FPI est arrivé et Gbagbo l`a dit, que dans son programme il avait oublié de parler de la défense. C`est grave. Je me souviens très bien qu`une fois le chef de l`Etat a dit : celui qui s`amuse à attaquer la Côte d`Ivoire aura une pluie de feu sur sa tête. Je me souviens très bien que Boga Doudou avait dit que ceux qui sont au Burkina, on sait à quel feu ils s`arrêtent. On sait dans quel boîte ils s`en vont. Vous savez tout ça et puis vous n`avez pas vu les armes venir jusqu`aux portes de M. Boga Doudou. Et c`est maintenant qu`on veut accuser la France. Soyons sérieux. Je dis à ce niveau là que M. Gbagbo a péché. Il a failli. Et le résultat, c`est des milliers d`Ivoiriens qui sont obligés de quitter leur maison, leur village. C`est des milliers d`emplois qu`on a perdus et qu`on continue de perdre. C`est ça le bilan de M. Gbagbo. C`est les ordures qu`on a dans les rues d`Abidjan. C`est les déchets toxiques. C`est l`école qui est pourrie, c`est l`administration qui est pourrie. Il n`y a plus un seul concours dans ce pays qu`on peut passer sans payer de l`argent. C`est ça le bilan de M. Gbagbo.

Ne pensez-vous pas qu`il devrait tirer les conséquences de tout cela et avoir le courage politique de démissionner ?
Il devrait le faire, mais il ne l`a pas fait comme on le constate. Au contraire, il se bat bec et ongle pour contrôler son pouvoir. Mais à mon avis, oui. Les Ivoiriens auraient pu lui demander des comptes sur la guerre. J`ai du mal à comprendre qu`on crée deux ou trois commissions d`enquête pour les déchets toxiques. C`est grave. On renvoie deux ministres, on suspend des directeurs généraux, on fait des auditions publiques, en direct à la télévision. Ce n`est pas aussi grave que la guerre. Et on n`a même pas cherché à savoir quels sont les responsables dans cette affaire. Il y avait quand même cinq camps militaires à Bouaké. Il y avait des camps militaires à Korhogo. Ils étaient combien ceux qui ont attaqué ces deux villes. D`après ce que j`ai appris, ils étaient moins de cent. Comment se fait-il que cent personnes prennent une ville comme Bouaké avec cinq camps militaires. Ce n`est pas possible. Il y a des questions qu`on doit se poser. Souvenez-vous qu`un ministre avait dit à l`époque qu`ils voulaient acheter des armes mais ces collègues se battaient pour avoir des commissions.

M. Lida Kouassi ?
Si vous lisez la presse, vous verrez. Je ne cite pas de nom. Nous sommes quand même un peuple extraordinaire. On devrait leur demander des comptes. Le chef de l`Etat a la responsabilité de l`intégrité territoriale. On s`accroche à la Constitution. Mais la Constitution dit aussi que le chef de l`Etat veille au respect de la Constitution et est garant de l`intégrité territoriale. Voilà quatre ans que le pays est coupé en deux. On parle du respect intégral de la Constitution. Mais qu`on nous dise si la Constitution est respectée au-delà de Tiébissou. Ça aussi qu`on nous le dise. Il est le garant de la Constitution sur tout le territoire ivoirien. Qu`on nous dise si à l`ouest, la Constitution est respectée. Cette Constitution à laquelle on s`accroche, si on ne peut pas la faire respecter au-delà de Tiébissou, il faut démissionner.

Autant on peut appeler à la démission de Laurent Gbagbo, autant certains Ivoiriens ne comprennent pas cette façon mystique des rebelles de s`accrocher aux armes. Pourquoi ne poseraient-ils pas un acte fort en désarmant ?
J`ai dit que cette guerre est une guerre de prédation. On pille au nord et on pille au sud. Il n`y a rien d`autre. C`est vrai qu`il y avait un certain nombre de choses qui n`allaient pas. Le problème d`identification, le problème des droits de l`homme. Ils s`en sont servis pour faire un coup d`Etat. Parce qu`il n`y avait pas d`Etat. La police était plus préoccupée à racketter qu`à veiller sur la sécurité. Ils ont tenté une première fois dans la nuit du 7 au 8 janvier 2001, le fameux complot de la Mercedes noire. Et cette fois-ci, ils ont réussi à occuper une partie du territoire qu`ils sont en train de piller. Il n`y a rien d`autre. Il n`y a pas d`idéal derrière cette rébellion. Qu`on ne se fasse pas d`illusion. C`est une bande de petits voyous qui est en train de piller le pays. C`est un pays qui est en train d`être pillé aussi bien au sud qu`au nord.

Interview réalisée par
André Silver Konan et
Jules Claver Aka


DECLARATION DU MINISTERE FRANCAIS DES AFFAIRES ETRANGERES SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE IVOIRIENNE

Jeudi 12 Octobre 2006

Déclaration du ministère français des Affaires étrangères
Paris réaffirme la pertinence de la 1633 comme seul cadre juridique de la Transition

Le Patriote No. 2112 du Jeudi 12 Octobre 2006
Q : Après la réunion de la CEDEAO, il y a eu des recommandations qui n'ont pas été rendues publiques de la part de la CEDEAO concernant la situation politique en Côte d'Ivoire. Ces recommandations prévoiraient notamment que le président Gbagbo et le Premier ministre, Charles Konan Banny, soient maintenus encore pendant un an. Avez-vous des commentaires ?

R : « Nous avons effectivement appris dans la presse que la CEDEAO a transmis à l'Union africaine des recommandations qui prévoient la prolongation du mandat du président Gbagbo jusqu'à l'organisation d'élections. Elles prévoient également le renforcement des pouvoirs du Premier ministre, qui pourrait agir par ordonnances pour la mise en oeuvre de la Feuille de route et, également, la restructuration des forces armées et le démantèlement des milices.
Si cela se confirme, nous constatons que ces recommandations reprennent pour l'essentiel les recommandations du dernier GTI qui, dans son communiqué, a clairement énoncé la position de la communauté internationale.
En ce qui concerne la prolongation du mandat du président, plus qu'une question de durée, il s'agit selon nous de surmonter les blocages identifiés par le dernier GTI et, en particulier, les deux blocages que sont le désaccord sur les listes électorales et la suspension du désarmement.
Enfin, nous notons que le sommet a réaffirmé trois principes qui sont importants à nos yeux : la pertinence de la résolution 1633 comme seul cadre juridique de la transition, la reconnaissance des forces impartiales et, enfin, l'appel au Conseil de sécurité pour la mise en oeuvre de sanctions individuelles.
Voilà ce que nous retenons de ce sommet de la CEDEAO, sachant qu'il va y avoir d'autres échéances, puisque nous attendons une réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine et qu'ensuite le dossier devrait revenir au Conseil de sécurité un peu plus tard dans le courant du mois d'octobre. »


INTERVIEW DE M.PIERRE SCHORI REPRESENTANT DU SECRETAIRE GENERAL DE L'ONU SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE

Jeudi 12 Octobre 2006

M. Pierre Schori : "Les ivoiriens ont montré leur incapacité à résoudre la crise"

ONUCI FM : Peut- on dire que le sommet de la CEDEAO est de nature à réactiver véritablement le processus de paix en Côte d’Ivoire ?

PS : Ce sommet là et celui qui va venir après à Addis-Abeba et puis à New York montre que le débat sur l’avenir de la Côte d’Ivoire est un peu sorti du pays suite à l’incapacité des Ivoiriens eux-mêmes de résoudre le conflit. Cela a aussi été rappelé dans le communiqué d’Abuja dans son paragraphe 7, on reconnaît que la persistance de la crise ivoirienne est porteuse de graves menaces pour la paix et la sécurité de la région, c’est çà dire que les dirigeants de la CEDEAO y sont impliqués en voisins, tout comme leurs homologues africains en général.

ONUCI FM : Le communiqué final met au centre la résolution 1633 qui a montré ses limites en termes d’application sur le terrain et on dit que c’est la même résolution qui demeure le cadre. Y a- t-il des améliorations qui pourraient être apportées ?

P S : La résolution en elle-même n’est pas mauvaise mais il y a des ambiguïtés et des clartés, ce qui a donné comme résultat que certains ont interprété la résolution d’une façon ou d’une autre et donc il faut clarifier.

ONUCI FM : En écoutant le Président de la CEDEAO, il faut trouver une solution innovante. Est-ce qu’on peut s’attendre à ce qu’Addis apporte véritablement quelque chose ?

PS: Oui ! C’est que nous espérons. J’ai entendu même plusieurs présidents dire à Abuja, « j’ai honte d’être africain parce que nous n’avons pas pu résoudre la crise du Darfour et celle de la Côte d’Ivoire ». C’est une honte que nous partageons tous.

ONUCI FM : Alors M. Schori, il y a eu ce qu’on pourrait appeler une fuite venue du Libéria disant que le Chef de l’Etat [Laurent Gbagbo] pourrait après le 31 octobre, être reconduit pour un an avec le même tandem.

P.S : Je ne connais pas l’origine de cela mais je sais que les recommandations envoyées à Addis sont beaucoup plus complètes que cela. Et la base de la discussion de New York le 20 septembre et d’Abuja a été la 1633 et les recommandations du GTI du 08 septembre. Le GTI avait fait une analyse des causes et des blocages politiques. Il avait aussi fait des recommandations à la communauté internationale, comment en sortir et il faut aussi le souligner, tous les Chefs d’Etats présents à Abuja, y compris le Chef d’Etat ivoirien Laurent Gbagbo, ont exprimé leur satisfaction face au travail du GTI. Ils ont manifesté leur soutien aux forces de l’ONUCI ainsi qu’aux forces françaises. Cela veut dire rejeter certaines déclarations violentes contre ces institutions que je viens de nommer.

ONUCI FM : C’est l’occasion n’est ce pas de vous demander, ce que sera l’ONUCI après le 31 octobre.

P.S : L’ONUCI après le 31 octobre restera là bien sûr. On a un engagement solide et pas de court terme avec les populations ivoiriennes et nous voulons continuer à apporter notre soutien. On contribue déjà à alléger le fardeau des populations par la réhabilitation des structures scolaires, économiques et sanitaires et le redéploiement de l’Administration. Cela va continuer ainsi que la contribution solidaire de la communauté internationale, des agences des Nations Unies, mais il faut aussi dire qu’après cela la situation sera examinée à la loupe parce qu’on ne veut pas que la contribution des payeurs d’impôts internationaux, qui se manifestent par une solidarité avec les populations de Côte d’Ivoire, soit gaspillée.

ONUCI FM : Est-ce que vous avez envisagé par rapport à l’après 31 octobre en termes de normes sécuritaires, ce qui peut arriver ?

P.S: Oui ! Bien sûr nous sommes là premièrement pour séparer les ex- belligérants, et ça été très réussi, nous sommes là aussi pour les populations civiles en détresse sous menace. Nous sommes bien préparés et nous n’allons pas permettre que des menaces contre des ressortissants de la CEDEAO ici dans ce pays, soient vraiment appliquées. Nous allons vraiment empêcher cela. Mais avant tout, il faut que cette sorte de terrorisme verbal finisse parce que c’est inouï, je n’ai jamais entendu parler pendant toute ma carrière internationale, cela fait maintenant près de 40 ans, de telles menaces, sauf dans certains pays qui sont maintenant dans l’histoire. Ça aussi a été condamné à Abuja.

ONUCI FM : nous allons parler de tout autre chose. Quel sens donnez-vous aux patrouilles mixtes ONUCI-MINUL aujourd’hui ?

P.S : Ca c’est très important parce qu’il y a un accord d’abord entre les chefs d’Etats. Mme Ellen Johnson Sirleaf est venue ici lors de sa première visite à l’extérieur en tant que Présidente du Libéria. Les deux chefs d’Etats se sont mis d’accord qu’il faut augmenter la coopération transfrontalière pour empêcher le trafic de drogue, d’armes et de milices et nous du côté onusien, nous faisons aussi cela et, cette semaine justement, on a recommencé les patrouilles mixtes ave la MINUL pour stabiliser la frontière. Elle est très longue cette frontière et bien sûr nous avons besoin davantage de ressources militaires et matérielles pour faire un très bon travail mais maintenant on a commencé à renforcer ce travail.


REACTIONS DU PORTE-PAROLE DU RHDP A L'INTERVIEW DE M.SORO GUILLAUME SECRETAIRE GENERAL DES FORCES NOUVELLES SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE IVOIRIENNE

Jeudi 12 Octobre 2006

André Silver Konan
(Le Nouveau Réveil)
A travers l'interview accordée par Guillaume Soro secrétaire général des FN à notre envoyé spécial à Abuja, celui-ci a dit ceci : " Vous n'avez pas le détail des recommandations mais nous nous les avons. Il n'y a pas eu globalement de rupture comme les Forces nouvelles l'ont souhaité, c'est-à-dire un nouveau cadre institutionnel, d'autant plus que le chef de l'Etat demeure encore chef de l'Etat pour une période d'un an, le Premier ministre Banny demeure à son poste. En fait c'est le tandem qui est reconduit "

M. le porte-parole, quelle est votre lecture de cette déclaration de Guillaume Soro ?

Je vous l'ai dit, mais je pense le repréciser. Le RHDP est le rassemblement de partis politiques légalement constitués. Après Marcoussis, comme vous le saviez, nous étions un G10 qui s'est effrité et qui, aujourd'hui, se réduit en une forme de G7 avec les quatre partis légalement constitués et les trois formations de l'ex-rébellion. La lecture que les trois formations au sein du FN ont , n'est pas forcement celle des partis politiques légalement constitués. Nous nous rencontrons sur les points essentiels. En cela, nous parlons au nom du G7. Pétris que nous sommes au RHDP de la culture de Félix Houphouët-Boigny, nous nous disons chaque fois et cela en bon St Thomas que n'étant pas dans le secret des dieux, il faudrait que nous attendions de voir ces propositions qui sont, d'après ce que la presse nous en dit, sous scellé. Si certains ont pris connaissance de cela et le commentent, acceptez que je ne puisse en dire quoi ce soit dès lors que je n'ai pas dans la main ce document et les assertions qui viennent d'être faites. Je n'ai pas à la vérité de commentaire particulier à faire sur ceux qui disent être au courant et moi qui suis totalement ignorant de ce qui s'est passé.

Et si ces conclusions dont parle M. Guillaume Soro existaient réellement, quelle serait votre réaction ?
Et si les conclusions étaient que Gbagbo n'est plus chef de l'Etat et que la constitution est suspendue ?
Je n'en sais rien. Alors je ne fais pas de commentaire. Je souhaiterais que cela soit.

Bandama Jean Jaurès
(Le Front)
M. le porte-parole, je pense que mon confrère a été clair mais je crois que vous ne comprenez pas la question. Il dit que le secrétaire général a accordé une interview dans laquelle il dit que les conclusions d'Abuja mentionnent clairement que Laurent Gbagbo doit être reconduit pour un mandat d'un an encore. Si c'est le cas, que va faire le RHDP ? Deuxièmement, que répondez-vous à ceux qui estiment que le RHDP n'a pas de stratégie pour reconquérir le pouvoir ? Enfin, M. le porte-parole, le 30 octobre 2005, les jeunes du RHDP avaient organisé un meeting au Parc des sports à Treichville. Lequel meeting devrait déboucher sur une marche sur le palais présidentiel pour chasser le chef de l'Etat. Au dernier ressort, les responsables du RHDP que vous êtes, vous auriez appelé pour demander à vos jeunes de surseoir à cette marche. La suite, on la connaît. Est-ce que vous pouvez nous confirmer ici que le 30 Octobre 2006 ne sera pas conforme au 30 octobre 2005 ?
Malgré votre interprétation, je n'ai pas encore compris la question de votre confrère, votre prédécesseur, parce que je pense y avoir répondu. Je reviens pour dire que les forces nouvelles disent ce qu'elles savent. Nous, au RHDP, on ne sait pas. Et vous voulez que je commente. Vous me demandez si ce qu'elles disent c'est vrai, qu'est ce que nous allons faire nous RHDP. Mais attendons que je sache.
Laissez-moi vous expliquer que Abuja c'est-à-dire la CEDEAO ne prend pas de décision. Avant la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, il y a deux étapes essentielles. La 1633 procède d'une réunion d'Abuja. C'est Abuja d'abord qui a eu à faire des propositions. Lesquelles propositions sont ensuite allées à l'Union Africaine (UA). Et l'UA, malgré son conseil de paix et de sécurité qui n'est pas une instance de décision mais bien au contraire une instance de proposition, ne regarde que ce que nos voisins, la sous région, notre commune communauté (la Cedeao) pensent qu'il faudrait faire pour que la Côte d'Ivoire sorte de la crise. C'est en ce moment là que l'UA, par le biais de son conseil de paix et de sécurité, formule des recommandations au conseil de sécurité des Nation-Unies. C'est là que se prennent des décisions. Alors, lorsqu'on me dit, Gbagbo va rester au pouvoir pendant un an, proposition sans doute, recommandation peut être, mais pas de décision. Ne me demandez pas ce que je vais faire, puisque je ne sais pas encore ce que va dire l'UA, après avoir tamisé tout ce qu'il lui viendra d'Abuja. Je ne sais pas ce que New York va dire le 26 octobre en terme de décision ; et en ce moment là, oui, le RHDP peut dire ce qu'il fera.

André Silver Konan
(Le Nouveau Réveil)
A quatre jours seulement du 30 octobre M. le porte-parole ?
Mais bien sûr. Est-ce que vous savez qu'une stratégie, ça se battit à la veille des combats ? Ça fait quatre ans que nous sommes d'une certaine manière sur le pied de guerre. Et que les stratégies s'élaborent en fonction de l'évolution des choses et du temps. C'est le président de la commission stratégique qui vous parle. Rassurez-vous, les stratégies à ce niveau là et en ce moment-là ne se dévoilent pas en public.

NDLR : revenant aux derniers volets de la question de Bandama.
Je m'excuse mais vous savez que les fantasmes sont permis. C'est vous qui dites que le 30 octobre 2005, nous avons dit qu'après le meeting, il fallait que les jeunes sortent pour aller chasser Gbagbo. On n'a jamais dit cela. Mais dans votre fantasme, votre désir, votre subconscient, vous souhaitez que Gbagbo parte. Mais marchez, regroupez les journalistes. On a tué Jean Hélène. Vous êtes restés au salon pour dire que c'est grave. On a tué, on fait disparaître Kieffer. Un journal est aujourd'hui devant le tribunal. Est ce qu'on vous entend assez ? Ne vous adossez pas aux partis politiques en disant qu'ils n'ont pas de stratégies. Vous, vous faites quoi ? C'est pourquoi je suis totalement partisan d'une idée qui a été émise dernièrement par le premier ministre. On en est arrivé aujourd'hui à ce que les Ivoiriens disent qu'ils en ont assez. En ce moment-là, vous serez à nos côtés.

Djè K M (Le Nouveau Réveil)
Les jeunes du RHDP ont décidé de marcher le 31 octobre 2006 pour chasser Gbagbo. Le RHDP est donc sur ce principe. Je voudrais, M. le porte-parole, si par extraordinaire, les jeunes parvenaient à chasser Gbagbo le 31 octobre, que va faire le RHDP. Ira-t-il prendre le pouvoir et avec quel leader ?
Politique fiction (applaudissement général dans la salle)
Vous savez, et je suis sûr que vous avez une connaissance historique des situations de crise. Nous sommes nombreux sur le terrain, nous sommes même très nombreux sur le terrain. Il y a ceux qu'on voit qui, parce que partis politiques de manière démocratique, claire et ouverte, oeuvrent pour qu'on sorte de cette crise. Mais beaucoup d'éléments existent. Vous avez vu la cascade de coups d'Etat depuis 2000 à 2003. Est-ce que, une seule fois, vous avez entendu dire que le RHDP était partie prenante à ces pseudo-coups d'Etat ?
Ça veut dire qu'il y a beaucoup de paramètres variables dans cette affaire. Oui, et ce, depuis 2005, nous avons affirmé, de façon franche, que tant que le chef de l'Etat Laurent Gbagbo sera au pouvoir, il nous sera difficile de résoudre cette crise. Nous avons souhaité, depuis Octobre et même avant la prise de la résolution 1633, qu'il fallait, et nous le pensons encore aujourd'hui, qu'il faut l'écarter pour que nous puissions sereinement aller à la paix.
Vous avez dit que les jeunes vont sortir le 31 Octobre 2006, que le principe est acquis au niveau du RHDP et de son directoire pour que les jeunes sortent pour aller chasser Gbagbo. Je vous laisse l'entière responsabilité de cette déclaration. Lorsque le RHDP va dire à ses jeunes de sortir pour aller chasser Gbagbo, nous le dirons publiquement. Laissez-nous donc peaufiner notre stratégie et vous verrez ce que vous verrez. Car nous pensons que ce que nous allons faire, c'est effectivement, pour enfin arrêter les souffrances de nos populations, et reconstruire cette Côte d'Ivoire qui est complètement balafrée, défigurée, et nous allons le faire. Soyez-en rassurés. En même temps, je réitère ce que je viens de dire. Le RHDP, oui. Les partis politiques certainement. Le moment est venu pour que le peuble, le vrai soit à nos côtés pour dire "basta".

Joseph Abouo (AIP)
M. le vice-président, vous venez de dire que le RHDP veut prendre le pouvoir pour sortir les Ivoiriens de la souffrance. Alors que vous vous êtes alliés à une rébellion armée. Est-ce à dire que prendre les armes ce n'est pas déjà faire souffrir les Ivoiriens ? Quand ce pouvoir sera pris où allez, vous mener les Ivoiriens ?
Je vais dire à mon cher frère que c'est à Marcoussis, en janvier 2003 que les partis qui constituent le RHDP ont rencontré les ex-rebelles. Mais je vous rappelle, cher frère, qu'en octobre-novembre, sur un mois, c'est le clan présidentiel avec comme délégation M. Laurent Dona Fologo appuyé de M. Gui Dibo et certains ministres du pays, c'est-à-dire l'Etat de Côte d'Ivoire qui est parti rencontrer à Lomé ceux que vous appelez les rebelles. Mais Lomé a accouché d'un accord. Qui a signé ces accords ? L'Etat de Côte d'Ivoire et les rebelles. Ils se sont donc alliés, aux rebelles. Nous étions en octobre-novembre. Nous allons à Marcoussis avec beaucoup d'alliés. On était G10. Les 4 groupes dont je vous ai parlé, les 3 formations des ex-rebelles avec mes regrets le FPI, le PIT et l'UDCY. Quand nous revenions de Marcoussis, nous étions G10. Cette alliance-là, à mon avis, était bonne. Elle était saine parce que nous avons pensé à 10. Nous ayant parlé en Ivoiriens, ayant identifié les problèmes, ayant trouvé les voies de solution de sortie de crise. Oui, nous étions tous alliés. L'alliance s'est effilochée. Je ne reviendrai pas sur l'histoire. Le premier à être absent, comme cela est la pratique pour les responsables du FPI, suivez mon regard, des présidents d'institutions viennent une fois tous les cinq (5) ans à l'Assemblée. Comme c'est leur habitude, le FPI a disparu de nos rencontres. On est devenu G9, en alliance avec les ex-rebelles. Puis le PIT est parti pour des broutilles. On devait écrire un communiqué au niveau du G9 où on disait qu'avec les évènements de la RTI, M. Soro Guillaume a échappé à un attentat. On a dit non mettez dans votre communiqué que c'est une agression caractérisée. Parce qu'on a dit tentative d'assassinat, le PIT est parti ; on est devenu G8, en alliance avec les rebelles. L'UDCY est partie pour une raison très simple. On a envoyé, nous G8, un document aux Forces nouvelles et au chef de l'Etat pour dire pardon, la Côte d'Ivoire souffre. L'UDCY dit non, on peut écrire aux Forces nouvelles mais pas au chef de l'Etat. On dit non, c'est les deux belligérants. Pour cela, comme on a écrit au chef de l'Etat, ils sont partis. Et ils sont là où vous savez. Donc on est devenu G7. Mais si vous suivez l'activité en Côte d'Ivoire, nous avons une tonne de documents, de communiqués de conférence de presse où c'est le RHDP qui parle. Et nous avons des documents où effectivement c'est le G7 qui parle. De 10, nous en sommes à 7. Si vous, vous concluez que nous avons une alliance avec les ex-rebelles armés, je répète qu'en octobre-novembre, l'Etat de Côte d'Ivoire a signé un papier. Le président Eyadema est venu ici pour que nous entérinions ce papier. Et au nom de l'UDPCI, c'est moi qui l'ai signé. Et j'ai découvert ce que vous appelez des alliés. Or ils avaient des alliances déjà avant.

Joseph Ahoua (AIP)
Je ne suis pas satisfait. Et je reprécise ma question. Selon vous le RHDP veut prendre le pouvoir pour faire sortir les Ivoiriens de la souffrance. Entre-temps le RHDP comporte en son sein la rébellion armée. Est-ce que prendre des armes ce n'est pas déjà faire souffrir les Ivoiriens ?


Je vais dire à mon frère qu'il y a beaucoup de confusions dans son esprit. On va ouvrir les fenêtres pour que l'air traverse votre esprit. (Ndlr : débat houleux entre le journaliste et le conférencier). Je voudrais revenir pour dire que je ne vous insulte pas (Joseph Ahoua) et je ne saurais vous insulter. Dans mon exposé liminaire, j'avais dit que j'espérais qu'on allait se parler. Hélas, avec vous, on ne peut pas se parler. Donc vous n'allez rien écouter, vous n'allez rien comprendre. Alors je préfère arrêter là. (Echange houleux entre les journalistes et le conférencier).

Eddy Péhé
(Le Nouveau Réveil)
M. le porte-parole, je voudrais recentrer le débat. Le président du PDCI-RDA, le Président Bédié dans le dernier Bureau politique disait : " Nous ne pourrons plus faire quelque chose pour arrêter ceux qui prendraient des initiatives. Parlant des exaspérations qui gagnaient les militants. Quelle est votre compréhension de cette phrase ?
Je commencerai par dire que tout parti politique responsable, travaille avec des mots d'ordre qui viennent de sa direction. Mais ces mots d'ordre et l'analyse qui est faite au niveau de la direction d'un parti proviennent de tout ce que la base ressent, la base dit. Lorsque le Président Bédié a eu à dire cela, en parti responsable, en président responsable avec une direction de parti responsable, avec la situation qui prévalait en Côte d'Ivoire, il ne fallait pas en ajouter et cela ne fait qu'honorer le PDCI-RDA et son président qui n'ont jamais voulu que la Côte d'Ivoire soit dans la chienlit. Les choses évoluant, la base demandant qu'il faille faire plus, je pense que c'est tout à fait normal qu'il dise que nous ne serons plus maître de ce que cette base va dire. C'est le sens de ce qu'il a eu à dire. Mais une base, ce n'est pas un torrent qui dévale d'une montagne. Une base, ça s'encadre. Et même quand le torrent est violent on peut lui trouver des canaux. Etant entendu que l'objectif du torrent qui dévale de la montagne on le connaît. Et si c'est l'objectif du parti et de la direction, oui tout en le canalisant, on peut laisser le torrent dévaler la colline.

Kisselman Coulibaly
(Soir Info)
Ma question a trait à Abuja. Vous disiez tout à l'heure que vous vous réjouissez du communiqué final d'Abuja. J'aimerais savoir quels sont les points qui fondent votre satisfaction
Je pense qu'il est bon que je vous ramène dans le processus qui doit aboutir à une résolution le 26 octobre à New York. Première étape du processus, c'est que les chefs d'Etat de notre sous-région, de notre commune communauté qui, nous le pensons, par rapport à des pays qui sont plus loin de nous, sont plus au fait de la situation de la Côte d'Ivoire, essaient d'analyser le parcours que nous avons fait depuis quatre ans, voient les blocages, les faiblesses dans tous les accords qui ont été conclus et qu'ils proposent à nouveau puisque nous ne sommes pas encore sortis de la crise. Ils proposent à l'Union africaine et à son Conseil de paix et de sécurité certaines voies de sortie. C'est ce que Abuja a fait et je répète que Abuja n'est pas une instance de décision. Abuja est un peu l'observatoire de la sous-région qui peut donner des informations pertinentes, faire des propositions idoines à la grande organisation qui nous est commune c'est-à-dire l'Union africaine, et Abuja a fait ce travail. Et dans ce travail qui a été fait, et dans le communiqué qui a été produit. Et bien nous sommes satisfaits de constater premièrement que Abuja a endossé le communiqué de la 10ème réunion du Groupe de travail international. Le GTI a été félicité. Je vous signale par ailleurs que nous étions déjà d'accord avec le communiqué du GTI. Donc si Abuja dit qu'ils ont bien travaillé, permettez-nous de nous en réjouir. La deuxième chose, alors que nous entendons ce que nous entendons : plus de forces françaises en Côte d'Ivoire, plus de force Licorne, plus de forces impartiales, on souhaiterait la constitution d'une force africaine pour remplacer tout cela. Abuja dit, nous nous félicitons du travail qui a été fait par la force Licorne et par les forces impartiales et nous demandons qu'elles restent. Permettez-nous de nous en réjouir puisque c'est notre analyse et notre vision. Troisièmement enfin, Abuja dit, toujours dans le communiqué qui a douze points, je vous en ai cité trois, dit qu'il félicite et remercie le Premier ministre pour tout le travail qui a été fait. Mais, c'est notre position, c'est notre thèse, alors donc nous nous en réjouissons. Si ayant ramassé tout cela avec le communiqué du GTI, avec le constat qui a été fait avec les chefs d'Etat au niveau de la CEDEAO, c'est l'ensemble de tout cela qui parvient à l'UA. Nous espérons que l'UA, elle non plus n'est pas une instance de décision, fera des recommandations pertinentes au Conseil de sécurité qui prendra la prochaine résolution. C'est-à-dire qu'après Abuja, et c'est ma conclusion, nous sommes satisfaits.

André Silver Konan
(Le Nouveau Réveil)
J'aimerais faire remarquer que, ici, on avait invité les quatre partis du RHDP ; j'aimerais vous faire remarquer que quand le Secrétaire général adjoint du PDCI était invité la fois dernière, il y avait un peu plus de monde et on a l'impression qu'on va au RHDP comme si on allait à une réunion de famille. Je veux dire qu'on traîne les pas, à priori on s'en fiche. On pense que les autres feront le travail. Vous n'avez pas cette impression, monsieur le porte-parole ?
Je ne vais pas jeter la pierre au Directeur général. Un coup de fil n'invitant, ma réponse tout de suite positive, des communiqués dans votre journal où j'apprends que cinq membres des quatre partis du RHDP doivent être invités. Excusez-moi, mais dans ma petite tête, je me suis dit que les invitations partiraient de votre journal aux responsables des partis. Mais moi, fort d'être Secrétaire général d'un parti, j'ai tout de suite, informé, vous remarquez, j'ai dit à mes gars, je suis invité donc soyez prêts. J'ai donc pensé que la même chose était faite. Vous avez peut-être raison de dire qu'on semble traîner les pas. Non, on ne traîne pas les pas. Ce que je dis ici en tant que porte-parole, je le dis et ça engage le RHDP. Pour n'avoir pas pu déployer nos jambes et être ici, il y a eu beaucoup, beaucoup de coups de fils entre hier nuit et aujourd'hui. Ceux que vous ne voyez pas, sont quand même là parce que j'ai leur caution.

Joël Abalo
(Le Nouveau Réveil)
Les Ivoiriens et singulièrement vos militants sont nombreux à se demander à quoi sert la structure des Houphouétistes. Mort du Général Guéi, assassinat de Da Silva à Grand-Bassam lors des audiences foraines, massacre de vos militants en mars 2004, aujourd'hui les déchets toxiques qui endeuillent les familles ivoiriennes. On se demande, qu'est-ce que vous faites en dehors des déclarations ?
Vous voyez bien dans le chapelet des évènements graves, inadmissibles dans un Etat de droit, dans le chapelet de violations extrêmement graves des droits de l'hommes, tous les points que vous avez soulignés indiquent justement qu'il faut que nous nous débarrassions le plus tôt possible de ces déchets politiques. Un assassinat, notre président, je parle là en tant que Secrétaire général de l'UDPCI, je pense que vous en savez la trame. Qu'est-ce qu'on fait ? Nous avons porté plainte à tous les niveaux. Et jusqu'au niveau international. Et nous attendons que ces enquêtes-là aboutissent parce qu'il faudrait que la vérité se sache. Pour nous, ce problème est trop douloureux pour qu’on l'évoque. Mais, vous êtes dans ce pays et vous avez vu que dans mon exposé liminaire, j'ai dit qu'on en est arrivé à détruire le tissu culturel de ce pays. Dire que Guéi doit reposer dans sa terre natale, vous avez vu les vagues que cela a soulevé. Il n'y a plus de repère dans ce pays. Tout va à vau-l'eau. Et on se bat pour cela. Vous avez parlé des évènements de mars. Mars, c'était pour quoi ? C'était pour dire que nous voulons qu'on applique les accords de Linas Marcoussis. 120 morts, selon les Nations unies. Mais nous, nous avons dénombré au moins 500 morts et des disparus dans un pays qui se dit de droit. L'impunité la plus totale parce qu'on sait qui a tué. On sait qui a demandé de tuer. Reprenez les journaux de cette époque là où 48 heures avant, M. Affi N'guesan, président du FPI, a eu à dire, on les empêchera même d'être dans la rue, il n'y aura personne dans la rue. Effectivement, on est parti nous prendre dans nos cases, dans nos maisons et on nous a assassinés. Voilà la Côte d'Ivoire telle que gérée par la refondation. Nous disons que nous sommes contre. Là, aussi, nous avons porté plainte.

André Silver Konan
(Le Nouveau Réveil)
Où en sont les résultats des enquêtes ?
Salif N'diaye. Concernant le président Guéi, nous avons depuis plus de 4 ans, porté plainte. Mais vous savez qu'à l'heure où je vous parle, vous avez une enquête nationale conduite par le parlement de Côte d'Ivoire. Auprès de qui nous avons également porté plainte. Les résultats et là vous serez étonnés, la commission sur les assassinats du 19 septembre 2002 a commencé au niveau du parlement avant la commission d'enquête sur les évènements des 04, 05 et 06 novembre. Cette commission d'enquête présidée par M. Appiah a les moyens pour faire son enquête. La commission sur les assassinats de septembre 2002 présidée par le député Yves Fofana n'a pas les moyens pour faire son enquête. Pour vous répondre, la commission internationale en relation avec cette commission d'enquête nationale attend de réunir tous les éléments avant de porter l'affaire au niveau de tribunal pénal international. Voilà où nous en sommes. Je vous ai dit, vous avez égrainé un certain nombre de faits. C'est une kyrielle d'inconséquences, d'incongruités, d'incompétences, d'incurie, de la part de ceux qui nous gouvernent. Chaque jour que Dieu fait, il y a des problèmes nouveaux. "Je n'irai pas à New York", deux jours après, on est à Ouagadougou. "Plus de négociation". On est à Abuja, on dit, j'ai gagné là-bas puisque je suis allé parler. Incongruités. Le RHDP et les partis Houphouétistes veulent prendre le pouvoir pour qu'enfin la Côte d'Ivoire soit respectée. Entre nous, est-ce qu'on est respecté ? C'est de tout cela qu'au RHDP, nous parlons. C'est pour tout cela que nous rassemblons nos énergies pour que le plus tôt soit le mieux. Je crois que le rédacteur en chef a eu à parler de l'école. Où se trouve votre école ? Dans mon exposé liminaire, j'ai dit qu'elle est assassinée. Vous savez le pouvoir parallèle qui gère l'école. Et dans quelle condition ? Et demain, nous Ivoiriens qui sommes souvent oubliés de l'histoire, lorsque dans 10, 20 ans dans le cadre de la mondialisation, avec la reprise, je l'espère, des investissements, avec le redémarrage de l'économie, lorsque dans 10, 15 ans, des sociétés qui viendront investir chez nous prendront des directeurs généraux, des collaborateurs tchadiens, congolais, maliens, sénégalais, nous serons les premiers à dire, ils sont venus prendre nos places. Parce qu'on n'aura pas formé des ingénieurs, des cadres. C'est une épée de Damoclès que nous avons sur la tête dans 15, 20 ans. Vous allez voir. On sera dans notre pays par des investissements étrangers, mais gérés par ceux qui ont la compétence. C'est un autre drame, c'est un déchet toxique terrible qui est en latence. On veut prendre le pouvoir. Vous avez vu notre plate-forme de mai 2005. Nous sommes Houphouétistes. Nous avons des choses en commun. Parce que nous sommes des démocrates, nous avons dit que s'il y a des élections présidentielles, que chaque parti, membre du RHDP, puisse se présenter. Et comme nous sommes persuadés que les trois premiers qui vont arriver sont les trois candidats du RHDP, parce qu'avec 18%, je ne sais pas comment ils vont faire. Ils voulaient faire avec l'INS pour avoir 40%. On dit, on ne veut pas de l'INS. Il n'y aura pas de magouille dans cette affaire. Il y a la CEI qui va établir les listings électoraux, faire l'identification. Elle sera la seule structure qui, en amont et en aval, gérera. Tout le monde est présent à la CEI. Donc, nous faisons beaucoup plus confiance. Voilà ce que nous sommes en train de faire. On veut prendre le pouvoir pour la renaissance de la Côte d'Ivoire.



Ferdinand Yao (Le Patriote)
Merci beaucoup, Monsieur le porte-parole. Vous avez dit que jusqu'à présent, vous n'avez pas encore dévoilé vos stratégies de prise de pouvoir. Mais, quand on écoute tous les meetings qui sont animés par les différents responsables des partis politiques, membres du RHDP, les mots qui reviennent sont : il faut chasser Gbagbo du pouvoir par tous les moyens. Le mot chasser, ils sont explicites là-dessus. Est-ce que ce n'est pas à une insurrection que les membres du RHDP appellent leurs militants ? Est-ce que vous ne pensez pas que la Côte d'Ivoire a assez souffert des insurrections ? Faut-il en rajouter une autre à ce qu'on vit depuis 4 ans ? Est-ce que vous ne pensez pas qu'il est temps d'arrêter d'ajouter encore du sang à ce qui a été déjà versé. Je vous remercie.

Bandama Jean Jaurès
(Le Front)
Oui, M. le porte-parole, la semaine dernière, j'étais au village. En venant, les villageois m'ont chargé d'une mission. Ils m'ont dit, si tu vas à une conférence de presse du RHDP, il faut dire au conférencier que nous sommes fatigués. Si eux, ils ne peuvent pas chasser Gbagbo du pouvoir, qu'ils se taisent. Alors, que répondez-vous à cette préoccupation ?
Je suis sûr qu'ils ont ajouté…Vous avez rendu compte, mais vous avez oublié un aspect de leur préoccupation : si eux, ils ne peuvent pas le chasser, ils n'ont qu'à se taire, nous, on va le faire. Il fallait ajouter ça. Et ça, c'est la base qui parle. Je commencerai par vous dire, oui c'est vrai. Je vous ai dit tout à l'heure qu'un parti responsable, quand même, peut prévenir les choses. Quelqu'un a dit, est-ce que dire qu'on va chasser Gbagbo, ce n'est pas une insurrection ? Soyons clairs, je vous répète ceci depuis un an, nous avons dit que pour résoudre cette crise, il faut que Gbagbo parte. Je vous ai dit que nous sommes dans la constance. Nous regardons ceux qui sont venus nous aider et qui, petit à petit, sont en train de comprendre. En tout état de cause, et ça je peux le dire, nous sommes convaincus que M. Gbagbo Laurent à la tête de ce pays, nous ne sortirons pas de cette crise. Maintenant, les mots d'ordre. Vous êtes certainement militant d'un parti. Lorsqu'on va à un meeting, la même chose, c'est selon, se dit de différentes formes. Moi, responsable politique devant vous, je dis, je suis convaincu que tant que M. Laurent Gbagbo sera à la tête de ce pays, on ne peut pas résoudre le problème. L'interprétation de ma part, c'est de dire, bon mais chassons-le. Lorsque je suis allé à un meeting et que je dis qu'il faut qu'il parte. Mais chassons-le. Maintenant, quand vous dites, est-ce que ce n'est pas l'appel à l'insurrection, soyons justes. Soyons justes. Dans ce pays-là, nous sommes des partis politiques. Le FPI est un parti politique. Lorsqu'ils viennent par tous les moyens empêcher les audiences foraines, est-ce que c'est de l'insurrection ? N'est-ce pas de l'insubordination ? N'est-ce pas de la défiance vis-à-vis de l'Etat. Qui il est pour mobiliser par exemple les Forces de défense et de sécurité pour mater l'opposition ? C'est en Côte d'Ivoire qu'on voit ça. Un parti qui est responsable et nos Forces de défense et de sécurité qui vont et qui ont l'outrecuidance de nous dire, pardon, ne mettez pas vos gens dehors parce qu'on va les taper. Les Forces de défense et de sécurité, voilà les anomalies de la Côte d'Ivoire. Alors, insurrection ? Oui, peut-être. Nous avons jusqu'à présent laissé la rue à ceux qui pensent qu'ils peuvent gérer ce pays de par la rue. Nous avons dit…un de mes frères a dit, ils descendent à midi, à midi deux, nous aussi on est avec eux. Maintenant, si on dit que c'est de l'insurrection, on assume. Si c'est de l'insurrection ça, on assume. Il faut que ce soit clair. La rue, la rue nous gouverne depuis 5 ans. Entre nous, le PDCI fait de grands meetings, le RDR fait de nombreux et immenses meetings. L'UDPCI fait des meetings, le MFA fait des meetings. Je vous pose la question, vous journalistes, trouvez dans vos annales un grand meeting du FPI ? Celui qui anime dans les stades et qui est actionné par le FPI nous dit, ah non, moi je ne suis pas membre du FPI. Je n'ai pas ma carte du FPI. Entre nous, depuis 2000, 2002, c'est la rue qui fait les meetings du FPI. Alors, on sera avec eux désormais. Voilà ce que nous sommes en train de faire en plus de nos déclarations.

Eddy Péhé
(Le Nouveau Réveil)
Le RHDP est d'accord pour suivre le FPI dans la rue, le RHDP est pour que Gbagbo s'en aille pour que tout aille. Quand ? Et comment ?
Première réponse quand. Nous sommes aujourd'hui le 9, cela prend fin le 21 octobre. La Résolution 1633 dit ceci : le mandat prend fin le 21 octobre. Addis-Abeba, ce sera le 17 octobre, on connaîtra donc trois (3) à quatre (4) jours de flottement puisque l'arrêt sur les résolutions n'étant pas pris pour proroger ou pour abroger, on connaîtra donc 4 jours de flottement entre le 17 et le 21 octobre. Quand ? C'est après le 21 octobre. Les chimistes disent mouvements browniens, il n'y a plus de loi, il n'y plus d'Etat, il n'y a rien. A partir du 21 octobre, tout sera mélangé. C'est l'équilibre final que nous allons avoir. On ne sait véritablement pas. Mais les chimistes disent qu'après les mouvements browniens, il y a un équilibre.

André Silver Konan
(Le Nouveau Réveil)
Les journalistes semblent ne pas croire à tout ce que vous dites parce qu’avant le 30 octobre 2005, il y avait le même mouvement brownien, vous avez beaucoup parlé, les jeunes ont beaucoup parlé, et même au meeting qui s'est déroulé au parc des Sports, il y a eu des intervenants pour dire, allons au palais présidentiel, et donc les Ivoiriens ne croient pas à ce que vous dites.
Honnêtement, le 30 octobre au meeting, il n'était pas question de sortir du parc des Sports. Mais, comme l'a dit l'un d'entre vous, "vous dites, que Gbagbo parte…" Les jeunes, eux, ont pensé qu'à la faveur de ce mouvement là, ils pouvaient sortir et demander à Gbagbo de partir du pouvoir. Mais, c'est là aussi que se mesure la responsabilité de ceux qui sont dans les partis politiques. J'ai la plus grande admiration pour Karamoko Yayoro, Blé Guirao, KKB. Parce que gérer une foule, ce n'est pas simple. Et en tant que responsables, alors qu'ils n'avaient pas le mot d'ordre de faire sortir ce peuple de jeunes pour aller en vue d'atteindre un objectif précis, ils ont pu gérer la foule. Lorsque vous êtes dans un stade et que vous entendez ces choses qui constituent des épiphénomènes, à la limite on peut se demander si ces mots d'ordre ne viennent pas de personnes qui ont infiltré le groupe. Parce que ce n'était pas le mot d'ordre des responsables. Vous imaginez que dans cette foule, des gens disent, sortons, et ils sortent. Nous avons vu que curieusement au niveau du pont Félix Houphouët-Boigny, les chars étaient déjà en position. Les présidents des jeunes ont été d'une responsabilité sublime en ayant pu canaliser cela. A la guerre comme à la guerre, on peut le faire. Peut être que c'est maintenant que le moment est venu. Je ne sais rien. Mais ce 30 octobre 2005 ce n'était pas l'objectif que nous avons visé. Pour nous, il s'agissait de montrer dans une enceinte close où se trouvait la majorité. Contrairement à cette majorité qu'on nous montrait dans les rues puisque à nous, on nous avait interdit de manifester dans la rue. Je ne serais pas surpris que dans les 48 heures, même les missions dans les enceintes closes soient supprimées. Je n'en serai pas surpris. Maintenant que nous sommes dehors, nous serons dehors.

André Silver Konan
(Le Nouveau Réveil)
Les Ivoiriens n'ont pas compris le fait que les partis politiques de l'opposition n'aient pas suffisamment exploité le scandale des déchets toxiques pour faire partir Gbagbo du pouvoir. Parce que selon leur analyse, en son temps, à l'opposition, Gbagbo en aurait fait son affaire propre et aurait obtenu le départ des autorités du pouvoir, la démission du gouvernement. Faites-vous la même lecture que ces Ivoiriens ?
Ils ont raison, sauf qu'il faudrait apporter un petit bémol à leur analyse et à leur lecture. Très honnêtement, le RHDP n'est pas de la même culture politique que le FPI et ses partis satellitaires. Ce que ces gens disent, ils ont raison. Vous voulez que ce régime parte, voilà une situation en or. Mais vous avez ajouté qu'il fallait exploiter pour les faire partir. Nous au RHDP, nous nous sommes posés la question de savoir, est-ce que c'était le moment ? On n'avait même pas une idée que ce serait 80.000 personnes qui seraient intoxiqués et qu'il aurait une dizaine de morts et qu'on ne sait même pas quelles seraient les séquelles de cette intoxication. Est-ce que pour une ambition politique, il était responsable de dire aux gens, sortez. L'objectif, ce n'est pas "protégez nous contre les déchets toxiques" ? Ce n'était pas factuel, ce n'était pas l'objectif immédiat. Nous, partis politiques, si nous avions pris cette décision là, c'était de dire, chassez les. On a effectivement connu cela depuis 1985 de la part de l'opposition d'alors. C'est exploiter tous les menus problèmes avec pour objectif, chasser le PDCI-RDA du pouvoir. Tout y est passé et vous le savez. Je ne reviendrai pas sur cette histoire douloureuse de la Côte d'Ivoire. Même aux enfants, on avait dit "Houphouët voleur". Mais vous connaissez les nouveaux riches d'aujourd'hui. Ils volent plus que l'ancien régime. En moins de 5 ans, on sait ce qui se passe. On aurait pu faire sortir les enfants pour dire qu'ils volent plus que le PDCI. Nous voulons construire la Côte d'Ivoire, nous le voulons par des arguments logiques. Cela fait que beaucoup qui manquent de patience disent "Mais ils ne font rien". Oui c'est vrai, mais c'est la petite goutte d'eau qui tombe qui perce la roche la plus dure. On en est loin entre 2006 et 2001. Deux mille un (2001) avec la terreur on ne parlait pas, avec les escadrons de la mort on ne parlait pas. Après 2002, la terreur s'est encore abattue. Qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'on ne fait pas ? Aujourd'hui si en Côte d'Ivoire, par petites touches on en est arrivé à révéler la nature exacte de ce régime fasciste. Cela veut dire que les choses ont un peu bougé et ce, grâce à l'action des partis politiques du RHDP. Houphouët-Boigny disait que la seule école dans sa vie qu'il n'a pas pu construire, c'est l'école de patience. Il est vrai que tout le monde est exaspéré. Il est vrai aussi que tout le monde en a ras-le-bol. C'est ce que nous allons exploiter mais pas sur du factuel. Les déchets toxiques, c'est l'enrichissement illicite, c'est les placements mafieux d'argent et vous le savez, c'est le blanchiment d'argent. Les déchets toxiques, c'est nos gouvernants qui sont des déchets. Et il faudrait que nous nous en débarrassions. Mais là, nous n'aurons pas besoin d'avoir des usines de traitement ailleurs en Hollande, en France…On traitera ces déchets là ici en demandant à tous ceux qui sont conscients, qui sont en train d'être intoxiqués politiquement, culturellement, économiquement, mais justement il y a nous. Il faut dire Basta !



De Bouaffo
(Le Nouveau Réveil)
M. le conférencier, je fais un constat, dans le scandale des déchets toxiques, le ministre Anaky Kobena, membre du RHDP, a été copieusement battu. On a constaté une réaction timide du RHDP. N'avez-vous pas l'impression que le RHDP roule uniquement pour le PDCI, RDR et à un degré moindre pour l'UDPCI ?
Rappelez-vous et lisez un peu le calendrier des responsables politiques du RHDP à cette époque. Toute la haute direction du PDCI-RDA, du RDR allait préparer la réunion du 20 septembre à New York. Je dis bien toute la haute direction allait préparer cela. Le directoire a pris un temps d'arrêt parce que celui qui devrait être intérimaire, c'est parce que moi-même j'étais en mission justement pour le compte de la CEDEAO à Banjul depuis le 06 et je ne suis rentré à Abidjan qu'aux alentours du 20. Voilà pourquoi, il y a eu une forme de temps de latence. Cela n'a pas empêché tous les responsables de manifester leur solidarité à Anaky et dès que je suis rentré, une haute délégation est partie lui exprimer notre soutien. Non, au niveau du RHDP, il n'y a pas deux (2) locomotives et des wagons. Le RHDP est ce train curieux qui ne comporte même pas de wagon. C'est une locomotive et il y a quatre (4) mécaniciens dedans.

Yves Abiet (Nouveau Réveil)
Dans l'un des nombreux meetings, certains responsables du FPI ont déclaré que c'est parce que les Ivoiriens ou alors certains Ivoiriens n'ont pas pu les avoir par les armes qu'ils ont exporté ces déchets toxiques. Quelles sont vos analyses là-dessus ? La deuxième question, le ministre Guikahué, à cette même table, avait dit que les coupables des déchets toxiques méritaient la cour d'assises. Entre 20 même 40 ans. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
Voyez-vous, nous décrions et nous sommes contre, mais totalement contre, philosophiquement contre, politiquement contre la manière dont nous sommes gérés. Les méthodes qui nous sont appliquées, n'ayons pas peur du mot, sont des méthodes fascistes. L'intoxication, la désintoxication, je vais vous donner simplement deux (2) petits exemples. Le GTI s'étant réuni à sa 9ème session constate la fin du mandat de l'Assemblée nationale. Qu'est-ce qu'on n'a pas entendu ici ? On a même vu des rixes à l'ONUCI, etc. Le GTI dit que l'Assemblée nationale est suspendue, il n'avait pas le droit. Est-ce que c'est ce qu'ils ont dit ? Pour lui, le mandat est fini. Ils sont même allés plus loin pour dire que le chef de l'Etat et le Premier ministre, si nécessaire et en concertation, peuvent confier des missions à cette assemblée. Mais on a eu des morts. Parce que tout de suite, on est allé crier partout que le GTI a décidé de dissoudre l'Assemblée nationale. Intoxication, désinformation, volonté de créer des troubles inutiles sur de fausses bases. On a dit que Abuja devrait suspendre la Constitution. Je vous ai expliqué que Abuja n'est pas une instance de décision. On a dit que Abuja allait dire que Gbagbo n'est plus chef de l'Etat. Abuja n'est pas une instance de décision. Alors depuis avant-hier, vous entendez déjà, l'intoxication s'est développée. On a gagné, ils ont gagné sur qui ? Ils ont gagné sur qui ? Il est encore là. Mamadou Koulibaly est un peu fin. Il dit qu'après le 21 octobre, Gbagbo restera Gbagbo. Mais c'est vrai. Le 21 octobre, Alassane N'diaye sera Alassane N'diaye. Mais est-ce qu'il sera secrétaire général. Est-ce qu'il sera vice-président ou porte-parole du RHDP ? Je n'en sais rien. Mais le 21, je serai moi, si Dieu le veut. C'est subtil. Mamadou Koulibaly n'a pas dit qu'après le 21 octobre, Gbagbo restera chef de l'Etat ou restera président de la République. Il dit le 21 octobre, Gbagbo restera Gbagbo mais c'est vrai. Son épouse s'appellera Simone, le 21 octobre. Nous, ça nous réjouit. Alors, je voudrais vous dire que c'est franchement des méthodes qu'on connaît. Ces méthodes-là ont existé, mais ont-elles prospéré ? Hitler était pire que ça. C'était Hail Hitler. Chez nous ici on dit donne-moi ton gbô. Beaucoup de similitudes. Mussolini avait ses chemises noires. Nous ici on a des tee-shirts noirs. Ils avaient leurs milices. On a nos milices. C'est la terreur à tous les coins de rue. On l'a dit. Mais où sont les Mussolini, où sont les Hitler, où sont les Staline, Idi Amin Dada ? Ces choses, ça prospère pendant un moment. Nous sommes peut-être en voie de la disparition de ce système qu'on ne peut plus tolérer. Et vos différentes interrogations me l'indiquent. Les uns disent mais qu'est-ce que vous faites parce que, parce que… Oui, ça va finir. Mais tout cela ne procède que de l'intoxication, de la désinformation parfois même de la terreur. Sûrement de la terreur. Aujourd'hui, nous avons décidé de répondre. Voilà un peu ce que je voudrais vous dire. Pour les déchets toxiques, je l'ai dit tout à l'heure. Ce qui frappe effectivement, c'est que des gens meurent. Mais est-ce que ce n'est pas mourir que de ne pas aller à l’école, de n'avoir pas de soin de santé ? Est-ce que ce n'est pas mourir que de n'avoir pas un toit ? Cela ne peut être réglé que par le politique. Nous sommes dans des déchets toxiques avec toutes les sous structures qui gèrent notre café cacao. C'est des déchets ça. Des gens qui brassent des milliards et des milliards. Ce sont des déchets. Je pense aussi que ce sont des déchets de savoir que nous ne contrôlons pratiquement ou alors très peu notre filière pétrole. C'est nos deux (02) amis qui sont nos actionnaires actuels. Je parle de l'Angola et de l'Afrique du sud et suivez mon regard. C'est grave. Le Probo Koala est un pétrolier qui a accosté au quai pétrolier de la Côte d'Ivoire, la Petroci. Ça aussi il faut qu'on creuse pour savoir d'où viennent les déchets. Alors vraiment curieusement en Côte d'Ivoire, on place de l'argent dans cette crise. On place. Et nous découvrons dans la presse que ce sont des milliards. C'est ce qu'on appelle le blanchiment d'argent. Ils ont trop pompé. Et ce sont des procureurs qui sont accusés dans cette affaire. Non. Il faut que la Côte d'Ivoire sorte de la marmelade, il faut que la Côte d'Ivoire sorte de la marmelade, de cette fange, je veux dire de la boue.

Bandaman J. Jaurès (Le Front)
En ce qui concerne les déchets toxiques, il y a des personnes qui ont été suspendues. MM. Gossio, Gnamien, Amondji. Certains estiment que ces sanctions n'étaient pas appropriées et qu'il fallait qu'on aille au-delà. Qu'on devrait purement et simplement limoger ces trois personnalités de leur fonction. Est-ce que vous êtes d'avis avec ces ivoiriens-là ? Relativement à cette affaire, le chef de l'Etat Laurent Gbagbo a solennellement demandé au nom de l'Etat, pardon. Etes-vous d'accord pour ce pardon ?

Ferdinand Yao (Le Patriote)
Le RHDP a dénoncé le mode opératoire de cette démission par le fait que Premier ministre ait rendu sa démission. Ce qui veut dire que vous ne vous reconnaissiez pas en cette opération et que pour vous le gouvernement qui était valable, c'est le précédent. Lorsque le second gouvernement a été formé avec le départ d'un poids lourd du RHDP, le président du MFA, vous êtes entré dans ce gouvernement. Est-ce vous pensez avoir été conséquent avec vous-même ?

Romaric N. Foua (24 Heures)
Je reviens un peu sur la bastonnade du ministre des Transports Anaky Kobena. Vous avez dit que vous étiez préoccupé à la préparation de la réunion formelle de New-York et que c'est pour cela que le RHDP n'a pas eu une réaction vraiment formelle. Je reviens pour demander pour avoir frappé un membre aussi important du RHDP, la situation ne nécessitait pas un acte politiquement fort qu'une simple visite informelle de soutien.

Faustin Yao K. (Notre Voie)
Relativement au 9ème communiqué du GTI sur l'Assemblée nationale, vous avez dit que le GTI a constaté la fin du mandat de l'Assemblée nationale et il a suffi que certaines parties fassent de la désinformation en disant que le GTI aurait dissous l'Assemblée nationale. Je voudrais rappeler que dans le même communiqué du GTI, ils ont dit que le mandat n'a pas à être renouvelé. Alors, on constate la fin d'un mandat et on dit qu’il n'a pas à être renouvelé et on va plus loin pour dire que ces députés vont se voir confier d'autres missions par le président de la République en concertation avec le Premier ministre. Veuillez-nous éclairer.
Après concertation, après désignation d'un Premier ministre, la 1633 indiquait clairement que c'est après concertation avec les partis signataires qu'un gouvernement devrait être mis en place. Ce qui fut fait. Le Premier ministre répond sur la base de la 1633 devant la communauté internationale qui l'a nommé. Je vous rappelle qu'à la dernière concertation où se trouvaient Thabo Mbeki, Obasanjo et Tandja, quand Banny a été nommé Premier ministre, il a été demandé au chef de l'Etat de publier la décision de la communauté internationale dans notre journal officiel. C'est la communauté internationale qui l'avait nommé. Face à la situation, avouez que nous étions surpris de voir le Premier ministre aller rendre sa démission non point à ses mandataires, mais à celui avec qui il était en tandem. Qui lui-même avait son mandat terminé et qui de par la bonne grâce de la communauté internationale le mettait là comme chef de l'Etat. Nous avons trouvé cela pas tout à fait bien. Et notre réaction a été celle que vous avez évoquée, lorsque je pense, dans moins de 24 heures, que le Premier ministre lui-même a reconnu avoir fait une erreur. Il a dit que dans sa volonté vraiment d'aller à l'essentiel et au regard des évènements que nous vivions, il a pensé à la démission et il l'a fait. Mais il l'a reconnu. Reprenez ses discours. Et il a reconnu qu'il s'en tenait à la mise en œuvre de la 1633. Dès lors qu'il revenait dans le sillon qui est le sien c'est-à-dire appliquer la 1633, nous n'avons pas vu d'inconvénients à participer à ce gouvernement. Voilà un peu la raison quand il a eu à dire qu'il regrettait la forme par laquelle il avait demandé au chef de l'Etat qu'il démissionne et qu'il revient à la 1633. Là aussi, c'est notre culture politique au PDCI, au RDR, au MFA et à l'UDPCI. Ne pas durcir les problèmes pour les durcir. Nous avons pensé donc pouvoir participer à ce gouvernement. Concernant l'Assemblée nationale, je reviens. Oui, à la 9ème session, le GTI avait clairement indiqué que le mandat était terminé. Je pense que vous-même, vous avez constaté que le mandat est terminé. Voici une Assemblée dont je pense que la première fonction est de voter le budget de l'Etat et qui ne peut plus être inscrit dans leur ordre du jour. Vous savez le cinéma qu'on a fait en créant des groupes parlementaires fantoches qui n'ont vécu que l'espace de quelques semaines. L'Assemblée est là, vous avez vu qu'après avoir crié pourquoi est-ce que les députés sont envoyés en mission de paix à l'intérieur sans qu'eux n'aient été consultés, ils s'en sont réjouis. Ils se réjouissent de penser que le Premier ministre a pris un de leur membre dans la commission d'enquête pour le Probo Koala. Ils sont là. Ils s'auto convainquent qu'ils sont là. Peut-être qu'on leur laisse quelques libertés dans leur réunion, etc. Sinon la vérité est si cette Assemblée nationale existe dans ses prérogatives et dans ce qu'on attend d'elle. Non, on ne le pense pas. Et ne nous gêne pas à l'heure d'aujourd'hui parce qu'ils n'ont aucune prise sur le cours des évènements en Côte d'Ivoire. Le chef de l'Etat Gbagbo, le sachant, a eu à dire dans une déclaration qu'ils se sont attaqués à l'Assemblée qu'ils ont détruite et maintenant ils s'attaquent à la présidence. Puisque lui aussi est conscient que cette Assemblée nationale, elle est là. Mais elle sert du décorum. Et on s'en accommode. Concernant le pardon…C'est toujours bon de demander pardon. En Afrique, quand on demande pardon, c'est bien. Mais je voudrais là aussi jeter à votre sagacité, à votre analyse…Si vous avez des relations avec Amondji Pierre, Gossio, avec le directeur général de la douane, posez-leur la question simple suivante : " depuis qu'ils sont à leur poste, qui est leur patron ?" Est-ce que c'est leur ministère de tutelle ou est-ce que c'est quelqu'un d'autre ? Posez simplement la question et vous allez établir un certain nombre de responsabilités. Moi je sais que le ministère du Transport, à ses réunions de cabinet, lorsqu'il convoque le directeur général du Port, il dit qu'il n'a rien à voir avec le ministre et que lui il traite directement avec Dieu le père. Même Dieu le père aussi peut fauter. Un grand Ecrivain Français a dit quand le bras a failli, l'on punit la tête. Gossio est le bras, la tête, on le connaît. C'est pourquoi, le pardon est bien venu. Sinon, vous allez vous rendre compte dans le temps où se trouve la tête. Limogeage. Il faut des sanctions exemplaires, parce que ce qui s'est passé est abominable, c'est criminel, qu'on ait, pour des subsides, anhililé la vie des milliers et des milliers d'Ivoiriens, parce qu'entre-temps, on l'a agrandi, on dit 17 milliards. C'est criminel. Il ne s'agit pas seulement que de les limoger, il faudrait que les sanctions qui vont venir soient exemplaires. Je suis d'accord avec quelqu'un qui a dit que cela vaut 40 ans.. Parce que c'est mercantile, c'est tristement pour des problèmes de petits sous qu'on a pensé. Et puis c'est révélateur, ce sont des déchets pétroliers. A un moment donné, nous étions nous aussi touchés par la grippe aviaire. Il y a beaucoup de poulets qui sont entrés en Côte d'Ivoire. C'est cela. Les produits pharmaceutiques par terre sont en train d'intoxiquer mais il faudrait voir les circuits par lesquels toutes ces choses entrent dans notre pays. Je veux dire que l'affaire du Probo Koala est révélatrice de la porosité de l'Etat et ma position à moi est la suivante. Normalement dans un pays où des gens ont un petit esprit de responsabilité, ont un petit sens de l'honneur, lorsque pareille situation arrive, je crois qu'il leur revenait en premier, eux-mêmes de dire, on démissionne pour laisser la liberté à la justice de faire son travail. Le sens de l'honneur, le sens de la responsabilité, on les a perdus. On n'a plus de repère. Au contraire, chaque jour que Dieu fait, ce sont des gens qui disent nous on n'est rien. Irres-pon-sa-bi-li-té. Ils vont jusqu'à se renier. Ce qui était bon de faire en son temps, c'était que tous ceux dont le nom était apparu dans ce scandale-là devraient démissionner pour que la vérité éclate. Tout le brouillard qu'on est en train de tisser, toutes les déclarations, des dits, des non dits, des preuves, des nons preuves, etc. C'est pour brouiller les pistes et que nous retombions dans l'impunité comme cela se passe depuis 5 ans ici. Un, je suis d'abord avec ce qu'a proposé mon frère Guikahué.
Deuxièmement, je pense que limoger est simple. Il faut qu'ils soient sanctionnés. Le pardon, il est accepté quoi qu'intervenu un peu tard. Peut-être qu'on aura droit à d'autres pardons, lorsque les sanctions et la vérité s'imposeront. Concernant notre réaction après le drame de Anaky, je voudrais dire que le PDCI a fait une déclaration là-dessus, que l'UDPCI a fait une déclaration, que le RDR a fait une déclaration. Je vous ai déjà expliqué que la première fois, les déclarations ont été, selon vous, molles du fait de l'absence des ¾ des membres du directoire. Parce qu'il faut que vous le sachez, le directoire comprend 26 personnes en raison de cinq personnes par parti politique. Au PDCI, quatre des cinq du directoire sont à New York. Il est réduit à une personne. Au RDR, le ministre Amadou Soumahoro et pratiquement tous les responsables du RDR, membres du directoire étaient à New York. Et moi-même, j'étais absent. Les quatre membres de l'UDPCI étaient-là. Au directoire, on veut toujours faire sérieux. Il nous est arrivé d'annuler une réunion parce qu'on avait une représentation du 1/3 des 2/3. C'est tout cela qui a fait que vous n'avez pas vu une réaction prompte du RHDP. (…) Mais vous savez que la lutte politique est longue. (…) Encore une fois de plus, je réitère mes remerciements au "Nouveau Réveil". A toute son équipe dirigeante de m'avoir permis dans un temps relativement court, de vous apporter quelques éclairages sur l'analyse que nous faisons de la situation de crise. Je voudrais, lorsque vous partirez de cette rencontre, retenir peut-être trois choses.
Premièrement, que notre rassemblement a pour vertus cardinales, le dialogue entre les frères et les sœurs de Côte d'Ivoire.
Deuxièmement, que nous sommes aux antipodes des thèses de violence.
Mais troisièmement enfin, nous pensons que pour notre pays, si on nous y oblige, eh bien, nous sommes prêts à verser notre sang. Merci de nous avoir écouté, d'avoir dialogué quelque peu avec nous. Mais oui, le sacrifice aussi, c'est un peu cela. On ne peut pas continuer à accepter que les choses s'en aillent telles qu'elles vont. On ne peut vraiment pas accepter que notre pays, si respecté, soit devenu la poubelle du monde. Merci.

Propos retranscrits par Diarrassouba Sory,
Dieusmonde Tadé, Djè KM, Jean Prisca,
Joël Abalo, Jules Claver Aka, Liah Ignace,
Paterne Ougueye Yves, Paul Koffi et Yves M. Abiet
Photos : Olga Ottro et Patricia Ziahé


PROCESSUS DE PAIX EN COTE D'IVOIRE / PROPOSITIONS DU PRESIDENT DU RDR DR ALASSANE DRAMANE OUATTARA

Jeudi 12 Octobre 2006

Dans un mémorandum parvenu à notre rédaction hier, le président du Rassemblement des républicains (RDR), Alassane Ouattara égrène ses solutions pour une sortie de crise. Dans ce texte qui renferme "les causes du blocage" et ses "propositions concrètes", Ado dépose dans la corbeille de l’Union africaine (dont le Conseil de paix et de sécurité se réunit le 17 octobre sur la crise ivoirienne) une feuille de route "réaliste". Voici son schéma de sortie de crise.

(…) II Les propositions concrètes de sortie de crise

II.1 Poursuivre les audiences foraines conformement à l’accord de la réunion du 05 juillet 2006 de Yamoussoukro Compte tenu des enjeux, nous estimons que la meilleure approche consisterait à privilégier le pragmatisme et à renoncer à tout fétichisme de la loi.
Le principe qui préside à l’organisation des audiences foraines est celui de la proximité. Cette solution a le mérite d’éviter des aller et retour des populations venant des villages et campements ou de les maintenir à leurs frais dans la localité où se tient l’audience foraine, si les deux
opérations étaient découplées (délivrance de jugements supplétifs et de certificats de nationalité). Aussi, les audiences foraines doivent être poursuivies conformément d’une part au communiqué de la réunion de haut niveau tenue à Yamoussoukro le 5 juillet 2006 et présidée par Son Excellence M. Kofi Annan, Secrétaire Général de l’ONU et d’autre part à la procédure consensuelle décidée le 15 Juillet 2006 par les parties signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis, procédure qui indique clairement la délivrance gratuite de jugements supplétifs et de certificats de nationalité in situ à tous ceux qui y ont droit, à l’occasion de l’opération d’audiences foraines. Cet accord a été validé par le Groupe de Travail International lors de sa 9ème réunion
ministérielle le 20 Juillet 2006. Dans le cadre d’exécution des opérations d’identification, il importe donc de délivrer les certificats de nationalité à l’occasion des audiences foraines, de reconstituer les registres d’état civil
détruits et de prendre en compte les Ivoiriens de l’étranger. Ces différentes opérations permettront à l’équipe projet en charge de l’exécution des opérations d’identification, d’établir un fichier brut exhaustif qui ne nécessite aucun croisement avec un ou des fichiers existants qui font l’objet de contestation. Ce nouveau fichier devra être transmis tel quel à la Commission Nationale de Supervision de l’Identification et à la Commission Electorale Indépendante pour vérification et validation Il n’est nullement judicieux de dissocier la délivrance des certificats de nationalité de
l’établissement des jugements supplétifs à l’occasion des audiences foraines. L’accepter c’est condamner tout le processus d’identification, ces documents
étant indispensables pour la délivrance des cartes nationales d’identité, c’est également renvoyer aux calendes grecques la tenue des élections.

II.2 Suspendre la Constitution (pour éliminer la confusion entretenue) élaborer un nouveau texte Il est désormais établi que le maintien de la Constitution représente une menace sérieuse à l’application des accords et au respect des Résolutions de l’ONU. Il faut prendre la décision courageuse de suspendre la Constitution, en raison de
la confusion savamment entretenue et des pouvoirs
exorbitants que la loi fondamentale confère au Chef de
l’Etat, alors que son mandat est arrivé à expiration.
Car, il n’est pas sain que le Chef de l’Etat, candidat aux prochaines élections présidentielles, qui ne jouit d’aucune légitimité, continue de se prévaloir de la Constitution pour confisquer le pouvoir et bénéficier d’un traitement de faveur par rapport aux autres prétendants à la magistrature suprême. Un nouveau texte élaboré avec le concours du Conseil de paix et de sécurité de l’UA et du Conseil de Sécurité de l’ONU tiendra lieu d’Acte Constitutionnel qui définira les nouvelles Institutions de transition
et les nouvelles règles de jeu. Aussi la nouvelle Résolution de l’ONU devra être plus explicite, en indiquant que les articles ci- dessous de la Constitution sont suspendus :

Art. 34. Le Président de la République est le Chef de l`État. Il incarne l`unité nationale. Il veille au respect de la Constitution. Il assure la continuité de l`État. Il est le garant de l`indépendance nationale, de l`intégrité du territoire, du respect des engagements internationaux.

Art. 41. Le Président de la République est détenteur exclusif du pouvoir exécutif. Il nomme le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, qui est responsable devant lui. Il met fin à ses
fonctions. Le Premier Ministre anime et coordonne l`action
gouvernementale. Sur proposition du Premier Ministre, le Président de la République nomme les autres membres du Gouvernement
et détermine leurs attributions. Il met fin à leurs fonctions dans les mêmes conditions.

Art. 46. Le Président de la République est le chef de l`administration. Il nomme aux emplois civils et militaires.

Art. 47. Le Président de la République est le Chef suprême des Armées. Il préside le Conseil supérieur de la Défense.

Art. 48. Lorsque les Institutions de la République, l`indépendance de la Nation, l`intégrité de son territoire ou l`exécution de ses engagements
internationaux sont menacées d`une manière grave et
immédiate, et que le fonctionnement régulier des
pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le
Président de la République prend les mesures
exceptionnelles exigées par ces circonstances après
consultation obligatoire du Président de l`Assemblée
nationale et de celui du Conseil constitutionnel.
Il en informe la Nation par message. L`Assemblée nationale se réunit de plein droit.

Art. 49. Le Président de la République a le droit de faire grâce.

Art. 50. Le Président de la République détermine et conduit la politique de la Nation.

Art. 51. Le Président de la République préside le Conseil des ministres.

Le Conseil des ministres délibère obligatoirement :
- Des décisions déterminant la politique générale de
l`État; - Des projets de lois, d`ordonnances et des décrets
réglementaires; - Des nominations aux emplois supérieurs de l`État,
dont la liste est établie par la loi.

Art. 104. Le Président de la République est le garant
de l`indépendance de la magistrature. Il préside le
Conseil supérieur de la Magistrature.

II.3 Mise à l’écart de Monsieur Laurent Gbagbo ou mise en place d’un nouveau mécanisme de sortie de crise (Conseil présidentiel et gouvernement)

Le pouvoir exécutif devra être réparti entre un
Conseil Présidentiel et le Gouvernement présidé par le
Premier Ministre.

Le Conseil Présidentiel

Pour tenir compte des blocages répétitifs du processus
de paix par les pouvoirs que s’est toujours arrogés le
Chef de l’Etat, et pour mettre les principaux
candidats éventuels à égalité vis-à-vis des électeurs,
nous préconisons la mise en place d’un Conseil
Présidentiel regroupant Messieurs les Présidents
Alassane Dramane OUATTARA, Henri KONAN BEDIE, Laurent
GBAGBO et le Secrétaire Général des Forces Nouvelles
Guillaume SOPRO. La présidence de ce Conseil serait
assurée par rotation par les Présidents jusqu’à
l’organisation des élections présidentielles.

Ce Conseil Présidentiel sera non seulement une
instance de concertation permanente, mais aussi un
cadre de contrôle de l’action du Premier Ministre.
Au cas où il ne réussirait pas à prendre une décision
consensuelle, le Groupe de Médiation au sein du GTI
doit être saisi pour trancher. Il est bon que ce
Groupe en charge de la médiation quotidienne joue
pleinement son rôle dans le nouveau mécanisme de
sortie de crise.

Le Premier Ministre

Dans le nouveau dispositif institutionnel, le Premier
Ministre bénéficiera de tous les pouvoirs de
l’exécutif dévolus au Chef de l’Etat pour la mise en
œuvre rapide et équitable de la feuille de route sous
la supervision du Conseil Présidentiel.

En clair, c’est au Premier Ministre qu’il reviendra de
présider les Conseils des Ministres, de nommer aux
emplois civils, militaires et judiciaires, de prendre
des décrets et des décrets- lois, en raison de
l’expiration du mandat des Députés depuis le 16
Décembre 2005.

Détenteur du pouvoir exécutif le Premier Ministre, ne
pourra être candidat à aucune élection pendant les
cinq ans à venir, même en cas de démission au cours de
la transition.

Ces pouvoirs dévolus au Premier Ministre demanderaient
à être précisés dans une Résolution du Conseil
de Sécurité.

Le Gouvernement

Le Gouvernement de transition devra continuer à être
conforme à l’accord de Linas Marcoussis en ce qui
concerne sa composition, à savoir, un gouvernement
composé des représentants des partis signataires de
l’accord de Linas Marcoussis.

Il devra statuer sur toute décision engageant la vie
de la nation et le processus de paix et de
réconciliation nationale.

En raison des dysfonctionnements constatés, les
Ministres auront la latitude de nommer leurs
collaborateurs pour éviter toute dilution de
responsabilités.

L’Assemblée Nationale

Il serait souhaitable que la nouvelle résolution
consacre la fin consitutionnelle du mandat des Députés
de la législature 2000-2005 pour permettre au
dispositif de fonctionner normalement.

Pour des raisons sociales, les ex-Députés pourront
continuer de bénéficier de leurs émouluments.


II.4 Réaffirmer les prérogatives de la Commission électorale indépendante (CEI) sur le processus électoral

Aucune ambiguïté n’existe sur les missions dévolues à
la Commission Electorale Indépendance.
La Commission Electorale est seule responsable du
processus électoral, notamment de l’élaboration de la
liste électorale, de la confection des cartes
d’électeurs et de leur distribution comme l’attestent
la Constitution ivoirienne, l’Accord de Pretoria, la
Résolution 1609 prise le 24 Juin 2005 par le Conseil
de sécurité, la loi organique de la CEI et les
conclusions de la rencontre le 5 juillet 2006 sous
l’égide du Secrétaire Général des Nations Unies des
principaux leaders politiques.
(...)

II.5 Installer un organe Ad hoc en charge des
questions du contentieux électoral et de la
proclamation des résultats à la place du Conseil
constitutionnel et de la Cour suprême
La mise en place de ce nouveau texte constitutionnel
permettrait également de résoudre la question des
Institutions telles que le Conseil Constitutionnel et
la Cour Suprême qui sont aux ordres du Chef de l’Etat.

A cet égard, un Organe consensuel à l’instar de la CEI
et de la CNSI issues de l’Accord de Linas-Marcoussis
remplacerait, pour les questions électorales, le
Conseil Constitutionnel et la Cour Suprême qui sont
disqualifiés en raison de leur partialité et de leur
soumission au Chef de l’Etat.

Le nouvel Organe dont nous préconisons la création
sera donc compétent en matière électorale, aux côtés
du Haut Représentant du Secrétaire Général des Nations
Unies pour les élections. En d’autres termes, c’est à
cet Organe qu’il reviendra de se prononcer sur les
contentieux électoraux et la proclamation des
résultats, la CEI statuant sur l’éligibilité des
candidats.

II.6 Développer un chronogramme réaliste
Il conviendrait maintenant d’établir un chronogramme
réaliste techniquement, prenant en compte la
nécessité de mettre fin aux souffrances du peuple
ivoirien. Le chronogramme ci-joint repose sur les
hypothèses suivantes :
mise en place des CEI locales et des CNSI locales pour
fin Septembre 2006 ;
choix de l’opérateur chargé des opérations
d’identification et d’établissement de la liste
électorale (en liaison avec l’ONI et la CEI),
déploiement du personnel y compris avec le matériel,
sur toute l’étendue du territoire pour la fin Octobre
2006 ;
redémarrage des audiences foraines avec délivrance de
certificats de nationalité à compter du 1er Novembre
2006 ;
durée des audiences foraines arrêtée à 2 mois ;
démarrage de l’identification le 1er Novembre 2006
pour une durée de 3 mois.

Sur la base de ces hypothèses, le premier tour des
élections présidentielles pourrait techniquement se
dérouler dans huit mois au maximum.

II.7 Renforcer le rôle du Haut représentant en charge
des élections
Il est important d’affecter plus de moyens humains et
matériels au Bureau du haut Représentant aux élections
pour lui permettre de remplir sa mission à la
satisfaction de tous.

En outre, afin de garantir la transparence du
processus électoral et la crédibilité des élections,
il devient nécessaire de renforcer le mandat du Haut
Représentant.

II.8 Mettre en place un Etat-Major Intégré sous
l’autorité du Premier ministre (pour faciliter le
processus DDR)

L’organisation d’élections libres, régulières et
transparentes, condition de la consolidation de la
paix, nécessite préalablement le rétablissement de la
sécurité des biens et des personnes sur toute
l’étendue du territoire.

Le pré regroupement des combattants des deux armées
constitue un pas dans le bon sens. Mais, il faut aller
plus loin, c`est-à-dire, actualiser et appliquer le
programme Désarmement, Démobilisation et Réinsertion.
A cet égard, il nous semble, face au bilan de mise en
œuvre de cette opération, que la mise en place d’un
Etat Major Intégré, sous l’autorité du Premier
Ministre, faciliterait le processus DDR et serait de
nature à inspirer une plus grande confiance aux
belligérants. De plus, cet Etat Major Intégré
constituerait un outil approprié pour la construction
de la nouvelle armée. A terme, une nouvelle armée
restructurée devrait être constituée des éléments des
Forces de défense et de sécurité et ceux des Forces
Nouvelles.

Le volet de la Réinsertion qui vise à réintégrer dans
le tissu social et économique des populations engagées
dans le conflit doit faire l’objet d’une attention
particulière, car, il demande une mobilisation
importante de ressources financières.

II.9 Affirmer la vocation apolitique et le caractère
national et républicain des Forces de défense et de
sécurité sous peine de sanction du Conseil de sécurité
Le retour à une paix durable et à la stabilité
nécessite la mise en place d’une armée apolitique
attachée aux valeurs d’intégrité et de morale
républicaine, la restructuration des forces de défense
et de sécurité conformément à l’Accord de Linas-
Marcoussis et la fin de la violence d’Etat.

II.10 Supprimer les structures d’exception de sécurité
(Cecos)

Une réforme du système de sécurité dans toutes ses
composantes est indispensable. Chaque force, à savoir
les Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI),
la Gendarmerie et la Police, devra retrouver sa
mission originelle et son autonomie. Cela impliquera
la suppression de structures d’exception comme le
Centre de Commandement des Opérations de Sécurité
(CECOS) dont les exactions vis-à-vis de certains
opérateurs économiques, notamment les transporteurs et
commerçants, et certaines populations sont légion.

Cette réforme devra, en outre, conduire au
désarmement des agents de sécurité en contact direct
et permanent avec les populations et à la
démobilisation des recrues de Septembre 2002, comme le
prévoit l’Accord de Linas- Marcoussis.

S’agissant de l’intervention de l’ONU en Côte
d’Ivoire, nous plaidons pour une adaptation de sa
mission à la situation du terrain et aux besoins en
matière de police et de sécurité et une définition
plus précise du mandat des forces Onusiennes.

II.11 Désarmer et démanteler les milices et groupes
para militaires

Il faudra procéder rapidement au désarmement et au
démantèlement des milices et des groupes para-
militaires, principaux vecteurs de la violence et
s’atteler à découvrir toutes les caches d’armes.
Ainsi, les élections pourront se dérouler sans que des
miliciens aient les moyens de les perturber.

II.12 Rendre équitable le traitement des informations
et l’utilisation des médias

Nul ne peut nier la lourde responsabilité de certains
médias dans les évènements que connaît la Côte
d’Ivoire depuis plusieurs années. Les médias de
service public, à savoir la télévision et la radio
nationale et Fraternité Matin, ont servi de caisse de
résonance à l’idéologie du pouvoir en place et ont été
les principaux vecteurs de la haine, de la xénophobie
et de l’intolérance. Ils ont ainsi contribué à
exacerber les tensions et à aggraver la fracture
sociale souvent avec le soutien des instances de
régulation.

Ce rôle néfaste, connu de tous, a même fait l’objet
d’une notule dans les «Accords de Linas- Marcoussis».
Aujourd’hui encore, aucune décision d’envergure n’a
été prise pour endiguer les graves dérives constatées
par tous les observateurs impartiaux.

Dans le cas des médias publics dont l’impact demeure
très fort sur certaines couches de la population, les
instances de régulation ont rarement joué leur rôle.
L’exemple patent étant celui de la RTI (Radio
Télévision Ivoirienne) qui a été victime, maintes
fois, d’une véritable prise d’otage et continue de
subir des pressions intenses en vue de la transformer
en outil partisan et de propagande. Le journal d’Etat
Fratenité Matin, unique quotidien disposant (et pour
cause) de ressources financières et logistiques
conséquentes, s’est assigné une ligne éditoriale sans
nuances en faveur d’un seul camp.

Tout cela pose clairement la question de la capacité
des instances de régulation actuelles à assumer la
fonction arbitrale qui leur est dévolue.

Une des issues pour garantir ces traitements pourrait
être la mise en place d’une commission aux pouvoirs
renforcés quoique limitée à la période électorale, sur
le modèle de la CEI (Commission Electorale
Indépendante) et qui aurait vocation à assurer le
minimum d’équité en matière d’information en période
préélectorale et électorale.

Cette commission serait chargée de faire le monitoring
des médias d’Etat dans le but

D’évaluer le niveau d’équilibre dans le traitement de
l’information

De garantir un accès équitable aux médias publics
dans le cadre électoral
De prévenir les dérives éventuelles

La commission devrait, dans ce schéma, jouer un rôle
ponctuel de régulation en attendant les véritables
reformes structurelles nécessaires.

Cette nouvelle commission serait constituée des
représentants de la Primature, du Haut Représentant
Chargé des élections, de la CEI, des Ministères de la
Communication, des Nouvelles Technologies de
l’information et de la Communication, du CNCA, du
Conseil d’Administration de la RTI, l’Olped, des
Représentants des signataires des accords de paix et
de la société civile.

La commission serait présidée par une personnalité
élue par les différents représentants. Pour
l’opérationnel, un secrétariat exécutif sera assuré
par une personnalité recrutée par appel d’offres sous
l’égide du PNUD.

II.13 Appliquer les sanctions ciblées prévues
Pour permettre à la nouvelle transition de se dérouler
sans encombre, il est impérieux d’appliquer les
sanctions ciblées prévues dans la Résolution 1572 du
Conseil de Sécurité de l’ONU aux personnes, civiles ou
militaires, notamment celles qui se sont rendues
responsables de graves violations des droits de
l’homme et du droit international humanitaire ainsi
que des personnes qui incitent à la haine et à la
violence.
(…)

Alassane Dramane Ouattara
Ancien Premier Ministre
Président du RDR


COMMUNIQUE DE LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

Mercredi 11 Octobre 2006

Ce lundi 09 octobre 2006, plusieurs organes de presse ont publié dans leurs colonnes le discours écrit de SEM Laurent GBAGBO, Président de la République de Côte d'Ivoire à ses pairs, lors du récent Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO à Abuja (Nigeria).

Le Président de la République veut porter à la connaissance du public qu'il n'a pas lu ce discours, ln extenso, par respect pour ses collègues Chefs d'Etat parce que la lecture de ce texte aurait pris 1 h 27mn.
Toutefois il en a exposé les grands axes pour sa meilleure compréhension.
Le Président de la République veut faire connaître que ce texte est bien le sien, qu’il l'a écrit, qu'il le pense, et qu'il l’assume.

Il en a autorisé la publication parce qu'il veut faire savoir à tous l'état d'esprit dans lequel il compte travailler désormais jusqu'à la sortie de crise.

Silvère NEBOUT
Conseiller Spécial du PR
Chargé de la Communication


COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES

Mercredi 11 Octobre 2006

Le Conseil des Ministres hebdomadaire s’est tenu ce Mercredi 11 Octobre 2006, de 11 H à 13 H, sous la présidence de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Laurent GBAGBO.

Avant d’aborder son ordre du jour, Monsieur le Président de la République a tenu à féliciter les nouveaux membres du Gouvernement, à leur prodiguer des conseils et des encouragements. Il a ensuite rappelé à l’ensemble des Ministres qu’au-delà de la gestion des affaires de l’Etat, la mission essentielle de ce gouvernement est la sortie de crise.
Monsieur le Premier Ministre, prenant à son tour la parole, a remercié le Président de la République pour ses conseils et ses encouragements et a souhaité que le travail du gouvernement se fasse dans une ambiance de convivialité et de fraternité.
Abordant son ordre du jour,au titre des mesures générales, le conseil a entendu une présentation de Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, relative au projet de décret portant attributions des membres du Gouvernement, suite au dernier remaniement ministériel.
Le conseil a adopté ce projet de décret.
Le conseil a ensuite entendu une communication de Monsieur le Ministre de l’Administration du Territoire, faisant le point de la mise en œuvre du programme national de redéploiement de l’administration dans les zones Centre, Ouest et Nord. Cette opération concerne douze mille fonctionnaires (12000) déplacés et recensés.
Le taux de réalisation du redéploiement est de 32 % et concerne en grande majorité le Nord, avec essentiellement les agents des Ministères de l’Education Nationale, de la Santé et de l’hygiène Publique.
Les conclusions de cette communication ont été adoptées.
Le conseil a également entendu une communication de Monsieur le Ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, en liaison avec le Ministère de la Fonction Publique, de l’Emploi et de la Réforme administrative et le Ministère Délégué auprès du Premier Ministre chargé de l’Economie et des Finances, relative au recrutement exceptionnel de plus de mille (1000) cadres supérieurs de la Santé, pour l’année budgétaire 2007
Le Conseil des ministres a donné son agrément pour le recrutement de ces cadres et leur prise en charge par le budget de l’exercice 2007.
Le conseil a ensuite entendu une communication du Ministre de la Fonction Publique, de l’Emploi et de la Réforme Administrative par intérim, Monsieur Alphonse DOUATY, relative aux modalités pratiques de promotion aux grades A5, A6 et A7 des fonctionnaires cadres supérieurs de la Santé, à savoir les médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes et vétérinaires, conformément à la décision du Conseil des Ministres du 20 mai 2005, qui en avait adopté le principe.
Le conseil a adopté les conclusions de cette communication.
Poursuivant son ordre du jour, le conseil a entendu une communication de monsieur le Ministre du Tourisme et de l’Artisanat relative à la prise en charge par le budget de l’Etat, de l’Assistant du Directeur du Bureau du Tourisme de Washington.
Les conclusions de cette communication ont été adoptées.
Le Ministre de la sécurité a, pour sa part, communiqué au conseil les statistiques de la situation sécuritaire de la première semaine du mois d’Octobre. Elle est caractérisée par des troubles à l’ordre public relatifs à l’occupation des deux ponts, reliant le Plateau à Treichville, par des éléments de la gendarmerie nationale et aux manifestations dans certains quartiers d’Abidjan, liées aux problèmes des déchets toxiques.
Le Ministre de la Sécurité s’est également inquiété des appels répétés de tous bords à des manifestations de rue violentes à l’échéance du 31 octobre 2006.
Le conseil a exprimé sa préoccupation face à cette situation de tension et a invité les populations au calme et à la sérénité.
Les conclusions de cette communication ont été adoptées par le conseil.
Au titre des mesures individuelles et sur proposition de monsieur le Ministre des Affaires Etrangères, le Président de la République a signé quatre décrets portant nomination d’un (1) Ambassadeur et Directeur Adjoint du protocole d’état et de trois (3) Ambassadeurs de Côte d’Ivoire à l’étranger.
Au titre des Réunions et Voyages en Côte d’Ivoire et à l’Etranger, le Conseil des Ministres a donné son accord pour la tenue de ces réunions et a autorisé les missions.

Fait à Abidjan le 11/10/2006
Marcel AMON-TANOH
Porte- Parole du Gouvernement
par intérim


COMMUNIQUE DES FORCES NOUVELLES (EX-REBELLION) sur la positon du PRESIDENT ALPHA OUMAR KONARE DE L'UNION AFRICAINE

Mardi 10 Octobre 2006

Alpha Oumar Konaré, a défendu l’ancien médiateur dans la crise ivoirienne, M.Thabo M'BEKI

Cette sortie de M. Konaré doit susciter des interrogations.
En effet, pourquoi M. Konaré prend-il position au moment où les Forces Nouvelles, principale partie au conflit ivoirien, ont demandé au président de l’Union africaine, Son Excellence M. Denis Sassou Nguesso, de désigner un nouveau médiateur, compte tenu du parti pris avéré de M. Thabo Mbeki pour le compte de M. Laurent Gbagbo et son parti, le FPI ? Pourquoi alors que la récusation de M. Thabo Mbeki vient d’être réglée, définitivement, par le dernier sommet de la Cedeao le 06 octobre 2006, M. Konaré se donne la liberté de relancer sa volonté personnelle qui est loin d’être celle de l’Union africaine, de voir reconduire M. Thabo Mbeki ? La sortie de M. Konaré n’est-elle pas la preuve de son soutien manifeste à M. Laurent Gbagbo et son parti le FPI ? M. Konaré ignore-t-il que l’Afrique du Sud est membre de l’Union africaine, si bien qu’il oublie de dénoncer les entraves et les dérapages des responsables de ce pays qui, un jour, siègent au GTI, et un autre jour, dénoncent les recommandations de ce Groupe de travail pourtant créé par l’Union africaine ? Pour les Forces Nouvelles, M. Konaré doit mettre fin à sa partialité dans la crise ivoirienne.

De même qu’en sa qualité de président de la Commission de l’Un ion africaine, il doit se contenter d’un rôle et de position politiquement corrects. Car la tribune que lui offre l’Union africaine ne doit pas lui servir de lutrin pour régler des comptes. Les Forces Nouvelles invitent le président de la Commission de l’Union africaine à comprendre que dans une crise majeure comme celle que traverse la Côte d’Ivoire, la confiance ne se proclame pas. Elle se mérite.

Or, depuis septembre 2005, les Forces Nouvelles ont retiré à Thabo Mbeki et à l’Afrique du Sud, tout bout de confiance. M. Konaré doit le savoir, et contre l’avis des Forces Nouvelles, aucune action entreprise en Côte d’Ivoire dans le cadre d’une médiation par l’Afrique du Sud ne saurait engager cette principale partie au conflit.

Fait à Bouaké, le lundi 9 octobre 2006
La cellule de Communication


RENCONTRE DES AMBASSADEURS DE LA CEDEAO AVEC LES AUTORITES IVOIRIENNES / INTERVIEW DE S.E.ILBOUDO AMBASSADEUR DU BURKINA-FASO PORTE-PAROLE DU GROUPE

Mardi 10 Octobre 2006

Le Président de la République, SEM Laurent GBAGBO a reçu ce mardi 10 octobre 2006 dans l’après midi, les Ambassadeurs des pays membres de la CEDEAO. Au terme de la séance d’informations, les diplomates se sont dit rassurés par la voix de leur porte-parole, SEM Emile Ilboudo…

Excellence, vous sortez d’une audience avec le Président de la République de Côte d’Ivoire, peut-on avoir un aperçu des échanges ?

SEM le Président de la République nous a invités à une séance d’informations qu’il a qualifiée de rencontre familiale avec les Ambassadeurs des pays de la CEDEAO. Nous avons parlé des questions d’intérêts, en ce qui concerne notamment le processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire. Il a surtout mis l’accent sur la question de la sécurité des ressortissants des pays de la CEDEAO. Vous savez que tout récemment encore, la presse a largement fait écho des menaces qui planeraient sur les communautés. Il a tenu à nous rassurer qu’il n’en est rien du tout et qu’il était garant de la sécurité des ressortissants des pays membres de la CEDEAO.


Est-ce que vous vous sentez en insécurité menaces ?

Jusqu’à présent nous ne nous sentons pas menacés. C’est suite à des propos qui auraient été tenues. Sinon les Ambassadeurs, également les communautés n’ont pas été menacées.

Peut on dire que vous retournez satisfaits après cette rencontre avec le Chef de l’Etat ?

Oui, nous retournons satisfaits dans la mesure où, le Chef de l’Etat lui-même a décidé que de telles rencontres soient en quelque sorte institutionnalisées et nous avons surtout loué la sagesse qui l’a amené à nous inviter et surtout l’humilité qu’il a eue à nous demander à lui prodiguer des conseils.

Excellence, concernant la crise, comment aidez-vous la Côte d’Ivoire à s’en sortir ?

A travers les Chefs d’Etat, récemment à Abuja. Le Président de la République nous a informé qu’il a pris des contacts avec nos présidents respectifs. Je ne peux pas vous dire avec précisions comment nous aidons à la résolution de la crise, mais il a demandé encore que nous l’aidons.

Avez-vous évoqué la dernière rencontre d’Abuja ?

Nous en avons parlé de manière superficielle.

Excellence peut on dire que certaines prises de positions de vos dirigeants pourraient mettre à mal la cohabitation dans la sous-région ?

Je dois répondre que nos populations sont mûres pour faire la part des choses. Le peuple ivoirien est mûr pour faire la part des choses et nous comptons sur la maturité de ce peuple pour faire la part des choses lorsqu’il s’agit de déclarations qui sont de nature souvent à créer des différences entre nos différentes communautés.

Propos retranscris par Armand Bohui


Etaient présents :

SEM EMILE ILBOUDO
Burkina Faso

SEM SADA SAMAKE
République du Mali

SEM MOUSTAPHA SENE
République du Sénégal

SEM EBENEZER OLUWADARE OLUSANMOKUN
République du Nigeria

SEMME MAKHISSA CAMARA
République de Guinée

SEM YAKOUBA BAKANE
République du Niger

SEM KABRAL BLAY-AMIHERE
République du Ghana

Chargé d’Affaires
République du Bénin

Chargé d’Affaires
République du Libéria

Consul Gambie

Consul Sierra Léone


NOMINATION D'UN NOUVEAU SECRETAIRE GENERAL DES NATIONS-UNIES

Mardi 10 Octobre 2006

Le Sud-Coréen Ban Ki-moon prochain secrétaire général de l’Onu, diplomate de carrière au talent reconnu de faiseur de compromis, M. Ban s’était déclaré “ravi” mais “accablé par la responsabilité” au lendemain de son succès dans le dernier vote blanc.

Vendredi, en pleine tension provoquée par l’annonce par la Corée du Nord de son intention d’effectuer un essai nucléaire, M. Ban s’était déclaré prêt à se rendre à Pyongyang afin de dénouer la crise.

Après sa nomination et alors que Pyongyang a effectivement procédé à ce test, l’ambassadeur américain à l’Onu, John Bolton, a déclaré: “C’est vraiment par une coïncidence appropriée qu’aujourd’hui, 61 ans après la division temporaire de la péninsule coréenne à la fin de la Seconde guerre mondiale, nous élisions le ministre des affaires étrangères de Corée du Sud comme secrétaire général de cette organisation, en même temps que nous nous réunissons pour examiner l’essai d’un engin nucléaire par la Corée du Nord”.

“Je ne peux imaginer de meilleure façon de démontrer la différence de progrès entre ces deux pays, les grands progrès au sud et la grande tragédie au nord”, a-t-il ajouté.


INTERVIEW DE S.E.ALASSANE SALIF N'DIAYE PORTE-PAROLE DU RHDP (MOUVEMENT DES HOUPHOUETISTES)

Mardi 10 Octobre 2006

Question : Le 30 octobre 2005, vos jeunes ont organisé un meeting au Parc des sports à Treichville. Ce meeting devait déboucher sur une marche sur la Présidence de la République pour chasser le chef de l’Etat. En dernier ressort, les dirigeants du RHDP que vous êtes auriez appelé pour demander aux jeunes de surseoir à cette marche. La suite c’est que les jeunes gens sont retournés à la maison et Laurent Gbagbo est toujours au pouvoir. Pouvez-vous confirmer ici que le 30 octobre 2006 ne sera pas semblable au 30 octobre 2005?

Alhassane Salif N’diaye :
Lorsqu’on me dit que Gbagbo va rester au pouvoir, pendant un an, c’est peut être des propositions, sans doute des recommandations. Ce ne sont pas encore des décisions. Ne me demandez pas ce que je vais faire puisque je ne sais pas encore ce que va dire l’UA après avoir tamisé tout ce qui viendra d’Abuja. Je ne sais pas ce que New York va dire le 26 en terme de décisions. En ce moment là, le RHDP va dire ce qu’il fera.Les stratégies s’élaborent en fonction de l’évolution des choses et du temps. Les stratégies, à ce niveau là et en ce moment là, ne se dévoilent pas. Nous n’avons jamais dit qu’après le meeting, les jeunes devraient sortir pour aller chasser Gbagbo. Je suis partisan d’une idée qui a été émise récemment par le Premier ministre. On en est arrivé à ce que les Ivoiriens crient leur ras-le-bol.

Q : Vous avez dit que le RHDP veut prendre le pouvoir pour mettre fin aux souffrances des Ivoiriens. Pourtant, le RHDP est allié à une rébellion armée. Prendre les armes n’est-ce pas déjà faire souffrir les Ivoiriens ?

ASN : C’est à Marcoussis, en Janvier 2003, que les partis qui constituent le RHDP ont rencontré les ex-rebelles. Mais, je vous rappelle qu’en octobre, novembre, sur un mois, c’est le camp présidentiel, avec comme chef de délégation M. Laurent Dona Fologo, appuyé de M. Gui Dibo et de certains ministres, c'est-à-dire l’Etat de Côte d’Ivoire, qui est parti rencontrer ceux que vous appelez les rebelles. Lomé a accouché d’un accord qui a été signé par l’Etat de Côte d’Ivoire. Ils se sont donc alliés aux rebelles.
Au début c’était le G10 : RDR, PDCI, UDPCI, MFA, UDCY, PIT, FPI, MPCI, MPIGO, et MJP. A mon avis, cette alliance était bonne parce que nous avons pensé qu’à dix, nous avons parlé entre Ivoiriens, avons identifié et trouvé les voies de sortie de crise. Mais, l’alliance s’est effilochée.
Comme c’est son habitude, le FPI a disparu de nos rencontres et on est devenu G9, en alliance avec les ex-rebelles. Puis le PIT est parti pour des broutilles. On devait écrire un communiqué suite aux incidents de la RTI. Parce qu’on a écrit que Soro Guillaume a été victime d’une "tentative d’assassinat", le PIT est parti. On est devenu G8 en alliance avec les rebelles. L’UDCY est parti pour une raison très simple. Le G8 a envoyé un document aux Forces nouvelles et au chef de l’Etat pour leur demander d’accepter de revenir à la table de négociation. L’UDCY a estimé que c’est aux Forces Nouvelles et non au chef de l’Etat que le courrier doit être adressé. Nous avons dit que nous envoyons le document aux deux belligérants. Et l’UDCY est parti. Si vous avez suivi l’actualité, nous avons une tonne de communiqués où c’est le RHDP qui parle. Il y en a d’autres où c’est le G7 qui parle. De dix, nous sommes arrivés à sept. Si vous estimez que nous avons fait une alliance avec les rebelles, je répète qu’en octobre- novembre 2002, l’Etat de Côte d’Ivoire a signé un papier. Eyadéma est venu ici pour que nous entérinions ce papier. Au nom de l’UDPCI c’est moi qui l’ai signé.

Q : Vous disiez que vous vous réjouissiez du Communiqué final d’Abuja. Quels sont les points qui fondent cette satisfaction ?

ASN : La première étape du processus est que les chefs d’Etat de la sous région, plus au fait de notre situation, se réunissent, essaient d’analyser le parcours que nous avons fait depuis quatre ans, voient les blocages, les faiblesses dans tous les accords qui ont été conclus et proposent à l’UA certaines voies de sortie crise. C’est ce que Abuja a fait. Abuja est l’observatoire de la sous région qui donne des informations pertinentes et fait des propositions idoines à la grande organisation qui nous est commune c'est-à-dire l’UA. Abuja a fait ce travail. Et dans le communiqué qui a été produit, nous sommes satisfaits de constater que, premièrement, Abuja a endossé le communiqué de la 10e réunion du GTI qui a été félicité. Je vous signale, par ailleurs que nous étions d’accord avec le Communiqué du GTI.
La deuxième chose est que Abuja a félicité le travail qui a été fait par les forces impartiales et la force Licorne et a demandé que ces forces restent.
Troisièmement, Abuja dit qu’il félicite et remercie le Premier ministre pour tout le travail qui a été fait. Ceci aussi est notre position. Donc, nous nous réjouissons. Nous espérons que l’UA, après analyse de tout cela, fera des recommandations pertinentes au Conseil de Sécurité qui prendra la prochaine résolution.

Q : Mort de Robert Guéi, assassinat de Da Silva lors des audiences foraines, massacre de vos militants en mars 2004, aujourd’hui les déchets toxiques qui endeuillent les familles. Les Ivoiriens et surtout vos militants se demandent ce que vous faites à part les communiqués.

ASN : Pour l’assassinat de Gueï nous avons porté plainte à tous les niveaux. Nous attendons que ces enquêtes aboutissent. Il faudrait que la vérité se sache. Dans ce pays, on est arrivé jusqu’à déchirer le tissu culturel. Dire que Guéï doit reposer dans sa terre natale, vous avez vu les vagues que cela a soulevées. Il n’y a plus de repère dans ce pays.
En mars 2004, nous avons voulu marcher pour demander l’application, de Linas Marcoussis. Avant cette marche, M. Affi N’Guessan président du FPI a dit : « on les empêchera de descendre dans la rue ». Effectivement ils sont allés nous prendre dans nos cases pour nous assassiner. Voilà la Côte d’Ivoire telle que gérée par la refondation. Là aussi nous avons porté plainte.

Q : Où sont les résultats des enquêtes ?

ASN : Concernant le président Guéï nous avons porté plainte depuis près de quatre ans. A l’heure où je vous parle, il y a une enquête conduite par le parlement auprès de qui nous avons également porté plainte. La commission sur les assassinats du 19 septembre 2002 a commencé au niveau du parlement avant la commission sur les évènements des 04, 05, 06 novembre 2004. La commission sur les assassinats de septembre 2002 présidée par le député Yves Fofana n’a pas les moyens pour faire son enquête. Celle de novembre 2004 présidée par Appiah Kabran a les moyens pour faire son enquête. La commission internationale en relation avec la commission d’enquête nationale concernant les évènements de 2002 attend de réunir tous les éléments avant de porter l’affaire au niveau du tribunal pénal l’international.

Q : Quand on écoute les meetings tenus par les responsables des partis membres du RHDP. Les mots qui reviennent c’est « il faut chasser Gbagbo du pouvoir par tous les moyens ». Le verbe chasser est très explicite. N’est-ce pas à une insurrection que les membres du RHDP appellent leurs militants ?

ASN : Depuis, un an nous avons dit que pour résoudre cette crise, il faut que Gbagbo parte. En état de cause, nous sommes convaincus que Gbagbo Laurent à la tête de ce pays nous ne sortirons pas de cette crise.
Lorsque le FPI dit : « par tous les moyens empêchez les audiences foraines » est-ce que c’est l’insurrection ? N’est-ce pas de l’insubordination, n’est pas une bravade vis-à-vis de l’Etat ? C’est en Côte d’Ivoire qu’on voit qu’un parti est responsable des forces de défense et de sécurité pour mater l’opposition. Insurrection ? Oui. Peut-être. Nous avons jusqu’à présent laisser la rue à ceux qui comptent gérer ce pays que par la rue. Si c’est de l’insurrection on l’assume. La rue nous gouverne depuis cinq ans. Entre nous, le PDCI fait de grands meetings. Le RDR fait de nombreux et immenses meetings. L’UDPCI et le MFA font des meetings. Trouvez dans vos annales un grand meeting du FPI. Celui qui anime dans les stades dit qu’il n’est pas membre du PFI. Entre nous, depuis 2000-2001, c’est la rue qui fait les meetings du FPI. Désormais, on sera avec eux dans la rue.

Q : Des Ivoiriens n’ont pas compris le fait que les partis politiques de l’opposition n’aient pas suffisamment exploité le scandale des déchets toxiques pour faire partir M. Laurent Gbagbo du pouvoir. Ils estiment que Gbagbo en aurait profité. Faîtes vous la même lecture que ces Ivoiriens ?

ASN : Ils ont raison sauf qu’il faudrait mettre un bémol à leur analyse. Très honnêtement, le RHDP n’est pas de la même culture politique que le FPI et ses partis satellites. Ce que ces gens là, disent, ils ont raison. Vous voulez que ce régime parte, voilà une situation en or. Nous au RHDP nous nous sommes posés la question si c’était le moment. Alors qu’on n’avait même pas une idée qu’il y aurait 80.000 intoxiqués, une dizaine de morts et on ne saurait même pas ce que seraient les séquelles de cette intoxication. Pour une ambition politique était-il responsable de faire sortir les gens ? On a effectivement connu cela depuis 1995 de la part de l’opposition d’alors qui exploitait tous les menus problèmes avec pour objectifs de chasser le PDCI. Nous voulons construire la Côte d’ivoire. Ceux qui manquent de patience disent que nous ne faisons rien, mais c’est la petite goutte d’eau qui tombe qui perce la roche la plus dure.
Les déchets toxiques, ce sont les enrichissements illicites, les placements mafieux d’argent, le blanchiment d’argent.

Q : Le scandale des déchets toxiques a occasionné la démission du gouvernement. Le RHDP a dénoncé le fait que le Premier ministre ait remis sa démission au chef de l’Etat. Vous avez dit que vous ne reconnaissiez que le premier gouvernement. Mais lorsque le second a été formé, avec le départ d’un poids lourd du RHDP, le président du MFA, vous êtes entrés dans ce gouvernement. Est-ce que vous pensez avoir été conséquents avec vous-mêmes ?

ASN : Le premier gouvernement a été formé sur la base des dispositions de la Résolution 1633. Celle-ci disait que c’est après concertation avec les partis politiques signataires de Linas Marcoussis qu’un gouvernement devait être formé. Ce qui fut fait. Le Premier ministre répond sur la base de la 1633 devant la communauté internationale qui l’a nommé. Face à la situation, nous avons été surpris de voir la premier ministre aller donner sa démission non point à ses mandataires mais à celui avec qui il était en tandem qui lui-même avait son mandat terminé et qui demeurait chef de l’Etat de par la bonne grâce de la communauté internationale. Notre réaction a été celle que vous avez dite.
Mais le premier ministre lui-même a reconnu qu’il avait fait une erreur. Il a dit que dans sa volonté d’aller à l’essentiel, au regard des évènements que nous vivons il a pensé à la démission. Mais si vous reprenez ses discours, il a dit qu’il s’en tenait à la mise en oeuvre de la 1633. Dès lors qu’il revenait dans le giron qui est le sein c'est-à-dire appliquer la résolution 1633, il n’y a pas d’inconvénients à participer à ce gouvernement.
Je voudrais que vous reteniez trois choses. Premièrement, notre rassemblement a pour vertu cardinale le dialogue entre les frères et les sœurs de Côte d’ivoire. Deuxièmement, nous sommes aux antipodes de toutes les thèses de violence. Mais, troisièmement, pour notre pays, si on nous y oblige nous serons prêts à verser notre sang.

Ferdinand YAO


COTE D'IVOIRE / CELEBRATION DU CENTENAIRE DU PRESIDENT-POETE LEOPOLD SEDAR SENGHOR

Lundi 9 Octobre 2006

Le colloque international organisé en hommage à Senghor s'est achevé samedi dernier. Naturellement, l'œuvre du poète et de l'homme politique a été montrée au grand jour.

"Léopold Sédar Senghor, carrefour de l'Humain ", c'est le thème du colloque international qui vient de se dérouler au palais de la culture de Treichville en cette fin de semaine. Initié par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), avec la collaboration de l'Unesco et l'Ascad, ce rendez-vous s'inscrit dans la droite ligne de la célébration du centenaire de la naissance de Senghor qui prend d'ailleurs fin aujourd'hui lundi. Au cours de la cérémonie de clôture du colloque, le samedi dernier, le rapport de synthèse a convaincu tout le monde sur la grande diversité et l'immensité de l'œuvre du fils de Joal. Raison pour laquelle, pour animer les ateliers de ce colloque, des thèmes tels que " l'homme de l'action, le théoricien des cultures, l'œuvre poétique " ont été savamment choisis pour la circonstance, pendant les trois jours de débats. En plus, ce sont des hommes de notoriété, bien connus dans le milieu des arts et de la culture en terre ivoirienne, qui ont été cooptés pour animer cette rencontre. Ils ont d'une manière ou d'une autre, passé au peigne fin les différents aspects de Senghor à la fois homme politique et homme de culture. Un accent particulier a été, en outre mis sur l'aspect poétique et esthétique de son œuvre. " Léopold Sédar Senghor, un intellectuel tombé dans la politique ", c'est la communication faite par le professeur Zakpa Koménan. Il a montré en substance que l'engagement littéraire de Senghor ne pouvait que déboucher sur un engagement purement politique. Ce qui d'ailleurs le pousse à laisser tomber très vite la politique pour se consacrer à la culture et aux lettres. A travers la communication du Pr Yacouba Konaté, " Senghor, l'esthète et le critique ", on retient que Senghor est avant tout un mécène. Il est en outre un esthète qui a construit une théorie " qui s'appuie sur la culture, sur la culture africaine et finit par la théoriser ", mentionne le rapport de synthèse. Enfin, la dimension poétique de Senghor a été l'affaire de certains doctes dont le professeur Adopo Achi Aimé. Lui, s'est intéressé au " lexique dans l'œuvre poétique de Senghor ". Un thème qui a permis de " constater que (les) aspects marquants du lexique traduisent l'ancrage culturel du poète à son territoire, l'Afrique… " Dans la même veine, le Pr Sidibé Valy a souligné que Senghor est à la foi un dramaturge et un poète. Le directeur scientifique du colloque, le Pr Séry Bailly, n'a pas manqué de déplorer le manque d'engouement du public pour telle manifestation. Puis de s’interroger sur l'opportunité de ce genre de colloque. Dans la mesure où “la jeunesse actuelle se détourne de plus en plus de ce genre de manifestation qui fait la part belle au débat d'idées”.

Marcel APPENA


CRISE IVOIRIENNE / CORRESPONDANCE DU PRESIDENT MEDIATEUR SUD-AFRICAIN M.THABO M'BEKI A S.E. LAURENT GBAGBO

Lundi 9 Octobre 2006

EXCELLENCE,

Nous voudrions par la présente, vous adresser nos très sincères remerciements pour l’accueil chaleureux dont nous avons été l’objet à Abidjan le 25 septembre, et pour la rencontre avec le Président Compaoré et moi-même à Ouagadougou le 26 septembre.

Nous vous adressons particulièrement cette lettre pour confirmer l’accord que nous avons convenus au cours desdites rencontres.
Nous sommes convenus que le processus d’identification et de recensement devrait s’accélérer. Conformément à cela, nous vous serions très reconnaissant de bien vouloir signer le Décret dans les plus brefs délais, en vue de porter à 111 le nombre de magistrats autorisés à délivrer les pièces nationales d’identité, dès que le Premier Ministre mettra à votre disposition la liste desdits magistrats.
Dans le souci d’accélérer ce processus, particulièrement en vue de faciliter l’accès aux populations, voudriez–vous autoriser toutes propositions supplémentaires de la part du Premier Ministre, pourvu, bien entendu, que celles-ci soient conformes aux dispositions légales.
A cet égard, ceci signifierait de faire en sorte que les magistrats commis à la tâche devraient se rendre disponibles pour intervenir sur les sites des audiences foraines, en vue de réceptionner toutes les demandes dûment remplies par les candidats concernés.
Ces officiers pourraient alors procéder au traitement desdites demandes dans leurs lieux habituels, comme requis par la loi, et le Gouvernement devrait prendre la responsabilité de délivrer gratuitement toutes pièces nationales d’identité aux candidats.
Par la suite, nous sommes convenus que vous devriez prendre attache avec le Premier Ministre par mesure d’urgence en vue de résoudre les affaires en souffrance relatives à la liste électorale. A cet égard, nous sommes convenus qu’il était nécessaire de traiter dans l’urgence le problème de la préparation de ladite liste électorale, en vue d’envisager sa publication le plus tôt possible, et accorder ainsi l’opportunité à tous les électeurs sans exclusion aucune.
Suite à cela, nous sommes convenus que tous les partis en Côte d’Ivoire, appuyés par le Haut Représentant des Nations Unies pour les Elections, devraient urgemment tenir compte et indiquer un délai raisonnablement court pour tenir les longues prochaines élections présidentielles.
Nous sommes également convenus que le processus DDR devrait commencer sans délai supplémentaire, comme prévu dans les Accords actuels et les résolutions 1633 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Nous sommes également convenus que le Premier Ministre, appuyé par le Président de la République, devrait de façon active, encourager l’accélération des avancées obtenues lors des discussions traitant de la création d’une Nouvelle Armée. Ceci devrait être basé sur les décisions contenues dans les Accords de Linas-Marcoussis, de Pretoria et subséquentes.
A cet égard, l’Accord de Pretoria fait en avril 2005 stipule que: ‘‘ Les Chefs d’Etats Major ont été également mandatés pour formuler des recommandations spécifiques en vue de la formation d’une armée basée sur les valeurs d’intégrité et sur la moralité républicaine et la restructuration des forces de défense et de sécurité. Comme stipulé dans la paragraphe (3) de l’Accord de Linas-Marcoussis. Ces recommandations devraient être soumises au Gouvernement de Réconciliation Nationale.’’
L’Accord de Pretoria fait le 25 juin 2005 stipule que : ‘‘La réunion a pris acte de la volonté commune des Chefs d’Etats Major des deux forces armées de participer au processus DDR. Ils ont repris le dialogue militaire et retiré les armes lourdes des lignes de front. Ils ont finalisé un programme PNDDR/RC pour le pays et une feuille de route pour la réorganisation et la restauration des forces de défense et de sécurité.’’
En ce qui concerne l’autorité de la loi, et la nécessité d’éviter l’abus de pouvoir lors du processus de transition en Côte d’Ivoire, nous avons pris acte des décisions contenues dans l’accord de Linas-Marcoussis relatives à l’amendement de plusieurs lois, afin d’assurer un cadre légal acceptable et ferme qui régirait la transition.
Par rapport à cet aspect de la décision contenue dans l’Accord de Pretoria du 25 juin 2005 qui, en partie stipule:
‘‘ La réunion a exprimé le soucis selon lequel les lois n’ont pas été adoptées comme convenu dans l’Accord de Pretoria datant d’avril.
‘‘Les parties ont fait appel aux représentants de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire en vue de contribuer au processus de paix par leur assistance dans la mise en œuvre de cet Accord.
‘‘Sous cet aspect, l’Assemblée Nationale devrait adopter, le 15 juillet 2005, tous les amendements des 7 lois proposées par la Médiation, au cas échéant le Médiateur est autorisée à prendre la détermination au sujets des mesures exceptionnelles, entre autres, les ordonnances et décrets, devant être prises par le Président pour assurer le passage desdits amendements.
‘‘Lesdites lois concernent la CIE, le Financement des Partis Politiques, la Nationalité, la Commission des Droits de l’Homme, la Presse Ecrite et la Communication AudioVisuelle.’’
Nous avons apprécié le fait que subséquemment, le processus législatif s’est déroulé de telle manière que les leaders de la classe politique ivoirienne ont admis qu’il était compatible avec la lettre et l’esprit du consensus qu’ils avaient acquis plus tôt, comme stipulé dans l’Accord de Linas-Marcoussis.
Nous sommes, par conséquent, convenus de la nécessité de respecter le cadre juridique, particulièrement parce que la classe dirigeante était convenue qu’il donne une prescription légale d’une importance vitale et nécessaire pour traiter les questions importantes relatives à la sortie de crise.
A cet effet, nous avons exprimé notre respect du fait que les leaders ivoiriens aient accepté les réformes législatives, comme conformes à l’esprit de l’Accord de Linas-Marcoussis, garantir que les structures gouvernementales de Côte d’Ivoire, y compris la Présidence, n’avaient aucunement abusé de leur pouvoir pour saper une transition crédible, équitable, et généralement acceptée pour pacifier, réconcilier et unifier la nation, et pour pratiquer une démocratie sans exclusion.
Dans le contexte de ce qui précède, nous sommes également convenus, que les autorités gouvernementales de Côte d’Ivoire, devraient néanmoins, particulièrement le Premier Ministre et le gouvernement qu’il dirige user de tous les voix et moyens administratifs et réglementaires, nécessaires, compatibles avec ces lois pour aider à accélérer le processus de transition devant conduire à l’unification du pays et à l’organisation des élections nécessaires.
Nous sommes convenus par la suite que les leaders de Côte d’Ivoire devraient s’engager de toute urgence à examiner ce qui devrait être fait après le 31 octobre 2006.
Tout en reconnaissant le fait que, entre autres ; la Constitution de Côte d’Ivoire a prévu un élément important dans le cadre de la transition décidée par les leaders ivoiriens, à commencer par l’Accord de Linas-Marcoussis, nous sommes convenus que toutes dispositions de l’après octobre devraient se focaliser sur la mise en place des voix et moyens qui accéléreraient l’exécution du processus global de paix, devant aboutir le plus tôt possible à la tenue des élections démocratiques libres et transparentes dans un pays unifié.
Nous nous tiendrons, le Président Compaoré et moi-même, à votre disposition à tout instant, en vue de vous assurer une issue heureuse à ce processus, si nécessaire.
Gardant à l’esprit les relations historiques entre la Côte d’Ivoire et la France, et la contribution de cette dernière au processus de paix en Côte d’Ivoire, nous sommes également convenus qu’il était nécessaire d’œuvrer en direction de la restauration des relations bilatérales entre ces deux pays.
Nous sommes convenus, par la suite, de l’importance capitale de s’assurer qu’en ce qui concerne les fossés géographiques, politiques et autres, les populations ivoiriennes devraient œuvrer dans l’unité pour garantir le plus tôt possible, la réalisation ou l’exécution des éléments fondamentaux du processus de paix.
A cette fin, nous sommes convenus que par rapport à tous les indices importants du processus de paix en Côte d’Ivoire, il importe que le Président et le Premier Ministre accordent une attention particulière à la nécessité de faire en sorte que les populations soient proprement informées de toutes les actions envisagées.
Ils devraient, par conséquent et de manière effective, communiquer des messages forts et clairs aux populations, en donnant des informations nécessaires que les populations ont besoin de comprendre et de savoir avec certitude ce que l’avenir leur réserve.
A cet égard, nous sommes convenus que, tout en reconnaissant les responsabilités inhérentes à la qualité de tout Chef d’Etat, nous devrions néanmoins respecter le rôle spécial confié au Premier Ministre de Côte d’Ivoire, de gérer tous les éléments du processus de la transition ivoirienne et par conséquent, servir de point focal dans l’exercice de ses fonctions de chef du processus de transition, comme prévu dans l’Accord de Linas-Marcoussis et les accords subséquents.
Nous sommes convenus que, ensemble, avec la partie civile de Côte, à la fois citoyens et autres résidents, les peuples ouest africains et l’Afrique dans son ensemble partagent un intérêt urgent de la conclusion permanente, le plus tôt possible, du processus de paix en Côte d’Ivoire.
La classe dirigeante ivoirienne devrait par conséquent continuer d’œuvrer d’une manière principalement axée sur les intérêts et aspirations du peuple ivoirien, et sur les intérêts des masses ouest africaines et d’Afrique en général, pour l’unité et le progrès de l’Afrique, par-dessus tout et au-delà même des intérêts politiques personnels et légitimes des membres de la classe politique et de la classe politique nationale ivoirienne en général. A cet égard, nous sommes convenus que la sous région oust africaine et notre continent dans son ensemble continueraient d’œuvrer d’une manière qui les définissent comme faisant partie de la solution à la crise ivoirienne, plutôt qu’un problème qui vise à freiner la résolution rapide de cette crise.
Dans ce contexte, le Président Compaoré et moi, à l’instar des autres classes dirigeantes à l’échelle continentale, respectons sans équivoque le fait que l’avenir de la Côte d’Ivoire doit être déterminé par le peuple ivoirien lui-même, sous l’autorité de la classe dirigeante qu’il aura lui-même choisie librement, à tous les niveaux de responsabilités.
Néanmoins, à l’instar du reste de la classe dirigeante continentale, nous continuons d’être préoccupés par la résolution de la crise ivoirienne dans les plus brefs délais. Aussi, sommes-nous déterminés, quelque soient les difficultés, à soutenir constamment le peuple et les dirigeants de Côte d’Ivoire à rebâtir cet important pays africain en sa qualité d’exemple de leader africain en matière de paix, d’unité nationale et de réconciliation, de démocratie et de droits de l’homme, de développement, de prospérité partagée équitablement, et de relations amicales, de coopération et de solidarité particulièrement avec ses voisions.
A cet égard, nous sommes ensemble convaincus que, sans dérogation aucune, en d’autres termes, sans porter atteinte aux intérêts légitimes et à l’implication du reste de la communauté internationale au-delà des frontières africaines, y compris les Nations Unies conformément aux obligations de sa Charte, la crise ivoirienne est tout à fait un problème africain.
Nous avons la certitude que, en tant qu’africains, guidés par le peuple ivoirien, et oeuvrant ensemble avec eux, nous avons la volonté et la capacité de résoudre rapidement la crise ivoirienne.
Le principal et urgent défi auquel nous faisons face, en tant qu’africains à l’intérieur et en dehors de la Côte d’Ivoire, est de mettre en œuvre et soutenir tous les accords dans lesquels la classe dirigeante s’est engagée, et qui, nous sommes convaincus contiennent toutes les décisions importantes requises pour une résolution pacifique de la crise ivoirienne.
Aussi, devrions-nous refuser d’envisager tout échec à cet égard, comprenant par là qu’une telle issue condamnerait à la fois la Côte d’Ivoire et l’Afrique dans son ensemble, au retranchement de conflits, et à la conséquente et inévitable régression vers un passé inacceptable, gravement terni par la perte totale d’espoir et de confiance en lieu et place d’un avenir meilleur, pour les masses d’africains ordinaires que nous avons été élus pour diriger.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République de Côte d’Ivoire, l’assurance de notre plus haute fraternelle considération.

S.E. le Président Gbagbo
République de Côte d’Ivoire.


INTERVIEW DE M.SORO GUILLAUME SECRETAIRE GENERAL DES FORCES NOUVELLES SUR LA CRISE IVOIRIENNE

Lundi 9 Octobre 2006

Vingt quatre heures après le sommet de la CEDEAO sur la Côte d’Ivoire, Guillaume Soro se prononce sur la suite à donner au processus de sortie de crise. Il déplore que les principaux acteurs ivoiriens n’aient pas été invités à Abuja.

Le Patriote : Monsieur le secrétaire général des Forces Nouvelles, quel est votre commentaire sur le communiqué final du sommet d’Abuja ?

Guillaume Soro : Le communiqué final demeure succinct et ne rend pas compte des recommandations qui sont confidentielles et qui seront transmises directement aux concernés, c’est-à-dire l’Union Africaine et le Conseil de sécurité. Vous n’avez donc pas les détails des recommandations. Mais nous, nous les avons. Il n’y a pas eu globalement de rupture comme les Forces Nouvelles l’avaient souhaité. C’est-à-dire un nouveau cadre institutionnel d’autant plus que nous sommes informés que le Chef de l’Etat est encore maintenu à son poste pour une période d’un an, le Premier ministre Banny demeure à son poste. En fait, c’est le tandem qui est reconduit. Il n’y a donc pas eu de rupture. Nous avons aussi parlé de rupture au niveau de la Constitution. Ce qui n’a pas été fait, puisque la Constitution est visiblement reconduite. On nous dit qu’on a aussi décidé de renforcer les pouvoirs du Premier ministre. Mais c’est un vœu pieux. Il va falloir que sur le terrain, ça se réalise. Ce qui n’est pas vraiment évident. Nous avions déjà prévenu qu’il y aurait les mêmes tergiversations et atermoiements. Nous n’avons pas été globalement suivi par la CEDEAO dans les recommandations que nous avions faites. Personnellement, c’est une profonde déception. Cependant, il revient aux Forces politiques d’assumer le destin de notre pays. Il ne faut tout de même pas demandé aux instances que sont la CEDEAO, l’Union Africaine et les Nations Unies, de mener le combat à notre place ! C’est nous qui devons mener le combat. Je suis convaincu que si le 19 septembre on était venu demander l’avis de la CEDEAO, elle aurait dit : «ne faites pas». C’est donc aux Ivoiriens qu’il revient de continuer de mener le combat. Je m’interroge néanmoins sur le fait que la CEDEAO ne sorte pas du cycle infernal de prise d’otage, de violence, de menace etc. initié par le régime Gbagbo. Le vrai problème est que toutes les populations malienne, burkinabé, guinéenne sont prises en otage à Abidjan. La rupture devrait leur permettre de sortir de cette captivité. Malheureusement, ce n’est pas fait et nous, nous allons continuer de nous battre. Nous n’avons pas été suivis. Mais je me souviens qu’il y a trois ans, nous étions encore moins suivis que ça. Mais notre devoir est de continuer à parler, à expliquer et à faire partager notre position.

L.P : Vous étiez annoncé à cette rencontre d’Abuja, finalement on ne vous a pas vu. N’est-ce pas votre absence qui a fait que les Chefs d’Etat ne vous ont pas suivi ?

G.S. : J’étais attendu à Abuja pour rencontrer le Président Obasanjo avec qui j’ai discuté jusqu’à tard dans la nuit, la veille du sommet. Ceci dit, à New York déjà, Monsieur Alassane Ouattara avait demandé que si daventure des mesures devaient être arrêtées, en ce qui concerne la Côte d’ivoire, que la classe politique ivoirienne soit conviée. Malheureusement je ne crois pas que la CEDEAO ait invité la classe politique à cette réunion. J’ai le sentiment qu’il s’est produit une véritable injustice et un déséquilibre quand, seuls Monsieur Gbagbo et le Premier ministre ont été invités. Et visiblement les décisions n’ont été prises qu’avec l’accord de Gbagbo, qui est une partie prenante au conflit. Et l’autre partie n’a pas eu la possibilité de discuter et de donner ses arguments. Mais si les acteurs de la CEDEAO peuvent prétendre connaître notre position, cela n’a rien à voir avec le fait que nous puissions avoir cette possibilité de les expliquer directement. Je pense que les Chefs d’Etat de la CEDEAO ont pris des mesures, ils les ont prises en toute indépendance, autonomie et intelligence. Je n’ai pas de commentaires à faire là-dessus. Je note simplement, comme je l’ai dit, que les positions des Forces Nouvelles n’ont pas été suivies. Et c’est une grande déception pour nous.

L.P : Si demain ces décisions venaient à être endossées par l’Union Africaine puis entérinées par le Conseil de sécurité des Nations Unies, croyez-vous que le tandem Gbagbo-Banny peut assumer et mener la Côte d’Ivoire à des élections ?

G.S. : Vous savez, quand je vais parler, on dira que Guillaume Soro est un oiseau de mauvais augure. Mais, ma position est très claire et elle est de dire que tant qu’on va être dans les compromis et les compromissions, on n’ira nulle part. Déjà aux lendemains de l’adoption de la résolution 1633 nous étions les seuls à avoir interpeller le Secrétaire général des Nations unies pour lui dire que cette résolution conduirait les Ivoiriens à une nouvelle aventure. Si l’Union Africaine, le Conseil de sécurité, n’arrivait pas, à certains points des recommandations de la CEDEAO, à rectifier le tir, je suis convaincu qu’on va embarquer les Ivoiriens dans une nouvelle aventure malheureuse. On parle du Premier ministre qui aura les pouvoirs. Je dis que c’est un vœu pieux. Parce que je ne vois pas comment, Gbagbo que nous connaissons puisse laisser des pouvoirs utiles et nécessaires au Premier ministre dans l’exécution de sa mission. Alors voilà, on est parti pour un an de tergiversations. En ce qui concerne les Forces Nouvelles, nous n’avons pas grand-chose à faire. Qu’est-ce qu’on nous demande ? On nous demande de faire le pré-regroupement que nous avons fait, ensuite les accords nous demandent de participer à la restauration à la refonte de l’armée, ce pour quoi d’ailleurs nous sommes totalement disponibles. Ce n’est qu’après cela qu’il y aurait le regroupement concomitant avec les FDS. Bon ! Le désarmement et le démantèlement des milices, c’est autre chose. Donc vraiment, nous n’avons pas grand-chose à faire.

L.P : Le chef de l’Etat Laurent Gbagbo exige que le débat sur la résolution de la crise soit réorientée vers le désarmement des Forces Nouvelles.

G.S. : C’est de la propagande et c’est de bonne guerre. Gbagbo, en le disant n’y croit pas un traître mot. Le FPI en le scandant tous les jours dans les journaux n’y croit pas non plus. Ce n’est même pas intelligent de croire à ça. Ceci dit, je m’en tiens aux accords. La CEDEAO a visiblement demandé l’application des accords. L’application des accords prévoit que Mangou Philippe et Bakayoko Soumaïla pré-regroupent en même temps et qu’ils soient désarmés en même temps. Personne ne se dérobera à sa responsabilité. Maintenant que le FPI scande et désinforme en faisant croire que ce sont les Forces Nouvelles qui vont désarmer, c’est une lubie, c’est un leurre, et je leur demande de se réveiller. Parce que ce ne sera jamais comme ça. Et personne ne pourra contraindre les Forces Nouvelles à rompre l’application des accords. Donc, pour nous ce n’est pas un sujet. Les accords disent qu’il faut restaurer le point f de l’accord de Linas Marcoussis qui dit que dès que le gouvernement est mis en place, il procède immédiatement à la restauration et à la refonte de l’armée. C’est une revendication incontournable qui a été résolue par l’accord global qui est Marcoussis. Donc à partir de là, nous, nous sommes tranquille et serein. Mais nous savons fondamentalement, vous le savez aussi, et la CEDEAO sait que Gbagbo veut demeurer au pouvoir, il ne veut participer qu’à des élections qui le donnent gagnant d’avance. A partir de là, le jeu démocratique se trouve donc interrompu et impossible à réaliser. Voilà le problème de la Côte d’ivoire. Ce n’est pas autre chose, ce n’est pas le désarmement. Non ! Le problème de la Cote d’ivoire c’est que nous avons un leader en la personne de Gbagbo qui veut rester au pouvoir sans élections ou à l’occasion d’élections truquées. Le vrai problème de la Cote d’ivoire, ce n’est pas d’avoir connu la guerre. Vous-mêmes, vous savez que beaucoup de pays de la sous-région ont connu la guerre ou subi des coups d’Etat. Au Mali, ATT a fait un coup d’Etat qui a abouti à la démocratie. Au Burkina, il y a eu plusieurs coups d’États qui ont abouti à la démocratie. Au Nigeria, il y a eu une rébellion qui a conduit à la fédération de la République du Nigeria. Le problème ce n’est pas de faire un coup d’Etat ou de ne pas faire un coup d’Etat. Le problème, c’est de savoir si on a un leader intelligent et capable de tirer les leçons de la guerre, un leader capable de conduire notre pays à la réconciliation et à la démocratie. Visiblement, Gbagbo ne peut pas. C’est pourquoi nous avons dit qu’il faut le mettre de côté. Le jeu démocratique s’impose à nous.

L.P : Désespérez vous donc de la communauté internationale ? Si non, Quel appel lui lancez-vous pour la fin octobre ?

G.S. : Je n’ai pas à désespérer de la Communauté internationale. Parce qu’il faut que les leaders ivoiriens assument leur responsabilité. On ne peut pas demander à la communauté internationale de venir enlever Gbagbo du pouvoir à notre place. Ce n’est pas cela son travail de venir enlever Gbagbo pour nous. C’est à nous d’enlever Gbagbo. Si on comprend ça, on ne peut pas être déçu de la communauté internationale. En revanche, ce pour quoi nous indexons la même communauté internationale parce que nous, Forces Nouvelles, nous avions décidé d’enlever Gbagbo et la communauté internationale nous a demandé de stopper. Elle s’est invitée dans cette guerre. Elle est venue pour, dit-elle, séparer et faire la paix. Or nous avons remarqué pour l’instant que tous les remèdes qu’elle nous apporte pour faire la paix ne marchent pas. Quand on n’a pas la capacité de séparer un combat on ne se met pas au milieu. Voilà le reproche fondamental que nous faisons. Nous ne demandons pas à la communauté internationale de se substituer à nous dans le cadre du combat que nous menons. Mais en même temps, lorsque vous dites que vous venez séparer les gens, il faut avoir la force et les moyens de faire la paix. Ce dont la communauté internationale ne nous a pas convaincu. Les solutions qui sont en train d’être échafaudées ici et là ne sont pas la rupture que nous avons souhaitée. La rupture que nous avons souhaitée n’a pas été adoptée par la CEDEAO. A partir de là, je peux dire que je suis profondément déçu.

L.P : Vous semblez pessimiste.

G.S. : Je n’ai pas à être pessimiste ou optimiste, je suis réaliste. Et mon réalisme me conduit à dire que les mêmes causes produisant les mêmes effets, si on a une1633 bis, ça ne peut que conduire à la même aventure.

L.P : On vous a vu seul à Bucarest, de même qu’ici à Abuja. L’opposition politique est absente, Fait-elle la politique du fauteuil vide ?

G.S. : L’opposition politique et l’opposition armée ont chacune un rôle à jouer. Je dis simplement que l’opposition politique en Côte d’ivoire et l’opposition armée doivent comprendre que personne ne viendra enlever Gbagbo à leur place. Si on ne veut pas que Gbagbo soit au pouvoir, c’est à nous de nous organiser pour qu’il parte. Maintenant si on ne peut pas faire cela, il ne faut pas demander à la communauté internationale de venir faire la paix à notre place. Nous avions proposé une rupture avec le cadre institutionnel actuel et puis avec la Constitution. Au départ, c’était plus difficile de faire accepter cette rupture. Et c’est ce qui m’a amené à Bucarest et à Abuja pour expliquer jusqu’au dernier Chef d’Etat ce que nous attendons par rupture. Maintenant avec la nouvelle technologie, les uns et les autres ont largement la possibilité d’expliquer au monde ce qu’il désire. Mais, moi, je fais du travail de proximité parce que c’est ce que les Forces Nouvelles m’ont demandé de faire. Et je pense que j’ai accompli cette tâche.

KIGBAFORY Inza à ABUJA


SOMMET DE LA CEDEAO SUR LA CRISE IVOIRIENNE / DISCOURS DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO

Lundi 9 Octobre 2006

Le Sommet des Chefs d'Etat de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) qui s'est tenu le vendredi dernier à Abuja (Nigeria) a donné l'occasion au président Gbagbo d'instruire ses homologues sur la réalité de la situation en Côte d'Ivoire.
Voici le document qu'il a préparé à l'intention de ses homologues et dont il a présenté les grands axes au cours du huis clos qui a suivi la cérémonie d'ouverture.

Vendredi 06 octobre 2006

Excellence Monsieur le Président de l'Union Africaine,
Excellence Monsieur le Président de la CEDEAO,
Madame et Messieurs les Chefs d'Etats et de gouvernement des pays membres de notre organisation sous régionale,
Mesdames et Messieurs les chefs de délégations représentant les Chefs d'Etat ou de gouvernement de leurs pays respectifs,
Mesdames et Messieurs,
Mon pays, la Côte d'Ivoire, est en crise depuis le 19 septembre 2002.
Ce qui arrive à la Côte d'Ivoire est le cas typique du coup d'Etat avorté qui, avec le soutien de puissances étrangères, s'est mué en rébellion. C'est un coup d'Etat avorté et le monde entier, dès sa survenance, l'a identifié comme tel et l'a condamné.
Au niveau national, je citerai les condamnations de ce coup d'Etat :
Le 12 décembre 2002, par les partis politiques représentés à l'Assemblée nationale, dans une déclaration commune dont voici un extrait : “Nous, PDCI-RDA, FPI, PIT, RDR, UDPCI, UDCY, MFA, partis politiques présents à l'Assemblée nationale, au Gouvernement, au Conseil économique et social, dans les Conseils généraux et dans les Conseils municipaux, condamnons à nouveau la tentative du coup d'Etat du 19 septembre 2002 et toute forme de conquête et d'exercice du pouvoir d'Etat par la force”.
Au niveau sous régional, les condamnations du coup d'Etat ont été nombreuses et variées.
Le 20 septembre 2002, au lendemain de la tentative du coup d'Etat, le Docteur Mohamed Ibn Chambas, Secrétaire exécutif de la CEDEAO, l'a condamnée en expliquant que “tout accès au pouvoir doit se faire à travers des élections libres, justes et transparentes”.
Le même jour, en visite à Paris, le Président Abdoulaye Wade, Président en exercice de la CEDEAO, a “condamné la tentative de coup d'Etat, et lancé un appel solennel pour le retour au calme et un respect scrupuleux de l'ordre constitutionnel dans ce pays frère et ami ”.
Le 22 septembre 2002, la CEDEAO a diligenté une mission en Côte d'Ivoire composée des représentants des Chefs d'Etat du Ghana, du Nigeria et du Togo, qui ont affirmé leur “ferme rejet de toute action visant au changement anticonstitutionnel dans les pays de la sous-région et (leur condamnation de) l'agression perpétrée contre le gouvernement et le peuple de Côte d'Ivoire ”.
Le 24 septembre 2002, Monsieur Idrissa Seck, Directeur de cabinet du Président Wade, a appelé au “ retour rapide à la paix, au calme, à la règle de droit et au respect de l'ordre constitutionnel, ainsi qu'à la prise en charge du pays par les autorités légales”.
Le 29 septembre 2002, un sommet extraordinaire de la CEDEAO s'est tenu à Accra. Ce sommet réunissait les Chefs d'Etat suivants : Blaise Compaoré du Burkina Faso;Verona Rodrigues Pires du Cap Vert ; John Kufuor du Ghana ; Koumba Yala de Guinée Bissau ; Charles Taylor du Liberia ; Amadou Toumani Touré du Mali; Mamadou Tandja du Niger ; Olusegun Obasanjo du Nigeria; Abdoulaye Wade du Sénégal; Gnassingbé Eyadéma du Togo.
Mme AÏssatou Njie, Vice- Président de la Gambie, M. Bruno Amoussou, ministre d'Etat au Bénin, M. François Fall, Ministre des Affaires étrangères en Guinée, Mohamed Lamine Camara, Vice-ministre des Affaires étrangères en Sierra Leone y représentaient respectivement le Président Yaya Jameh de Gambie, le Président Mathieu Kérékou du Bénin, le Président Lansana Conté de Guinée et le Président Tejan Kabbah de la Sierra Léone.
Ce sommet s'est tenu en présence de : M. Thabo Mbeki, Président de la République d'Afrique du Sud et Président en exercice de l'Union africaine; M. Amara Essy, Président de la Commission de l'Union africaine; M. Ahmadou Ould Abdallah, représentant le Secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest.
Ce sommet, qui est connu aujourd'hui sous l'appellation d'Accra I, a “fermement condamné la tentative de remise en cause de la démocratie et de la légalité constitutionnelle en Côte d'Ivoire” et “réaffirmé la position de la CEDEAO au terme de laquelle aucune reconnaissance ne sera accordée à tout gouvernement qui prendra le pouvoir à un gouvernement démocratiquement élu ou en utilisant des moyens anticonstitutionnels”.
Le 31 janvier 2003, lors de la 26ème session ordinaire de sa Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement, la CEDEAO a, au point 44 du communiqué de cette session, “réaffirmé (son) soutien au Président légitime de la Côte d'Ivoire, Son Excellence Laurent Gbagbo”.
La quasi-totalité des Chefs d'Etat qui présidaient aux destinées de leur pays quand la CEDEAO, notre organisation sous régionale, avait pris ces décisions sont encore en place. Je les ai cités tout à l'heure.
L'Union africaine n'est pas demeurée muette sur cette tentative de coup d'Etat.
En effet, le 24 septembre 2002, cette organisation a publié un communiqué par lequel elle a “condamné fermement la tentative de remise en cause de la légalité constitutionnelle en Côte d'Ivoire et exprimé son soutien et sa solidarité au gouvernement et au peuple de Côte d'Ivoire”.
Le 27 septembre 2002, le Président de la Commission de l'Union africaine, Monsieur Amara Essy, a, dans une déclaration faite à Abidjan, indiqué qu'“on ne peut pas aujourd'hui accepter que des insurgés prennent le pouvoir par des coups d'Etat”.
L'ONU a, dès le 24 septembre 2002, par M. Ahmedou Ould Abdallah, représentant le Secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, condamné le coup d'Etat en ces termes : “Le coup de force est un “gâchis”; on n'avait pas besoin de ce qui vient de se passer d'autant que toute crise finit par être dépassée. (...). L'Afrique de l'Ouest, en général, et la Côte d'Ivoire, en particulier, n'ont pas besoin d'instabilité, personne n' y gagne, ni les opposants, ni les autorités de cette région”. L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), par son Secrétaire Général, M. Boutros Boutros, Ghali, a, dans un communiqué publié à Paris, dit que “la voie des armes n'est jamais un moyen légitime d'exprimer ses revendications sociales”.
Ainsi, la France par une déclaration de M. Pierre André Witzer, Ministre français délégué à la Coopération, recueillie sur les antennes de la radio publique française RFI, le 20 septembre 2002, a affirmé qu'il est “dans l'intérêt de tous les Ivoiriens qu'ils puissent vivre, travailler, progresser dans le cadre et le respect des libertés publiques et des institutions”.
Pour sa part, le 15 décembre 2002, M. Dominique De Villepin, Ministre des Affaires étrangères de la France, dénonçait “les ingérences extérieures en Côte d'Ivoire ”. De même, les Etats-Unis d'Amérique ont, le 09 octobre 2002, par la voix de M. Walter Kansteiner, Secrétaire d'Etat adjoint aux Affaires africaines, affirmé que “les Etats-Unis d'Amérique ont , à plusieurs reprises, condamné les tentatives de renversement du gouvernement par des forces militaires” et ajouté que “dans une société démocratique, les différends doivent être réglés au sein d'un processus politique démocratique”.
Excellences Madame et Messieurs les Présidents,
la CEDEAO, notre organisation sous régionale, en plus des condamnations que je viens d'énumérer, a entrepris des actions au début de la crise en Côte d'Ivoire :
Elle a d'abord mis à contribution son Président, notre homologue le Président Wade qui, par le canal de M. Cheik Tidiane Gadio, son Ministre des Affaires étrangères, a obtenu, le 17 octobre 2002, un cessez-le-feu avec ce qui, du fait de l'échec du coup d'Etat, s'était mué en rébellion.
La CEDEAO a mis, en outre, sur pied, à Accra, le 29 septembre 2002, un Groupe de contact, dont le Président, feu Gnassingbé Eyadéma (paix à son âme), a entrepris des négociations en vue d'aboutir à la paix entre la rébellion et les autorités ivoiriennes.
J'ai personnellement composé la délégation qui s'est rendue à Lomé. Elle était présidée par M. Laurent Dona Fologo, figure politique de premier plan en Côte d'Ivoire, Président du conseil économique et social et membre du PDCI RDA. Elle comprenait des membres du Gouvernement et des parlementaires issus des partis politiques représentés à l'Assemblée nationale et au Gouvernement. Elle comprenait, également, des officiers de l'Armée ivoirienne, de la Police, et de la Gendarmerie, des membres du Conseil économique et social et d'autres corps de l'Etat.
J'ai particulièrement apprécié les négociations menées par feu le Président Gnassingbé Eyadéma qui mettait un point d'honneur à m'informer de l'état des médiations et affichait une réelle volonté de parvenir à la paix.
Autant j'ai fondé beaucoup d'espoir en la médiation africaine du Président Gnassingbé Eyadéma, autant j'ai profondément déploré l'abandon par la CEDEAO, par l'Afrique, de la résolution d'un conflit dans un pays africain.
En effet, alors que le Président Gnassingbé Eyadéma menait sa négociation et que lui-même et la presse annonçaient un accord dont la signature devait intervenir dans les heures à venir, la France a annoncé la convocation et la tenue à Paris d'une table ronde sur la crise ivoirienne, mettant du coup fin aux négociations prometteuses et africaines du Président Eyadéma.
Je suis convaincu que si le règlement de la crise ivoirienne était demeuré à la CEDEAO, nous aurions certainement déjà obtenu la paix dans mon pays.
Malheureusement, le règlement de cette crise africaine a été laissé à la France qui a convoqué, pour mettre fin à une rébellion dans un Etat, les dirigeants de cette rébellion et les partis politiques qui sont des associations privées dont le but est de prendre le pouvoir.
Pourquoi les autorités françaises ont-elles ignoré les autorités étatiques ivoiriennes pour présider à la conclusion d'un accord entre partis politiques et rébellion et légitimaient de ce fait même la rébellion ? L'histoire nous permettra un jour de répondre à cette question.
En tout état de cause, aussitôt terminée la table ronde de Paris dénommée Table ronde de Linas-Marcoussis, parce qu'elle s'est déroulée dans un stade du même nom, centre d'entraînement de rugby, la France a convoqué à Paris, au Centre Kléber, une conférence dite Conférence internationale sur la situation en Côte d'Ivoire, qui m'a demandé d'accepter l'Accord de Marcoussis.
Pour le résumer, l'Accord de Marcoussis me demandait la prise des mesures suivantes : la dissolution du Gouvernement de large ouverture que je venais de former le 5 août 2002 et qui comprenait des membres de tous les partis politiques représentatifs de la Côte d'Ivoire ; la nomination d'un Premier ministre dit de consensus ; la formation d'un gouvernement dit de Réconciliation nationale comprenant des membres de la rébellion et des membres des partis politiques ayant pris part à la Table ronde de Marcoussis ; la prise de mesures législatives dans les domaines suivants : l'identification des personnes et le séjour des étrangers ; les Droits de l'Homme ; le Code foncier rural ; le statut des partis politiques et de l'opposition ; le régime électoral ; le régime juridique de la presse ; la nationalité.
L'Accord de Marcoussis me demandait également la prise d'autres mesures, notamment : la modification de la Constitution afin de rendre éligible l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara, au sujet de qui la plus haute juridiction de Côte d’Ivoire avait rendu une décision d'inéligibilité ; la délégation de pouvoirs au Premier ministre pour accomplir ses tâches; une loi d'amnistie pour mettre en confiance les rebelles et leur permettre de faire partie du Gouvernement, mais surtout pour leur permettre d'accomplir sans crainte pour leur vie et leur liberté la seule obligation qui a été mise à leur charge par l'Accord de Linas-Marcoussis : le désarmement.
L'Accord de Linas-Marcoussis ne demandait en effet qu'une seule chose aux rebelles : désarmer pour permettre la réunification du pays en vue des élections, la Constitution de la Côte d'Ivoire n'autorisant la tenue d'aucun scrutin politique en situation d'atteinte à l'intégrité du territoire. Cela, le Conseil constitutionnel de Côte d'Ivoire, par un avis n°003/CC/SG daté du 17 décembre 2003, l'a confirmé en édictant que “la situation que connaît la Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002 est une atteinte à l'intégrité du territoire (...) ; qu'en conséquence, il ne peut se (...) être (...) procédé à une consultation du peuple sur tout ou partie du territoire ”.
Dès mon retour de la Conférence de Kléber, j'ai livré un message à la Nation ivoirienne pour lui demander d'accepter l'Accord de Linas-Marcoussis pour obtenir la paix et la réunification du pays de la même manière qu'un malade accepte un médicament très amer pour guérir de sa maladie.
Mesdames et Messieurs,
Je ne cacherai jamais qu'au moment où j'accédais au pouvoir en octobre 2000, la Côte d'Ivoire avait de vieux et profonds problèmes résultant de la gestion de ce pays par mes prédécesseurs.
Je vais citer quelques -uns de ces problèmes :
-Le premier est la question de l'immigration et une forte présence d'étrangers en Côte d'Ivoire.
-Le deuxième est lié à l'utilisation des étrangers à des fins politiques.
-Le troisième est la manipulation à des fins politiciennes des sentiments ethniques et religieux par les hommes politiques.
-Le quatrième résulte de l'identification des personnes habitant en Côte d'Ivoire et qui est une question toujours pendante ces quinze dernières années.
-Le cinquième problème est la rivalité entre les héritiers politiques d'Houphouet-Boigny que sont le Président Henri Konan Bédié, le général Guéi et l'ex-Premier ministre Alassane Dramane Ouattara.
C'est pour résoudre toutes ces contradictions et bien d'autres encore que, dès ma prestation de serment, j'ai formé un gouvernement d'ouverture dont seul le RDR, parti d'Alassane Dramane Ouattara, a refusé de faire partie.
J'ai rencontré à Yamoussoukro l'ex-président Henri Konan Bedié, l'ex-Premier ministre Alassane Dramane Ouattara et l'ancien chef d'Etat, le général Robert Guéi pour amorcer la décrispation.
J'ai organisé un Forum de la réconciliation nationale présidé par l'ex-Premier ministre Seydou Diarra, au cous duquel tous ceux qui avaient quelque chose à dire et quelque grief à formuler contre quelqu'un ou contre la société l'ont librement et publiquement exprimé, les débats étant retransmis en direct par la télévision et la radio nationales.
J'ai mis en place une politique de décentralisation pour impulser le développement, certes, mais, également, pour émietter le pouvoir et absorber les ambitions.
J'ai formé un gouvernement de très large ouverture le 5 août 2002, auquel le RDR a accepté enfin de faire partie, après la tenue du Forum de réconciliation nationale. Tous les leaders politiques qui s'étaient volontairement exilés ou avaient été contraints à l'exil par le fait du général Robert Guéi sont rentrés en Côte d'Ivoire. J'ai eu la conviction, à ce moment-là, que l'on pouvait maintenant s'attaquer aux questions de développement.
C'est pourtant à ce moment-là que l'on a tenté de me renverser, le 19 septembre 2002, soit 45 jours exactement après la formation du gouvernement de large ouverture du 5 août 2002.
Excellences Madame et Messieurs Mes Présidents, Messieurs les Chefs de gouvernement, Mesdames et Messieurs les chefs de délégation, Mesdames et Messieurs,
Ayant décidé d'appliquer l'Accord de Marcoussis, j'y m'y suis attaqué résolument.
Les unes après les autres, j'ai fait adopter les lois issues de l'accord de Marcoussis dont la loi d'amnistie par l'Assemblée nationale, après avoir formé le gouvernement de réconciliation nationale en mars 2003. L'année 2003 s'est écoulée et nous tendions vers la fin de l'année 2004 sans que le désarmement prévu par l'Accord de Marcoussis pour être fait dès après la formation du gouvernement de réconciliation nationale n'ait commencé. Les rebelles, dont c'est la seule obligation, ont rejeté toute idée de désarmement au motif que le Premier ministre du gouvernement de réconciliation nationale n'a pas suffisamment de pouvoirs.
Une conférence de haut niveau a été convoquée par le Secrétaire général de l'Onu d'abord à Addis Abeba en marge de la conférence de l'Union africaine et, ensuite, à Accra, en présence de nombreux chefs d'Etat africains et du Secrétaire général de l'ONU lui-même.
Au cours de cette conférence, le Premier ministre Seydou Diarra a reconnu que les pouvoirs qui lui ont été délégués suffisaient à lui permettre de remplir sa mission. Cela est clairement indiqué dans l'Accord dit d'Accra III qui a sanctionné cette réunion tenue le 30 juillet 2004 à Accra.
L'Accord d'Accra III a prescrit, en outre, que les rebelles devaient avoir désarmé au plus tard le 15 octobre 2004. A l'approche de cette date, les rebelles ont déclaré rejeter toute idée de désarmement et se sont mis à narguer la Nation.
J'ai alors engagé mon armée à libérer le pays et à le réunifier. Des bombardements aériens ont été faits qui, selon un rapport de l'ONUCI du 9 novembre 2004, ont ciblé parfaitement des objectifs purement militaires. Mes troupes étaient déjà à Bouaké sans avoir rencontré la moindre résistance, Soro Guillaume s'étant réfugié à Lomé, ses combattants ayant disparu quand la France a annoncé la mort de neuf de ses soldats et a tenu l'Armée de l'air ivoirienne pour responsable.
Le Président français Jacques Chirac, sans même demander une enquête, a fait détruire au sol les avions de l'Armée de l'air ivoirienne et bombarder la résidence de feu Houphouet-Boigny à Yamoussoukro et le Palais présidentiel à Abidjan.
Dans le même temps, les pilotes de l'avion incriminé, des experts biélorusses, ont été capturés, puis relâchés par l'Armée française à Abidjan.
Les Ivoiriens sont descendus dans la rue pour protester contre le comportement de la France. Les soldats français ont ouvert le feu à plusieurs reprises sur la foule de manifestants non armés, parfois même à partir d'hélicoptères. Il y a eu des dizaines de morts et des centaines de blessés. Le processus de paix a été de nouveau bloqué.
Je voudrais quand même indiquer à l'intention de tous qu'après bientôt deux ans depuis la survenance de ces faits, la justice française n'a toujours pas clôturé, achevé ses enquêtes et les forces françaises continuent de faire obstacle à une enquête des autorités judiciaires ivoiriennes.
C'est dans ces circonstances qu'est arrivé le Président sud africain, Son Excellence Monsieur Thabo Mbeki, en qualité de Médiateur de l'Union africaine dans la crise ivoirienne. Il a été désigné par le Président Olusegun Obasanjo, alors Président de l'Union africaine.
Je ne connaissais pas le Président Thabo Mbeki avant sa nomination dans les fonctions de Médiateur dans la crise que vit mon pays depuis septembre 2002. Il est arrivé à Abidjan une première fois, le 9 novembre 2004, pendant que les soldats français tuaient les Ivoiriens. Il est retourné le jour-même. Il est revenu quelque temps après pour passer quatre jours en Côte d'Ivoire à rencontrer, à consulter et à parler avec les protagonistes.
Quand il a compris par lui-même la complexité du conflit ivoirien et en a relevé les blocages, il a établi une feuille de route qu'il a laissée aux différentes parties, avant de se retirer. Après l'exécution de cette feuille de route que, du reste, j'avais été le seul à exécuter, le Président Thabo Mbeki a convoqué les parties à Pretoria pour trouver un accord de paix. Pendant trois jours, les véritables protagonistes au conflit ont parlé et se sont parlé. Il en est résulté l'Accord dit de Pretoria.
Comme tous les autres accords, celui de Pretoria était tout aussi simple et mettait à ma charge des concessions les unes aussi incroyables que les autres.
Ainsi, pour obtenir la paix pour notre pays à tous et à la demande de mes opposants :
-je devais accepter qu'à titre exceptionnel, une commission électorale composée des parties politiques et des mouvements rebelles soit mise sur pied en lieu et place de la Commission électorale prévue par la loi, avec à la clé une majorité de voix délibérantes pour les rebelles et les partis politiques qui les soutiennent. A ce jour, ladite commission a été mise sur pied; la rébellion et l'opposition civile y sont majoritaires et elle est dirigée par un membre du PDCI RDA ;
-je devais donner à mes opposants civils et armés la direction de la chaîne publique de télévision et de radio. Ils disposaient ainsi de la télévision et de la radio qu'ils avaient créées à Bouaké et de celles que j'avais préservées de leurs attaques à Abidjan ;
-je devais accepter, en usant des pouvoirs exceptionnels que me confère l'article 48 de la Constitution ivoirienne en ma qualité de Président de la République, de conférer à Monsieur Alassane Dramane Ouattara l'éligibilité à la Présidence de la République. Celle-ci lui avait été refusée en octobre 2000 à l'occasion des élections qui m'ont porté au pouvoir, donc avant mon élection.
Alassane Dramane Ouattara est donc éligible aujourd'hui en vertu de la décision que j'ai prise suite à la mise en œuvre de l'article de la Constitution ivoirienne et seulement en vertu de cette décision ;
-je devais, enfin, accepter la désignation par l'ONU d'un Haut représentant aux élections chargé de garantir l'impartialité du processus électoral, organe qui n'existe nulle part dans le monde.
En contrepartie de tout cela, la rébellion devait accepter de désarmer.
Dans la même période, et sous l'impulsion du Médiateur, le Parlement ivoirien a conduit et achevé le programme de réformes législatives qui avait été proposé par l'Accord de Marcoussis. Ainsi, à la date du 17 décembre 2004, les 12 lois suivantes avaient été adoptées : la loi portant amnistie, la loi relative à l'identification des personnes et au séjour des étrangers en Côte d'Ivoire ; La loi portant création, organisation et fonctionnement de la Commission nationale, des Droits de l'Homme, la loi modifiant la loi relative à l'identification des personnes et au séjour des étrangers, la loi autorisant le Président de la République à ratifier le protocole sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d'établissement, la loi portant modification de l'article 26 du Code foncier rural, l a loi portant déclaration du patrimoine du Président de la République, la loi relative au financement des partis et groupements politiques et des campagnes électorales sur fonds publics , la loi modifiant celle portant composition, organisation, attribution et fonctionnement de la Commission électorale indépendante, la loi portant régime juridique de la presse écrite, la loi portant régime juridique de la communication audiovisuelle, la loi complétant et modifiant le Code de la nationalité.
Quand ces lois ont été adoptées par l'Assemblée nationale, la rébellion et l'opposition ont estimé que l'Assemblée nationale ne s'était pas conformée à l'esprit et à la lettre de l'Accord de Linas-Marcoussis. Devant la persistance de ce débat, le Président Thabo Mbeki a commis des juristes burandais en vue d'examiner le grief fait à ces lois. Au vu des conclusions de ces experts, le Médiateur m'a demandé d'user de l'article 48 de la Constitution me conférant des pouvoirs exceptionnels pour modifier les lois votées par l'Assemblée nationale.
Je l'ai fait le 15 juillet 2005 en prenant six (6) décisions. Ces décisions ont modifié les lois concernant la Commission électorale, le financement des partis politiques, la nationalité, l'Identification des personnes et le séjour des étrangers, la Commission des Droits de l'Homme et la naturalisation.
Après ces modifications, les rebelles et l'opposition ont déclaré au Médiateur que certaines dispositions des décisions que j'avais prises n'étaient pas précises. Ils ont même rédigé à l'intention du Médiateur des modèles de dispositions à intégrer aux textes que j'avais pris.
Toujours à la demande du Médiateur, j'ai pris, le 29 août 2005, trois décisions apportant des précisions aux lois sur la Commission électorale, la naturalisation et la nationalité.
Fort de tout cela, le Président sud-africain, faisant le rapport de sa médiation devant le Conseil de Sécurité de l'ONU, a pu dire, le 31 août 2005, que le Président de la République de Côte d'Ivoire avait entièrement appliqué tous les accords signés et que, de tous les signataires, il était le seul à avoir tenu sa part d'engagements. Au nom du Médiateur et Président sud- africain, son Ministre de la Défense a déposé devant le Conseil de Sécurité en ces termes : “Tous les accords nécessaires pour lever les obstacles à l'application des accords ont été finalisés” et “les décisions prises par le Conseil de Sécurité, selon lesquelles toute personne qui fait obstruction à l'application des accords fera l'objet de sanctions, doivent être appliquée”.
Ce que voulait ainsi dire le Médiateur, c'est qu'il ne reste plus que le désarmement à faire et que les rebelles et l'opposition qui ne veulent pas de ce désarmement font obstacle à l'application des accords et doivent être sanctionnés. Cela n'a jamais été fait.
Une campagne médiatique sale et détestable est aujourd'hui menée par la rébellion, les partis politiques qui la soutiennent et tous ceux qui, à l'extérieur de la Côte d'Ivoire, apportent leur appui aux rebelles en leur fournissant passeports diplomatiques, argent, relations et moyens de locomotion.
Selon cette campagne, Thabo Mbeki serait devenu partial et partisan à mon profit.
Lorsque le Président sud -africain a été nommé, tout le monde a applaudi des deux mains, de la rébellion aux partis politiques qui la soutiennent en passant par toutes les organisations internationales dont la Côte d'Ivoire est membre. Il a fait son travail avec sérénité et détermination, malgré les attaques verbales dont il a été injustement et régulièrement l'objet. Il a agi avec tact, respect et diplomatie vis-à-vis de ses interlocuteurs et a obtenu, grâce à cela, des résultats. On ne l'a jamais vu ni entendu faire des déclarations publiques contre l'une des parties en conflit.
C'est un très bon médiateur et un fier Africain. Je n'accepterai pas que son nom soit, avec légèreté, traîné dans la boue parce qu'il ne s'est pas joint à ceux qui ne sont dans le processus de sortie de crise en Côte d'Ivoire que pour renverser Gbagbo.
Je n'accepterai pas non plus que les rebelles et les partis d'opposition qui ont profité de Thabo Mbeki pour obtenir éligibilité, direction de la radio et télévision et majorité à la CEI le paient avec l'ingratitude qui caractérise les gens de peu d'honneur.
Après le rapport du Médiateur devant le Conseil de Sécurité de l'ONU, le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine a convoqué une réunion le 6 octobre 2005 à Addis Abeba et a produit un communiqué qui a constitué la substance de la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité. A la fin de ce communiqué, le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine a décidé de demeurer “saisi de la question” ivoirienne.
Aussi, les travaux de notre sommet de ce jour, que chacun le comprenne bien, seront-ils adressés au Conseil de Sécurité et de Paix de l'Union africaine ici présent.
Que dit la Résolution 1633?
Après avoir rappelé son attachement au respect de la souveraineté, de l'indépendance, de l'intégrité territoriale et de l'unité de la Côte d'Ivoire, l'Onu, par la Résolution 1633, considère:
Au paragraphe 12 :
“que des mesures additionnelles sont requises afin d'accélérer la mise en œuvre de certaines des dispositions des Accords de Linas-Marcoussis, d'Accra III et de Pretoria, en particulier l'opération de désarmement, démobilisation et réintégration, le démantèlement et le désarmement des milices et l'établissement des conditions nécessaires à la tenue d'élections libres, régulières, ouvertes et transparentes, y compris en ce qui concerne l'opération d'identification et d'inscription des électeurs”.
Elle demande, au paragraphe 13 :
“En conséquence que le Groupe de travail international, GTI, élabore dès que possible une feuille de route, en consultation avec toutes les parties ivoiriennes, en vue de tenir des élections libres, régulières, ouvertes et transparentes dès que possible et au plus tard le 31 octobre 2006, qui traiterait en particulier des questions suivantes :
-la nomination d'un nouveau Premier ministre, conformément aux dispositions du paragraphe 5 ci-dessus ; la mise en œuvre de toutes les questions en suspens auxquelles il est fait référence au paragraphe 12 ci-dessus, rappelant à cet égard que l'opération parallèle d'identification et de cantonnement des forces prévue dans le Programme national de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Réadaptation signé à Yamoussoukro le 14 mai 2005 hâterait l'établissement des conditions nécessaires à la tenue d'élections libres, régulières, ouvertes et transparentes”.
L'ONU, au paragraphe 14, “exige des Forces Nouvelles (la rébellion) qu'elles appliquent sans délai le Programme de Désarmement, Démobilisation, Réintégration, afin de faciliter le rétablissement de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire national, la réunification du pays et l'organisation d'élections dès que possible”.
Pour accomplir ces missions, l'ONU a demandé la nomination d'un Premier ministre qui, selon le paragraphe 8 de la Résolution 1633, “doit disposer de tous les pouvoirs nécessaires, conformément à l'Accord de Linas- Marcoussis, ainsi que toutes les ressources financières, matérielles et humaines voulues, en particulier dans les domaines de la sécurité, de la défense et des affaires électorales, en vue d'assurer le bon fonctionnement du gouvernement, de garantir la sécurité et le redéploiement de l'administration et des services publics sur l'ensemble du territoire ivoirien, de conduire le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration et les opérations de désarmement et de démantèlement des milices et d'assurer l'équité de l'opération d'identification et d'inscription des électeurs...”
Pour cela, le Conseil de Sécurité a dit, au paragraphe7: “combien il importe que tous les ministres participent pleinement au gouvernement de réconciliation nationale... Si un ministre ne participe pas pleinement audit gouvernement, son portefeuille doit être repris par le Premier ministre et prie le Groupe de Travail international de suivre de près l'évolution de la situation à cet égard”.
La Résolution 1633 n'a donc rien demandé au Président de la République de Côte d'Ivoire, sinon qu'il doit mettre à la disposition du Premier ministre tous les pouvoirs et toutes les ressources nécessaires pour accomplir sa mission.
Pour ne pas entraver son action et après avoir nommé M. Charles Konan Banny dans les fonctions de Premier ministre, j'ai accepté qu'il soit cumulativement Ministre de l'Economie et des Finances et Ministre de la Communication. C'est également lui qui a choisi les personnalités occupant les fonctions de Ministre de la Défense, de Ministre de l'Intérieur, compétent pour les questions de sécurité et, après le dernier remaniement , j'ai accepté, à sa demande, de nommer un membre de son cabinet ministre de l'Administration du Territoire. Par ce remaniement également, 2 nouveaux secrétaires d'Etat ont été nommés auprès de lui, notamment ceux de la Bonne gouvernance et ceux de la Protection civile.
Mesdames, Messieurs,
A ce jour, aucun pouvoir ni aucune ressource financière n'ont été refusés au Premier ministre Charles Konan Banny.
Ni le Président de la République, ni aucune autre institution ou personnalité n'ont entravé l'action du Premier ministre dans l'accomplissement de sa mission, à l'exception des rebelles. Pour la nomination du Premier ministre, il a été demandé qu'il s'agisse d'une personnalité acceptable par tous, y compris par les rebelles.
J'ai accepté cela en me disant en tout logique que si l'avis des rebelles est demandé pour nommer un Premier ministre, c'est bien pour que celui-ci ait autorité sur tous et sur tout le territoire national pour accomplir la mission qui lui a été confiée. Sinon pourquoi demander l'avis des rebelles pour nommer un Premier ministre ?
Malheureusement, le Premier ministre Banny, tout comme son prédécesseur M. Seydou Diarra, n'a jamais pu avoir autorité sur la zone sous contrôle des rebelles et sur la rébellion elle-même.
Jugez-en vous-même !
1° Alors que le paragraphe 7 de la Résolution 1633 dit qu'il importe que tous les Ministres participent pleinement au gouvernement et qu'en cas de défaillance le portefeuille du Ministre absentéiste soit repris par le Premier ministre, M Soro Guillaume, chef de la rébellion et Ministre d'Etat, ne participe pas, depuis décembre 2005, depuis plus de six moisdonc, aux travaux du Conseil des Ministres
2° La feuille de route établie par le GTI indique clairement que le désarmement devrait être achevé au plus tard le 31 mars 2006. Ce désarmement n'a pas commencé.
Il en a toujours été ainsi :
- Les rebelles s'étaient engagés devant le Premier ministre Seydou Diarra à désarmer le 8 mars 2003, soit dès après la formation du gouvernement, comme l'exigeait l'Accord de Marcoussis.
- L'Accord d'Accra III a exigé de ces mêmes rebelles un désarmement qui devait être achevé au plus tard le 15 octobre. Cette échéance n'a pas été non plus respectée.
3° Le Premier ministre a institué un dialogue militaire entre les Forces armées nationales de défense et de sécurité et la rébellion pour aboutir au désarmement qui est exigé des rebelles par l'ONU au point 14 de la Résolution 1633. Ceux-ci, par une déclaration datée du 8 août 2006, se sont retirés du dialogue militaire et ont rejeté toute idée de désarmement. Ils ont récemment explicité leur refus par la voix de Soro Guillaume qui, lors d'une conférence publique à New York, aux Etats-Unis, le 23 septembre, a déclaré qu’“ on ne désarmera pas. On ne s'est pas battus, on n'a pas conquis 60% du territoire pour qu'on désarme. Une terre conquise par la guerre n'est jamais remise”.
4° Le Premier ministre a enjoint aux préfets et sous-préfets qui occupaient des fonctions en zone rebelle avant la crise de retourner à leur poste d'affection en vue des audiences foraines, de l'identification et du recensement électoral. Les rebelles, après avoir, dans un premier temps, accepté cela, ont, par une déclaration datée du 2 septembre 2006, refusé l'accès de ces hauts fonctionnaires aux zones qu'ils occupent .
5° Le Premier ministre, par une déclaration datée du 13 juillet 2006 et publiée le même jour, a proclamé le retour à la libre circulation des biens et des personnes sur tout le territoire national. Les rebelles ont rejeté cette idée par une déclaration datée du 2 septembre 2006.
6° Enfin, le Premier ministre a publié deux documents : le guide pratique des audiences foraines ; les dispositions pratiques en matière de délivrance des certificats de nationalité.
Ces deux documents sont conformes aux lois en vigueur, notamment à la loi n°61-155 du 8 mai 1961 sur l'organisation judiciaire en Côte d'Ivoire et à la loi n° 31-415 du 14 décembre 1961 portant Code de la nationalité. Je leur ai apporté mon soutien et, à travers eux, au Premier ministre, parce qu'il appliquait les lois en vigueur.
Que disent ces lois ?
La loi portant organisation judiciaire dit, d'une part, que les audiences foraines ont pour rôle exclusif de délivrer les jugements supplétifs d'actes de naissance et les jugements supplétifs d'actes de décès, et, d'autre part, que les juges accomplissent les missions qui leur sont confiées au siège de la juridiction où ils sont nommés. Ils ne peuvent sortir du tribunal pour accomplir leur mission que dans des cas spécifiques limitativement prévus par les lois.
La loi portant Code de la nationalité n'ayant nullement prévu la possibilité de délivrer des certificats de nationalité en dehors des sièges des tribunaux, c'est en ces lieux que les présidents de tribunaux et les magistrats qu'ils délèguent à cette fin peuvent délivrer des certificats et non ailleurs. Ce sont ces principes légaux qui ont guidé la rédaction des documents par le Premier ministre.
Les rebelles, à qui le Ministère de la Justice a été attribué, se sont opposés à ces lois, par une déclaration en date du 17 août 2006, en exigeant que les audiences foraines, prévues exclusivement pour rendre les jugements supplétifs délivrent aussi les certificats de nationalité séance tenante, le tout dans les zones occupées où aucun début de désarmement n'a commencé.
Comment des juges peuvent-ils rendre une justice sérieuse sous l'autorité rebelle ?
Comme cela n'a pas été accepté, les rebelles ont refusé, dans une conférence prononcée par leur chef Soro Guillaume le 9 août 2006, l'application des documents établis et publiés par le Premier ministre.
Des individus prennent les armes pour renverser un pouvoir démocratiquement élu et, ayant échoué dans leur tentative de renversement des institutions, occupent une partie du pays. On leur demande, pour déposer les armes, de faire, partie des institutions qu'ils ont voulu renverser aux côtés des personnes élues qu'ils ont voulu renverser et dont ils ont tué certains.
Mesdames, Messieurs,
Les rebelles n'ont pas déposé leurs armes. Au contraire, les Ministres qu'ils se sont choisis, dont certains sont analphabètes, et les Ministres des partis politiques qui les soutiennent ont tout mis en œuvre, durant ces quatre dernières années, pour saper l'autorité de l'Etat et parvenir à renverser les institutions qu'ils n'ont pu renverser par les armes.
Avec la Résolution 1633 qui a mis en place un Groupe de Travail international (GTI) ayant pour mission d'identifier les blocages et leurs auteurs en vue de sanctions, les Ivoiriennes et les Ivoiriens avaient espéré le bout du tunnel.
Au lieu de condamner ces entraves évidentes au processus de paix faites par les rebelles et de proposer au Conseil de Sécurité les sanctions appropriées, le GTI propose plutôt de sanctionner le Président de mon parti et le Président de l'Assemblée nationale, parce que ceux-ci ont demandé l'application rigoureuse des lois.
La Résolution 1633 dit, en effet, qu'il est créé un Groupe de Travail international dont les rôles sont :
- d'élaborer une feuille de route pour que les questions en suspens non encore réglées le soient selon un calendrier précis ;
-de vérifier que le Premier ministre dispose de tous les pouvoirs et de toutes les ressources nécessaires à l'accomplissement de sa mission et de rendre compte de tout obstacle que le Premier ministre pourrait rencontrer et d'en identifier les responsables;
-de veiller à ce que les institutions ivoiriennes fonctionnent normalement jusqu'à la tenue des élections en Côte d'Ivoire.
De façon générale, faire appliquer la Résolution 1633, les accords de paix, la Constitution et les lois en Côte d'Ivoire qui constituent l'expression de la souveraineté de la Côte d'Ivoire à laquelle l'ONU, l'Union africaine et la CEDEAO font référence dans chacun des textes adoptés à l'occasion de la résolution de la crise en Côte d'Ivoire.
Notre espoir est vite retombé dès les premières réunions du GTI. Celui-ci est vite sorti de son champ de compétence que je viens d'indiquer pour se donner des attributions que la Résolution 1633 ne lui a pas données et a conféré au Premier ministre des pouvoirs que ni la Résolution 1633, ni la Constitution, ni les lois de Côte d'Ivoire ne lui donnent.
Dans le communiqué final de sa première réunion tenue à Abidjan le 8 novembre 2005, ce Groupe “considère que cette résolution confère au Premier ministre ... des pouvoirs propres... Il dispose des compétences nécessaires pour la conduite de l'administration, civile et militaire, la désignation et la révocation de ses responsables et le contrôle des ressources financières... ”.
Cette affirmation constitue, de toute évidence, une violation grave de la Résolution 1633 et de la Constitution de la République de Côte d'Ivoire. La Résolution 1633 souligne seulement que le Premier ministre “doit disposer de tous les pouvoirs nécessaires, conformément à l'Accord de Linas-Marcoussis... ” Ledit Accord de Marcoussis dispose, pour sa part, que le Premier ministre “disposera, pour l'accomplissement de sa mission, des prérogatives de l'Exécutif en application des délégations prévues par la Constitution... ”.
La Constitution, quant à elle, précise, en son article 41, que “ le Président de la République est détenteur exclusif du pouvoir exécutif. Il nomme le Premier ministre, Chef du gouvernement, qui est responsable devant lui. Il met fin à ses fonctions... ”.
En se déclarant juge des attributions constitutionnelles du Premier ministre, le GTI avait erré, mais à dessein. L'objectif poursuivi par ce groupe de travail était de parfaire le coup d'Etat qui n'a pu être réalisé en septembre 2002. Il s'agissait par un simple communiqué du Groupe de travail, de modifier de manière sournoise la Constitution de la République de Côte d'Ivoire.
N'ayant pu parvenir à ses fins du 8 novembre 2005, jour de sa première réunion, jusqu'au 8 septembre 2006, date de sa dernière réunion, le Groupe de travail mis en place par la Résolution 1633 a, au paragraphe 5 de son communiqué, relevé des blocages “profonds et persistants” qui, selon lui, font peser des risques croissants sur la situation sécuritaire et humanitaire dans le pays.
Cherchant les causes de ce blocage, le Groupe de Travail international a cru les trouver dans “l'impossibilité pour le Premier ministre d'exercer les pouvoirs qui lui ont été attribués par la Résolution 1633 notamment pour les nominations aux emplois civils et militaires ”.
En outre, le Groupe a souligné “l'urgence d'adopter des mesures exceptionnelles et dérogatoires pour relancer le processus et permettre la délivrance des jugements supplétifs et des certificats de nationalité dans les meilleurs délais et d'une manière équitable”.
Pour y parvenir, le GTI demande d'envisager “de nouveaux arrangements institutionnels et de gouvernance pour la période postérieure au 31 octobre 2006, assurant un fonctionnement efficace des institutions de transition et un comportement républicain des forces de sécurité”.
Le GTI s'est ainsi fait découvrir dans sa volonté de me renverser. Il demande ainsi tranquillement qu'une décision des organisations internationales dont la Côte d'Ivoire est membre soit prise pour que les pouvoirs relevant de l'Exécutif, les nominations aux emplois civils et militaires, soient conférés au Premier ministre. Cela permettrait à celui-ci de nommer le Chef d'Etat-major de mon armée, le chef de la Police et le chef de la Gendarmerie, après avoir pris l'avis de la rébellion. J'aurais alors été déposé et le coup d'Etat aurait été parachevé.
Comment appelle-t-on cela si ce n'est la suspension de la Constitution que réclament les rebelles et la prise du pouvoir par des moyens anti-constitutionnels déguisés en forme de délibération d'une organisation sous-régionale ou régionale?
Le GTI et tous ceux qui se réjouissent d'avance de cette perspective ne mesurent pas la portée de cette prétention et ne seraient pas capables de gérer les désastres qui pourraient en résulter si, par extraordinaire, une telle décision venait à être prise.
En tout état de cause, le constat est fait que les institutions auxquelles s'attaque le GTI sont des institutions issues d'élections, notamment l'Assemblée nationale, le Président de la République et la Constitution.
Mesdames, Messieurs,
La CEDEAO, notre organisation, qui, selon sa Charte, “vise à promouvoir la coopération et l'intégration dans la perspective d'une union économique de l'Afrique de l'Ouest en vue d'élever le niveau de vie de ses peuples, de maintenir et d'accroître la stabilité économique, de renforcer les relations entre les Etats membres et de contribuer au progrès et au développement du continent africain ”, ne saurait s'associer à pareille forfaiture.
Tout d'abord, parce que nos textes ne le permettent pas. Les décisions de la Conférence sont, selon l'article 9 du Traité révisé de la CEDEAO, prises selon les matières, à l'unanimité, par consensus ou à la majorité des 2/3 des Etats membres. Il y est dit que les matières sont définies dans un protocole et que, jusqu'à l'entrée en vigueur dudit protocole définissant ces matières, les décisions de la Conférence sont prises par consensus.
Si le consensus devrait être acquis en ma présence sur le point de me retirer tous mes pouvoirs de Président élu pour les transférer, à la demande de la rébellion, à un Premier ministre que j'ai nommé, ce consensus sera obtenu sans moi. Alors ce ne sera pas un consensus.
Notre organisation prône dans tous ses textes, notamment et à titre d'exemple dans le Protocole relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité, “la promotion et la consolidation d'un gouvernement et d'institutions démocratiques dans chaque Etat membre..., l'égalité des Etats souverains... l'intégrité territoriale et l'indépendance politique des Etats membres ”.
Par ailleurs, réunis à Lomé du 10 au 12 juillet 2000, les Chefs d'Etat et de gouvernement de l'Organisation de l'Unité africaine ont adopté la Déclaration sur le cadre pour une réaction de l'OUA face aux changements anticonstitutionnels de gouvernement.
Dans cette déclaration, notre organisation régionale, dont je salue ici la présence du Président, a consacré le “respect de la Constitution et des dispositions des lois et autres actes législatifs adoptés par le Parlement”.
Pour rendre pratiques ces principes, nous avons décidé de définir les situations qui pouvaient être considérées comme un changement anticonstitutionnel de gouvernement en ces termes :
-Premièrement, un coup d'Etat militaire contre un gouvernement issu d'élections démocratiques ;
-Deuxièmement, une intervention de mercenaires pour renverser un gouvernement issu d'élections démocratiques ;
-Troisièmement, une intervention de groupes dissidents armés et de mouvements rebelles pour renverser un gouvernement issu d'élections démocratiques.
A l'évidence, la Côte d'Ivoire se trouve dans ces trois cas.
J'en citerai deux :
- Le communiqué final du sommet extraordinaire des Chefs d'Etat et de gouvernement sur la situation en Côte d'Ivoire. Ce sommet, qui est connu aujourd'hui sous l'appellation d'Accra la “fermement condamné la tentative de remise en cause de la démocratie et la légalité constitutionnelle en Côte d'Ivoire” et “réaffirmé la position de la CEDEAO au terme de laquelle aucune reconnaissance ne sera accordée à tout gouvernement qui prendra le pouvoir un à gouvernement démocratiquement élu ou en utilisant des moyens anticonstitutionnels”.
Le communiqué final de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO lors de la 26ème session ordinaire réuni le 31 janvier 2003, qui, en son point 44, a “réaffirmé (son) soutien au Président légitime de la Côte d'Ivoire, Son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo ”.
C'est la voie que vous avez suivie et c'est la voie que vous ne pouvez que continuer à suivre.
Ceux qui cherchent à obtenir mon renversement prétendent que mon mandat est achevé et qu'il y a un “vide” juridique ou constitutionnel. Pour cela, les organisations internationales s'entêtent à fixer périodiquement des termes à mon mandat. En le faisant, ces organisations poussent les rebelles à ne pas désarmer, parce qu'ils espèrent qu'à l'arrivée de chaque échéance, le pouvoir sera à portée de leurs mains et qu'il suffira, pour l'obtenir, de demander simplement mon départ. Ils parviendraient ainsi au pouvoir, avec l'aide des organisations internationales sans passer par les urnes.
Il faut désormais arrêter ces procédés, parce que la Constitution de la Côte d'Ivoire n'a pas organisé de “vide” juridique.
La Constitution de la Côte d'Ivoire a été adoptée le 23 juillet 2000 et promulguée le 1er août 2000.
Je n'étais pas encore Président de la République. Je n'ai donc pas pu tailler une Constitution à ma mesure.
Je ne pouvais pas non plus prévoir qu'il y aurait une tentative de renversement de mon régime deux ans plus tard. Mais, le peuple de Côte d'Ivoire, lui, a prévu les incertitudes, eu égard à son expérience du coup d'Etat de 1999.
C'est pourquoi il a, à l'article 38 de la Constitution, prévu qu’“en cas d'évènements ou de circonstances graves, notamment d'atteinte à l'intégrité du territoire ou de catastrophes naturelles rendant impossible le déroulement normal des élections ou la proclamation des résultats, le Président de la Commission chargée des élections saisit immédiatement le Conseil constitutionnel aux fins de constation de cette situation. Le Conseil constitutionnel décide dans les vingt quatre heures de l'arrêt ou de la poursuite des opérations électorales ou de suspendre la proclamation des résultats. Le Président de la République en informe la Nation par message. Il demeure en fonction. Dans le cas où le Conseil constitutionnel ordonne l'arrêt des opérations électorales ou décide de la suspension de la proclamation des résultats, la Commission chargée des élections établit et lui communique quotidiennement un état de l'évolution de la situation. Lorsque le Conseil constitutionnel constate la cessation de ces évènement ou de ces circonstances graves, il fixe un nouveau délai qui ne peut excéder trente jours pour la proclamation des résultats et quatre vingt dix jours pour la tenue des élections”.
L'article 39 poursuit : “Les pouvoirs du Président de la République en exercice expirent à la date de prise de fonction du Président élu, laquelle a lieu dès la prestation de serment. Dans les quarante huit heures de la proclamation définitive des résultats, le Président de la République élu prête serment devant le Conseil constitutionnel réuni en audience solennelle (...)”.
Ces textes sont des textes utilitaires parce que le peuple ivoirien a fait, à l'article 34 de la Constitution, du Président de la République le chef de l'Etat. C'est lui qui incarne la permanence des institutions en ce qu'il incarne l'unité nationale, assure la continuité de l'Etat et veille au respect des engagements internationaux.
C'est pourquoi notre Constitution est notre dernier bouclier et je ne suis pas venu à cette réunion pour discuter de la possibilité de la suspendre ou même de la contourner. Seul le peuple souverain de Côte d'Ivoire a la possibilité de modifier sa Constitution. Je refuse de la soumettre à débat à une réunion avec les Chefs d'Etat d'autres pays ayant leur propre Constitution.
La Constitution de la Côte d'Ivoire et les lois de la République ne seront donc pas discutées au cours de cette conférence.
J'ai déjà, à la demande des rebelles, opéré toutes les modifications législatives et constitutionnelles qu'ils ont souhaitées parce que le peuple de Côte d'Ivoire à travers la Constitution, m'a donné un tel pouvoir. Les lois qui ont été modifiées et celles qui ne l'ont pas été constituent aujourd'hui notre Droit. Et nous n'allons pas le modifier chaque semaine, selon le bon vouloir de chaque chef-rebelle.
Le GTI s'est également attaqué à l'Assemblée nationale. Je ne comprends pas cet acharnement. En effet, la Résolution 1633 qui a créé le GTI lui a demandé de “faire en sorte que les institutions ivoiriennes fonctionnent normalement jusqu'à la tenue des élections en Côte d'Ivoire”.
L'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire est très active et très démocratique. J'ai été opposant dans mon pays avant d'être Président. Notre Assemblée où les groupes parlementaires se tiennent et où les débats sont rudes n'a rien à voir avec l'Assemblée du parti unique ou du parti dominant. Elle compte 95 députés du groupe FPI, 82 députés du groupe PDCI-RDA, 13 députés du groupe Loyauté, 12 députés du groupe UDPCI et 9 députés du groupe Solidarité. Il n'y a aucune complaisance à l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire.
Au contraire du Président de la République, la Constitution n'a rien prévue pour l'Assemblée en cas de non- tenue des élections.
Cependant, à l'approche de la fin de leur mandat, les députés de tous les groupes parlementaires que je viens de citer ont adopté, le 12 décembre 2005, un texte demandant la continuation du mandat de députés. Lorsque ce document m'est parvenu, j'ai posé la question de la continuation de ce mandat des députés au Conseil constitutionnel, organe régulateur du fonctionnement des pouvoirs publics.
Celui-ci a estimé que l'Assemblée étant un levier important de la démocratie et face à l'impossibilité d'organiser dans l'immédiat de nouvelles élections, l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire est et demeure en fonction.
Que nous reproche donc exactement le GTI ?
D'être en guerre ou bien de tout faire pour maintenir notre Etat debout malgré la guerre ?
Des pays démocratiques ont été en crise avant nous. Ils ont procédé exactement comme nous le faisons aujourd'hui :
- D'abord la France, pendant la Deuxième Guerre mondiale, a prolongé le mandat de ses députés par une loi en 1939. Ensuite, le Liban, après le déclenchement de la guerre civile en 1975, à l'impossibilité d'organiser des élections législatives.
Notre décision de faire fonctionner notre Assemblée est un acte souverain. Nous considérons que le fonctionnement de notre Assemblée nationale est une condition de notre survie en tant qu'Etat. Nous n'entendons pas non plus en discuter.
Le GTI s'est, enfin, attaqué aux listes électorales. Selon cet organe de suivi, nous devons accorder la nationalité de notre pays par des voies exceptionnelles pour aller vite et parvenir aux élections.
En disant cela, les membres du GTI montent qu'ils ne sont pas des Ivoiriens et qu'ils n'habitent pas la Côte d'Ivoire. Sinon une telle proposition n'aurait jamais été faite. En Côte d'Ivoire, comme partout ailleurs, la question de la nationalité est une question ultra sensible. Elle ne peut être abordée avec autant de légèreté et de cynisme.
La liste électorale en Côte d'Ivoire est permanente et publique.Elle est permanente parce que, contrairement aux cris qu'on entend ici et là, on ne crée pas de nouvelles listes à chaque élection. La liste électorale est simplement mise à jour annuellement. Il est procédé à sa révision par adjonction des nouveaux majeurs tirés du dernier Recensement de la population et de l'habitat et du retrait de ceux qui ont perdu le droit de vote ou de ceux qui sont décédés. Si une personne estime avoir été omise, elle devra attendre l'affichage de la liste électorale pour faire valoir son droit.
C'est en cela que la liste électorale est publique. Si quelqu'un prétend avoir la qualité d'électeur, la liste électorale est mise à sa disposition trois mois avant la tenue du scrutin. C'est l'occasion pour les partis politiques et même pour les simples citoyens de demander leur inscription sur la liste électorale ou le retrait des personnes qu'ils estiment ne pas avoir la qualité d'électeur ou l'avoir perdue.
Cette particularité de renouvellement annuel de la liste électorale fait de la Côte d'Ivoire un Etat où le processus électoral est perpétuellement en cours.
C'est le lieu de rappeler aux membres du GTI que la Résolution 1633 n'a jamais demandé l'identification de toute la population, mais plutôt l'identification et l'inscription des électeurs sur les listes électorales.
Mesdames et Messieurs,
Depuis ces derniers temps, j'entends ici et là des déclarations, chacun se sentant investi de la mission de régler la crise ivoirienne. Et tous continuent d'évoquer le règlement de cette crise dans le cadre de l'Accord de Linas-Marcoussis. Nous sommes tous d'avis que le processus de sortie de crise mis en place dans le cadre de l'Accord de Linas-Marcoussis a échoué. Nous sommes, également, tous d'avis qu'il faut un nouveau cadre.
Jusqu'à ce jour, aucune autorité nationale n'a fait de propositions de sortie de crise. Toutes les solutions, toutes les résolutions, tous les accords ont été inspirés de l'étranger.
Cet échec m'amène à convenir finalement sur ce point, avec le Président Jacques Chirac, que les étrangers ne peuvent pas faire la paix en Côte d'Ivoire.
C'est pourquoi je suis venu pour vous proposer un plan fondé sur l'appropriation par les Ivoiriens du processus de sortie de crise et obtenir votre soutien pour la réussite de mes propositions.

Mon plan de sortie de crise est le suivant :
- Condamnation formelle de la rébellion ;
-Soutien ferme de la CEDEAO au Président élu de Côte d'Ivoire ;
-Suppression de la zone de confiance ;
-Application stricte de la Constitution ;
-Formation d'un Gouvernement d'unité nationale par abandon du gouvernement de partis résultant des Accords de Marcoussis ; Interdiction de fixer la durée du mandat du Président ;
-Nomination d'un Premier ministre de son choix par le Président de la République pour discuter avec la rébellion ;
-Couverture du territoire national par les émissions de la radio et de la télévision nationales.
C'est sous le bénéfice de ces observations que je soumets à votre examen le projet de communiqué final que voici.
Je vous remercie.

Laurent Gbagbo


CENTENAIRE DU PRESIDENT LEOPOLD SEDAR SENGHOR / DISCOURS DE M.TANOR DIENG

Dimanche 8 Octobre 2006

Posté par DIOULA le 08/10/2006 20:17
République du Sénégal
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PARTI SOCIALISTE
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ANNEE SENGHOR
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09 octobre 1906 CENTENAIRE 09 octobre 2006

COLLOQUE
Sur « SENGHOR : Penseur politique et homme d'action »
(08 – 09 octobre 2006)

Lieu : Maison du Parti socialiste Léopold Sédar Senghor

A L L O C U T I O N
de M. Ousmane Tanor DIENG
Premier Secrétaire
du Parti socialiste

Mesdames, Messieurs les participants,
Chers invités,

La Maison du Parti socialiste Léopold Sédar Senghor accueille, aujourd'hui, l'organisation de ce colloque tenu dans le cadre de la commémoration du Centenaire de la naissance du fondateur de notre parti. Le thème retenu par le Comité scientifique du colloque, « Senghor, penseur politique et homme d'action », suffirait à résumer l'aspect multidimensionnel de l'homme dont nous célébrons la mémoire.

Le fils de Diogoye Senghor et de Gnilane Bakhoum, né le 09 octobre 1906 à Joal, figure aujourd'hui, incontestablement, au panthéon des grands hommes qui font l'honneur, le prestige et la fierté du Sénégal, qui font le Sénégal moderne.

Dans une certaine mesure, Sédar Senghor n'appartient pas, n'appartient plus au seul Parti socialiste, ni même au seul Sénégal. Il est devenu un élément du patrimoine commun de l'humanité. De ce point de vue, nous, ses héritiers politiques et spirituels, sommes heureux que l'ensemble de la nation sénégalaise se joigne à l'opinion internationale non seulement pour faire de 2006 l'année Léopold Sédar Senghor, mais aussi pour, au-delà de l'événement, continuer à ériger l'homme et son œuvre en pierre angulaire de l'édification de notre nation encore trop jeune et fragile pour se passer de repères puissants de la dimension de notre défunt président.

Lors de sa récente visite à Dakar, le geste symbolique de Madame Ségolène Royal déposant une gerbe de fleurs sur la tombe du Président Senghor à Bel-Air est édifiant à plus d'un titre. Il nous apprend, il nous rappelle, au cas où nous l'oublierions, que le monde inscrit l'enfant de Joal dans son patrimoine collectif tant le Sénégal a contribué à travers l'œuvre de son poète-président, à l'écriture de l'Histoire universelle du XXème siècle. C'est là un moment à nous octroyé, qui nous impose un devoir de mémoire. Je dis bien à nous Sénégalais, non pas seulement à nous militants du Parti socialiste.

Au Sénégal, Léopold Sédar Senghor a tout donné, tout sacrifié. A commencer par sa carrière d'homme de lettre que nous imaginons encore plus éclatante si l'intellectuel brillant qu'il était dès la fin des années 1930 ne s'était engagé sur les voies ardues de l'action politique et militante pour la réhabilitation de l'image et de la condition des hommes de sa race et pour la libération de sa patrie, si possible dans l'amitié avec l'ancienne puissance tutélaire. Tel l'albatros baudelairien, le poète Senghor a pris le risque de descendre des nuées où s'étendait librement, majestueusement, son envergure ailée pour emprunter les sentiers sinueux de la vie militante. Mais ses ailes de géant ne l'ont pas empêché de marcher. Le poète, député du Sénégal d'abord, puis président, a bel et bien déchiré les rires banania sur tous les murs de France.

Il a su rassembler les forces vives de sa nation colonisée et canaliser les énergies vers l'acquisition programmée d'une indépendance acquise dans les conditions optimales pour le Sénégal. Dès lors que la souveraineté nationale arrivée à maturité était acquise pour son pays, il s'est agi, pour le poète-président, de bâtir un Etat moderne et capable de conduire le peuple sénégalais au mieux-être par la mise en œuvre d'un projet politique à la fois conforme au génie négro-africain et apte à coopérer avec l'extérieur pour l'édification d'un monde harmonieux et pacifique, un monde débarrassé des démons de la guerre, du racisme et de toute forme d'exploitation et d'humiliation de l'homme quel qu'il soit, d'où qu'il soit.

La dialectique de la théorie et de l'action n'est pas chose aisée en politique. Il nous faut remonter à l'histoire ancienne pour trouver des exemples. Jules César et l'empereur philosophe Marc-Aurèle étaient de la race de ceux que Platon aurait appelé des philosophes-rois ; c'est avec Vladimir Lénine que nous retrouvons dans l'histoire moderne un exemple d'homme qui réussit le mariage de la théorie et de l'action en une vision convergente d'un projet de société. C'est à la terre sénégalaise que l'histoire contemporaine réserve le privilège d'avoir donné le jour à l'un des rares Chefs d'Etat qui purent concevoir, en termes philosophiques parce que raisonnés et systématisés, un projet de gouvernement des hommes qu'ils se sont attachés à réaliser avec un succès que l'Histoire a positivement sanctionné. Léopold Sédar Senghor, le fondateur de notre parti, a réussi cet exercice périlleux de mettre en pratique une pensée humaniste, intégralement déclinée par l'homme et pour l'homme, aux fins d'assurer à celui-ci un développement harmonieux et global. La théorie de la Négritude fut pour Senghor l'instrument par lequel il fallait consolider la nation sénégalaise en la dotant d'un appareil étatique construit structure après structure, selon une politique de planification concertée. Mieux encore, le Président Senghor s'est attaché à former des cadres sénégalais capables de prendre en charge l'élaboration et la mise en œuvre technique des projets de développement, dans un pays qui était d'abord dénué de ressources humaines dignes de ce nom à l'aube de sa souveraineté politique. Aussi, la planification était-elle, sous Senghor, la méthode principale de l'action gouvernementale qui était initiée, poursuivie, réalisée et évaluée selon les objectifs définis sans les plans quadriennaux de développement qui connaissaient, au besoin, des modifications et réajustements à mi-parcours.

Tout dans l'action politique du premier président de la république sénégalaise était réfléchi et ordonnancé en diachronie et en synchronie, dans le temps et dans l'espace, dans une programmation méticuleusement chronométrée et en adéquation avec le fonctionnement correct d'un appareil d'Etat conçu comme un système dont la cohérence visant simplement l'efficacité. Bien évidemment, tout ne fonctionnait pas à merveille dans l'Etat senghorien ; il en était lui-même conscient et ne manquait pas de désigner, en professeur, les sources du mal : la sénégalité, déplorait-il, le défaut de maîtrise des budgets familiaux et ses incidences sur le comportement des fonctionnaires et agents de l'Etat, le népotisme, les querelles de Niongolor et de Ndialakhar en politique, etc…

Dans le système senghorien, le parti n'était pas une simple machine à gagner des élections : il est conçu comme un réseau national de mobilisation des citoyens inscrits dans une démarche dialectique d'expression des besoins à la base et d'explication des décisions prises en amont. Instrument de communication le plus puissant à l'époque, le parti comme il est fréquent en régime socialiste, fixe les orientations politiques suivies et formalisées par des lois votées à l'Assemblée nationale grâce à ses représentants, avant que l'Exécutif ne les mette en œuvre sous forme de décrets, d'arrêtés et de règlements.

Tout cela semblera évident et aller de soi pour les jeunes générations aujourd'hui. Mais quand on se réfère au contexte de l'époque où les régimes de liberté étaient pour ainsi dire inexistants sur le continent africain, on peut apprécier à sa juste valeur les mérites de la démocratie représentative mise en place par Senghor, au nom d'un projet politique ou plutôt un projet culturel qui englobe tous les aspects de la vie humaine, y compris la politique.

Homme de mesure, le président Senghor savait tempérer ses choix en les adaptant par exemple à la sensibilité culturelle de son peuple ou au contexte historique. Ainsi, malgré son sens élevé de la démocratie et de la liberté, Senghor savait faire preuve d'autorité, voire de sévérité quand étaient en jeu la stabilité de l'Etat et sa survie.

L'esprit de nuance et de modération qui marque le style politique de Senghor s'allie à une capacité impressionnante de vision prospective. En 1967 déjà, le président Senghor soulignait les contraintes qu'imposait la mondialisation grandissante des échanges, c'est le terme qu'il utilisait. Il parlait, à la même date, des avantages que pouvaient trouver les pays sous-développés à maîtriser les technologies de pointe dans un monde où les ordinateurs nous conduiraient dans une nouvelle ère, celle de la révolution informatique.

Fort de ces constats, le poète-président ne faisait pas de la littérature en parlant de la civilisation de l'Universel et de l'impossibilité de se préserver du grand mouvement de métissage : l'Unesco prône aujourd'hui le dialogue des cultures et l'approche interculturelle pour la résolution des conflits autant que pour l'approfondissement des échanges socio-économiques. Il ne faisait pas non plus que de la littérature quand il plaçait l'éducation et la formation à l'exergue de tous les programmes de développement selon que l'homme est l'alpha et l'oméga du développement. Aucun expert, aujourd'hui, ne conteste sérieusement qu'à l'ère de la communication et de la révolution informatique, les ressources humaines constituent les facteurs de production les plus précieux.

Nous le voyons bien, s'agissant de Léopold Sédar Senghor, il est difficile de parler de l'homme d'action et du penseur politique sans sembler se prêter à un exercice convenu de déclamation d'épithètes élogieux : visionnaire, poète, philosophe, philosophe-roi (au sens platonicien du terme), homme politique, homme d'Etat, pédagogue, planificateur et j'en passe, en omettant bien d'autres qualités de l'homme d'exception que nous célébrons aujourd'hui.

Pendant vos travaux, vous aurez très certainement à mettre en lumière les multiples facettes du poète-président dans la perspective d'offrir aux générations présentes et à venir l'exemple d'un parangon. Ainsi, le devoir de mémoire auquel nous nous soumettons n'obéira pas seulement à des motivations sentimentales : il nous servira de base de réflexion pour que nous, Sénégalais, nous remettions à la tâche pour rendre au Sénégal sa vocation prédite : faire de ce pays la Grèce noire de l'Afrique.

Je vous remercie.


CAN 2008 / ELIMINATOIRES / COTE D'IVOIRE -GABON : 05 à 00

Dimanche 8 Octobre 2006

Lors de la rencontre comptant pour les éliminatoires de la CAN-2008 , l'équipe nationale de Côte d'Ivoire a battu celle du Gabon par le score de 05 buts à 00.
B R A V O
L E S
E L E P H A N T S !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


COTE D'IVOIRE / SOMMET DE LA CEDEAO SUR LA CRISE ET LE PROCESSUS DE PAIX

Samedi 7 Octobre 2006

INTRODUCTION

1. A l`invitation de Son Excellence, le Président Mamadou Tandja, Président de la République du Niger et Président en exercice de la CEDEAO, une session extraordinaire de la Conférence des Chefs d`Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l`Afrique de l`Ouest (CEDEAO) s`est tenue le 6 octobre 2006 à Abuja, en République du Nigeria.

2. Le Sommet a examiné l`état d`avancement du processus de paix et la mise en œuvre de la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité des Nations Unies,

3. Etaient présents les Chefs d`Etat et de Gouvernement suivants ou leurs représentants dûment accrédités :

1. Son Excellence Dr. Yayi BONI
Président de la République du BENIN
2. Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du BURKINA FASO, Président du Conseil des Ministres du BURKINA FASO
3. Son Excellence Monsieur Pedro Verona Rodriques PIRES, Président de la République du CAP VERT
4. Son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, Président de la République de COTE D`IVOIRE
5. Son Excellence Monsieur Joào Bernardo VIEIRA, Président de la République de GUINEE BISSAU
6. Son Excellence Madame Ellen Johnson SIRLEAF, Présidente de la République du LIBERIA
7. Son Excellence Monsieur Amadou Toumani TOURE, Président de la République du MALI
8. Son Excellence Monsieur Mamadou TANDJA, Président de la République du NIGER
9. Son Excellence Chief Olusegun OBASANJO, Président de la République Fédérale du NIGERIA
10. Son Excellence Maître Abdoulaye WADE, Président de la République du SENEGAL
11. Son Excellence Monsieur Faure GNASSINGBE, Président de la République du TOGO
12. Son Excellence Monsieur Lamin Kabba BAJO, Secrétaire d`Etat pour les Affaires Etrangères, Représentant le Président de la République de GAMBIE
13. Son Excellence Nana Akufo ADDO MP, Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération régionale et NEPAD Représentant le Président de la République du GHANA
14. Son Excellence Chief Alhaji Mohamed P. BAYOH, Haut Commissaire de la République de SIERRA LEONE auprès de la République Fédérale du Nigeria
15. Son Excellence Monsieur Radolphe Adada, Ministre d`Etat, Ministre des Affaires Etrangères, Représentant du Président Sassou Nguesso, République du CONGO
4. Les hautes personnalités suivantes ont également pris part à cette session extraordinaire ;
1. Dr. Mohamed Ibn CHAMBAS, Secrétaire Exécutif de la CEDEAO
2. Ambassadeur Saïd DJINNIT, Commissaire, Paix et Sécurité de l`Union Africaine
3. Monsieur Charles Konan BANNY, Premier Ministre de la Côte d`Ivoire
4. Monsieur Pierre SCHORI, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Côte d`Ivoire
5. Ambassadeur Raph UWECHUE, Représentant Spécial du Secrétaire Exécutif de la CEDEAO en Côte d`Ivoire
6. Monsieur Gérard STOUDMANN, Haut Représentant des Nations Unies pour les élections en Côte d`Ivoire

5. Après avoir été largement informés sur la situation en Côte d`Ivoire, les Chefs d`Etat et de Gouvernement de la CEDEAO ont exprimé leur profonde préoccupation face aux nombreux blocages identifiés par le GTI qui entravent la mise en œuvre des décisions de Yamoussoukro et de la feuille de route élaborée au terme de la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

6. Saluant les efforts déployés par le Gouvernement ivoirien visant à accélérer la mise en œuvre de la feuille de route, ils ont, toutefois, déploré les nombreux obstacles et atermoiements qui ont rendu impossible, l`organisation des élections à la date du 30 octobre 2006.

7. Par ailleurs, ils ont noté que la persistance de la crise ivoirienne est, à terme, porteuse de graves menaces pour la paix et la sécurité de la région.

8. Ainsi, ils ont réaffirmé que la mise en œuvre effective, pleine et entière
des dispositions de la Résolution 1633 des Nations Unies, constitue pour la CEDEAO, le cadre de règlement idéal de cette crise.

9. A cet égard, ils ont fermement condamné toute forme de blocage à la mise en œuvre de ces dispositions et recommandé au Conseil de Sécurité des Nations Unies de prendre, à cet effet, les mesures appropriées,

10. Les Chefs d`Etat et de Gouvernement ont exprimé leur satisfaction au GTI pour la qualité du travail accompli dans le suivi de la mise en œuvre de la feuille de route en Côte d`Ivoire; ils ont également manifesté leur soutien aux forces de l`ONUCI ainsi qu`aux forces françaises qui les soutiennent pour leur contribution au retour de la stabilité en Côte d`Ivoire. Ils ont également adressé leurs vifs remerciements au Premier Ministre et aux Représentants des Nations Unies pour les efforts inlassables qu`ils déploient en vue de restaurer la paix et la sécurité en Côte d`Ivoire.

11. Les Chefs d`Etat et de Gouvernement ont décidé de soumettre leurs recommandations au Conseil de la Paix et de Sécurité de l`Union Africaine au cours de sa prochaine session.

12. Enfin, ils ont exprimé leur profonde gratitude au Président Olusegun OBASANJO et au peuple de la République Fédérale du Nigeria pour l`hospitalité généreuse et authentiquement africaine qui leur a été réservée.


INTERVIEW DU PRESIDENT KOULIBALY MAMADOU DE L'ASSEMBLEE NATIONALE

Samedi 7 Octobre 2006

Deuxième partie de l’entretien accordé par, Mamadou Koulibaly, le président de l’Assemblée Nationale à Nord Sud quotidien. Il évoque les rapports controversés du régime frontiste avec France, parle de la crise au parlement et de son positionnement au Front Populaire Ivoirien avec le même franc parler et le même cynisme.

La France n’est-elle pas finalement devenue votre ennemie parce qu’elle a refusé d’activer les accords de défense de 1961 pour vous débarrasser de la rébellion ?

Vous avez raison de vous poser la question, sauf que Mamadou Koulibaly a commencé à critiquer l’option française depuis le milieu des années 80 avant l’arrivée du putsch. La thèse de Mamadou Koulibaly étant que les accords de coopération n’étaient que de
la poudre aux yeux. La France ne disait nulle part dans ces accords qu’elle viendra défendre la Côte d’Ivoire en cas de coups durs. Ce n’était pas non plus des accords commerciaux. Ce n’était que du business.

Vous avez clairement sollicité une intervention
française dans la guerre en septembre 2002?

Non, pas une intervention française. Quand le 19
septembre 2002 au matin, nous avons rencontré
l’ambassadeur de France, ce que je lui ai demandé,
c’était de nous donner un gros porteur (avion) pour
transporter nos troupes à Katiola, afin de couper la
route au niveau de Bouaké et de Korhogo aux gens qui
nous ont attaqués et qui se repliaient sur
l’intérieur. Il a dit qu’il allait informer Paris.

Vous avez donc sollicité l’intervention française ?

On voulait seulement un gros porteur. L’ambassadeur
est revenu en disant : ‘’Je pense pouvoir vous aider,
mais il faut déjà libérer Ouattara.’’ Comme si nous
avions mis Ouattara en prison.

Ne souhaitiez vous pas finalement voir la France mener
cette guerre à votre place ? Les forces loyalistes ont
échoué la première fois le 6 octobre à Bouaké. Elles
ont échoué une seconde fois le 4 novembre 2004.

Non. Les fiascos que vous signalez des Forces de
défense et de sécurité (FDS) ne l’ont été que
simplement parce que la France a torpillé les FDS. De
nombreux rebelles, qui aujourd’hui se repentissent et
reviennent à la République reconnaissent qu’à toutes
les dates que vous avez signalées, ils n’ont dû leur
survie qu’à une intervention tactique ou un soutien
stratégique de l’armée française.

Le 4 novembre 2004, il y avait déjà la zone de
confiance qui était quand même une zone étanche. Le
général Poncet, le chef d’état-major de la force
Licorne de l’époque et l’ambassadeur de France
d’alors, Gildas Le Lidec ont laissé passer les FDS
dans la zone de confiance pour attaquer Bouaké.

Oui. Parce que ni l’Onu ni la France ne s’étaient
montrées capable ce jour-là d’assumer les missions que
le Conseil de sécurité leur avait confiées.

Les Français avaient donc été informés de l’offensive
du 4 novembre sur Bouaké.

Ils ont été informés.

Et ils ont laissé faire ?

Ils ont donné leur bénédiction. Ils nous ont dit :
«Faites-le vite. Mais attention, ça va être
difficile». L’ambassadeur de France Le Lidec a dit à
Laurent Dona Fologo : «C’est vrai qu’après deux jours
de bombardements tout se passe bien, vous avez gagné.
Mais Bouaké, vous ne prendrez pas. C’est un roc. Vous ne passerez pas». Fologo lui a répondu: «Mais nos gars sont déjà à Bouaké». Alliot-Marie annonce, on a bloqué une colonne à
l’entrée de Bouaké. C’était faux. Konan était déjà à
Bouaké. Il y a passé la nuit.

Qui est Konan ?

Le commandant Konan. Le roc, c’est le lendemain qu’on
va le découvrir.

C’était quoi le roc ?

Le bombardement de la caserne des militaires Français
de Bouaké, qui a donné alibi à la Licorne pour bloquer
l’opération.

Les Français bombardent un cantonnement français juste
pour stopper votre progression, est-ce logique ?

On verra un jour puisque les Français refusent d’en
discuter. Ils ont caché toutes les preuves. Ils ont
fait le black-out sur tout.

Toujours relativement à cette attaque, pour vous la
guerre justifie qu’on coupe l’eau et l’électricité aux
populations dans la partie Nord en plein mois de jeûne
musulman ? C’est au musulman que nous parlons, pas à
l’homme politique.

Oui. Si couper l’eau et l’électricité pendant 48
heures permet de libérer le Nord pendant dix siècles,
moi je suis d’accord et j’étais d’accord pour qu’on le
fasse. Les Français qui cultivent ces thèses-là ne me
donneront aucun complexe.

N’est-ce pas une manière de punir les populations du
Nord ? Parce que vous conviendrez qu’une rébellion
n’aurait jamais pu y prospérer quatre ans durant, sans
un soutien populaire réel sur le terrain. Certains
responsables du FPI le disent.

Les populations, elles-mêmes reconnaissent:«Quand ils
sont venus, on a applaudi, on les a pris en charge, on
leur donné des bœufs, du riz, on les a installés. Mais
ils nous avaient dit que c’était pour 3 à 4 jours. Une
semaine maximum». Mais à partir du moment où on a
dépassé le mois, l’année et qu’on va vers les 4 ans,
les populations du Nord n’étaient plus favorables à la
rébellion en novembre 2004.

Vous tenez un discours anti-français. Il n’en demeure
pas moins que c’est la France socialiste qui vous a
accompagnés dans la prise de pouvoir d’octobre 2000.

Je ne pense pas qu’elle nous ait accompagnés. Ce sont
les Ivoiriens qui ont accompagné la défaite du Général
Gueï et installé le président Gbagbo. Les socialistes
français n’ont apporté aucun soutien, même si le
président Gbagbo a des amitiés au sein de ce parti.

Mais précisément on se souvient de cette déclaration
de Charles Josselin devant le Parlement français quand
le général Gueï s’est proclamé président : «Ça ne se
passera pas ainsi en Côte d’Ivoire. La France va
agir». Et on a vu la suite. Des informations non
démenties par le FPI font état de ce que le président
Laurent Gbagbo était en planque à l’ambassade de
France.

Non et non. Ce n’est pas vrai. Gbagbo n’a été en
planque nulle part. Je résume, le Parlement français
qu’il soit de gauche ou de droite a la même vision de
la Côte d’Ivoire. A chaque coup d’Etat, il y a
toujours quelqu’un qui dira: «ça ne se passera pas
comme ça». Et puis quelque temps après, on se rend
compte que ça se passe toujours comme ça. Au Togo,
nous avons tous vu, les gens courir avec les urnes.
Des gens ont crié au Parlement français : «ça ne se
passera pas comme ça». Mais ça s’est passé comme ça.
Le jeune Faure, il est là.

M. le président, que faisaient donc Guy Labertit et
Albert Bourgi en Côte d’Ivoire au moment de la prise
de pouvoir de 2000 ?

Ce sont des copains du président Gbagbo. Ils viennent
voir leur ami. Labertit est parti hier soir (Ndlr :
mardi)

Ils viennent voir le président en octobre, au moment
où il y a les élections, des affrontements.

Il faut savoir que Labertit n’est pas un poids lourd
du PS au point de faire basculer la machine de ce
parti. Ce n’est ni Mauroy, ni Fabius, ni Chevènement.
Labertit est un militant qui au sein de sa structure a
des responsabilités sur un certain nombre de pays
africains. Mais ce n’est pas lui qui décide au sein de
ce parti. Il faut savoir que le président Gbagbo a des
amitiés individuelles au sein du PS.
Faites-le vite…

Nous, on en connaît au moins deux: Labertit, qui n’est
pas un grand baron et Emmanuelli qui est un baron mais
dont la voix est petite par rapport à tous les autres.

N’est-ce pas par rapport aux dérives du régime que les
socialistes ont pris leurs distances ?

Oui. Mais ça c’est pour vous dire que pour ce qui
concerne les pays du pré carré, les pays francophones
d’Afrique, qu’on soit de gauche ou de droite en
France, c’est pareil.

Donc vous êtes pour qu’on se désapparente de la
France, quel que soit le bord politique au pouvoir en
France ?

Je suis pour que les Ivoiriens comprennent que pour ce
qui concerne la France, qu’on soit RDR, PDCI, FPI ou
autre chose, les Français ont le même regard sur nous.

Pourquoi votre régime a renouvelé le contrat de
concession du groupe français Bouygues pour la
Compagnie ivoirienne d’électricité et offert de gré à
gré le terminal à conteneurs à Bolloré, un autre
groupe français ?

Parce qu’on a pensé que si on faisait de petits gestes
de ce genre, Paris reviendrait à de meilleurs
sentiments et nous foutrait la paix pour laisser notre
pays faire son chemin.

Paris vous a-t-il demandé ces gestes-là ?

Si, ça été demandé.

Y a-t-il eu des négociations ? A quel niveau ?

Ça été demandé au plus haut niveau.

Entre le président Laurent Gbagbo et le président
Jacques Chirac ?

Pas avec Chirac. Mais c’est toujours des émissaires
qui viennent pour dire : «Vous savez, dans la phase où
vous êtes, si vous faites un petit geste comme ça, bon
Paris pourrait regarder avec bienveillance la
situation». La seule question que le président Gbagbo
leur pose, «qu’est ce que vous attendez pour récupérer
ce que vous avez jetés sur la Côte d’Ivoire ? » La
réponse est : « M. le président faites un petit geste,
montrez que vous n’êtes pas anti-français, vous n’êtes
pas contre les intérêts de la France». C’est ainsi que
le président Gbagbo pour montrer sa bonne foi, a cédé
sur le terminal à conteneurs comme il a cédé sur
l’article 35. Il a cédé sur le renouvellement de la
concession pour la CIE comme il l’a fait à Pretoria.
C’est toujours des donnants et malheureusement, on
comprend toute l’hypocrisie de la classe politique
française. Malgré tout cela, rien n’a changé.

C’est quand même curieux. Vous dénonciez les pratiques
des pères fondateurs qui ont donné l’économie à la
France pour consolider sa tutelle. Vous voulez vous
affranchir de la France et vous offrez des pans de
l’économie pour consolider votre pouvoir. N’est-ce pas
contradictoire?

Pas pour consolider notre pouvoir. Pour que la France
vienne récupérer sa rébellion. C’est une simple
question de tactique. Il faut savoir que nous ne
pouvons pas rompre avec la France du jour au
lendemain, d’un trait de signature tout de suite.
J’avoue que sur ce plan nous avons été floués par les
autorités françaises. Ce n’est pas la première fois,
ce sont des leçons qu’on apprend.

Rompre avec la France pour vous c’est sortir des
accords monétaires de la BCEAO ou sortir de tout et
renégocier à zéro ?

Les accords de la BCEAO sont inacceptables. Prenons
juste les comptes d’opération. Que la Côte d’Ivoire
soit tenue de déposer 65% de ses avoirs extérieurs
nets sur le compte d’opération du Trésor public
français, Je trouve cela inacceptable, parce que c’est
de l’escroquerie. Si en retour Paris assumait ses
responsabilités de façon normale, on pouvait dire
qu’il y a de la compensation.

Beaucoup d’observateurs notent que la question de
l’apparentement du franc Cfa au franc français a été
une garantie de stabilité, de convertibilité

Techniquement les économistes montrent que les pays
qui sont sous protection de la France dans l’Uemoa ont
eu des performances bien moindres et dans bien des
domaines, par rapport aux pays qui sont hors de la
zone Cfa.

On a le cas par exemple de la Guinée, un pays qui gère
sa monnaie de façon souveraine et c’est un pays qui
végète.

On a le cas du Ghana qui gère sa monnaie qui est en
croissance.

Seulement depuis un peu plus d’une décennie.

La gouvernance est aussi monétaire. La Guinée a été
torpillée. Le Ghana ne l’a pas été. Le Mali de Modibo
a été torpillé. Il faut quand même savoir que depuis
le «Non» de Sékou Touré en 1958, posez la question aux
Guinéens de l’époque, ils vous diront comment De
Gaulle a fait le nettoyage. Après lui, comment
Houphouët et d’autres chefs d’Etat africains ont
appuyé le nettoyage de De Gaulle.

…mais attention, ça va être difficile

Posez la question aux Ghanéens, ils ont appris à gérer
leur monnaie. Ce n’est pas encore parfait. S’il y
avait une vraie différence entre gérer sa monnaie de
façon intrinsèque et la gérer par procuration comme on
le fait avec le franc Cfa, on aurait vu une Côte
d’Ivoire hyper brillante par sa monnaie et puis un
Ghana croulant sous le poids de la mauvaise gestion de
sa monnaie.

Vous aviez dit sur le plateau de la télévision que
vous avez investi 247 milliards dans les achats
d’armes.

Aujourd’hui, on en est à plus de 400 milliards. Cela
s’appelle de la mauvaise gouvernance. Mais elle est
liée aux différentes attaques dont nous sommes
l’objet.

Le peuple est pauvre. Votre politique de
libéralisation a appauvri les paysans. Selon les
statistiques nationales, leur revenu mensuel est tombé
à 38000F.

Je ne crois pas que les paysans soient devenus plus
pauvres qu’avant. Ce serait bien que vous leur posiez
la question.

Mais nous les côtoyons, ce sont nos parents

Moi aussi, je les côtoie. Il faut voir à combien était
ce revenu de 38000F avant que le Fpi ne vienne au
pouvoir. Et demander aux paysans, ce qu’ils ont fait
du surplus dégagé. On peut s’en prendre à la réforme
du secteur cacao. Moi je ne peux pas dire que cette
réforme était l’idéale qu’on aurait pu faire. Elle n’a
pas été initiée par le Fpi. Elle a commencé sous la
transition.

Mais le président Gbagbo a revendiqué la paternité de
la libéralisation de la filière.

Le programme de libéralisation n’est malheureusement
pas allé à son terme. Le président a trouvé des
documents prêts, un projet ficelé. Le premier ministre
de l’agriculture Alphonse Douaty, a pris en charge ce
projet. Les gens de la filière on pensé que c’était un
projet qui les arrangeait et ont donné leur accord. Ce
n’est pas vraiment le programme de libéralisation tel
le FPI l’avait conçu.

Alphonse Douaty est parti à la suite d’un scandale et
a été remplacé par le ministre Dano Djédjé. ça veut
dire que déjà la mauvaise gouvernance économique du
FPI avait commencé à se faire jour.

Oui. Mais que le FPI prenait des dispositions pour les
corriger. On aurait pu laisser Douaty à ses
responsabilités après cet incident, que vous aurez pu
parler aujourd’hui d’impunité, j’aurais été d’accord
avec vous. Mais vous dites qu’il est parti, remplacé
par quelqu’un, ça veut dire qu’on a essayé d’ajuster.
La filière a effectivement généré beaucoup d’argent et
moi je ne suis pas mécontent que l’on ait pu utiliser
cet argent pour équiper l’armée ivoirienne pour faire
face à la bourrasque.

247 milliards des paysans dans les armes alors qu’on
aurait pu utiliser cet argent pour construire des
centres de santé et les écoles, ne voyez vous pas que
c’est un peu exagéré.

Je vous dis qu’aujourd’hui on est à près de 400
milliards. Je vous assure qu’avant même que le
président ne fasse le geste d’utiliser l’argent de la
filière pour acheter des armes, les paysans eux-mêmes
ont fait don de plusieurs milliards pour les armes,
pour les étudiants…

Tenez-vous toujours à votre concept de franc CFA
flottant ?

Oui, bien sûr mais je pense que c’est encore plus
d’actualité aujourd’hui avec cette guerre. En matière
économique, la meilleure façon de gérer les situations
de crise, c’est d’être souple et flexible. En
diplomatie, on dit qu’il faut négocier et discuter.
Mais dans notre contexte, le prix du franc CFA est
rigide et fixé quelle que soit la conjoncture
économique. C’est comme si on mettait entre notre pays
et le reste du monde, un pont rigide. Or, il y a des
techniques qui permettent de gérer les flux en
fonction des performances des pays. Je suis favorable
à une flexibilité du franc CFA à défaut de sa
disparition. Vous avez raison quand vous dites que le
pouvoir FPI gère mal, c’est valable pour tous les
pouvoirs. Mais l’idée, c’est que nous puissions sortir
de ce fatalisme et prendre des sanctions contre ceux
qui gèrent mal pour que notre pays puisse être géré de
façon correcte.

La monnaie est-elle dans un contexte mondialisé un
gage de souveraineté ? Est-ce que votre théorie sur le
franc flottant n’est pas une thèse d’un certain
patriotisme économique qui remet en cause la
solidarité économique sous régionale ?

Non, pas du tout. Concernant le premier volet de votre
question, c’est en période de crise grave qu’il faut
que les économies deviennent flexibles. Vous avez vu
le bloc de l’Est qui a sauté à cause des rigidités
qu’il y avait là bas. Vous avez vu les pays en
développement qui ont pu changer et devenir plus
développés, c’est en se donnant un peu plus de
flexibilité, un peu plus de marché, de relations
contractuelles marchandes. Parce que ces pays étaient
dans les profondeurs de la crise. Lorsqu’ils se sont
ouverts à la flexibilité et au marché, ils sont
remontés. Si vous raisonnez comme ça, ma réponse c’est
oui, parce que nous sommes en crise profonde, il faut
prendre des dispositions pour être plus souple en
matière économique, à commencer par la monnaie.
65% de nos avoirs extérieurs nets sur le compte
d’opération du Trésor public français…

Maintenant pour le second volet de votre question, ce
n’est pas l’expression d’un patriotisme économique, ce
n’est pas la souveraineté monétaire qui est recherchée
en réalité. C’est plutôt l’efficacité économique. Ce
n’est le plus important d’avoir une monnaie avec la
photo du président là-dessus pour dire qu’on a nous
aussi notre monnaie. Ce n’est pas ce qui est
recherché. Ce qui est recherché c’est de faire en
sorte que la monnaie joue son rôle, non pas de
financer le développement, mais de stabiliser les
échanges. Quand l’on regarde l’UEMOA, on a l’impression que la
Côte d’Ivoire est la vache à lait des autres.

Le FPI ne semble pas avoir confiance en vos thèses
économiques. Cet aventurisme économique n’a-t-il pas
été sanctionner par votre limogeage en douceur du
ministère de l’Economie et des Finances ?

Ah non. Moi j’ai pensé plutôt que c’était une belle
promotion que j’obtenais en partant du ministère de
l’Economie et des Finances pour la présidence de
l’Assemblée nationale. Dieu merci que cela a été fait.
Parce que je me rends compte que j’aurais été ministre
des Finances avec le déclenchement de cette crise, je
me serais demandé comment l’Assemblée Nationale allait
fonctionner. J’aurais été curieux de voir comment les
élus du peuple auraient travaillé. J’aurais été
certainement mis hors jeu du processus à Marcoussis.
Dieu merci, à l’Assemblée Nationale, on ne m’a pas
touché.

Le FPI développe le discours selon lequel sans la Côte
d’Ivoire, l’économie française s’écroulerait.
Etes-vous partisan de ce discours?

C’est de la plaisanterie. La France toute seule est
suffisamment puissante pour vivre. Elle n’a pas besoin
de la Côte d’Ivoire pour vivre. C’est d’ailleurs sur
la base de quoi nous n’arrivons pas à comprendre qu’un
petit pays africain qui n’est pas essentiel dans la
stratégie d’enrichissement de la France soit brimé
comme nous le sommes. Parce que simplement nous ne
voulons pas céder aux caprices de Chirac.

Pourtant Affi soutient la thèse contraire. Sans la
Côte d’Ivoire, la France n’est rien.

Je n’ai pas les éléments nécessaires pour répéter la
même chose. Je suis économiste. Si ce qu’il vous a dit
est basé sur des chiffres et que vous me les donnez,
je serais prêt à le suivre. Mais pour ce que j’en
sais, c’est vrai que la Côte d’Ivoire compte pour la
France. Mais sans la Côte d’Ivoire, la France peut
continuer à vivre sans aucune difficulté.

Est-ce que vous n’avez pas le sentiment de maintenir
l’Assemblée nationale sous perfusion depuis le GTI du
15 janvier 2006 ?

Oui, vous avez raison. J’ai interprété l’action du GTI
et toutes les actions du GTI depuis que cette instance
s’est installée comme une action putschiste ni plus ni
moins.

Même quand son mandat est arrivé à expiration ?

Oui. Quand son mandat arrive à expiration les
dispositions constitutionnelles permettent de
poursuivre son mandat sans demander à qui que ce soit
en dehors de la Côte d’Ivoire.

A l’intérieur de la Côte d’Ivoire, des
constitutionnalistes émérites notamment les
professeurs Ouraga Obou et Francis Wodié ont dit que
rien dans la Constitution ne permettait de prolonger
le mandat de votre institution.

Moi, je m’en tiens aux décisions du conseil
constitutionnel, seul organe habilité à délibérer en
la matière.

Un conseil aux ordres. C’est le président de la
république qui a désigné, nommé, installé le président
du conseil constitutionnel M. Yanon Yapo.

Comme l’exige la constitution Ivoirienne, il faut
quand même savoir que Pierre Mazeaud, le modérateur de
Marcoussis est un grand copain de Chirac.
Constitutionnaliste, Chirac l’a nommé président du
conseil constitutionnel pour protéger sa sortie
politique.

Le conseil constitutionnel protége donc le régime
Gbagbo ?

Oui, mais le contraire aurait été scandaleux ; nommer
un conseil constitutionnel pour torpiller la
constitution Ivoirienne. On y nomme que des gens de
confiance.

Vous avez changé les lois du parlement.

On a changé le règlement de l’Assemblée nationale.

Vous l’avez adapté à la situation. Un règlement taillé
sur mesure.

Oui, les lois servent à cela aussi. Quand on prend une
loi, c’est pour résoudre un problème qui se pose.

C’est de l’escroquerie

On se dit que si dans le futur le même problème
continue à se poser, il faudrait que des dispositions
soient prises. Il y a des lois qui sont votées qui ne
sont jamais appliquées.

Les lois et les règlements devraient être
impersonnels, applicables à toutes les situations.
En principe, elles le sont. Mais elles servent à
résoudre des problèmes particuliers.

N’est ce pas là une des causes réelles de la crise
ivoirienne c’est-à-dire tailler des lois pour gérer
une seule situation ? Vous avez reconnu que l’article
35 actuel est la mouture du FPI à la commission
consultative constitutionnelle.

Je veux dire qu’on ne se fait aucun complexe
là-dessus. Une loi est votée pour résoudre un
problème. Avec les déchets toxiques qui sont arrivés
beaucoup ont dit qu’il faut une législation. D’autres
ont répondu qu’il y a déjà une législation qui existe.
Quand dans un carrefour, on se rend compte qu’il y a
toujours des accidents, on se dit qu’il faut mettre là
des feux tricolores. Ces feux vont réguler la
circulation pendant le reste du temps. Les lois, c’est
comme ça. C’est fait pour résoudre des problèmes pour
que la vie en société se fasse. Dire que ces lois sont
taillées sur mesure, c’est vrai au commencement. La
nouvelle constitution est taillée sur mesure pour la
Côte d’Ivoire t elle qu’elle était en 2000, telle
qu’elle est encore aujourd’hui. Mais il se peut que
dans 6 mois ou un an, les Ivoiriens décident qu’ils
ont envie de changer. Tout se fait selon des règles
précises. Tant qu’on respecte les règles, moi je ne
suis contre rien. Je suis favorable à tous les
changements.

A quoi sert finalement l’assemblée ? Votre bilan
législatif est faible depuis la fin de mandat le 16
décembre 2005.

J’aurai bien voulu que vous posiez cette question au
premier ministre. C’est lui a refusé de venir défendre
les lois. Je ne suis pas d’accord quand vous dites que
le bilan est faible. Nous avons ratifié plusieurs
accords internationaux, nous avons reçu le ministre
Dano Djédjé, il est venu défendre ses textes. Ces lois
sont en vigueur et tout le monde est content de
bénéficier de leurs effets. La loi a permis aux
communes et conseils généraux de continuer leurs
mandats. Sinon en mars les communes auraient dû passer
sous la tutelle des sous-préfets. L’UVICOCI où siègent
les maires de tous les partis politiques avait saisi
le président de la république pour statuer sur leur
cas. Le ministre de l’Intérieur Dja Blé a fait valoir
cette loi, les communes ont continué à fonctionner.

Vous l’idéologue du FPI, vous refusé la tribalisation
de la vie politique. Mais il n’en demeure pas moins
qu’au cœur d’un pouvoir qui est considéré comme un
pouvoir Bété, chrétien, tribaliste, beaucoup de vos
concitoyens vous perçoivent comme le dioula de
service. Qu’est ce que vous en dites ?

Je pense qu’ils ont raison de penser que je suis le
Dioula de service égaré là-bas parmi les chrétiens ou
les bété. Il faut qu’ils ouvrent les yeux. Je ne suis
pas seul. Nous sommes très nombreux.

Qu’est ce qui vous amène dans les bastions du RDR à
Anyama, Abobo, Port Bouët ?

La conviction que je suis dans la vérité. Je ne coure
pas vers les gens. J’étais ici chez moi quand des
militants du RDR sont venus me demander d’aller les
entretenir sur certains sujets. On voudrait comprendre
votre problème. Ainsi, le mouvement a pris du volume.
Je ne fais pas de la provocation, Je présente juste ma
vision de la crise.

Nous apprenons que vous arrosez ces militants du RDR
de billets de banques…

… ce sont des histoires. Je vous encourage à faire un
tour dans ces localités pour connaître la vérité.
C’est vrai que souvent je reçois certaines demandes
d’aide. Mais cela n’a rien à voir avec les meetings.

Comment sont financés les meetings?

C’est Gbagbo qui m’aide personnellement. Mes meetings
ne font pas partie d’un programme budgétisé du FPI. Un
meeting comme celui d’Anyama ou d’abobo coute entre 1
million et 1million 500 mille.

Interview réalisée par Méité Sindou, D. Al Seni et Traoré M. Ahmed


CRISE IVOIRIENNE / INTERVENTION DE S.E.MAITRE ABDOULAYE WADE

Vendredi 6 Octobre 2006

La crise en Côte d’Ivoire est "un problème de l’ensemble de la sous-région", a estimé jeudi le président sénégalais Abdoulaye Wade, avant de se rendre au Nigeria où se tient vendredi un sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). “ Le problème de la Côte d’Ivoire est un problème de l’ensemble de la sous-région. C’est donc un problème africain et nous allons nous concerter et prendre des décisions ensemble ”, a indiqué à la presse le chef d’Etat sénégalais, peu après son arrivée à Ouagadougou. Le sommet de la Cedeao à Abuja tentera d’ébaucher un nouveau cadre de transition politique pour relancer le processus de paix en Côte d’Ivoire. “ Nous sommes tous intéressés par une résolution de la crise ivoirienne. Notre engagement n’a jamais failli. Peut-être que je suis apparu un peu moins, mais j’ai estimé que, sans me désengager, je devais me mettre un peu en retrait ”, a poursuivi le président sénégalais. Interrogé sur la mise en garde adressée lundi par le chef du parti présidentiel ivoirien, Pascal Affi N’Guessan, aux pays de la Cédéao, M. Wade a répondu : "Je n’ai pas de réaction personnelle". "Nous prendrons ensemble les décisions, nous ferons une appréciation de tous les éléments et nous déciderons ensemble", a-t-il répété. M. Affi N’Guessan, qui dirige le Front populaire ivoirien (FPI, parti du président Laurent Gbagbo) avait déclaré : "La Cedeao ne doit pas oublier qu’elle a des millions de ressortissants en Côte d’Ivoire. Chacun de ces pays doit penser à ceux-ci. Qu’elle ne parle pas pour mettre le désordre". Le chef de l’Etat sénégalais a eu jeudi après-midi un entretien avec son homologue burkinabé Blaise Compaoré, à l’aéroport de Ouagadougou. Il devait ensuite partir pour le Nigeria.


PROCESSUS DE PAIX EN COTE D'IVOIRE / SOMMET DE LA CEDEAO A ABUJA / LE PRESIDENT GBAGBO PRESENT

Vendredi 6 Octobre 2006

Le président ivoirien Laurent Gbagbo a quitté vendredi matin Abidjan pour Abuja où il doit participer au sommet des chefs d`Etats de la Communauté économique des Etats de l`Afrique de l`ouest (Cédéao) sur la crise en Côte d`Ivoire, a-t-on appris de sources concordantes.

Selon un officier de l`état-major des forces loyalistes ivoiriennes, l`avion du président Gbagbo a décollé vers 07H00 (locales et GMT) de l`aéroport international d`Abidjan pour la capitale nigériane.

Une autre source aéroportuaire a confirmé l`information, sans plus de précisions.

La participation de M. Gbagbo à cette importante réunion destinée à relancer le laborieux processus de paix en Côte d`Ivoire était incertaine jusque là.

A Abuja, les chefs d`Etat de la Cédéao vont devoir notamment aborder l`épineuse question des prérogatives de l`exécutif ivoirien.

L`opposition ivoirienne demande d`octroyer les pleins pouvoirs au Premier ministre de transition Charles Konan Banny, et la rébellion des Forces nouvelles (FN, qui contrôle le Nord depuis septembre 2002) veut le départ du président Gbagbo et son remplacement par un triumvirat de transition.

Drapé dans la Constitution, le chef de l`Etat ivoirien entend en revanche rester à son poste et conserver ses pouvoirs jusqu`à l`organisation d`une élection présidentielle.

Encadré par les Nations unies et l`Union africaine (UA), le processus de paix ivoirien devait déboucher sur des élections fin octobre mais des désaccords persistants, notamment sur l`actualisation des listes électorales et le désarmement, ont rendu ce délai impossible à tenir.

Le report, prévisible depuis des mois, a été rendu officiel le 20 septembre par l`Onu à son siège de New York, les médiateurs et les acteurs de la crise ivoirienne, en l`absence notable de Laurent Gbagbo qui avait refusé de se rendre à cette réunion.

Les adversaires de Gbagbo, Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et le chef rebelle Guillaume Soro ont annoncé leur venue.

Le sommet d`Abuja, qui regroupe 15 pays de la sous-région, s`apparente à un mini-sommet de l`UA, avec la présence de poids lourds hors Cédéao: le sud-africain Thabo Mbeki en tant que médiateur de l`UA dans la crise ivoirienne, le congolais Denis Sassou Nguesso en tant que président en exercice de l`UA, et le gabonais Omar Bongo, un habitué des sommets sur la Côte d`Ivoire.

Toute l`Afrique de l`ouest redoute en fait que la crise ivoirienne ne dégénère et déstabilise la région. Les déclarations lundi du chef du parti présidentiel ivoirien, Pascal Affi N`Guessan, n`ont pas arrangé les choses: "la Cédéao ne doit pas oublier qu`elle a des millions de ressortissants en Côte d`Ivoire. Chacun de ces pays doit penser à ceux-ci".

AFP


COTE D'IVOIRE / SITUATION SOCIO-POLITIQUE / INTERVIW DE M.KOULIBALY MAMADOU PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE

Vendredi 6 Octobre 2006

Président d’un parlement déchu par la communauté internationale, idéologue d’un patriotisme frontiste débridé, tenant de ligne dure du camp présidentiel, Mamadou Koulibaly s’est ouvert à la rédaction de Nord Sud quotidien sur le sommet d’Abuja qui s’ouvre ce matin sur le processus de paix inter ivoirien.

Certaines informations état de mouvement de miliciens libériens vers la Côte d’Ivoire. Au stade actuel du processus politique en Côte d’Ivoire, pensez-vous que la guerre est envisageable ?

J’ai eu moi aussi l’information. J’ai également appris qu’un ivoirien aurait été arrêté aux Etats Unis en train d’acheter des armes. Pour ma part, il n’est plus question d’envisager une sortie de crise par la
guerre. Il est trop tard. C’est quelque chose qu’on aurait dû entreprendre dans le cycle de Marcoussis.

Parce qu’à cette époque, il y avait un agenda précis et les rebelles n’ayant pas désarmé à un moment donné, la seule solution était la force. Aujourd’hui, on a dépassé ce stade. Le processus de Marcoussis ayant échoué, en attendant la mise en place d’un nouveau cadre de sortie de crise. Personne n’a intérêt à
reprendre les armes. Ce qui se passe au Libéria est
lié un peu à la structure de notre pays, on n’a plus
de frontière vers là bas. On ne contrôle plus rien,
les bandes armées ont prospéré. On ne peut plus savoir
à quel camp appartiendraient ces miliciens.

2000 miliciens convoyés vers la frontière, est-ce que
cela vous inquiète ?

Pas pour la stabilité de la république en tant que
telle. Mais inquiet pour nos parents qui sont à
l’Ouest et qui, depuis le temps de Sam Bokary, ont
payé le plus lourd tribut de cette guerre.

Affi N’Guessan a menacé lundi dernier les
ressortissants de la CEDEAO ainsi que l’opposition si
les décisions du sommet d’Abuja n’étaient pas à
l’avantage du votre régime. Revendiquez vous ces
menaces ?

Je n’ai pas lu le texte de Affi, mais je pense qu’il
n’y a aucune raison de menacer les populations civiles
d’Afrique de l’Ouest qui vivent ici. Mais si une
quelconque armée se préparait à attaquer la Côte
d’Ivoire avec cette histoire de miliciens, la réaction
du Président du Fpi se justifierait.
Il a invité les chefs d’Etats de la CEDEAO qui vont
se réunir le 6 octobre à penser à leurs milliers de
ressortissants qui vivent ici, avant de décider de
l’éventualité de la suspension de la Constitution et
de l’octroi de larges pouvoirs au Premier ministre…

…Là, c’est une menace à prendre au sérieux. Si les 15
pays de la CEDEAO, alors que le Droit international ne
leur donne aucune prérogative en la matière,
décidaient de la suspension de la Constitution
ivoirienne, cela provoquerait vraisemblablement, et il
ne faut pas en douter, un soulèvement contre les
ressortissants de ces pays. Ce n’est pas à souhaiter,
mais le risque est très grand. Vous avez vu comment
les populations ont foncé sur le 43è BIMA à Abidjan
chaque fois que la France a appuyé la rébellion d’une
certaine façon. S’ils réagissent de cette façon avec
des militaires, qu’en sera-t-il avec des civils ? Ce
que dit Affi peut signifier deux choses. Premièrement,
que les Ivoiriens vont s’attaquer aux ressortissants
de ces pays ici, le risque existe. Deuxièmement, c’est
que demain, le président ivoirien et ses pairs
d’autres pays africains peuvent se retrouver pour
suspendre la Constitution du Burkina, du Mali ou du
Sénégal par exemple vu qu’il y a une rébellion en
Casamance…

Vous récusez la réunion de la CEDEAO ou lui assignez-
vous un autre agenda où les questions
constitutionnelles ne devraient pas être à l’ordre du
jour ?

Toutes ces questions seront à l’ordre du jour. La
réunion a sa raison d’être. Mais c’est une réunion
d’information au cours de laquelle le président Gbagbo
ira dire à ses homologues de la CEDEAO que le
processus de Marcoussis a pris fin. Ce n’est pas lui
qui le décide, c’est le GTI qui l’a annoncé ici. C’est
l’ONU qui a annoncé que c’est terminé pour la 1633. Le
Président de la république va dire à ses pairs que
nous avons fini avec le cycle de Marcoussis. Et que
nous entamons un autre où on ne touche pas à la
constitution. Il va faire la proposition de sortie de
crise qui sied à la Côte d’Ivoire aujourd’hui. Les
autres présidents donneront leurs bénédictions ou pas.
C’est une réunion d’information, aucune décision ne
sera prise là-bas.

Quelle est cette proposition ?

C’est une proposition d’information à ses pairs, ce
n’est pas à discuter. Ce n’est pas à négocier. Il faut
quand même savoir que quand la crise a éclaté, c’est
la CEDEAO qui a pris le dossier en charge. C’est Ibn
Chambas et Wade qui ont signé un papier avec les
rebelles. C’est eux qui ont conduit les belligérants
chez Eyadema, c’est encore eux, à travers Wade qui ont
constaté l’échec de Lomé et proposé qu’on aille à
Marcoussis. Le président Gbagbo leur dira que jusqu’à
présent, les autres ont fait des propositions qui ont
échoué, voici maintenant ce que je propose.

Quelle est cette proposition ?
Je pense qu’il vaut mieux attendre que Laurent Gbagbo
lui-même l’annonce. C’est son plan.

Vous-même en tant deuxième personnalité de l’Etat et
3ème vice-président du FPI quel pourrait être selon
vous un schéma de sortie de crise acceptable.

Je proposerais que la France sorte du processus, Paris
étant devenu pour moi, le problème central. Dès que la
France bouge, le président peut faire sa proposition
quelqu’elle soit, à condition qu’on ne touche pas à la
Constitution. Qu’on ne touche pas à la souveraineté
dans le sens de valider la division du pays en deux.

Quel schéma pour une sortie de crise consensuelle ?
Le week end dernier Laurent Gbagbo a appelé à une
solution ivoiro-ivoirienne. Qu’est ce que vous y
mettez ?

Il faut simplement s’appuyer sur la Constitution. Rien
que ça

Le président de votre parti propose la démission du
gouvernement…

Je pense que cela devrait même se faire avant Abuja ou
le sommet de l’Union africaine. Banny est venu pour
une mission précise, il avait une feuille de route et
un calendrier précis. Il a refusé de venir défendre
son programme devant les Ivoiriens au parlement .Il a
refusé que ses ministres répondent aux convocations du
Parlement parce que pour lui, cette institution
n’existe pas. Il a donc eu les mains libres. Si
aujourd’hui, il n’est pas arrivé à réunifier le pays
et à conduire le processus pour lequel il est arrivé,
je pense qu’il n’a rien d’autre à faire que de
démissionner.

Certains affirment que le président Koulibaly
travaillerait actuellement sur la mouture d’un nouveau
gouvernement…

Non, n’en nous sommes pas encore à ce niveau. Pour le
moment, nous informons les chefs d’Etat africains.
Avant de présenter ce plan aux Nations unies et le
mettre en application. Quant à Banny, normalement, il
devrait partir bien plus tôt.

Le nouveau gouvernement de Laurent Gbagbo sera t-il
validé par la communauté internationale ?

Ce qu’il faut comprendre c’est que Koulibaly Mamadou
pense dans la phase actuelle du processus de paix,
Banny a échoué comme Seydou Diarra à l’époque. Dans ce
cas, il doit tirer les conséquences et partir. Cela
devrait être fait depuis la réunion de New York où il
a voyagé avec jacques Chirac dans le même avion. Pour
aller demander des pouvoirs supplémentaires au
détriment du président. Depuis cet instant, il s’est
inscrit dans une logique de coup d’état, il doit donc
partir. Qui le remplace ? C’est un autre débat.

Le tandem avec Gbagbo est donc mort ?

Pour moi, ce tandem n’a jamais existé. Cela dit, ce
n’est pas parce que nous lui avions mis des bâtons
dans les roues qu’il a échoué. Bien au contraire,
depuis son arrivée, Gbagbo n’a pas arrêté de dire à
des gens comme moi au Fpi « laissez Charles
travailler ». Pas de critique, laissez le bosser. On a
laissé faire.

Ce sont des consignes que vous n’avez pas respectées.
Le 26 avril à l’ouverture de la session parlementaire,
vous avez personnellement ouvert le feu sur lui en
attaquant la phase pilote des audiences foraines
lancée concomitamment avec le pré regroupement des
combattants.

N’oubliez pas que Banny dès son arrivée, a déclaré
qu’il n’avait aucun compte à rendre à l’Assemblée
nationale. Comment voulez-vous que quelqu’un qui ne
respecte aucune institution de la République soit
ménagé. N’est-ce pas lui qui a ouvert le feu le
premier en soutenant que l’Assemblée n’est pas
nationale. Malgré tout ceci, Gbagbo nous a demandé de
le laisser tranquille. Il y a certaines limites à ne
pas franchir, c’est pourquoi, j’ai dit holà à Banny
pour qu’il arrête.

Le FPI a également demandé de bloquer les audiences
foraines par tous les moyens avec les morts que cela a
provoqués.

Oui. Ce sont là, les conséquences du passage en force
que Banny voulait opérer en faisant autre chose que ce
que dit la loi. C’est vrai qu’il y a eu mort d’hommes
mais, cela n’est pas du fait du Fpi. Nous nous sommes
opposés en allant nous installer devant les sites où
se déroulaient les audiences foraines demandant que
personne n’y participe. De là, à tirer sur des
manifestants et à venir avec des gourdins, cela n’est
pas l’œuvre du Fpi. C’est nous qui avions été
victimes.

Vous êtes président du parlement donc faiseurs de loi.
Est –ce que la loi autorise celui qui n’est pas
d’accord à utiliser la force pour s’opposer au
fonctionnement de l’Administration ?

Le processus de boycott existe quand on n’est pas
d’accord. Pacifiquement, on manifeste, on fait des
pétitions, avec des pancartes on s’exprime. Ce que la
loi ne permet pas, c’est quand on n’est d’accord et
qu’on prend des armes.

Pourquoi dans ce cas, vous revendiquez les menaces de
Affi contre l’opposition, qui se prépare à dire
pacifiquement et de façon républicaine son soutien à
la suspension de la constitution. Dans ce cas, vous
promettez la répression dans la rue.

Si c’est pacifique, moi je n’y vois aucun
inconvénient. Mais si c’est pacifique pour soutenir un
coup d’état, alors ils auront en face d’autres
pacifistes pour dire non au coup d’Etat. C’est le coup
d’état qui est le problème et non la manifestation. Si
le RHDP dit : on organise samedi une grande
manifestation pour soutenir la rébellion moi, je vais
m’y opposer. S’ils disent, une grande manifestation
pour la réconciliation ou la sortie de crise, je serai
peut-être là-bas avec eux, s’ils me le permettent.

En mars 2004 justement, ils ont lancé une grande
manifestation pour soutenir Marcoussis et le processus
de sortie de crise. Vous avez tiré. On connaît le
résultat : entre 120 et 500 morts.

En mars 2004, ce sont les rebelles qui voulaient venir
nous narguer à Abidjan à notre barbe au moment où eux,
interdisent que, que moi j’aille même enterrer mon
oncle dans le nord. Comment voulez-vous que Soro me
refuse à, moi d’aller à Napié alors qu’au même moment,
lui, il vient me narguer à Abidjan. Je vous assure que
si ça dépendait de moi, aucun d’eux ne serait à
l’Hôtel du golf. Tant que la libre circulation n’est
pas effective sur l’ensemble du pays, il n’ y a pas de
raison qu’ils aillent chercher de l’argent à Bouaké
pour venir le dépenser à Abidjan dans les boites de
nuit. C’est inacceptable. Ce n’était pas la
manifestation qui posait problème mais les idées de
putsch qui la sous-tendaient. « On va chasser Gbagbo,
on va faire comme Haïti »…

Depuis votre arrivée au pouvoir, aucune manifestation
républicaine digne de ce nom, n’a pu se tenir dans les
rues sans répression…

Il faut savoir que depuis notre arrivée au pouvoir,
nous n’avons eu que des manifestations visant à nous
chasser du pouvoir de façon illégale. Il faut résister
à cela.

Les ménagères qui manifestaient contre la vie chère,
les magistrats, les handicapés…préparaient-ils des
coups d’état ?

Cela dépend du lieu où ils manifestent. Si vous êtes
magistrats et que vous manifestez, sur la place de la
République personne ne vous réprimera. Mais, il faut
savoir que depuis le début de la crise et même avant,
des dispositions ont été prises pour interdire un
certain nombre de manifestations à Abidjan. Il faut
qu’on soit clair : si on me dit que des journalistes
veulent manifester au Plateau et lire leur pétition
je suis d’accord mais si on me dit que des
journalistes veulent manifester pour soutenir la
rébellion, je dis non !

Et pourtant le FPI était en avant-garde du combat pour
l’inscription du respect des libertés publiques dans
la constitution d’août 2000…

On est d’accord. Mais ce droit de manifester se fait
dans le respect du texte qui vous donne ce droit. Mais
si vous manifestez pour l’abrogation de ce texte, vous
perdez ce droit. La Constitution vous dit que vous
avez le droit de manifester toutes vos libertés, mais
vous devez savoir que votre liberté ne vous donne pas
le droit de faire tout ce que vous avez envie de
faire. Si vous niez la Constitution, vous ne pouvez
plus en profiter.

Pourquoi en dépit des décrets d’interdiction de
manifester signé par le chef de l’état Laurent Gbagbo,
les jeunes patriotes sont toujours dans la rue en
violation de la loi et sans être inquiétés ?

A Abidjan, il n’est pas question pour moi d’autoriser
une manifestation pro- rebelle. Tout comme à Bouaké,
il n’est pas possible d’autoriser une manifestation
pro- patriotique. Ce sont les données de base de la
crise. Maintenant, si les rebelles disent qu’ils
reconnaissent la Constitution comme nous, dans ce cas,
on appliquera la loi à tout le monde.
Nous irons manifester à Bouaké, et eux à Abidjan.

Vous vous comparez à la rébellion qui, par sa nature
est un monde sans loi en opposition avec la République
qui incarne la loi. Sommes-nous alors dans deux
rebellions en Côte d’Ivoire ?

Nous sommes dans une République et sa rébellion. Il y
a ceux qui font la promotion de la rébellion coûte que
coûte et ceux qui défendent la république vaille que
vaille. Les deux se rencontrent. C’est la même loi.
Cela peut se faire de façon calme comme à l’Assemblée.
Mais quand nous sortons de là et que certains disent
que vous n’allez pas chez nous, mais nous, nous avons
le droit de venir chez vous, là je suis obligé de
défendre la Constitution.

Pensez-vous que si les régimes qui vous ont précédé
réprimaient de la sorte, vous seriez un jour parvenu
au pouvoir, vivant ?
Les régimes ont agi de la sorte, c’est pour cela que
nous sommes parvenus au pouvoir dans les conditions
que vous savez. Il faut savoir quand même que les
principaux acteurs sont encore en vie. Le 18 février
1992, ceux qui sont sortis ne manifestaient pas pour
que la Constitution soit suspendue ni pour que le
président démissionne. C’était pour qu’on applique la
loi.

Le 18 février 1992, ils manifestaient aussi pour «
l’assaut final », pour la chute du président
Houphouët…

Non, c’était pour que des sanctions soient prises
contre Guei Robert et les autres personnes qui avaient
été identifiés par la Commission d’enquête. On était
dans la loi, mais malheureusement, on nous a opposés
une violence qui s’est poursuivie jusqu’à la fin du
régime.

Le FPI n’a jamais dénombré 120 morts dans la rue…

Parmi les 120 morts, il y a les forces de l’ordre, des
civils innocents, encore qu’il faut vérifier. Il y a
des gens qui ont cru qu’ils pouvaient affronter les
gendarmes les mains nue en leur lançant des pierres et
des gourdins et en cachant derrière eux des gens
armés. Là, ils se sont retrouvés avec une violence
inouïe.

Si d’aventure Banny est limogé et qu’un nouveau
gouvernement FPI est mis en place, comment celui-ci
ferait avancer le désarmement sans faire la guerre ?
Vous indiquiez tantôt que la guerre n’était plus
possible…

C’est le mode d’emploi qu’on va découvrir avec le
schéma du président. Je préfère ne pas anticiper

Certains parlent d’un schéma angolais…

Qu’est ce qui s’est passé en Angola ?

Un statut quo sans élection, la décapitation de la
rébellion…

Non nous n’en sommes pas là.

N’est ce pas le schéma de la Côte d’Ivoire dite utile
contre la Côte d’Ivoire non utile ?

Non, toute la Côte d’Ivoire est utile. C’est la
République ; tous ceux qui vont comprendre ce que
c’est que la République vont aller expliquer aux
autres que le fusil n’est pas bien. Vous savez, les
gens vont dans le Nord et reviennent .L’une des
conclusions que tout le monde tire, c’est que la
rébellion n’existe plus en tant que telle. Nombre de
nos jeunes frères qui sont là - bas, ont regagné leurs
plantations. Ceux qui sont en bordure de route sont
épuisés, et s’adonnent au racket dans les villages
pour subsister. Deuxièmement, les gens savent qu’il
n’y a que l’armée française qui leur donne la
protection pendant qu’ils exploitent les ressources
tranquillement. Troisièmement, les gens savent aussi
que ce sont les ressortissants burkinabé, maliens,
libériens, ghanéens et guinéens selon la zone
frontalière qui font la loi dans les territoires au
grand regret de nos parents. Compte tenu de tout cela,
si la France sort du processus, si la Constitution est
respectée vous verrez qu’on ira à la paix plus vite
que vous ne l’imaginez sans un seul coup de fusil.

En novembre 2004, vous disiez déjà que la rébellion
était complètement écrasée alors que jusqu’a présent,
vous réclamez le désarmement, comment expliquez vous
cela ?

Parce que les gens se sont reconstitués. En novembre,
ils avaient tous fui. Le seul qui traînait encore à
Bouaké était Chérif Ousmane parce qu’il n’a pas eu le
temps de partir comme les autres. Mais entre temps,
Blaise Comparé et Chirac les ont réinstallés. Beaucoup
ne sont revenus,

Les statistiques font état de 9 millions d’Ivoiriens
qui sont sans carte nationale d’identité et de
pratiquement 5 millions d’Ivoiriens demandeurs de
certificat de nationalité. Devant ces statistiques
effrayantes le FPI avait en 1998, 1999 et 2000 demandé
la régularisation pour rompre avec la citoyenneté
informelle. Comment comprendre aujourd’hui que le FPI,
votre régime, ait si peur du processus
d’identification?

On n’a pas peur du processus d’identification. On ne
veut pas qu’il y ait un processus hors la loi. Il faut
que cela se passe dans le respect de la loi, c’est
tout. Pourquoi avoir peur ? Je fais partie des 9
millions d’ivoiriens sans carte d’identité dont vous
venez de parler. Si je n’en ai pas, il faut bien qu’on
m’en donne. Vous savez bien qu’un certificat de
nationalité n’est pas donné une fois pour toute à un
citoyen. La validité maximale doit être de trois mois.
Il faut chaque fois aller faire un nouveau certificat.
Il y a des lois qui permettent de résoudre ces
problèmes, appliquons-les. Ce que nous refusons, ce
sont les audiences foraines hors la loi. Là on ne
marche plus.

Le Chef de l’Etat, lui-même, a précisé qu’en Côte
d’Ivoire, il n’y a que 25 magistrats habilités à
signer des certificats de nationalité. Certains
spécialistes estiment qu’ il faudra deux années pour
achever le processus d’identification, avec les moyens
et les magistrats qu’on a. A quand les élections dans
un tel cas de figure ?
D’une part, on n’a pas 5 millions de demandeurs de
certificats de nationalité. Les certificats de
nationalité, tous les ivoiriens peuvent en demander,
et je suis sûr que vous-même vous n’en avez pas à
jour. Si demain, on vous demande de faire un dossier,
on vous exige un certificat de nationalité de moins de
trois mois d’ancienneté. Vous êtes donc obligés d’en
demander. Si le processus doit durer deux ans,
prenons deux ans pour le faire. Mais évitons de violer
la loi par ce que depuis Marcoussis, c’est ce qu’on
nous a dit. Quand au début de la crise, la CEDEAO est
arrivée, on m’a dit : la guerre peut durer deux ans si
vous ne donnez pas l’amnistie aux rebelles ; une fois
l’amnistie obtenue, vous avez vu la suite.

Vous avez donné l’amnistie sans les décrets
d’application, sans le processus de réintégration, des
militaires rebelles…
Si c’est ça, le Président a pris des dispositions.

Les soldes des militaires rebelles n’ont pas été
rétablies…
Si, il a pris toutes les dispositions mais aucun, en
fait, très peu sont venus. Vous savez les militaires
de là-bas, le Président avait leur liste. L’amnistie a
été votée. Moi j’ai voté contre. Le même jour, Soro
Guillaume a annoncé qu’il ne sentait concerné par ce
qu’on venait de faire parce qu’il n’avait pas pris les
armes pour les déposer tout de suite. Et la guerre a
continué. A Marcoussis, c’était pareil : On m’a dit si
vous les laissez entrer au gouvernement la guerre ne
va pas dure. On les a laissé entrer au gouvernement et
puis la guerre a quand même duré. On nous a dit si
Ouattara était candidat, l’article 35 est réglé en
trois mois, c’est fini la guerre. Ok cela été donné,
la guerre a continué. Donc c’est le même piège qu’on
nous tend, si vous ne cédez pas sur ci ou ça, la
guerre va durer. Moi, je n’ai jamais voulu céder sur
quoi que ce soit et je ne regrette pas aujourd’hui.

Toujours concernant l’identification, pourquoi est-ce
principalement le RDR que vous accusez ?
Peut être que sa capacité de fraude est plus ample que
celle du PDCI ou du FPI ou des autres partis. Vous
savez le RDR s’est créé en se situant sur le créneau
des populations ivoiriennes qui sont adossé au Nord de
la Côte d’Ivoire ou à l’Islam ou aux ethnies qui
vivent majoritairement au Nord. Une fois qu’on a
accepté cela et je pense que cela n’est pas
contestable. Ils ont dit à mes parents que c’est le
parti de Dioula, c’est le parti des nordistes, c’est
le parti des musulmans, venez tous là dedans. Même mon
père a été contacté, et je crois même qu’il avait
donné son accord avant de comprendre ce que c’était.
Une fois qu’on dit aux gens de Koutiala, de Bafora de
Kankan, de Zérékoré, venez prendre la nationalité
ivoirienne puisqu’ils ont les mêmes noms que nous à
Odiénné, Séguéla, Mankono, Touba, Boundiali, la
propension à la fraude est grande
C’est que le RDR estime que pour l’identification, il
faut ajouter les Koulibaly de Banfora de Koutiala de
Sikasso, c’est là que moi je dis non, parce que moi je
suis Mamadou Koulibaly citoyen ivoirien de Korhogo.
Mais il y a d’autres Mamadou Koulibaly en Casamance,
en Guinée, au Mali, au Burkina. Pourquoi on devrait
m’imposer à moi, de les accepter comme ivoiriens s’ils
ne font pas les démarches qu’il faut pour obtenir la
nationalité.

Quel est ce responsable du RDR qui a appelé les
Coulibaly de ces pays à venir s’inscrire ici ?

Tous, tous ceux que je connais.

Vous avez brandi à l’ouverture de session
parlementaire du 26 avril des papiers que vous
considérez comme des preuves, pourquoi n’avez vous pas
poursuivi les auteurs du prétendu faux ?

On a des caisses pleines de papiers de ce genre
malheureusement.
Si, si beaucoup ont été arrêtés et emprisonnés.

Pas de dirigeants de haut niveau du RDR ?

Il faut remonter jusqu’à eux. On a pris de fabricants
à Adjamé et à Abobo, et ce sont les structures de base
du RDR qui recevaient les papiers pour allez faire
confectionner les cartes. Ce n’est pas Ouattara
lui-même qui les faisait, comme au FPI si ça se
faisait ce n’est pas Affi qui le ferait. Tous les
responsables du RDR que je connais l’ont dit, que se
soit Ouattara lui-même, Fanny Ibrahima, Gon Amadou,
toute la direction. Ils disent tous que ceux qui
viennent du Nord sont avec nous.

Monsieur Ouattara vous l’a dit à vous ?
Monsieur Ouattara a dit au monde entier que « c’est
parce que je suis musulman qu’on ne veut pas me
laisser me présenter à la présidence de république ».
Et quand tu dis à un ivoirien en Côte d’Ivoire que
c’est par ce que je suis musulman qu’on ne veut pas
que je sois Président et que les musulmans sont
molestés en Côte d’Ivoire, vous créez des émotions au
Mali, au Burkina, au Sénégal, au Ghana et tous ceux
qui disent « Allah Akbar » (ndlr : Dieu est grand)
sont émotionnellement avec vous.

Est-ce que votre discours n’a pas alimenté un peu
toute la traque et les tueries contre les musulmans
depuis votre arrivée au pouvoir ?

Cela est une conséquence de l’exploitation que le RDR
a pu faire de la présence de ces étrangers en Côte
d’Ivoire. Si je dis aux Odiénnéka, vous n’avez pas de
papiers. vous allez établir vos papiers, il n’y a
aucune répression à avoir là dedans. Et c’est vrai
qu’il y a beaucoup d’Odiénnéka qui n’ont pas de
papiers. Mais si vous dites à tous les étrangers qui
sont en Côte d’Ivoire, on va vous mettre tous dans la
nationalité et automatiquement vous allez voter cette
année. Y a problème !

N’est-ce pas ce discours qui vous sert d’alibi pour
expurger les listes des citoyens qui ne seraient pas
favorables au régime FPI ? Par une loi de 2001
préparée par Boga Doudou, vous aviez inventé la
citoyenneté rattachée au village… .
Moi je ne pense pas que cela ait pu poser des
problèmes. Parce que moi mon père est de Korhogo ; son
village est là bas. Moi mon village, c’est Azaguié. Et
mes enfants, leur village c’est Abidjan. Et tout le
monde a nécessairement un coin qu’il peut appeler son
village.

C’est justement ce que refusait le FPI, que Mamadou
koulibaly soit d’Azaguié. Un dioula venant d’Azaguié,
c’est impensable dans votre parti.

L’opposition, essentiellement le RDR, a contesté cela
par ce qu’il fallait monter la vision xénophobe du
FPI. Il fallait montrer que ces gens n’aiment pas les
étrangers. C’est ce schéma qu’on voulait montrer, mais
personne n’a vraiment écouté Boga Doudou. L’idée
c’était même après cette loi, d’en faire une seconde
pour dire aux ivoiriens d’origine étrangère qui pour
des raisons professionnel se sont fait des faux
papiers qu’ils pouvaient venir et procéder à une
régularisation. Mais Boga Doudou a été tué et le
processus a été arrêté.

Cela n’a pas empêché les députés du FPI de contester
l’accès à la nationalité par système déclaratif de
citoyens par le bénéfice de la loi de 1961 ?

Non la loi de 61 n’étant plus celle qui était en
vigueur, il n’était pas possible de laisser une loi
abrogée depuis 20 ans produire des effets. C’est
difficile. Il y a la loi sur la nationalité, le code a
été révisé en 61 et a été revu en 72 et c’est sur la
base de la loi de 1972 que les gens fonctionnaient.

Et avant 72 ?

Ils ont eu pour moi le temps régulariser leur
situation

On a même, dans l’opposition, entendu le Président
Gbagbo dire qu’il ne peut pas admettre que les Mossi
qui sont à Gagnoa avant que lui ne naisse, soient
considérés comme étrangers. Mais aujourd’hui son
discours a radicalement a changé sur la question.

Non, le FPI n’a pas changé la dessus c’est la même
position sauf que le FPI dit que les Mossi qui sont à
Gagnoa et qui sont là depuis 1932, 33, 34, s’ils n’ont
pas été naturalisés, il faut qu’ils le soient,
deviennent ivoiriens mais de façon légale. La
rébellion dit, pas question de procédure normale. Le
FPI dit, on ne peut pas faire ça.

Comment doivent-ils procéder concrètement ?

Il faut qu’ils fassent une demande normale de
naturalisation.

A partir de quelle nationalité de base ?

Mais de la nationalité de leurs parents.

Et comment cela leur est transféré?

Si vous êtes Burkinabé, Malien, Sénégalais ou quelle
que soit votre pays d’origine, que vous vivez en Côte
d’Ivoire, vous avez nécessairement votre nationalité
par votre père parce que le Burkina a le même droit
que nous ici, le droit du sang, Un Burkinabé qui vit à
New York pendant 50 ans, il demeure Burkinabé parce
que par le sang il est Burkinabé. Le Mossi de Gagnoa,
il demeure Burkinabé jusqu’au jour ou il décide de
faire un papier pour changer de nationalité.

Pourquoi n’avez-vous pas répondu à Amadou Soumahoro
et aux dirigeants du RDR qui vous ont demandé depuis
Anyama d’indiquer votre village en Côte d’Ivoire ?


Non, je pense que ce n’est pas une question
importante. Ce qui est bien, c’est que quand Amadou
Soumahoro a déclaré cela, moi j’ai reçu de nombreux
militants du RDR qui sont venus me voir pour dire : «
Nos gars, on ne savait pas que c’étaient des menteurs
parce que nous même on te connaît et ils viennent nous
dire que toi tu viens de Mopti ».

Ces témoignages auraient pu tout autant jouer en
faveur de Monsieur Ouattara, dont les parents sont
venus témoigner qu’il est ivoirien.
Ouattara, c’est un autre cas. Pour ses parents, il est
ivoirien. Pour beaucoup d’ivoiriens, il est ivoirien.
Sauf que pour lui-même, il a fait des papiers qui
montrent qu’il ne l’était plus. C’est ça son problème.

Monsieur Ouattara n’a jamais détenu une carte
d’identité autre qu’ivoirienne ? Pendant 15 ans de
débats, le FPI n’a jamais pu brandir une carte
nationale d’identité Burkinabé de Monsieur Ouattara.
Non ce n’était au FPI de prouver que Ouattara était
Burkinabé ou pas. Le FPI a l’historique du curriculum
vitae de Monsieur Ouattara, vice gouverneur, directeur
général adjoint du FMI etc. D’ailleurs Ouattara peut
devenir ivoirien, personne ne s’y opposerait. Il
suffit qu’il en exprime le désir. Le Président prend
un décret pour service rendu à la Côte d’Ivoire et on
le fait pour beaucoup de gens et encore moins…

Il a une carte d’identité ivoirienne et un certificat
de nationalité ivoirienne, donc il n’a pas besoin de
faire une demande naturalisation.

Je vous dis que le certificat de nationalité
ivoirienne n’est pas un papier qu’on a une fois pour
toute. Il est circonstanciel. Le problème avec
Ouattara, c’est qu’il s’est prévalu d’une autre
nationalité. Lundi, il est de Côte d’Ivoire, mardi il
dit qu’il est Américain et mercredi il est Burkinabé,
et c’est ça qui gêne dans l’affaire. Et la loi et même
la constitution lui posaient problème. Ce n’est pas le
code la nationalité qui lui causait problème.

Et selon le code de la nationalité, il est Ivoirien ou
non ?
Si sa mère est ivoirienne, il est ivoirien, aucun
problème. Maintenant il est Ivoirien de naissance, par
le sang. Maintenant, quand lui-même il se lève et il
s’en va faire un autre papier pour dire qu’il est
désormais Burkinabé, le sang de sa mère ne compte
plus. Ça, c’est la loi qui le dit. Comme de nombreux
ivoiriens qui ici naissent et puis vont s’installer
aux Etats-Unis pendant 20 ans, ils restent ivoiriens,
il ne changent pas. Il y a en d’autres qui après un an
prennent la nationalité américaine, mais ils demeurent
ivoiriens.

Un récent ambassadeur ivoirien Kokora, enseignant à la
Faculté qui est devenu Américain, a abandonné la
nationalité Américaine pour devenir Ambassadeur de
Côte d’Ivoire sous le régime FPI ?

Vous avez dit qu’il a abandonné la nationalité
Américaine et notre code le permet. Notre code ne
permet pas la double nationalité, ne faisons pas de
jugement de valeur là-dessus. Le code est ce qu’il
est. Un ivoirien qui prend une autre nationalité, il
perd automatiquement la nationalité ivoirienne. C’est
exclusif. Si Kokora comme vous le dites a abandonné
la nationalité pour devenir ambassadeur de Côte
d’Ivoire, c’est normal. Si vous m’aviez dit qu’il n’a
pas renoncé à la nationalité américaine, les
américains eux même ne l’auraient pas accepté.

Vos multiples appels à la fraude sur la nationalité
n’ont-ils pas fini par vous coller l’image d’un parti
ultra nationaliste. Ets ce que vous vous sentez encore
un parti de la gauche socialiste, ouverte et tolérante
?

Je pense que non. Le FPI n’est pas un parti ultra
nationaliste. Ce que le FPI veut éviter, c’est que la
Côte d’ d’Ivoire dans 10, 15 ans ne se retrouve en
situation de guerre. Il faut quand même savoir que la
crise que nous traversons est le résultat de faux
papiers faits pour fabriquer de toute pièce des
citoyens.

C’est donc une crise identitaire ?

Non. Il s’agit de faux papiers pour faire plaisir à
Houphouët Boigny. Ouattara et d’autres ont jugé utile
de fabriquer des cartes d’identité jaune mais de
fausses cartes qu’ils ont distribuées à nos parents.
Nous étions étudiants, enseignants. Nous avons suivi
cela.

DEMAIN :
LA CRISE AU PARLEMENT
LES RAISONS DE LA GUERRE CONTRE LA France
LE RETRAIT DE LA CÔTE D’IVOIRE DE LA ZONE FRANC
LE FPI, SIMONE GBAGBO, AFFI N’GUESSAN …


SOMMET DE LA CEDEAO D'ABUJA / LES PROPOSITIONS DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN

Jeudi 5 Octobre 2006

Le FPI dans ce mémorandum parvenu à notre rédaction égrène ses propositions de sortie de crise avant le sommet d’Abuja prévu demain. Dans ce document, la direction du Front populaire ivoirien passe en revue les « causes du blocage », « les solutions inacceptables » de la communauté internationale.


(…) III. NOS PROPOSITIONS

Profondément préoccupé par la division du pays qui
perdure, malgré toutes les concessions politiques
faites par le Chef de l’Etat, le Président Laurent
Gbagbo, et tirant les enseignements des quatre (4)
années de mise en œuvre du processus de paix de
Marcoussis, le Front Populaire Ivoirien considère que
la sortie de crise en Côte d’Ivoire passe
nécessairement par :
le retrait de la France du processus de paix ;
la restauration et le renforcement de la médiation
Africaine ;
La restauration de l’autorité de l’Etat et des
prérogatives Constitutionnelles du Président de la
République ;
Le désarmement immédiat et obligatoire des mouvements
rebelles

1) Retrait de la France du processus de paix
La France a suffisamment donné la preuve de sa
partialité et son parti pris. Elle a quitté son statut
de facilitateur pour adopter une position de
belligérance. Du fait des mauvais rapports entretenus
par le Président Jacques Chirac avec les Autorités
ivoiriennes et de l’action pernicieuse de la
diplomatie française, ayant massacré des dizaines
d’Ivoiriens et fait des milliers de blessés, ne
jouissant plus de la confiance des populations civiles
et des leaders politiques du camp gouvernemental, la
France s’est disqualifiée dans la recherche de
solutions à la crise ivoirienne. Elle doit être exclue
militairement et diplomatiquement afin qu’elle
n’exerce aucune influence nocive sur la conduite du
processus de paix.
C’est pourquoi le FPI exige le départ de la force
Licorne et la dissolution du GTI, deux instruments à
travers lesquels le Président CHIRAC torpille le
processus de paix et mène ‘’sa guerre’’ contre le
régime Ivoirien.

2) Restauration et renforcement de la médiation
africaine
A l’issue de la réunion de New York (20 Septembre
2006), la Communauté Africaine a été interpellée pour
qu’elle se réapproprie le règlement de la crise
ivoirienne. Le Front Populaire Ivoirien l’y encourage
vivement pour des raisons de dignité et d’efficacité.
Le temps est en effet venu pour que les Africains
règlent eux-mêmes les problèmes de leur Continent ;
qu’ils refusent les tutelles néo-coloniales infamantes
et qu’ils agissent en acteurs majeurs et responsables
dans les relations internationales.
La médiation du Président Thabo M’Béki, respectueuse
des valeurs africaines, a fait la preuve de son
impartialité et de son efficacité en très peu de
temps. Elle a fait honneur à l’Afrique. Elle doit être
restaurée et renforcée pour prendre en charge
pleinement et exclusivement le règlement de la crise
ivoirienne et pour agir en tant qu’unique
interlocuteur de la communauté internationale, à la
restauration de la paix en Côte d’Ivoire. Cela
implique que l’Union Africaine consente à déployer
avec le concours du médiateur et l’appui matériel et
financier des autorités ivoiriennes, des troupes
militaires qui prendraient au sein des troupes
impartiales la place laissée vacante par la Force
Licorne. Cela signifie aussi que le GTI doit être
dissous pour éviter des interférences préjudiciables
à la réussite de la Médiation Africaine.

3)Restauration de l’Autorité de l’Etat et des
prérogatives constitutionnelles du Président de la
République

La logique du ‘’coup d’Etat en douceur ‘’ est
inacceptable et ne peut prospérer. Elle a déjà fait
trop de mal au Pays. Il faut en sortir. Que dire en
effet d’une situation dans laquelle le pouvoir est
éclaté en mille morceaux où celui qui incarne la
légitimité et la légalité est dépouillé au profit de
quelqu’un inconnu politiquement.
Comment accepter encore plus longtemps que des
Ministres de la République défient quotidiennement et
impunément l’autorité du Chef de l’Etat, agissent à
leur guise au sein de l’appareil d’Etat, siègent au
Gouvernement de la République tout en continuant
d’occuper par la force des armes l’autre moitié de la
République empêchant l’Etat dont ils sont de hauts
responsables d’exercer effectivement son autorité sur
l’ensemble du territoire national.
L’heure est venue d’emprunter la voie de la
légalité, de la raison et de la vérité. La raison, la
vérité et l’efficacité commandent que les pouvoirs
constitutionnels du Président de la République soient
restaurés afin que l’autorité de l’Etat soit renforcée
et que la gestion des affaires de l’Etat et la mise en
œuvre du processus de paix soient conduites dans
l’efficacité.

4) Le désarmement immédiat et obligatoire des
mouvements rebelles
Sous le triple rapport politique, économique et
socio-humanitaire, le désarmement des mouvements
rebelles s’impose aujourd’hui comme une nécessité
absolue.
Au plan politique, le désarmement est au cœur de tous
les accords signés jusqu’à ce jour. Il aurait dû
intervenir dès octobre 2002 à la signature de
l’accord de cessez-le feu entre la rébellion et un
émissaire de la CEDEAO ; à cette époque, la communauté
internationale avait invité les chefs d’Etat ou de
gouvernement de la CEDEAO à « apporter leur soutien
politique, matériel et logistique aux Autorités
légales de la Côte d’Ivoire, afin de maintenir l’ordre
constitutionnel, la paix, la sécurité et la cohésion
nationale ».
Le désarmement est le fondement de l’accord de
Linas-Marcoussis qui stipule au demeurant qu’il sera
mis en œuvre « dès la formation du Gouvernement de
Réconciliation Nationale ».
Le rendez-vous du 15 octobre 2004 fixé lors du Sommet
d’Accra 3 et accepté par tous les acteurs de la crise
ivoirienne, n’a pas non plus été respecté par les
mouvements rebelles. Il est inconcevable que la
rébellion joue éternellement à cache-cache avec le
désarmement. Le devoir de préserver l’intégrité du
territoire ivoirien et d’y faire respecter la
légalité, exige que les mouvements rebelles soient
contraints au désarmement.
Au plan économique, la guerre a engendré une profonde
crise avec des conséquences désastreuses sur la vie
sociale. Dans le même temps les Chefs de guerre de la
rébellion se sont enrichis considérablement en pillant
les ressources nationales dans les zones occupées et
en investissant dans les pays voisins, l’argent du
sang des Ivoiriens.
Au plan socio-humanitaire, les violations des Droits
de l’Homme se poursuivent dans les zones occupées et
restent impunis. Le non fonctionnement des services de
santé, d’éducation, et d’administration générale
entraîne des situations de famine, d’épidémie et la
montée vertigineuse du VIH/SIDA.
Seul le désarmement permettra de stopper la déchéance
et de créer les conditions de la réconciliation et
d’élections justes et transparentes.
(…)
Pour le FPI,
Président, AFFI N’Guessan


COTE D'IVOIRE /MANIFESTATIONS DES GENDARMES / COMMUNIQUE

Jeudi 5 Octobre 2006

Ce mercredi matin 04 octobre 2006, des élèves-gendarmes, sans se référer à la hiérarchie, ont occupé volontairement les deux ponts reliant les communes du Plateau et Treichville, pour réclamer le paiement de primes.
Ceci a entraîné une forte perturbation de la circulation et des désagréments aux populations abidjanaises.
Les Forces de Défense et de Sécurité présentent alors leurs sincères excuses aux populations victimes de ce comportement déplorable.
Les Forces de Défense et de Sécurité informent les populations que les deux ponts sont désormais ouverts et la circulation est redevenue normale. Elles les appellent au calme et à la sérénité.
Aussi, les éléments responsables de cet incident sont connus du Commandement et seront sévèrement sanctionnés selon les règles de la discipline militaire.
Enfin, le chef d'Etat-Major des Armées rappelle une fois de plus à tous ceux qui se rendront encore coupables d'actes d'indiscipline qu’ils seront considérés comme des éléments perturbateurs et portant gravement atteinte à l'éthique militaire. Ils subiront, par conséquent, la rigueursdes règlements.

Fait à Abidjan, le 31 juillet 2006
Le Porte-parole des FDS
Colonel Gohourou Babri Hilaire


COTE D'IVOIRE / PROCESSUS DE PAIX PROPOSITIONS DE M.GUILLAUME SORO SECRETAIRE GENERAL DES FORCES NOUVELLES(EX-REBELLION)

Mercredi 4 Octobre 2006

Le Secrétaire Général veut bien se rendre à Abuja en maître du jeu pour ce qui est du bras de fer engagé entre lui et Gbagbo. A quelques jours de cet important sommet de la CEDEAO qui se tiendra vendredi prochain, le ministre d'Etat Soro Guillaume a adressé depuis le 14 septembre au président de cette instance, un courrier dans lequel il énumère ses "recommandations" pour une nouvelle transition politique en Côte d'Ivoire". Voici ces recommandations.

PREMIERE RECOMMANDATION : LA REFONTE DE L'ARMEE IVOIRIENNE
(…) Nous vous invitons à vous inquiéter avec nous d'une part, de l'attachement et du culte que vouent les forces de défense et de sécurité fortement tribalisées à la personne de M. Laurent Gbagbo, et d'autre part, de l'existence de miliciens entraînés et couvés par celles-ci. Comment alors croire qu'une telle armée, qui a perdu toute notion des principes et des valeurs républicains, soit capable d'assurer convenablement la sécurité des populations et du Gouvernement de Transition ? Le souvenir des 500 citoyens massacrés les 24 et 25 mars 2004 à Abidjan, dont le seul crime était d'avoir projeté une marche pacifique pour réclamer l'application des accords de paix inter ivoiriens, est encore là ! Il nous interpelle sur le caractère partisan et antirépublicain de l'ex-armée nationale. Cette armée ne peut qu'être un obstacle insurmontable pour la sécurité des populations et pour des élections justes et transparentes en Cote d'Ivoire, (…) La guerre du 19 septembre 2002 a consacré la partition du pays en deux territoires distincts : la partie sud contrôlée par les Forces de défense et de sécurité (FDS) et la partie Nord par les Forces armées des Forces Nouvelles (FAFN). Ne pas reconnaître ou admettre qu'il existe deux forces armées en Côte d'Ivoire est une erreur grave qui s'apparente à la politique de l'Autruche. Dans ces conditions, comment veut-on parvenir à la réunification du pays, sans obligatoirement envisager la réunification des deux armées ?
(…) C'est pourquoi, nous recommandons que la prochaine Résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU exige enfin la mise en œuvre du point "f" de l'Accord de Linas Marcoussis, ci-dessus cité. Ce sera à notre avis, la première étape importante vers la réunification du territoire ivoirien. Nous recommandons avec insistance la mise en place d'un comité pour la réunification des Forces de défense et de sécurité ivoiriennes. Ce comité tracera le cadre régemmlementaire de l'Etat-major Intégré de Transition (EMIT) placé exclusivement sous l'autorité du Gouvernement de Transition. L'Etat-major Intégré de Transition regroupera les deux états-majors des deux armées, à l'instar du Gouvernement de Transition, qui réunit en son sein toutes les forces politiques signataires de l'accord de Linas Marcoussis,

DEUXIEME RECOMMANDATION : L'IDENTIFICATION GENERALE DES POPULATIONS
(…) En refusant que les opérations d'audiences foraines délivrent concomitamment des jugements supplétifs et les certificats de nationalité, Monsieur Laurent Gbagbo s'oppose en réalité à la tenue d'élections justes, démocratiques et transparentes en Côte d'Ivoire. Si Monsieur Laurent Gbagbo tient à ce que les audiences foraines ne délivrent uniquement que les jugements supplétifs, parce que selon lui, la loi l'exigerait, la réalité est que le seul jugement supplétif ne donne droit, ni à une carte d'identité, ni à une carte d'électeur (...)

TROISIEME RECOMMANDATION : SUSPENSION DE LA CONSTITUTION IVOIRIENNE
La suspension de la Constitution ivoirienne de 2000 ne souffrirait aujourd'hui d'aucune contestation.
Faut-il rappeler que cette constitution votée seulement par 27% des électeurs pendant la transition militaire parce que contenant en plusieurs de ses dispositions des germes confligènes relativement à la nationalité, la condition des étrangers et l'éligibilité à la Présidence de la République, est la cause principale de la guerre dans notre pays (…) Pour toutes ces raisons et pour lever toute équivoque dans la primauté des textes qui régissent la situation de vide constitutionnel en Côte d'Ivoire, la prochaine Résolution du Conseil de Sécurité devra procéder à la suspension de la constitution et adopter un acte constitutionnel en adéquation avec le nouveau cadre institutionnel de transition. La survie du processus de paix et la stabilité interne et sous régionale en dépendent.

QUATRIEME RECOMMANDATION : UN NOUVEAU CADRE INSTITUTIONNEL
Si depuis quatre (4) années, la crise ivoirienne perdure, il nous apparaît évident que c'est aussi parce que le cadre institutionnel qui a régi jusqu'à maintenant notre pays, n'est pas approprié.
(…) C'est pourquoi, nous croyons fondamentalement que la nouvelle Résolution doit poser comme principe de base que tous les candidats déclarés ou connus soient écartés de la gestion de la transition comme au Libéria. L'exemple de la République Démocratique du Congo où les Président et Vice-président admis au deuxième tour continuent de bloquer le scrutin pourrait nous servir de leçon. (…) Nous proposons un Président de Transition disposant de pouvoirs de l'Exécutif, en vue de permettre la bonne application de la feuille de route. Il ne pourra être candidat à l'élection présidentielle, même en cas de démission en cours de transition. II devra être secondé par deux Vice-présidents dotés de pouvoirs réels dans deux domaines importants pour la sortie de crise, à savoir la refonte de l'armée pour l'un et l'identification de la population pour l'autre. Le clan présidentiel et les Forces Nouvelles doivent disposer de ces deux postes comme c'est le cas dans l'actuel Gouvernement de Transition où ils occupent les deux Ministères d'Etat. L'organisation des pouvoirs du Gouvernement de Transition doit être explicitée dans l'Acte constitutionnel devant désormais régir la vie politique en Côte d'Ivoire. Telle est l'économie des positions des Forces Nouvelles que nous souhaitions depuis lors vous soumettre.

Je vous prie Excellence, Monsieur le Président, de bien vouloir verser au dossier de la Côte d'Ivoire, les présentes recommandations, reflet de la profonde conviction des Forces Nouvelles sur la crise Ivoirienne ainsi que sur les voies et moyens pour la résoudre,

Fait à Bouaké, le jeudi 14 septembre 2006
Le ministre d'Etat Soro Kigbafori Guillaume
Secrétaire Général des Forces Nouvelles

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AN IV DES MANIFESTATIONS DE L'ALLIANCE DES JEUNES PATRIOTES IVOIRIENS

Mercredi 4 Octobre 2006

Dimanche dernier à Divo, les patriotes célébraient le 4è anniversaire de la résistance contre les déstabilisateurs du régime. A cette occasion, le président de l’Alliance a prononcé un discours politique de haut voltage, à l’effet de remoboliser les troupes face aux défis à venir. Nous vous proposons ici l’intégralité du message de Charles Blé Goudé.

Je voudrais saluer, car nous sommes à Divo, le président du conseil général de Divo, le professeur Paul Yao N`Dré. Je voudrais saluer le député de Divo, qui nous accueille et que je voudrais qu`on acclame fort. Je voudrais saluer le ministre de la Réconciliation qui a pris la parole tout à l`heure pour prodiguer des conseils aux jeunes. Il était de passage car il revient de Gagnoa.
Ayant vu les jeunes gens il s`est arrêté pour les saluer. Quand on lui a demandé de prendre la parole il n`a pas fait de difficultés, il faut donc saluer le professeur Dano Djédjé. Je voudrais saluer le ministre Lida Kouassi. C`est lui qui a très tôt dit que c`est la France qui nous attaque. Les gens ne l`avaient pas compris, le temps lui a aujourd`hui donné raison.
Je voudrais remercier le général Mao Glofiéi, le fondateur du FLGO qui a quitté Guiglo pour être ici à Divo. Remerciement spécial à Mme Enise Kanaté, notre invitée, qui a parlé et bien parlé et je voudrais terminer par un discours en Anglais " I`m very, very pround". Je remercie le procureur qui est là qui est venu nous soutenir.
Je remercie aussi le responsable des juges qui est là, je remercie le secrétaire général de la préfecture, toutes les autorités de Divo et de la région qui sont là. Je salue les forces de l`ordre et tous les patriotes qui ont fait le déplacement. Je voudrais saluer mes amis avec lesquels on a travaillé, Ahoua Stalone, docteur Paul, le maître de la parole, Dakoury Richard.
Je voudrais qu`on salue celui-là même qui a travaillé durant 3 jours avec ses parents musulmans pour leur dire qu`on est ensemble; il faut saluer Koné Seydou.
Tout à l`heure il va vous faire montre de son art. Je salue le camarade président de l`UPR, Thierry Legré; je salue le camarade de la jeunesse de la Renaissance du centre, le docteur Saraka, je salue le président de la SOAF, Jean Yves Dibopieu. Je salue le président des Parlements et Agoras de Côte d`Ivoire, Idriss Ouattara. Je ne serai pas long, je pense que beaucoup a été dit, je voudrais simplement dire aux ministres ici présents, aux autorités, aux journalistes qui sont dans ce stade que nous avons décidé de célébrer le 02 octobre chaque année. Parce que faute de repère, l`Afrique se meurt. Que ce soient des événements malheureux ou heureux, l`Europe a des repères.
Vous avez, le 02 octobre 2002 dit non aux armes, vous avez dit non à l`avancée des rebelles. Célébrer le 02 octobre chaque année, ce n`est pas un symbole banal. Et chaque 02 octobre nous nous retrouvons pour dire que, les jeunes de Côte d`Ivoire se sont levés pour arrêter une rébellion et sauver la démocratie. On ne le dit pas assez.
Ils ont fini par transformer les victimes en bourreau mais nous allons toujours résister et leur rappeler cela. C`est pourquoi nous nous retrouvons ici. C`est l`occasion pour nous prononcer sur l`actualité nationale.
C`est pourquoi vous allez m`accordez 5 minutes pour parler de l`actualité internationale. Et c`est l`occasion que j`ai aujourd`hui à mon tour de répondre à Jacques Chirac au nom de l`Alliance. Je voudrais vous dire, chers amis, avant que je ne parle ici à Divo, il y a eu des événements. Il y a eu des affrontements.
Il y a eu des morts et nous sommes venus ici pour rapprocher les peuples pour que Baoulé, Dioula, Bété, Dida et les autres peuples qui vivent à Divo soient ensemble et que ce qui s`est passé au mois de juillet ne se répète plus jamais.
Vous allez rester debout et on va observer une minute à la mémoire de tous ceux qui sont tombés à Divo et dans les autres villes. (...) Je disais donc que notre pays est en crise et notre pays étant en crise, n`importe qui dit n`importe quoi sur notre pays. Et pourtant, lorsque nous jetons un regard sur ce qui se passe ailleurs, nous comprenons beaucoup de choses. Chers amis, je vais vous emmener au Liban.

Parce que depuis 2000, chaque fois qu`il y a des crises ici, il y a des signaux très forts que Dieu nous envoie pour nous ouvrir les yeux. En 2000, avant même que les élections n`aient lieu en Côte d`Ivoire, pendant que nous étions en campagne, Abdoulaye Wade remportait les élections au Sénégal et Diouf l`appelait pour lui dire j`ai perdu, tu as gagné, félicitation.
En Yougoslavie, Milosevic était chassé du pouvoir par le peuple ce qui a emmené Gbagbo à dire à Guéi: “mon général, tu as le choix entre partir comme Diouf ou comme Milosevic”.
Malheureusement Guéi est parti comme Milosevic parce qu`il a voulu s`opposer à la voix du peuple. Mais juste avant les élections, en soulevant les peuples contre les pouvoirs qui étaient impopulaires et ceux qui s`accrochaient au pouvoir, Dieu voulait dire aux Ivoiriens, prenez votre destin en mains.
Mes chers amis, au moment où on nous amène les Casques bleus pour dire qu`ils vont nous amener la paix et il y a un groupe qui a été créé, appelé le GTI, qui veut à chaque fois décider à notre place parce qu`ils sont là au nom de l`ONU, Israël attaque le Liban, bombarde même un camp de soldats onusiens: 5 morts. Vous savez ce qui s’est passé. Le président américain fait une conférence et dit que c`est un incident. C`est-à-dire que les Israéliens peuvent bombarder et on dira que c`est un incident. Kofi Annan qui tout le temps parle de la Côte d`Ivoire n`a même pas pu parler.
Il est resté muet comme une carpe. Chers amis, c`est un signal fort. Dans la même semaine, la voiture de M. Schori passait au Plateau et quelques jeunes qui étaient là ont jeté des pierres sur le véhicule. Le GTI se réunit et dit c`est grave, il y a l`insécurité en Côte d`Ivoire. Il faut prendre des décisions.
Là où on les tue avec des fusils, ils sont muets et en Côte d`Ivoire où il y a quelques cailloux ils se plaignent. Vous comprenez, mais ce que vous devez tirer comme leçon dans cette comparaison, c`est que quand tu ne pèses pas dans la balance internationale, on te traite comme ça. Quand tu pèses dans la balance internationale et que tu tues, on dit que c`est un incident. Parce que dernière Israël, il y a les Etats-Unis et derrière le Liban, j`allais dire la France. Parce que dans la guerre Israël-Liban ce sont ces deux membres permanents du conseil de sécurité qui se battent. La France qui fait les yeux doux au monde arabe et les Etats-Unis qui soutiennent leurs alliés.
Pendant qu`ils sont faibles dans cette crise et qu`ils n`ont pas de solutions pour la crise israélienne, ils bavardent en Côte d`Ivoire. Maintenant les mêmes qui se réunissaient à New York ont invité le premier ministre thaïlandais à venir participer à l`assemblée générale de l`ONU. Là où le président Gbagbo a refusé de partir. mais il a échappé à un piège parce qu`au cours de la réunion, il y a eu un coup d`Etat en Thaïlande. Au lieu de condamner ce coup d`Etat, ils lui ont dit : " retourne à ton hôtel, tu n`as plus droit à la parole ". L`ONU et les gens ont cautionné cela et ce sont des gens comme ça qui disent qu`ils sont capables d`apporter la paix en Côte d`Ivoire. j`ai voulu relever cela pour que vous sachiez que l`ONU n`est pas capable d`apporter la paix en Côte d`Ivoire. Est-ce que l`ONU peut envoyer la paix dans ce pays ? (la foule répond en choeur: non) L`ONU ne peut pas envoyer la paix dans notre pays. Bien au contraire, elle attise la guerre.
Elle soutient les rebelles et le dernier discours du président Chirac en dit long. Tout à l`heure je vais lui répondre parce qu`ils prennent notre pays comme n`importe quoi et ils y envoient n`importe quoi. Et je n`ai pas été surpris, il y a quelques semaines qu`en Côte d`Ivoire à Abidjan, on parle de déchets toxiques. Je voudrais dire à la presse que ce sont les déchets politiques en Côte d`Ivoire qui entraînent les déchets toxiques.

Ce sont les déchets politiques que l`ONU et Jacques Chirac nous ont imposés, ce sont ces déchets-là qui ont emmené ces déchets toxiques. Quand vous avez dans un gouvernement des gens qui n`ont pas le sens de l`Etat, des gens qui ne rendent pas compte à l`Etat, mais rendent compte aux états-majors de leurs partis politiques et donc sont là pour mettre de l`argent dans les caisses de leur parti politique, car ils ont peur du lendemain, parce qu`ils savent que d`un moment à l`autre, ils peuvent quitter ce gouvernement, c`est cela qui envoient n`importe quoi dans ce pays. Voilà la vérité. Ce sont les déchets politiques qui ont envoyé les déchets toxiques. C`est ça qui est la vérité. Et ils sont là pour dire c`est Gbagbo. Chers amis retenez cela.
Mais mieux, j`allais dire pire, c`est cette histoire de déchets toxiques qui accuse la France.
Moi, je connais les Ivoiriens. quelle que soit leur cupidité, on ne peut pas dire à un Ivoirien, voici un bateau qui contient des déchets qui peuvent tuer tes enfants, tes frères et il va prendre de l`argent. C`est pourquoi dans les jours qui arrivent, nous allons nous-mêmes élever la voix pour demander des comptes à la France. Chers amis, c`est ça que je voulais vous dire sur l`actualité. L`actualité nationale est aussi marquée par les débats sur la suspension de la Constitution de Côte d`Ivoire. J`ai regardé la télévision ivoirienne, j`ai eu mal au cœur.
J`ai vu des anciens leaders de ce pays demander qu`on suspende la Constitution. J`ai demandé mais qu`est-ce qui leur arrive. J`ai écouté avant-hier une autre déclaration d`un parti politique qui demande qu`on mette la Côte d`Ivoire sous tutelle de l`ONU. Pourquoi ? Parce qu`il y a un seul objectif, enlever Gbagbo du pouvoir. Je voudrais simplement rappeler comme Fologo l`a fait, rappeler à Henri Konan Bédié qu`un homme politique même un homme simple, qui veut qu`on le prenne au sérieux doit être constant dans sa parole, doit être constant dans ses actes. Parce que je me rappelle comme si c`était hier, que c`est Henri Konan Bédié qui défendait la Constitution. Aujourd`hui c`est lui qui demande la suspension de la Constitution. Ouattara, lui je peux le comprendre, il n`aime jamais ce qui est dans la légalité, ça je peux comprendre. Mais pourquoi demander qu`on suspende la loi fondamentale d`un pays ? Pour aller où ? Pour faire plaisir à qui ?

C`est pourquoi je voudrais n`arrêter pour dire à Chirac que la Constitution ivoirienne, tant que nous sommes en vie, ne sera jamais suspendue. Il faut que cela soit clair. C`est pourquoi tout ce qu`il est en train de faire comme dernier baroud d`honneur est voué à l`échec. A chaque petite réunion, il se croît obligé de parler de la Côte d`Ivoire. A chaque petite réunion, quand on dit réunion sur la crise ivoirienne, Chirac se présente.
Quand il se regarde, est-ce qu`il ressemble à un Ivoirien ? C`est lui qui dit en Roumanie, parlant de Thabo Mbeki, qu`il faut que les étrangers laissent les Ivoiriens régler leurs problèmes. Je voudrais rappeler à Jacques Chirac qu`il est plus étranger que Thabo Mbeki. Mais regardez, tant que Mbeki pourra permettre à Ouattara d`être candidat, il sera bon comme médiateur. Gbagbo Laurent a pris l`article 48 pour permettre à Ouattara d`être candidat. Sur demande de Thabo Mbeki Gbagbo l`a fait. Ils ont dit que Thabo Mbeki était un grand médiateur. Maintenant que Mbeki a fini de tout arracher à Gbagbo et qu`il demande aux rebelles de faire leur part, on dit que c`est un mauvais médiateur. Plus personne n’est dupe. Nous les voyons et nous les attendons.
Merci pour votre grande mobilisation qui a fait mentir nos détracteurs. Soyez déterminés pour les prochaines batailles.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.
Je vous remercie.

Réalisée par Bidi Ignace Coll. Djédjé Roland (Stagiaire)


INTERVIEW DU RESPONSABLE DES FORCES FRANCAISES "LA LICORNE"

Mardi 3 Octobre 2006

e porte-parole de la force Licorne, le Lieutenant Colonel Charles De Kersabiec accompagné de l'un de ses collaborateurs a rendu une visite de courtoisie à la rédaction du Nouveau Réveil, hier. Dans un entretien à bâtons rompus, il a bien voulu se prononcer sur le rôle de la force Licorne et sur l'actualité politique ivoirienne. De larges extraits des échanges.
La reprise des hostilités
" Tant que la force Licorne est là, en zone de confiance, il n'y aura pas de reprise de guerre. Cela est clair. Parce que la capacité de la force Licorne qui est venue en soutien de la force de l'ONUCI est suffisante pour empêcher toute reprise des combats. L'ONUCI est déployée, elle contrôle cette partie (Ndlr : la zone de confiance), empêche la confrontation directe entre les forces loyalistes et les Forces nouvelles. Et, nous sommes également présents avec du matériel de qualité, des soldats professionnels, aguerris, des moyens de transmission performants. Et nous sommes là pour venir en aide immédiatement, si jamais l'ONUCI était en difficulté, soit devant faire face à une attaque ou une intrusion dans la zone de confiance de quelque coté que ce soit. C'est ce qui fond notre raison d'être ici. Empêcher la reprise des combats. Parallèlement, nous ne sommes pas sourds. On entend des choses. Il y a un certain nombre de déclarations qui disent que ce rôle de Licorne est néfaste. Il appartient aux hommes politiques de se positionner par rapport à notre rôle. Nous disons que tant que nous sommes là, il ne peut pas y avoir des reprises de combat, car il est insupportable à la France et à la communauté internationale que des Ivoiriens s'entretuent et se battent entre eux. Ce n'est pas la Licorne qui va donner son avis, son sentiment, son conseil sur la façon dont il faut résoudre les différents problèmes. Licorne n'est pas un acteur, mais plutôt un facilitateur. Facilitateur parce qu'on ne peut pas s'asseoir paisiblement s'il y a le danger de reprise du conflit. Il faut bien que les gens qui vont discuter entre eux excluent définitivement la possibilité de se battre. Il semblait qu'autrefois, dans les villages, les cases à palabres étaient assez basses. Et cela était fait exprès pour que les gens soient assis et qu'ils ne puissent pas se lever pour se battre. C'est ce qu'il m'a été rapporté. La comparaison est peut-être hasardeuse, mais c'est un peu cette image que je dois prendre. Le toit n'intervient pas dans les palabres, ni dans les discussions, mais il est simplement là pour rappeler qu'on ne s'en sortira pas si les gens ne se parlent pas et ne trouvent pas de solution. Mais en tout cas, la solution de se battre est une solution à exclure. Donc, en ce qui concerne Licorne, les gens se positionnent par rapport à cela. Si ce rôle est contesté, ou si on considère qu'il n'est pas bon, libre aux gens de le dire. Si ce rôle d'empêcher la reprise de la guerre n'est pas bon, que les gens le disent. Il y en a qui peuvent le dire, peut-être, c'est leur responsabilité, ensuite les gens se positionnent. Mais ce n'est pas à moi de faire le commentaire sur ce commentaire. En revanche, les gens qui font des commentaires sur notre position, notre rôle, c'est leur commentaire (…) On a des nombreux témoignages de la confiance qui nous est faite. Les gens peuvent effectivement croire que notre présence rappelle la crise. Mais la crise, il ne faut pas l'ignorer, elle est là. Malheureusement, nous en sommes les premiers désolés. Mais ce n'est pas parce qu'on ne sera pas là qu'il n'aura pas la crise. Au contraire. Donc, nous ne cherchons pas à nous mettre en avant. On cherche à être des facilitateurs et à empêcher la reprise de la guerre (…) on a de multiples témoignages de fraternité, de solidarité, de communauté d'esprit et de paix. Ce discours (…) correspond vraiment à une image que nous nous faisons de la Côte d'Ivoire, et qui reste la Côte d'Ivoire du président Houphouët-Boigny. Avec cette image de paix (…) Donc vous voyez bien qu'on vit un moment qui est particulier. Les Ivoiriens et ceux qui habitent la Côte d'Ivoire ne sont pas dupes… Et (…) Egalement, il peut y avoir des rancœurs parce que les gens sont déboussolés, parce que cette crise pèse sur les consciences et que chacun la vit personnellement, différemment et souvent, cela peut altérer les jugements. Mais nous sommes bien conscients du rôle que nous jouons. Et quand on retournera soit chez nous, soit devant le bon Dieu et qu'il nous demandera ce qu'on a fait, on répondra qu'on a empêché des amis de se battre (…).
Quant à la reprise des combats techniques, comme vous le savez ici, c'est le pays de la rumeur. Avant que quelqu'un puisse envisager de traverser la zone de confiance, pour aller attaquer l'autre bord, il faut dire qu'il faudra quand même qu'il soit sacrement gonflé parce qu'on ne s'attaque pas impunément à l'armée Française. En plus avec l'ensemble des contingents, on a un rôle dissuasif. Je le dis de façon à ce que des gens ne puissent pas s'aventurer dans cette voie. C'est une non solution. L'option militaire est une impasse.

Rapports Licorne-FDS
Je ne traite pas directement avec le général Mangou. Pour moi, c'est les FDS et leur chef. Sur ce point, Je peux vous dire que nous entretenons d'excellentes relations avec les FDS. On a également une réunion tripartite, l'ONUCI, nous et les FDS. Pour l'instant, il n' y a plus de réunion quadripartite. Et c'est au cours de ces réunions que nous essayons d'aplanir les difficultés (…) Ces réunions se passent dans les meilleurs esprits et au cours desquelles, il n'y a pas d'obstacles particuliers. Sur le plan du travail, il n'y a pas de problème particulier. Sur le plan des relations extra-professionnelles, il n'y en a pas non plus. Vendredi dernier, j'étais présent à saint Michel du bataillon commando Parachutiste, il y a une vraie fraternité d'armes, avec les éléments des Fanci en particulier. On a participé à un cross. Beaucoup de militaires parachutistes ont été formés dans la même école que nous. On ne peut pas nier cette fraternité d'armes. En ce qui concerne les déclarations du chef d'Etat major des armées, elles lui appartiennent. Nous, nous jugeons sur pièce. On juge en ces termes, est ce qu'il y a des violations de la zone de confiance, si globalement la liberté de circulation est respectée… (…). Ce sont des choses qui facilitent ces rapports. Sur les différends professionnels, on ne peut pas se fâcher. On se connaît. On sait que les choses qui nous relient sont plus importantes que les choses qui, ponctuellement, peuvent nous éloigner.

La force Licorne, une force d'occupation
Une force d'occupation est une force qui appuie les décisions politiques d'un clan vis à vis d'un autre clan. Nous sommes une forcce qui appuie les résolutions de la communauté internationale. Je rappelle quand même qu'au départ, le rôle de l'opération Licorne, c'est l'évacuation des ressortissants français. Et très rapidement le 29 septembre 2002, dix jours après Accra, la conférence d'Accra a immédiatement dit, à la demande du président qu'il faut une force de la CEDEAO pour empêcher les combats. A ce moment-là, le 43e Bima était là. Elle était déjà déployée entre Yamoussoukro et Bouaké. Et on a entendu les forces de la MICECI. Voilà l'origine. Personne n'a parlé de force d'occupation (…), tout le monde était d'accord. Les Ivoiriens se sont rendus compte qu'il ne servait à rien de se battre (…)
Ensuite on a demandé que ça ne soit plus la MICECI, mais les casques bleus. Il y a eu les casques bleus. Mais c'est toujours dans le même esprit. Je ne vois pas pourquoi on parle de force d'occupation. (…) En plus, il y a eu aussi le 4 juillet 2003 où les ex-belligérants remettent les armes et annoncent la fin de la guerre, avec la signature du cessez-le-feu. Ce n'est pas moi qui ai signé le cessez-le-feu. Ce n'est pas moi qui ai remis ma kalachnikov le 4 juillet. Donc nous sommes bien dans le processus depuis le début : empêcher la reprise des combats. En quoi sommes-nous une force d'occupation ? Il y a une zone de confiance qui permet d'éviter que les ex-belligérants, moi, je préférerais qu'on parle plutôt de partenaires, ne soient au contact. Sinon, on aurait forcement des incidents. (…) C'est l'ONUCI qui est principalement déployée dans la zone de confiance. Mais si jamais l'ONUCI a des problèmes, au claquement de doigts, alors là, la Licorne ne mettra pas beaucoup de temps. Il y a les hélicoptères, les chars, les transmissions, tout ce qu'il faut. Voilà, c'est tout.

Les bombardements
du 04 novembre 2004
Les bombardements du 04 novembre nous ont surpris. Mais on a vu aussi qu'il ne fallait pas non plus se précipiter. C'est ce qui nous a été reproché après. Parfois, on nous dit que le 4 novembre, on aurait pu d'emblée attaquer les avions…Et puis après, on nous dit : "Comme vous avez été vous-même attaqués, vous avez immédiatement détruit les avions". Mais il y avait aussi le temps des négociations. Peut-être entre le 04 et le 6 novembre, il y a eu des pressions politiques. Les avions qui survolent, ne sont pas forcément très efficaces. Malheureusement sur les Français, ça a été efficace. Mais les FAFN vous diront elles-mêmes que c'est un peu de dégâts matériels. C'est vrai qu'on n'a pas immédiatement "tué" l'attaque. En revanche, il n'y a pas eu d'attaques terrestres. A partir du moment où on a vu qu'il y avait vraiment une volonté de guerre, par le bombardement des Français, alors là, la riposte a été importante. Parce qu'on ne tue pas impunément un soldat français. Donc si vous voulez, la riposte n'a pas été immédiate pour laisser le temps aux "partenaires" de comprendre que cela ne servait à rien et que l'option militaire était une impasse. Malheureusement, cela n'a pas suffi. Et il y a eu ce bombardement du camp français (…) C'est ce que je vous disais, nous ne sommes pas des va-t-en guerre (…)

Le renforcement de la force de frappe des deux camps peut-il déclencher la guerre ?
On peut imaginer des tentatives, voire des tentations. Les deux parties connaissent pertinemment et parfaitement les forces impartiales. Donc, il ne peut pas y avoir de reprise de la guerre. Ce n'est pas possible. C'est pourquoi la communauté internationale a créé cette zone de confiance. Donc vous pouvez entendre des propos du genre : "Moi, je peux faire ceci, ou je peux faire cela. Mais, tant que nous serons là, ce ne sera pas possible. C'est pour ça que je ne peux pas vous dire que, comme nous circulons dans les deux zones d'un côté, ils ont tel type de matériels et de l'autre côté, ils ont tel type de matériel. Non parce que ça ne se passera pas tant que nous serons là. Et tout le monde le sait. Et tout le monde le sait parfaitement. Cette histoire de relève, tous les quatre mois, il suffit de se mettre sur le pont ou sur la terrasse du Sofitel vers la piscine et regarder le matériel qu'on a. Même les militaires qui sont chez les rebelles connaissent parfaitement notre matériel. Ils l'ont appris dans nos écoles. Ils savent très bien. Donc laissez parler, laissons parler. Personne n'est dupe. Il y a la partie pour le discours. Et personne n'est dupe sur la capacité des forces impartiales. Je dis bien des forces impartiales parce que ce n'est pas uniquement Licorne. Licorne a une capacité de force de réaction rapide, mais la force qui tient la zone de confiance, c'est l'ONUCI. (…)

La Licorne et le 31 octobre
La force Licorne considère que les Ivoiriens sont suffisamment matures pour avoir ce débat sur le plan des idées. Il y a effectivement des tas de propositions sur l'après 31 octobre, c'est de l'objet de la classe politique. Mais je pense que dans un pays qui a été fondé sur une idée de la paix par le Président Houphouët, qui a été nourri à la philosophie de la paix, j'ose espérer que les Ivoiriens sont capables d'échanger dans un débat politique (…) Ou alors, on reviendrait à une période qu'on pensait dépassée et qui n'est pas digne du XXI siècle. Donc je ne veux pas m'inscrire dans cette logique-là, en disant comme il y a des oppositions, il va y avoir des combats. Combien de pays ont des oppositions avec des dialogues féroces sur le plan des idées ? (…) Les gens peuvent dire ce qu'ils veulent, ils sont libres, ils sont chez eux, les hommes politiques essaient d'être soutenus par la population, c'est leur responsabilité. Ensuite les populations choisissent, en disant que ce discours nous va bien, celui-là ne nous va pas. Je refuse d'estimer que sous prétexte qu'on a des armes et qu'on a raison, les manifestants contre les manifestants. Et ceux qui gagnent sont ceux qui ont raison. Et ceux qui perdent, ont tort. En tant Français, on loue la sagesse africaine, la capacité de s'asseoir. C'est ce qu'on attend des Africains. Il y a des jeunes d'un côté et d'autres de l'autre (…) Il appartient à la nation ivoirienne de faire ses choix. Ce n'est pas moi qui vais dire que tel discours est bon ou pas (…) Tant que les gens n'ont pas réussi à trouver un terrain d'entente, il ne faut pas qu'ils se découragent.

Manifestations pour
exiger le départ de Licorne
J'ai cru comprendre que les manifestations étaient interdites jusqu'au 14 décembre. Et pour l'heure, il n'y pas de manifestations. Ce que je vois, c'est que pour l'instant, je ne dénie pas aux hommes politiques le droit de dire ce qu'ils veulent. Faire des meetings, c'est leur responsabilité. Ensuite, il appartient aux Ivoiriens de se déterminer. Moi, je n'ai vu personne encore se manifester devant le 43ème Bima. De toutes les façons, on ne réagit pas par rapport à une foule. Une foule, c'est très bien. Ce n'est pas la violence qui va faire que les choses vont changer. Ce sont des choix politiques. Ce sont des décisions politiques. Vous avez aussi des gens qui demandent des choses, mais personne ne fait attention à eux. Il y a un tas de gens et de partis politiques qui réclament des choses. On n'en fait pas cas (…) Je fais confiance aux Ivoiriens, pour faire la part des choses, pour prendre position. Il y a des gens qui disent "on voudrait que vous partiez", les gens en tirent les conséquences (…) je ne suis pas candidat aux élections. Et ceux qui s'attaquent à mon image et celle de la Licorne…Cependant ça fait plaisir d'entendre d'autres personnes dire, de ne pas faire attention à ce genre de déclaration. Qu'est-ce qu'on fait pour faire connaître notre rôle, on explique. C'est ce que je fais. J'étais dans certaines rédactions. Et j'explique. Et vous voyez dans quel sens j'explique. Voilà ce qu'on fait, dans quel esprit on le fait, maintenant, il vous appartient de vous déterminer. Quand vous dites : "Mon colonel, vous êtes très sympathique, mais votre rôle est nul, et on préfère que vous partiez, parce que cela arrangerait les choses", moi je répondrais que c'est très bien…Ceux qui demandent notre départ sont libres, mais d'autres demandent de nous renforcer. Les gens ont le droit de parler, de dire ce qu'ils veulent. Ensuite d'autres se déterminent par rapport à cela (…) Vous avez un ami qui dit qu'il va casser la gueule de son frère parce qu'il lui a mal parlé. Si vous êtes vraiment son ami, soit vous l'encouragez, soit vous lui demandez de se calmer et que vous allez arranger ça. Vous devez vous parler, mais vous ne vous battez pas devant moi. C'est cela le rôle qu'on a. Si des gens disent que ce rôle est bien, tant mieux. Si d'autres soutiennent le contraire, libre à eux. Il appartient aux Ivoiriens de se déterminer par rapport à ces discours. J'ai l'impression que tout ce qu'on dit sur la France, c'est de se dédouaner de soi-même

La Licorne et les actions humanitaires
C'est vrai. Il y a énormément d'actions humanitaires en particulier avec le groupe chirurgico-médical à côté de Yamoussoukro qui travaille énormément au profit des professionnels de santé sur des cas de l'ulcère de burili qui est une maladie extrêmement grave et qui progresse. Des professeurs de médecine qui sont dans les plus grands hôpitaux français viennent pour faire quelques mois ici parce qu'ils sont en période militaire. Ils apportent énormément aux professionnels de la santé. (…) Notre rôle n'est pas de faire des actions humanitaires, mais on le fait par générosité (…) Les médecins ne peuvent pas s'empêcher de soigner les malades. Ils ont prêté le serment d'Hippocrate. Mais ces actions ne fondent pas notre présence. C'est un peu accessoire. Ce n'est pas ce qui nous donne la légitimité.

Propos recueillis par
Yves M. Abiet


INTERVIEW DE M. PASCAL AFFI N'GUESSAN SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE IVOIRIENNE

Mardi 3 Octobre 2006

Dans cette deuxième et dernière partie de l'échange avec la presse, le président du Front populaire ivoirien, parti au pouvoir, Pascal Affi N'Guessan, demande une force africaine pour remplacer les troupes françaises indésirables…
Le FPI a été exclu des négociations qui se font actuellement sans que vous ne réagissiez. Par ce laxisme, ne contribuez-vous pas à l'enlisement des problèmes ?

P.A.N. : Nous ne pouvons pas imposer notre présence à des gens qui ne nous ont pas invités. Il y a beaucoup de réunions qui se tiennent chaque jour à Abidjan. C'est aux réunions auxquelles nous sommes invités que nous allons. Si nous ne sommes pas invités, nous ne pouvons pas exiger par la force qu'on nous invite. Si, malgré notre absence, des décisions pertinentes sont prises qui peuvent faire avancer la Côte d'Ivoire, nous les applaudissons. Mais, si elles nous paraissent ne pas contribuer à la paix, nous les combattons. Voici notre position. Et cette position nous met à l'aise. Il appartient à ceux qui convoquent ces réunions, s'ils estiment que le Front populaire ivoirien peut apporter quelque chose ou s’impliquer pour faire connaître ses vues, de nous inviter. Ils verront que nous ne bouderons pas la rencontre ; nous serons présents. Nous apporterons notre contribution pour que les décisions qui en sortiront aillent dans le sens de la paix.



P.A.N.: Nous avons eu l'occasion de nous prononcer à plusieurs reprises sur la mission du Premier ministre. Nous nous sommes prononcés en janvier, lorsqu'il a légitimé une position du GTI tendant à dissoudre l'Assemblée nationale. Nous nous sommes prononcés aussi sur sa démarche, sa méthode de travail, sur les audiences foraines. Vous connaissez ce que nous pensons de son travail. Mais, comme je l'ai indiqué aujourd'hui, ce n'est pas cela qui est fondamental. Cependant, c'est malheureux que le pays perde de l'argent dans la récréation qui est organisée à ce niveau. Je pense que nous devons nous focaliser sur l'essentiel. Parce que vous vous rendez bien compte que les missions de paix, par-ci, forum de réconciliation nationale par-là: tout cela ne mène nulle part. Ce n'est que du gaspillage inutile des ressources nationales. Puisque la Côte d'Ivoire reste engluée dans la crise et le désarmement ne progresse pas. Le pays reste divisé, l'administration n'est pas présente depuis quatre ans dans les zones occupées, la pauvreté s'entend, le sida galope. Et puis, nous sommes ici, on tourne en rond, on fait de grandes manifestations, on tient de grands discours, on gaspille l'argent, on crée des commissions financées à coût de millions de francs CFA. C'est pourquoi nous voulons nous attaquer à l'essentiel, au lieu de rester dans le superficiel. L'essentiel, c'est la source du blocage, Chirac et la France.

Vous demandez le départ des troupes françaises. Concrètement comme cela va se passer?

P.A.N.: C'est aux Français qu'il faut poser la question. Nous venons de leur dire de partir. C'est eux qui doivent dire comment ils partiront. En tout cas, nous attendons qu'ils partent.

Quelles sont les précautions que vous avez prises dans ce sens, sachant que, selon le ministre français des Affaires étrangères, le départ des militaires sera terrible?

P.A.N. : La procédure n'est pas notre préoccupation majeure. Est-ce que le Président va actionner une procédure diplomatique? Est-ce qu'eux-mêmes vont se décider à quitter sans forcément attendre qu'on les y pousse? C'est à eux qu'il faut poser la question. Ce qui est important pour nous, c'est d'engager nos actions, de faire connaître notre position pour que cela se fasse. Comment partiront-ils? Ce n'est pas important pour nous. Je suppose qu'au sortir de cette conférence de presse, ce message sera connu des autorités et qu'elles prépareront une réaction qui soit conforme à ce que nous attendons. Il y a d'autres actions qui sont réservées aux militants du FPI.

Sur ce point, êtes-vous en phase avec le président de la République?

P.A.N.: Nous sommes un parti politique. Le président de la République est président de la République. Mais, il est à l'écoute du peuple. Il est engagé pour donner satisfaction aux aspirations du peuple. Nous lui adressons un message pour qu'il sache ce que pense une fraction importante du peuple et voici ces arguments. Nous allons faire en sorte qu'il adhère aussi. Je pense que nous sommes pratiquement en phase et que nous pourrons trouver les voies et moyens pour obtenir ce départ. Nous travaillerons dans la direction du président de la République, tout comme nous travaillons dans la direction de nos militants.

C'est la cinquième fois que le FPI exige le départ des troupes françaises sans y parvenir.

P.A.N.: Non, ce n'est pas la cinquième fois. Je sais que nous avons déclaré, en 2004, que nous sortions du processus de paix. Comme en janvier 2006, nous avons dénoncé la trame du dispositif de l'ONU à cause de la solution qui a été prise par le GTI à propos de l'Assemblée nationale. Mais nous sommes revenus sur notre décision parce que M. Obasanjo est venu dire que le GTI s'est trompé. Quand quelqu'un avoue sa faute, il faut savoir lui accorder le pardon pour qu'il continue de vivre avec toi. Il faut savoir qu'à l'époque, cette revendication était une revendication parmi tant d'autres. Aujourd'hui, c'est la principale revendication. C'est la seule revendication. Nous ne voulons pas nous disperser, engager plusieurs combats. Nous n’avons qu'un combat, une seule lutte. Celle que nous considérons comme étant fondamentale qui pose les jalons pour régler les autres problèmes. Vous pouvez nous faire confiance. Nous serons fermes dans cette voie. Nous avons fait le constat que les forces françaises en Côte d'Ivoire ne sont pas engagées en faveur de la paix et de la réunification du pays. Quelle sont là pour mener la lutte de Chirac et la droite française contre le régime ivoirien. J'ai expliqué tous les faits (voir déclaration) qui montrent bien que ces forces ne sont pas venues pour nous aider. Et qu'au contraire, nous sommes leurs principales adversaires, alors que nous devions être leurs partenaires, puisque c'est le président de la République qui a demandé leur implication. Il aurait pu demander à d'autres forces. Nous sommes un pays souverain libre de ses relations diplomatiques. Il a choisi les Français. La moindre des choses, c'est d'observer une position de neutralité, à défaut d'aider à résoudre la crise. Et les Français en ont les moyens: militaire, politique et diplomatique. Au Front populaire ivoirien, nous voulons ouvrir les yeux, ne pas continuer à jouer à l'hypocrisie. Et à croire qu'il peut avoir un changement dans l'attitude de ceux-là. Et conclure que ces forces-là sont nocives. Elles ne sont pas là pour aider les Ivoiriens. Ce que les Ivoiriens attendent aujourd'hui, c'est la paix, la réunification du pays. Comment la France peut-elle nous faire ce qu'elle fait? Maintenir la Côte d'Ivoire coupée en deux pendant quatre ans? Elle sait les souffrances que les populations des zones occupées vivent, sait comment le sida décime ces populations, où il y a la misère, pas de banque… Comment peut-elle soutenir cette rébellion et empêcher la réunification de la Côte d'Ivoire? Si ce n'est pour dire qu'entre nous, c'est finir. En ce qui concerne le Front populaire ivoirien, nous avons décidé de consommer le divorce. Nous sommes prêts à assumer. Parce qu’on ne peut pas entretenir un mariage qui manifestement ne marche pas.

Le CNRD a demandé la dissolution du gouvernement Banny pour former un gouvernement dit de sursaut national. Etes- vous de cet avis?

P.A.N.: Nous sommes du CNRD. Nous assumons donc toutes les déclarations qu'il fait. Mais, aujourd'hui, nous engageons les bases pour qu’un tel projet puisse se réaliser. Ce projet n'est qu'une conséquence de la lutte principale. Le gouvernement, comme je l'ai indiqué, n'est pas un problème. Le problème, c'est la réunification du pays et le rôle joué par les autorités françaises pour empêcher le pays de se réunifier. Avant la crise, avant la présence massive de ces forces sur la ligne d'interposition, il y avait un gouvernement qui fonctionnait bien. Il y avait des ministres issus de l'opposition, regroupés aujourd'hui au sein du G7. Pourquoi ont-ils l'attitude qu'ils ont aujourd'hui ? Parce que le bouclier français est leur parapluie. A cause de ce bouclier, ils peuvent dire ce qu'ils veulent sur le chef de l'Etat, sur les institutions. Ils peuvent faire preuve de défiance, se livrer à n'importe quel acte de corruption. Des ministres qui volent à visage découvert. On les voit; ils savent qu'on les voit mais continuent de voler. Pourquoi ? Parce qu'ils sont de l'opposition armée. Parce qu'ils savent qu'ils ont un parapluie qui est la Force Licorne. Certains mêmes ont osé lorsqu'ils ont provoqué la mort d'Ivoiriens, dire “J'y suis, j'y reste”. Est-ce qu'un ministre peut parler ainsi s'il n'y a pas de rébellion. C'est pourquoi il faut donc s'attaquer à la racine du mal, les forces françaises.

Leur départ des troupes françaises ne sera-t-il pas terrible comme le craint le ministre français des affaires étrangères?

P.A.N: Est-ce que c'était terrible quand il n'était pas là ? Aujourd'hui, nous voulons nous approprier la crise. Nous voulons des Forces véritablement neutre. Lorsque nous disons que la médiation africaine soit exclusivement chargée de cette question, cela veut dire que c'est la médiation à travers le conseil et de sécurité qui doit trouver en Afrique des forces véritablement engagées en faveur de la paix. Qui vont venir remplacer les Forces françaises et à mettre fin à la crise. Il ne s'agira pas de laisser un vide, si c'est cela qui inquiète nos amis.

Propos recueillis par Allan Aliali


INTERVIEW DU PRESIDENT DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN M.PASCAL AFFI N'GUESSAN

Mardi 3 Octobre 2006

Dans cette deuxième et dernière partie de l'échange avec la presse, le président du Front populaire ivoirien, parti au pouvoir, Pascal Affi N'Guessan, demande une force africaine pour remplacer les troupes françaises indésirables…
Le FPI a été exclu des négociations qui se font actuellement sans que vous ne réagissiez. Par ce laxisme, ne contribuez-vous pas à l'enlisement des problèmes ?

P.A.N. : Nous ne pouvons pas imposer notre présence à des gens qui ne nous ont pas invités. Il y a beaucoup de réunions qui se tiennent chaque jour à Abidjan. C'est aux réunions auxquelles nous sommes invités que nous allons. Si nous ne sommes pas invités, nous ne pouvons pas exiger par la force qu'on nous invite. Si, malgré notre absence, des décisions pertinentes sont prises qui peuvent faire avancer la Côte d'Ivoire, nous les applaudissons. Mais, si elles nous paraissent ne pas contribuer à la paix, nous les combattons. Voici notre position. Et cette position nous met à l'aise. Il appartient à ceux qui convoquent ces réunions, s'ils estiment que le Front populaire ivoirien peut apporter quelque chose ou s’impliquer pour faire connaître ses vues, de nous inviter. Ils verront que nous ne bouderons pas la rencontre ; nous serons présents. Nous apporterons notre contribution pour que les décisions qui en sortiront aillent dans le sens de la paix.



P.A.N.: Nous avons eu l'occasion de nous prononcer à plusieurs reprises sur la mission du Premier ministre. Nous nous sommes prononcés en janvier, lorsqu'il a légitimé une position du GTI tendant à dissoudre l'Assemblée nationale. Nous nous sommes prononcés aussi sur sa démarche, sa méthode de travail, sur les audiences foraines. Vous connaissez ce que nous pensons de son travail. Mais, comme je l'ai indiqué aujourd'hui, ce n'est pas cela qui est fondamental. Cependant, c'est malheureux que le pays perde de l'argent dans la récréation qui est organisée à ce niveau. Je pense que nous devons nous focaliser sur l'essentiel. Parce que vous vous rendez bien compte que les missions de paix, par-ci, forum de réconciliation nationale par-là: tout cela ne mène nulle part. Ce n'est que du gaspillage inutile des ressources nationales. Puisque la Côte d'Ivoire reste engluée dans la crise et le désarmement ne progresse pas. Le pays reste divisé, l'administration n'est pas présente depuis quatre ans dans les zones occupées, la pauvreté s'entend, le sida galope. Et puis, nous sommes ici, on tourne en rond, on fait de grandes manifestations, on tient de grands discours, on gaspille l'argent, on crée des commissions financées à coût de millions de francs CFA. C'est pourquoi nous voulons nous attaquer à l'essentiel, au lieu de rester dans le superficiel. L'essentiel, c'est la source du blocage, Chirac et la France.

Vous demandez le départ des troupes françaises. Concrètement comme cela va se passer?

P.A.N.: C'est aux Français qu'il faut poser la question. Nous venons de leur dire de partir. C'est eux qui doivent dire comment ils partiront. En tout cas, nous attendons qu'ils partent.

Quelles sont les précautions que vous avez prises dans ce sens, sachant que, selon le ministre français des Affaires étrangères, le départ des militaires sera terrible?

P.A.N. : La procédure n'est pas notre préoccupation majeure. Est-ce que le Président va actionner une procédure diplomatique? Est-ce qu'eux-mêmes vont se décider à quitter sans forcément attendre qu'on les y pousse? C'est à eux qu'il faut poser la question. Ce qui est important pour nous, c'est d'engager nos actions, de faire connaître notre position pour que cela se fasse. Comment partiront-ils? Ce n'est pas important pour nous. Je suppose qu'au sortir de cette conférence de presse, ce message sera connu des autorités et qu'elles prépareront une réaction qui soit conforme à ce que nous attendons. Il y a d'autres actions qui sont réservées aux militants du FPI.

Sur ce point, êtes-vous en phase avec le président de la République?

P.A.N.: Nous sommes un parti politique. Le président de la République est président de la République. Mais, il est à l'écoute du peuple. Il est engagé pour donner satisfaction aux aspirations du peuple. Nous lui adressons un message pour qu'il sache ce que pense une fraction importante du peuple et voici ces arguments. Nous allons faire en sorte qu'il adhère aussi. Je pense que nous sommes pratiquement en phase et que nous pourrons trouver les voies et moyens pour obtenir ce départ. Nous travaillerons dans la direction du président de la République, tout comme nous travaillons dans la direction de nos militants.

C'est la cinquième fois que le FPI exige le départ des troupes françaises sans y parvenir.

P.A.N.: Non, ce n'est pas la cinquième fois. Je sais que nous avons déclaré, en 2004, que nous sortions du processus de paix. Comme en janvier 2006, nous avons dénoncé la trame du dispositif de l'ONU à cause de la solution qui a été prise par le GTI à propos de l'Assemblée nationale. Mais nous sommes revenus sur notre décision parce que M. Obasanjo est venu dire que le GTI s'est trompé. Quand quelqu'un avoue sa faute, il faut savoir lui accorder le pardon pour qu'il continue de vivre avec toi. Il faut savoir qu'à l'époque, cette revendication était une revendication parmi tant d'autres. Aujourd'hui, c'est la principale revendication. C'est la seule revendication. Nous ne voulons pas nous disperser, engager plusieurs combats. Nous n’avons qu'un combat, une seule lutte. Celle que nous considérons comme étant fondamentale qui pose les jalons pour régler les autres problèmes. Vous pouvez nous faire confiance. Nous serons fermes dans cette voie. Nous avons fait le constat que les forces françaises en Côte d'Ivoire ne sont pas engagées en faveur de la paix et de la réunification du pays. Quelle sont là pour mener la lutte de Chirac et la droite française contre le régime ivoirien. J'ai expliqué tous les faits (voir déclaration) qui montrent bien que ces forces ne sont pas venues pour nous aider. Et qu'au contraire, nous sommes leurs principales adversaires, alors que nous devions être leurs partenaires, puisque c'est le président de la République qui a demandé leur implication. Il aurait pu demander à d'autres forces. Nous sommes un pays souverain libre de ses relations diplomatiques. Il a choisi les Français. La moindre des choses, c'est d'observer une position de neutralité, à défaut d'aider à résoudre la crise. Et les Français en ont les moyens: militaire, politique et diplomatique. Au Front populaire ivoirien, nous voulons ouvrir les yeux, ne pas continuer à jouer à l'hypocrisie. Et à croire qu'il peut avoir un changement dans l'attitude de ceux-là. Et conclure que ces forces-là sont nocives. Elles ne sont pas là pour aider les Ivoiriens. Ce que les Ivoiriens attendent aujourd'hui, c'est la paix, la réunification du pays. Comment la France peut-elle nous faire ce qu'elle fait? Maintenir la Côte d'Ivoire coupée en deux pendant quatre ans? Elle sait les souffrances que les populations des zones occupées vivent, sait comment le sida décime ces populations, où il y a la misère, pas de banque… Comment peut-elle soutenir cette rébellion et empêcher la réunification de la Côte d'Ivoire? Si ce n'est pour dire qu'entre nous, c'est finir. En ce qui concerne le Front populaire ivoirien, nous avons décidé de consommer le divorce. Nous sommes prêts à assumer. Parce qu’on ne peut pas entretenir un mariage qui manifestement ne marche pas.

Le CNRD a demandé la dissolution du gouvernement Banny pour former un gouvernement dit de sursaut national. Etes- vous de cet avis?

P.A.N.: Nous sommes du CNRD. Nous assumons donc toutes les déclarations qu'il fait. Mais, aujourd'hui, nous engageons les bases pour qu’un tel projet puisse se réaliser. Ce projet n'est qu'une conséquence de la lutte principale. Le gouvernement, comme je l'ai indiqué, n'est pas un problème. Le problème, c'est la réunification du pays et le rôle joué par les autorités françaises pour empêcher le pays de se réunifier. Avant la crise, avant la présence massive de ces forces sur la ligne d'interposition, il y avait un gouvernement qui fonctionnait bien. Il y avait des ministres issus de l'opposition, regroupés aujourd'hui au sein du G7. Pourquoi ont-ils l'attitude qu'ils ont aujourd'hui ? Parce que le bouclier français est leur parapluie. A cause de ce bouclier, ils peuvent dire ce qu'ils veulent sur le chef de l'Etat, sur les institutions. Ils peuvent faire preuve de défiance, se livrer à n'importe quel acte de corruption. Des ministres qui volent à visage découvert. On les voit; ils savent qu'on les voit mais continuent de voler. Pourquoi ? Parce qu'ils sont de l'opposition armée. Parce qu'ils savent qu'ils ont un parapluie qui est la Force Licorne. Certains mêmes ont osé lorsqu'ils ont provoqué la mort d'Ivoiriens, dire “J'y suis, j'y reste”. Est-ce qu'un ministre peut parler ainsi s'il n'y a pas de rébellion. C'est pourquoi il faut donc s'attaquer à la racine du mal, les forces françaises.

Leur départ des troupes françaises ne sera-t-il pas terrible comme le craint le ministre français des affaires étrangères?

P.A.N: Est-ce que c'était terrible quand il n'était pas là ? Aujourd'hui, nous voulons nous approprier la crise. Nous voulons des Forces véritablement neutre. Lorsque nous disons que la médiation africaine soit exclusivement chargée de cette question, cela veut dire que c'est la médiation à travers le conseil et de sécurité qui doit trouver en Afrique des forces véritablement engagées en faveur de la paix. Qui vont venir remplacer les Forces françaises et à mettre fin à la crise. Il ne s'agira pas de laisser un vide, si c'est cela qui inquiète nos amis.

Propos recueillis par Allan Aliali


INTERVIEW DE M.MAMADOU KOULIBALY PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE DE COTE D'IVOIRE

Mardi 3 Octobre 2006

M.le Président, le Sénégal et la Côte d'Ivoire ont des liens extrêmement forts sur beaucoup de plans, mais, depuis un certain temps, les relations sont crispées. Qu'est ce que Abidjan reproche à Dakar?

La Cote d'Ivoire en tant que pays et Nation ne reproche rien au Sénégal, au contraire. Le problème c'est que Dakar s'est mis à l'idée qu'il fallait s'investir dans la crise ivoirienne de façon ouverte comme pour les intérêts de Jacques Chirac. C'est ce que Chirac souhaite faire en Côte d'Ivoire que Dakar utilise comme plaidoyer.

Pourtant entre Dakar et Paris les relations ne sont pas si cordiales que çà.

Soit ! Mais il faut dire qu'il y a une course au leadership dans la sous-région que la France favorise et que Gbagbo trouve non seulement inacceptable mais un peu malsaine. Il ne faudrait pas qu'à Dakar on oublie qu'il y a plus de Sénégalais en Côte d'Ivoire qu'en France. Il y a des relations tissées entre nos deux peuples que personne ne pourrait casser.

Après les reproches faits à Dakar, ne croyez-vous pas que Gbagbo verse de l'huile sur le feu en recevant, l'ennemi public N° 1 du Sénégal, Salif Sadio ?

De la même façon que Dakar cherche à obtenir la paix en Côte d'Ivoire, Gbagbo a estimé qu'il faut qu'il comprenne mieux ce que les rebelles de Casamance veulent. Et voir alors dans ce cadre si le modèle de rébellion qu'il y a en Casamance est le même que celui de Côte d'Ivoire. L'idée étant de trouver une solution à toutes les rebellions en Afrique pour que les Africains puissent régler les crises par la démocratie et non par la prise des armes et l'accession au pouvoir par le coup d'Etat. Cela suppose qu'on voit ce qu'il y a comme rébellion et les identifier.

Cette initiative du Président Gbagbo de recevoir Salif Sadio a été considérée par Dakar comme une façon de soutenir la rébellion casamançaise.

Dans un premier temps, c'était pour comprendre. Il faut savoir que Gbagbo n'a pas « habillé » le leader casamançais, ni déroulé le tapis rouge. Il a discrètement reçu le rebelle casamançais comme la diplomatie l'exige. Dakar, lui, donne un « coup de pouce » aux rebelles ivoiriens. Sans compter d'autres faveurs encore. C'est totalement différent. Et c'est inacceptable.

Où en est-on avec l'affaire des déchets toxiques, quand on sait que des responsables impliqués ne sont pas inquiétés et que 2 camions remplis de déchets toxiques sont encore « invisibles » à Abidjan ?

Je pense que la question des déchets toxiques relève de l'empoisonnement collectif organisé par Trafigura une entreprise quasiment mafieuse dont les principaux directeurs et propriétaires sont français et très proches de Chirac et qui sont arrivés à corrompre un certain nombre de fonctionnaires et d'hommes politiques ivoiriens pour accepter sur notre territoire ce poison. Mais ceux qui sont venus avec ces déchets ne cherchaient pas de poubelle, ils cherchaient plutôt un pays à agresser, à affaiblir, à installer dans les troubles sociaux et pour pouvoir ensuite bien l'abattre comme ils ne sont pas arrivés à le faire depuis 3 ans maintenant. Le Français responsable de cette société est en prison, le gouvernement a démissionné et a été reconduit par le président de la République. Plusieurs décisions ont été prises, la suspension de différents responsables. La justice a été saisie à travers le procureur de la République, il faut lui laisser le temps de faire son travail, d'approfondir les enquêtes dans le souci de réparer le tort qui a été fait aux populations ivoiriennes.

La question des audiences foraines a fait couler beaucoup d'encre et de salive. Et depuis lors, elles ont été bloquées. Quel est le problème ?

Les audiences foraines sont une pratique courante en Côte d'Ivoire. Il y a une loi qui permet de faire périodiquement le point sur ceux qui sont nés en côte d'ivoire et qui n'ont pas d'extrait de naissance, les audiences foraines permettent de leur établir des jugements supplétifs. Dans le cas ivoirien, les rebelles ont voulu utiliser avec l'appui de la France ces audiences pour refaire les listes électorales. La dernière audience a eu lieu en 1998 et tous les partis politiques y étaient. Aujourd'hui le bloc rebelle pense qu'il y a 3. 500. 000 personnes qui n'ont pas d'extrait de naissance et de jugement supplétif. Ils disent aussi que ces audiences foraines doivent permettre de donner des certificats de nationalité à ces personnes. Ce qui n'est pas la fonction des audiences foraines. Ce qui est illégal et contre le code de la nationalité ivoirienne. Nous l'avons évidemment refusé. Le bloc rebelle affirme aussi que les audiences foraines devraient permettre aux gens de s'inscrire automatiquement sur les listes électorales actuelles. Ce qui signifie donc qu'on découvrirait 3 500 000 personnes qui ont plus de 13 ans et qui n'ont aucun papier d'état civil, aucune nationalité connue et qui se déverseraient dans la nationalité ivoirienne dans le seul but de participer aux élections à avenir. Pour nous c'est de la fraude, surtout qu'on a vu avec le projet pilote des Ghanéens, des Maliens et Burkinabé accéder à la nationalité ivoirienne, s'inscrire sur les listes électorales. On a vu comment même à Abidjan des non ivoiriens ont cru qu'il s'agissait d'une foire à la distribution de la nationalité ivoirienne. Cela était trop grossier et anti-constitutionnel. Ce qui a fait dire à Chirac qu'à cela ne tienne, il faut suspendre le code électoral, le code de la nationalité et reconstituer un nouvelle population que les audiences foraines version rebelle devraient permettre d'établir. Ce que nous avons totalement refusé.

Est-ce que vous pensez que le fait de mettre les différents leaders ensemble dans un futur gouvernement pourrait mettre fin à la crise comme l'a suggéré le président Bongo, à savoir Gbagbo président, Ouattara, vice-président, Soro guillaume, Premier ministre et Konan Bédié, président de l'Assemblée nationale ?

Je pense que c'est de la poudre aux yeux. On a déjà essayé ce schéma parce qu'on a cru que c'était une affaire d'hommes et de places. La côte d'Ivoire n'est pas là pour gérer les destins politiques. C'est une terre de fraternité. Le schéma qui est proposé réduit la crise ivoirienne à une question de positionnement de leaders politiques ivoiriens. Ce qui est totalement faux. La question de fond est que nous voulons être libres. Qu'on impose un schéma de gouvernement : Ouattara, Soro, Bédié… à des postes de responsabilités n'entraîne pas l'indépendance de la Côte d'Ivoire. Cela n'entraîne pas non plus la prise en charge de la Côte d'Ivoire par les Ivoiriens eux mêmes mais, au contraire, laisse le pays à des mains étrangères. Notre destin ne se résume pas à la destinée politique de ces 4 ou 5 personnes. La Côte d'ivoire a une vie à part de ce Gbagbo, Ouattara, Soro et Bédié cherchent.

M. le Président, on ne va pas finir cet entretien sans parler d'économie, vous même étant économiste, comment l'économie ivoirienne se porte t-elle aujourd'hui avec cette crise ?

C'est une économie en pleine crise avec croissance négative de moins 1 %. C'est une économie dont une partie de la production est détournée au profit du Mali et du Burkina Faso. Une économie dont une partie du Pnb est recyclée dans ces deux pays voisins. C'est une économie d'un pays dont une partie des citoyens est prise en otage par les rebelles. C'est une économie qui voit le chômage grossir en son sein, le coût de la vie s'élever. C'est une économie qui voit beaucoup de ses jeunes désespérer de plus en plus. Mais c'est une économie qui n'est pourtant pas en faillite. Elle arrive à avoir des institutions en place. Elle n'a plus les moyens des grands investissements pour l'emploi, le développement. Elle n'a plus les moyens d'attirer les investisseurs comme cela se faisait avant à cause de la crise. Mais elle demeure encore une économie dynamique. La partie sud dont les résultats sont officiels et contrôlée par l'Etat tient l'ensemble du pays parce que la partie nord est désormais inscrite dans une économie informelle, de contrebande et de pillage, une économie de guerre. Et tout le monde est au courant y compris les Nations unies, l'Uemoa, la Cdeao… Et dans aucun des contrats de ces Institutions, il n'est admis qu'un pays membre peut annexer une partie du territoire d'un autre pays membre et piller les ressources. L'économie de la Côte d'Ivoire est dans ce cas de figure. Et personnellement je suis déçu de toutes ces Institutions que sont l'Uemoa, la Cdeao, la Bceao parce qu'elles sont toutes créées autour d'un contrat, de Traité, d'arrangement institutionnel. Et ces traités sont violés en Côte d'Ivoire depuis bientôt cinq ans au su et vu de toutes ces Institutions et de leurs responsables mais aussi des chefs d'Etats. Et personne n'en parle. Tous font comme s'il s'agissait d'une problématique interne, Nord-Sud et Musulmans-Chrétiens en Côte d'Ivoire alors que tous savent que le coton ivoirien est recyclé au Burkina, que le cacao ivoirien est vendu par le port du Togo, que le bois ivoirien est pillé par les entreprises françaises. Je suis très déçu parce qu'on a l'impression qu'on a signé des traités de coopération, d'intégration sous-régionale mais en réalité que ce qui compte, c'est ce que veut la France et tout le monde accepte cela sans discuter même si la vérité crève les yeux.

Est-ce que la Côte d'Ivoire arrrive à payer normalement les salaires de ses fonctionnaires ?

Oui,oui, nous payons les salaires. Nous essayons même de payer une partie des arriérés du service de la dette due au Fmi et à la Banque mondiale. Environ 700 à 800 milliards de f cfa par an. Mais difficilement puisque la priorité, c'est la survie de l'Etat et de ses charges.

Il ya une image d'Épinal qui vous colle à la peau, celle de gardien de la ligne dure, l'idéologue, le faucon du régime de Gbagbo, qu'en pensez-vous ?

Je pense que c'est une bonne réputation. Ça veut dire qu'il ya une ligne que personne n'arrivera à briser. Parce que gardée par des gens qui croient que c'est cette ligne là qui conduira à la liberté. Je ne prends pas ça mal. Je trouve d'ailleurs que c'est un hommage que l'on rend au combat pour la liberté des Ivoiriens. Et au delà de la Côte d'Ivoire, de l'Afrique. Cela me fait d'ailleurs penser, en souriant,à Pétain entrain de dire à De Gaulle qu'il était un extrémiste. Et l'histoire a fini par prouver que c'est Pétain lui-même qui était un collabo.Et De Gaulle taxé d'extrémiste a, lui, défendu la grandeur de la France, la République française. Ceux qui traitent les patriotes d'extrémistes devraient penser à cela.

Quel est le message que vous lancez à la Communauté internationale ?

Il ya le droit international, le droit à l'autodétermination des peuples, il ya la charte des Nations unies, il ya les accords et les traités internationaux signés par les Etats et en aucun cas les Ivoiriens n'accepteraient qu'on les considère comme un sous peuple, un peuple pour lequel le droit international n'est plus valable.Un peuple pour lequel un chef d'Etat français peut se lever et décréter qu'il n'est plus digne d'être indépendant et qu'il mérite qu'on lui remette les chaînes aux pieds ; Je pense que la communauté internationale devrait réfléchir avant de prendre quelque engagement que ce soit acccompagnant le projet macabre français.


DISCOURS DU PRESIDENT GBAGBO A L'INVESTITURE DU CHEF DE VILLA DE ANONKOI KOUTE

Lundi 2 Octobre 2006

Le président de la République a honoré samedi 30 septembre dernier à Anonkoua-Kouté, de sa présence, l’investiture du nouveau chef dudit village. Nous vous proposons ci-dessous, l’intégralité de l’intervention de Laurent Gbagbo à cette occasion.

Monsieur le ministre de l'Administration du territoire ; Monsieur le Médiateur de la Région des Lagunes Mesdames et Messieurs les élus ; Monsieur le Gouverneur du District d'Abidjan ; Monsieur le représentant du Maire d'Abobo ; Monsieur le Chef d'Etat-Major des Armées; Messieurs les officiers généraux et officiers supérieurs de nos Forces de défense et de sécurité ; M. Dogoua AKEYO Antoine, chef de village d'Anoukoua-Kouté ; Honorables chefs coutumiers, dignitaires religieux d'Anokoua-Kouté et d'Abobo ; distingués invités ; Mesdames et Messieurs ; Chers amis,
Nous sommes là ce matin pour l'installation de notre chef de village. Je lui souhaite beaucoup de chance, une longévité au pouvoir et dans la vie. Je souhaite que Dieu le bénisse, ainsi que toute sa famille et son village. Nous sommes venus pour installer un chef de village. Mais, un chef de village, c'est le pouvoir à l'échelle du village. Les réflexions doivent continuer pour établir définitivement le rapport entre les chefs de village que nous appelons chefs coutumiers et l'administration du territoire.
Tout à l'heure le ministre, en lisant l'arrêté de nomination, a lu un visa qui se rapportait à un texte de 1934. C'est parce que, sur ce point précis, la Côte d'Ivoire indépendante n'a pas encore légiféré. Ce texte est dépassé non pas parce qu'il a été écrit en 1934, mais le contenu est dépassé. Et le contenu du texte a provoqué beaucoup de palabres dans plusieurs régions. Notamment à Dabou... Mais, nous n'avons pas encore eu le temps pour légiférer sur ce point. Parce que légiférer sur ce point signifie en même temps trouver un statut au chef de village et de canton. Mais ça veut dire en même temps leur trouver un pécule. J'ai promis, avant, qu'on examinera cela.
Et que quiconque travaille a droit à un pécule. Et que quiconque travaille pour l'Etat a droit à un pécule de l'Etat. Deux ans après mon arrivée au pouvoir, nous avons à peine esquissé le travail de la décentralisation quand la guerre est survenue. C'est pourquoi ces points-là ne sont pas encore examinés. C'est pourquoi nous n'avons pas encore légiféré. C'est pourquoi nous n'avons pas encore réglé de façon définitive le problème des chefs de village et de canton. C'est pourquoi nous sommes encore dans le brouillard avec quelques accros. Mais, nous le ferons, puisque la crise passera et la Côte d'Ivoire restera.
Cher Antoine, je suis venu te dire que tu es chef de village ici et qu'à partir d'aujourd'hui, tu es le responsable de ce village. J'ai appris à savoir ce que c'est que d'être un chef. Il doit avoir le sang-froid, le sang froid... Il y a des fois, des gens disent : "Mais, Gbagbo, tu ne parles pas"... C'est cela le sang-froid. Parce que quand tu es le chef d'une multitude, tu ne parles plus en ton nom.
Si tu veux parler en ton nom, tu vas régler trop rapidement les problèmes. Mais, tu parles au nom d'une multitude. Antoine, désormais, tu parles au nom de cette multitude donc ; tu dois avoir le sang-froid. Chers amis, nous sommes en train de sortir de la crise. Vous savez, je regarde les matchs de football, surtout les week-ends, avant de m'endormir.
Je capte souvent les chaînes étrangères pour voir le match de Chelsea parce qu'il y a Drogba, d'Arsenal où jouent Kolo Touré et Eboué, de Lens parce qu'il y a Aruna Dindané, Nice parce qu'il y a Baki. Donc, je zappe pour voir comment se comportent nos joueurs. Mais, le dernier match que j'ai regardé, c'était en Champions League. Il y a une équipe qui, dans la première mi-temps, a mis trois buts à zéro. Et, dans la deuxième mi-temps, le match se déroulait normalement et on s'acheminait vers la fin du match, donc tout le monde pensait qu'on allait rester à ce score de trois à zéro.
Mais l'équipe menée a redoublé d'efforts dans les quinze dernières minutes pour retirer deux buts. Donc, elle a été battue trois à deux au lieu de trois à zéro. Elle a été battue, mais elle a diminué la honte. C'est pourquoi, chaque fois que les crises sont en train de finir, vous voyez que le diable s'agite parce qu'une petite honte vaut mieux qu'une grande honte. Mais, retenez que Dieu parle même par la bouche de ses ennemis. Quand les Israélites étaient en Egypte et qu'ils devaient sortir, ce n'est pas Moïse qui a décidé que tous les premiers nés d'Egypte allaient mourir, c'est le pharaon. Il a estimé que, puisque Moïse s'entête et a fait tomber sur l'Egypte toutes les plaies, eh bien, il faut que ses soldats mettent à mort tous les premiers nés des enfants d'Israël. Et quand Moïse l'a appris, il a dit : ''Oh Dieu, par la bouche du pharaon, tu viens de frapper l'Egypte d'un mal dont il ne se relèvera plus jamais”. C'est le pharaon lui-même qui a prononcé la malédiction sur lui.
Alors les gens parlent, mais comme ils n'ont aucune foi en Dieu, ils ne savent pas qu'ils parlent d'eux-mêmes. Ils ne savent pas que les malheurs qu'ils appellent sur leurs peuples les frapperont eux-mêmes. Quand à nous, nous sommes sereins. Nous sommes toujours sereins. Tout à l'heure, ils ont chanté dans les cantiques : “Les nations s'excitent de partout" ; même ceux qui n'ont rien à voir là-dedans parlent. Mais, je les regarde parce que leur voie, V-O-I-E, n'est pas la voie de la Côte d'Ivoire ; leur voix,
V-O-I-X, n'est pas la voix de la Côte d'Ivoire (rires et ovations du public). Et ils marchent dans la brousse et ils hurlent alors que nous, nous marchons sur la pente et nous parlons. C'est toute la différence.
Moi, aujourd'hui, je sais exactement où je vais. Je sais exactement où j'emmène la Côte d'Ivoire. Je sais que l'ancienne formule est terminée. Quand je dis que c'est terminé, c'est vraiment terminé et que nous allons vers des solutions nouvelles. Ces solutions nouvelles arriveront. Nous ne sommes plus disposés à ce que quelqu'un d'autre vienne faire la paix pour nous ; à ce que quelqu'un d'autre vienne faire notre paix. Notre paix sera notre paix parce qu'elle sera faite par nous et pour nous. C'est cela qui est la nouvelle voie.
Nous ne laisserons plus quelqu'un prétendre qu'il nous aime plus que nous-mêmes. Personne ne peut nous aimer plus que nous-mêmes. Je dis d'avance à tous ceux qui prétendaient cela qu'ils se trompent et que, plus jamais, je ne les laisseraiprétendre qu'ils nous aiment plus que nous-mêmes. Nous nous aimons suffisamment. Et nous savons ce qui est bien pour nous. Nous ne ferons pas ce que les autres nous dictent. Je ne suis pas président de la République pour travailler sous la dictée de quelqu'un.

Je ne suis ni gouverneur, ni sous-préfet, ni préfet, ni représentant de quelqu'un. Je suis chef de l'Etat élu par son peuple, c'est tout ! Et donc, nous avançons ... A Abidjan, on dit : ''Ça va aller!'' .
Chers amis, j'ai écouté les discours de notre député. Il a soulevé des problèmes rencontrés par les Ebrié. Nous avons déjà fait une chose, qui est de faire connaître ce peuple. Et ses fils illustres le représentent dans beaucoup de grandes institutions. Mais ce n'est pas tout. Le problème de fond des Ebriés n'est pas encore réglé. Quand mon frère, qui est aujourd'hui médiateur des lagunes, avait parlé en 2000 à Adjamé, lorsqu'on recevait Amondji élu maire, j'avais promis de créer un poste de gouverneur de district. Cela a été fait. Mais, je pense que c'est insuffisant. J'avais aussi dit qu'il fallait que je rencontre tous les responsables de tous les villages ébrié (une cinquantaine) dans une localité. On ne l'a pas fait, mais il est important qu'on ait une vraie séance de travail. Je m'intéresse au cas des Ebrié. Ce n'est pas parce que j'ai des amis ébrié, mais la manière dont le problème ébrié sera résolu servira d'exemple pour le cas de la plupart des ethnies qui, en Côte d'Ivoire, prêtent le site de leurs terres pour la création des villes. Et que si nous ne réglons pas bien et définitivement le cas des Ebrié (même si beaucoup de choses sont déjà gâtées), si nous n'y réfléchissons pas, que nous ne rattrapons pas tout cela, nous allons encore tout gâter ailleurs. C'est pour ne pas tout gâter ailleurs que je souhaite cette réflexion. Je demande donc au gouverneur du district d'Abidjan et à tous les cadres ébrié, au chef d'état-major et vous tous qui êtes là de me proposer une date pour qu'avec les représentants, chefs coutumiers, cadres Ebriés, nous puissions nous retrouver dans un des villages ébrié ou même à Abidjan, pour réfléchir, au moins une journée, sur les problèmes qui sont inhérents à la création d'une grande cité.
En 1999, Jacques Atali avait écrit que l'un des problèmes que le monde allait rencontrer dans le 21ème siècle était la lutte entre l'agriculture et l'urbanisation. Et que, petit à petit, les villes allaient manger les terres qui sont propices à l'agriculture. De ce fait-là, le problème de nourriture allait se poser.
Regardez aujourd'hui, pour ceux qui ont mon âge, entre Abidjan et Bingerville, c'était de grandes forêts, de grandes plantations. Aujourd'hui, où sont ces forêts-là ? Regardez même Cocody, quand j'étais au Lycée classique et que nous quittions Anono pour aller au bord de la lagune, on traversait des champs, des plantations, on marchait longtemps, avant d'arriver au bord de la lagune. Aujourd'hui, il suffit d'un coup d'accélérateur, une minute, puisque l'urbanisation a tout avalé. Ce sont des réflexions qu'il nous faut faire. Et ces réflexions-là ne sont plus au niveau où il faut donner 5 ou 10 mille francs à un Ebrié pour avoir un terrain. Non ! C'est très profond. C'est l'aménagement du territoire de la Côte d'Ivoire. Quelle Côte d'Ivoire nous voulons laisser à nos enfants demain ? On leur laisse la terre ou on leur laisse le béton ? C'est cela le problème. Nous laissons des espaces pour l'agriculture ou bien uniquement des immeubles ? Il faut que ces problèmes-là soient débattus. Et les Ebrié sont dans le cas qui peut nous faire toucher du doigt tous les problèmes inhérents au combat entre l'agriculture et l'urbanisation. C'est pourquoi je souhaite cette réunion. Je la souhaite, il faut qu'elle soit préparée. Venez me voir, je vais vous indiquer les techniciens, les services qui peuvent vous aider à la préparer. Car les grandes villes de l'intérieur : Yamoussoukro, Korhogo, Daloa, Gagnoa, Abengourou vont connaître tous le même sort, si rien n'est fait maintenant. Les peuples qui y habitent vont connaître le même sort, quand le pays va reprendre son développement. C'est pour éviter cela qu'il nous faut mener ces réflexions.
Je voudrais aussi, à la suite du discours de mon frère et ami le député, dire un grand ''Yako'' à toute la population d'Abidjan pour les déchets toxiques. Je voudrais, au nom de l'Etat de Côte d'Ivoire demander pardon à toutes les populations du district d'Abidjan. Demander pardon parce que nous, notre rôle, c'est d'être devant pour qu'elles vivent. Si on nous a dépassés et qu'on leur a amené la mort même à domicile, c'est que nous autres, nous n'avons pas été assez vigilants. Tout ce que nous pouvons faire maintenant, c'est de rattraper. Il nous aurait fallu être vigilants d'abord, pour que l'ennemi ne nous dépasse pas. On nous a dépassé et on a atteint le peuple que nous étions chargés de protéger. Je vous demande pardon à vous tous, les populations d'où que vous veniez, vous tous qui habitez le district d'Abidjan. Au nom de l'Etat de Côte d'Ivoire, je vous demande pardon. Je vous demande pardon parce qu'on n'est pas à la tête de l'Etat pour rien. Mais, aujourd'hui, si je me mets à pleurer, cela ne règle aucun problème. Quand tu as perdu ton fils que tu aimes, tu cherches à savoir comment et pourquoi il est mort pour que tes autres enfants ne meurent plus. C'est pourquoi je vais faire les enquêtes jusqu'au bout du monde pour retrouver les criminels. Je peux vous dire que, dès lundi, une délégation de sept personnes se rendra en Estonie où le bateau a été bloqué, pour enquêter sur le contenu de ce bateau qui nous a semé la mort. Mais, il faut au moins qu'à défaut de pouvoir ressusciter les morts, nous sachions pourquoi nos morts sont morts pour que, demain, nous prenions les dispositions. Cette délégation sera composée de sept magistrats, et j'espère qu'elle nous reviendra avec des informations.
Mais à vous, je demande pardon et nous allons faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Chers amis, cher frère Antoine, Monsieur le député, Messieurs les élus, chers cadres, chers frères, voilà quelques mots que je voulais dire à l'occasion de l'installation du chef de village d'Anoukoua-Kouté. Je suis heureux d'être ici. Je passe souvent sur cette route, mais je n'y suis jamais entré. Désormais, s'il y a quelque chose, j'y reviendrai. Que Dieu nous bénisse ! Je vous remercie.


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